citoyen libanais

16 septembre 2018

Bachir Gemayel, la rupture qui dérange.

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Dans son dernier livre Peter Sloterdijk (1) opère une remontée du temps, de l’antiquité à nos jours, à travers l’action de personnages qui ont initié des ruptures dans le déroulement de l’histoire. Ils ont refusé l’héritage de leurs ascendants, brisé les liens de la transmission généalogique des traditions et valeurs et souvent choisit un mentor, un substitut au père putatif. Je cite quelques personnages du livre, Socrate « l’athée » qui rejette la crainte de Dieu, celle de la religion officielle d’Athènes, Pic de la Mirandole ose l’autocréation de l’individu, Leonardo Da Vinci promeut l’homme créatif et la noblesse de l’esprit contre celle héréditaire, Napoléon l’empereur élu de la République Française bouscule le principe de descendances royales de droit divin, Marx et le Prolétariat Universel rompent avec le travailleur soumis et corvéable, Hitler invente l’état suicidaire, Andrew Carnegie est ce milliardaire qui ne fonde pas de dynastie. Le plus célèbre restant Jésus de Nazareth, fils légal de Joseph, biologique de Marie et spirituel de Dieu. Certains sont de mauvaises fréquentations, voire des assassins. D’autres ont bouleversé durablement le sens de la vie.

Au Liban et à l’échelle du pays, le général Michel Aoun en est un exemple. En 1989, il hérite d’un pouvoir nominatif et croupion, car concurrencé par les milices et précédemment, avant la guerre, par une classe politique qui avait privatisé pour le compte de leur communauté les institutions étatiques. Il souhaite s’en émanciper. Mais tel Napoléon qui se soucia d’introniser son fils roi de Rome pour créer une dynastie, le général en fonde une. Le président Nabih Berry et Sayed Hassan Nasrallah, sont deux autres exemples. Issues d’une communauté asservie par des féodaux impitoyables, ils propulsent les chiites au rang de citoyens qui investissent en droit des couches de la vie politique, sociale et économique et mettent un terme à la stratification seigneur-vassal. Mais le premier va se réaligner sur les pratiques de privatisations des institutions et le second va perdre son autonomie en adhérant à une idéologie religieuse sécularisée.

Bachir Gemayel est lui issu d’une très ancienne famille de notables. Au cours de la genèse et à l’indépendance du Liban, elle transpose, comme tant d’autres, son rôle statuaire de dirigeant dans les positions de pouvoir nouvellement créées de la République. Il hérite également d’une situation politique en déliquescence continue : les chrétiens se cramponnent à leurs prérogatives constitutionnelles aux dépens des musulmans, lesquels effrayent les chrétiens par leurs adoptions de toutes les causes panarabes et unionistes au détriment de la souveraineté libanaise.  Les inégalités sociales et la présence armée de l’OLP, vont précipiter le déclenchement de la guerre.

Très tôt Bachir Gemayel entame les ruptures. D’abord contre son propre parti en créant les Forces Libanaises. Dans celles-ci ou en tant de guerres, le besoin d’un chef fort est nécessaire, il en remplit le rôle. Mais en même temps il multiplie les centres de décisions autonomes qu’il confie à la compétence de la société civile. Il rejette le système politique de compromission depuis l’indépendance qui n’a fait que sursoir la déflagration. La formule de 48 dit-il est morte et il faut en finir avec cet « état basse-cour » à laquelle sa généalogie politique ascendante était un des piliers.

 Il justifie sa collaboration avec Israël par le besoin désespéré d’acheter des armes au moment où il se retrouvait seul. La France l’accusait de provoquer l’armée syrienne, l’Europe n’avait de sympathie que pour les islamo-progressistes (nous aimerions les entendre aujourd’hui !) l’Amérique le traitait de chef de bande et le monde arabe, sans exception, soutient et arme sans compter ses adversaires. Évidemment cette justification de la collaboration n’a aucune valeur aux yeux des champions vertueux de la cause palestinienne. Mais au-delà de la querelle sur l’opportunité politique de cette collaboration, c’était la rupture avec l’hypocrisie d’antan et actuelle que l’on doit retenir. D’abord contrairement à son parti d’origine, il assume de dîner avec le diable, Israël, et même avec une fourchette très courte. En même temps il déclare franchement vouloir interdire à l’OLP d’utiliser le territoire Libanais pour attaquer Israël ce qui justifie les répliques meurtrières de celle-ci. Les Arabes lui reprochent de vouloir contenir l’OLP, alors qu’eux même les ont sur leurs territoires désarmés et interdisent tout acte de résistance ! Il reconnait sa collaboration avec Israël, alors que d’autres vont le faire, mais ne l’avouent pas (excepté les Égyptiens et les Jordaniens, mais plus tard). Aujourd’hui les vierges les plus farouches, pures de tout contact avec les sionistes sont les Iraniens et leurs satellites. Ce n’est qu’hypocrisie. Quand on se noie, on s’accroche à n’importe quelle bouée. C’est ce qu’a fait l’Imam Khomeiny pendant la guerre contre l’Irak quand, en mauvaise posture il achète des armes à Israël par une opération triangulaire dont le troisième côté est l’Amérique, Le Grand Satan, représenté par le Colonel Oliver North rendu célèbre par l’Irangate. Ce même Iran qui a déjà sacrifié plus de 1500 libanais en Syrie pour éradiquer les takfiristes, alors que des dirigeants d’Al-Qaida et leurs familles ont trouvé refuge à Téhéran (2) !

L’ultime rupture de Bachir Gemayel fut celle des deux dernières années de sa vie. Rompant avec l’idéologie des ultras de son camp qui envisageaient un foyer national chrétien dans le cadre d’une alliance des minorités (dont Israël), il se donne pour père politique le président Elias Sarkis qui le convainc qu’il peut être le président de tous les libanais et construire la nation des citoyens.

Il va commettre cependant une faute impardonnable. Voulant punir les assassins de ses partisans au Liban-Nord, l’équipée sera sanglante. Même si le massacre de Toni Frangié et de sa famille n’était pas un objectif, il en porte la responsabilité. La guerre même la plus justifiée est un avilissement de la nature humaine. Claudio Magris écrit sur Marc Aurèle « Il connaissait aussi cette égalité, cette parité de tous les humains, en vertu de laquelle un vainqueur des Sarmates aussi est un assassin, comme tous ceux qui tuent » (3). À travers l’histoire aucun combattant, aucun chef de guerre n’y a échappé.

Cependant Bachir Gemayel, reste ce dissident qui dérange. Il a montré une voie de rupture qui aurait pu porter des fruits et reconstruire la République. Ne l’oublions pas, abasourdis par les vociférations de ceux qu’ils irritent, ses contempteurs, ceux dont il a dénoncé l’hypocrisie.  Ne l’oublions pas, enfiévré par les témoignages de fidélité de ses laudateurs, ceux qui se réclament de son héritage politique, mais qui ont tôt fait de colmater la rupture qu’il avait initiée en retournant à la politique de la « basse-cour ».

Amine Issa

16/09/2018

 

1-      Après nous le déluge, Peter Sloterdijk, Payot

2-      http://www.reuters.com/article/us-usa-sanctions-militants-iran/u-s-blacklists-three-al-qaeda-members-living-in-iran-idUSKCN1002VK & http://edition.cnn.com/2013/03/10/opinion/bergen-iran-al-qaeda/index.html

3-      Danube, Claudio Magris, L’arpenteur page 259.

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09 septembre 2018

Paix et reconstruction en Syrie, entre vœux et réalité.

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Je considère toujours important de revenir sur le début de la guerre en Syrie, ses causes et les erreurs qui y ont été commises, car d’elles dépendent largement son avenir.

Rappelons-nous. La révolte d’un peuple opprimé, qui pendant plus d’un an, se contenta de manifester et de subir la répression d’un régime qui ne voulait rien négocier. Ce dernier fut affermi dans cette voie par l’hypocrisie des Occidentaux qui nous abreuvèrent de principes humanitaires, mais qui ne levèrent pas le petit doigt pour enrayer la machine à broyer du régime. Les pays du Golf et la Turquie en embuscades, patientèrent jusqu’à s’assurer que personne ne s’opposerait à leurs plans, de longue date, nourris, pour renverser un président et sa politique régionale qu’ils trouvaient détestables. Ils vont financer le transfert en Syrie et l’équipement de salafistes jihadistes venus des quatre coins de la terre, et Daech leurs monstres, sur un terreau propice, chez un peuple humilié, affamé et sans perspectives, travaillé par la plus sombre des propagandes islamistes.  Les Iraniens et leurs milices régionales, puis les Russes, quand les précédents s’avéreront incapables d’enrayer l’avancer des insurgés, vont à leur tour s’inviter dans cette guerre.  

Venons-en maintenant à cette fin de l’été où l’on nous annonce l’épilogue de la guerre syrienne. Certes, l’opposition islamiste ou autres sont aux abois. Seule la région d’Idlib échappe encore au contrôle de Damas et de ses parrains. Avec ou sans bataille, ce réduit sera mis au pas. On imagine facilement le nombre de morts et de déplacés que provoquera sa prise par les armes. Mais avec le cynisme des états, ce ne sera qu’un détail de plus ! Donc la guerre commencée en 2011 est sur le point de se terminer et l’on parle déjà de la reconstruction de la Syrie.

Mais est-ce vraiment le cas ?

 

Certes il n’y aura plus d’opposition armée, organisée et en nombre sur un territoire sanctuarisé. Mais est-ce que les racines profondes de la révolte syrienne ont-elles disparu ? Les alliés de Damas fanfaronnent et annoncent la réhabilitation définitive du régime et de son président. Cela signifie, en d’autres termes, que les mêmes pratiques de pouvoir, de contrôle de la population, de privation de liberté politique, de corruption, de népotisme, de générations d’inégalités économiques, vont être reprises.

Si Daesh est définitivement terrassé, que dire des millions de Syriens qui ont subi toutes ces vexations, qui ont tout perdu, ont été déplacés ou ont été chassés, ont fuis, parqués dans des camps. Revenant en Syrie, pour retrouver leurs villages détruits, leurs maisons et leurs commerces, ateliers, usines rasées ou confisquées ? Vont-ils accepter de subir de nouveau les mêmes vexations et humiliations qu’ils subissaient avant 2011 ? Si cette génération est totalement désabusée, épuisée et ne cherche qu’à survivre…devenu un grand luxe, que dire de la prochaine génération, des enfants élevés dans les camps, presque ou totalement analphabètes, promis, soit au chômage, soit au service militaire dans une armée qui n’a pas su les protéger ou les a pourchassée, poussée à l’exode ? Que dire des milliers de combattants repassés à la vie civile, quand ils ne sont pas tués ou croupissent dans les prisons du régime ? Que dire de ceux-là échappées aux mailles du filet et qui attendent patiemment, tapis dans leurs rages, le moment de commettre un attentat ?

Comment le pouvoir central peut-il prétendre avoir « repris la main », alors que son instrument de coercition, l’armée et les renseignements, ne les suivent que partiellement obéissants ? La presse nous livre quotidiennement le nom d’unités officielles ou crées de toutes pièces, parfois formé d’anciens insurgés, qui sont soit sous les ordres des Russes soit sous ceux des Iraniens. Cela, sans compter les milliers de miliciens qui relèvent directement de Téhéran. Sans compter également ces unités de l’armée commandées par un chef de guerre qui gère son territoire, autosuffisant économiquement à coup de taxes et de raquettes, telles ces Wallis du temps des Abbasides ou des Ottomans qui ne prêtaient allégeance que formellement au pouvoir central. Cette même presse qui nous livre cette multiplication des centres de pouvoir, le fait souvent à l’occasion de batailles rangées entre ces différentes unités qui se disputent un butin.

Que dire également des régions contrôlées par la Turquie au nord-ouest du pays et de la région proclamée autonome par les Kurdes au Nord et à l’Est, armés et soutenus par les États-Unis ?

Que dire d’Israël qui a bien fait comprendre au monde entier qu’elle ne se retiendrait pas de bombarder à toute volée et même la banlieue de la capitale, chaque fois qu’elle le jugera opportun.

De quelle paix civile peut-on parler ou de quelle reconstruction il s’agit dans ces conditions ?

Reconstruction signifie avant tout « argent ». Certes les Nations-Unies ou quelques bonnes âmes financeront une école, un dispensaire, un puit. Mais pour remettre la Syrie au seul niveau où elle était avant la révolte, ce qui d’ailleurs ne signifie pas grand-chose, il faudra des centaines de milliards de Dollars. Ceux que les entrepreneures syriennes ont sortis du pays et investit ailleurs, ne reviendront pas tant que plane la menace d’une association forcée avec l’oligarchie ou pour être à la merci d’un des Wallis. Les Russes et les Iraniens veulent récupérer leur mise en s’assurant de la majorité des contrats, mais sans avancer de capitaux. Ils ont déjà mis la main sur les maigres ressources en matières premières de la Syrie. Mais malgré cela ils restent loin du compte. Et à supposer même qu’ils aient la volonté de financer la reconstruction et d’en recueillir les retombées sur le long terme, ils en sont incapables. Ces deux pays, ainsi que la Turquie qui lorgne sur une partie du gâteau, connaissent de graves problèmes économiques structurels. Bien avant les sanctions américaines, les économies de ces trois pays étaient à mal. Pour l’Iran et la Russie, à cause d’une économie de rente concentrée sur le pétrole dont le prix ne remontera jamais assez. Une dette extérieure élevée pour la Turquie ainsi qu’une balance courante négative, un système bancaire à bout de souffle en Iran, les monnaies de ces trois pays qui dégringolent entraînant une inflation qui induit une hausse des taux, rend tout investissement impossible.

Les pays du Golf, l’Amérique et l’ensemble de l’occident ont bien fait comprendre qu’ils n’investiront pas un dollar dans un pays sous la coupe des Iraniens et des Russes. Qui reste-t-il, la Chine ? On voit mal ce pays débourser un yuan qu’il ne récupérerait pas par un contrat. L’Afrique en sait quelque chose.

 

S’il faut se réjouir que le temps des massacres et des destructions massives soit bientôt terminé, la guerre en Syrie, sous une autre forme, ne fait que commencer. Pour la simple raison que les États qui s’y sont impliqués ne veulent toujours pas admettre que les Syriens ont des aspirations légitimes et que les traiter comme du bétail à mener ou à abattre… n’est plus possible !

 

Amine Issa

 

09/09/2018

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05 août 2018

La Nation juive se déchire

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Soixante-dix ans séparent ces deux phrases.

 « L’État d’Israël assurera une complète égalité de droits sociaux et politiques à tous ses citoyens, sans distinction de croyance, de race ou de sexe ». La déclaration d’indépendance d’Israël, 1948.

 « Israël est la patrie historique du peuple et les juifs ont un droit exclusif à l’autodétermination nationale » la loi État-nation, 2018.

Il ne s’agit pas de reprendre la dispute sur les droits de deux peuples sur une terre, mais d’observer la régression mentale d’une nation, la nation juive, vers une forme d’enfermement, le ghetto dont elle a été sans doute celle qui a le plus souffert dans l’histoire de l’humanité. Très brièvement, au cours des siècles, en Orient et encore plus en Occident, les juifs ont été relégués, au mieux dans des quartiers qui leurs étaient exclusifs, au pire enfermés dans des zones géographiques, voir massacrés et ou expulsés hors des frontières. Ce n’est que lorsque la notion de liberté de conscience dans le sillage de la révolution des Lumières a été portée comme valeur universelle dans le cadre naissant des États-nations, que les juifs ont, pour la première fois de leurs existences, senti s’alléger le poids de leurs identités religieuses.

Puis il y eut la Seconde Guerre mondiale, qui elle a failli éradiquer la nation juive, la Shoah cette apocalypse de la bestialité, a été pour l’ensemble de l’humanité et ses valeurs humanistes une éclipse dont elle aurait pu ne jamais se remettre.

Paradoxalement les fondateurs de l’État d’Israël, tout en chassant un peuple de sa terre, voulaient au sein de leur nation perpétuer les valeurs humanistes qui se déclinaient à l’époque dans les programmes de parti dit de « gauche ». Ils avaient bien compris qu’elles étaient le seul rempart contre les replis identitaires qui avaient failli les faire disparaitre à tout jamais. Ils les combinèrent avec le messianisme juif circonscris dans un moment de l’histoire et pas à sa fin, au rassemblement du peuple sur une partie de la terre promise. C’est ainsi qu’ils proposaient au Palestinien, resté dans les frontières de 48, les mêmes droits que ceux des juifs.

Mais au lieu de réparer l’injustice de départ, l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens, ils se sont enfoncés dans son déni, refusant toute réparation, encouragés par le refus des Arabes de toute négociation. Ces mêmes arabes qui par ailleurs n’autorisèrent jamais les palestiniens refugiés chez eux à s’implanter à Gaza sous occupation égyptienne ou en Cisjordanie que le royaume hachémite avait annexé. À partir de 1967 ils se sont lancé dans une politique de colonisation à Gaza, Cisjordanie et dans le Golan, qui s’est nourri d’elle-même et a abouti en 2018 à cette phrase de la loi Etat-Nation « Les implantations juives relèvent désormais de l’intérêt national. L’Etat prendra les mesures pour encourager, faire avancer et servir cet intérêt ».

Mais qu’elle est cette nation qui repousse sans cesse ses frontières ? Comment pourrait-elle les fixer quand les colons sont devenus le point nodal du futur d’Israël et avouent, pour certains d’entre eux, des appétits bibliques, d’un Israël qui irait de l’Euphrate au Nil ?

À défaut de frontières matérielles, d’autres, invisibles, traversent désormais la société israélienne. Entre orthodoxe et réformistes, entre nationalité d’origine, Ashkénaze, Séfarade, Mizrahi, Russe, Ethiopien etc. entre arabes, redéfinit depuis quatre ans comme une nation, et juifs, entre ceux qui produisent et font le service militaire et ceux qui refusent de s’enrôler et ne font que commenter la Thora, entre ceux qui admettent les femmes comme leurs égales et ceux qui veulent les cloitrer, entre ceux qui non aucune retenue à fréquenter l’autoritaire antisémite Victor Orban président de la Hongrie du moment qu’il s’en prend aux musulmans et qu’il professe un nationalisme identitaire de la pire espèce et ceux qui y voient la résurgence d’une Europe hostile aux juifs, entre ceux qui se battent pour les droits des homosexuelles et ceux qui interdisent la Gay Pride. Mêmes les liens avec les juifs américains majoritairement libéraux se distendent. La Nation juive retrouve sa terre, mais se déchire, l’exil devient intérieur.

Israël est une trop petite et jeune nation pour se permettre de telles frontières. De surcroît le ciment de la menace extérieure sur son existence s’est dilué, devient impropre à sceller les parties détachées. La menace intérieure elle se traduit par cette évolution du terrorisme dont les actes sont perpétrés par des juifs. D’abord celui sioniste pour la création de l’état d’Israël contre les anglais et les arabes jusqu’en 1948, puis israélien en représailles contre le terrorisme palestinien et aujourd’hui celui juif contre l’état d’Israël qui veut le détruire au prétexte qu’il n’applique pas exclusivement la loi religieuse. Des terroristes de cette dernière mouture sont actuellement jugés, soutenus ouvertement par des manifestants à l’extérieur du tribunal dans l’indifférence générale. 

 

Amine Issa

05/08/2018

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10 juin 2018

منارالصباغ و نادين لبكي: ألمسألة ليست جهادية

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ان موقف الصحافية منارالصباغ من المخرجة نادين لبكي بنزعها عنها صفة "رافعة رأس لبنان علياً " ليس ناجماً عن حرصها على حصرية نجومية مقاتلي المقاومة الإسلامية باستحقاق التجليل.

‏فالسيدة لبكي مخرجة محترفة و هي ليست دخيلة سطحية على عالم الفن. وما هو أبعد من الفن ان أعمالها تحمل القضايا الإنسانية بشكل عام و قضية لبنان واللبنانيين بشكل خاص. وليس عملها الفني أقل تمكناً من العمل الجهادي بل هو جهاد بحد ذاته. فلنتذكر كم أبقت أغاني السيدة فيروز ‏ومن بعدها زياد الرحباني ومرسيل خليفه وشعر محمود درويش وغيرهم شعلتا فلسطين ضاوية بعدما ناصت الجيوش العربية والكفاح المسلح.أما من ناحية ‏الأخلاق فليست السيدة لبكي من الفنانات المتوترات بل هي سيدة محترمة بكل المقاييس.

 فلماذا نكران الجميل من قبل السيدة صباغ بينما نقاط التشابه بين السيدتين من النواحي الإبداعية والمهنية والنضالية والأخلاقية تجمعهما أكثر مما تفرقهما؟ ‏السبب يعود الى عدم قدرة السيدة صباغ اظهار طاقاتها كلها على غرار السيدة لبكي جراء الضغط النفسي والاجتماعي على خلفية قراءة خاصة لمبادئ دينية تكرس تقاليد ذكرية رامت مقاصد الشريعة التقدمية لبل الثورية الإطاحة بها. وللأسف هذه هي ردة فعل شائعة في شتى المجتمعات وليست محصورة بالسيدة صباغ: انتقاد مالم نتمكن بالقيام به رغم امتلاك الطاقات المستلزمة كلها.

امين عيسى

10/06/2018

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22 mai 2018

Trump, Gaza, et leçons d’Arménie

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Paul Krugman, Prix Nobel d’économie, analyse la politique économique de Donald Trump en évaluant les effets des mesures suivantes: baisse des impôts pour les tranches élevées des revenus, réductions des subventions pour les plus démunis, refus de négocier les prix des médicaments avec les fabricants, augmentation des droits de douane sur les matières nécessaires à l’industrie et les produits de consommation à bas prix. Sa conclusion est que ces mesures desservent l’économie américaine et pénalisent, au premier chef, les individus fragilisés qui ont voté majoritairement pour Donald Trump. Ne trouvant aucune justification rationnelle à cette politique, il l’attribue au caractère cruel du président . Celui-ci célèbre pour sa formule couperet «vous êtes renvoyé», qu’il appliquait dans sa gestion de ses affaires, l’a transposé dans son exercice du pouvoir. Au lieu de cruel, je préférerais les qualificatifs indifférent et dédaigneux. Il n’a que du mépris pour ces Américains déclassés, sans éducation qui ont voté pour lui et qui malgré l’aggravation de leurs situations le laisse indifférent. Par ailleurs, ceux-ci aveuglés par le ressentiment à l’égard des élites continuent à applaudir toujours son discours revanchard.

En décidant de transposer l’ambassade de son pays à Jérusalem, il savait que les palestiniens, surtout ceux de Gaza, se révolteraient et que des morts s’en suivraient, car Benyamin Netanyahu et Ismaël Haniyé sont ses clones dans l’indifférence et le dédain. Il le savait, parce qu’un général israélien avait publiquement prévu un tel massacre en reconnaissant que les Ghazaouis n’avaient rien à perdre. Au mieux Ils agiront comme ce terroriste à Paris qui au moment d’attaquer des passants au couteau leur crie «tuez-moi avant que je vous tue». Son reste d’humanité, dans un ultime sursaut, voulait épargner la vie des autres, mais pas la sienne.

Pour que justice soit faite aux Palestiniens, il faut autant condamner verbalement le duo Trump-Netanyahu que le Hamas, mais surtout relayer par un battage médiatique, je dirais un tintamarre exaspérant, à travers le monde la cause d’un peuple opprimé au nom d’un droit universel à l’autodétermination. Le mépris et l’indifférence non pas encore pollués tous les esprits. Le temps ne joue pas en faveur des palestiniens à la limite déshumanisation. Mais que signifie le temps pour des femmes et des hommes qui le sont si peu ? Il ne peut y avoir de présent en Palestine, seul un avenir suspendu. Il faut contribuer à ce qu’il se pose dans un lieu, à une date.

Leçon d’Arménie

C’est l’histoire d’un peuple martyr. Soumis par l’Union Soviétique et sous pression constante de la Russie. Massacrés par les Ottomans, génocide que la Turquie n’a jamais voulu avoué. Pays pauvre en guerre permanente contre l’Azerbaïdjan qui ne veut pas reconnaître la République du Haut Karabakh pourtant peuplé aux trois quarts d’Arméniens.

C’est pourtant ce même pays qui s’est révolté pacifiquement et a obligé un pouvoir corrompu et despotique de céder le pouvoir à une opposition minoritaire au Parlement mais qui cristallise le ras-le-bol d’une majorité d’Arméniens.

Amine Issa

22/05/2018

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05 mai 2018

7 mai, le jour d’après

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La composition des listes électorales est révélatrice de la déshérence des partis traditionnels. Excepté le Hezbollah dans ses fiefs et dans une moindre mesure Amal, les candidats qui se retrouvent sur une même affiche sont un attelage hétéroclite avec comme seul dénominateur commun la capacité de mobiliser des voix et de l’argent, les deux le plus souvent allant de pair. Ce n’est plus de la realpolitik, mais de la ploutocratie. Exit les programmes et les principes. Un souverainiste s’allie avec le PSNS, des membres du 14 et du 8 ripaillent ensemble, des individus condamnés pour crimes sont absouts pour la «cause», les parangons de la vertu s’affichent avec un pestiféré, certains qui avaient juré ne jamais s’acoquiner avec d’autres, sont frappés d’amnésie, le propriétaire d’un cheptel attend le dernier quart d’heure pour décider à qui vendre son réservoir de voix. Bref, l’éthique politique déjà élastique est catapultée suffisamment loin pour enterrer toute honte loin des regards. Néanmoins, les hommes politiques ne sont jamais à court d’idées pour nous amuser. Nous étions habitués à «fils de». Comme la politique au Liban est avant tout une affaire commerciale et qu’il est rentable de faire des diversifications horizontales, verticales et voir diagonales, nous avons désormais «fils de et co». Le frère, le gendre, le neveu, le beau-frère, l’épouse, etc. Comme les places sont comptées et les appétits féroces, on a vu un fils se présenter contre son père, un aîné contre le cadet, les valeurs familiales se perdent! Il n’y a que la femme de ménage qui a gardé sa dignité et qui a refusé des actions dans la nouvelle société.

J’ai indiqué dans un article précédent comment la demande de changement à laquelle devait répondre l’offre des réformateurs a été déçue. Les nouveaux venus, car beaucoup ne méritent pas le qualificatif de réformateurs, s’avérant autant voraces et individualistes que les anciens.

Le Liban et les Libanais dans tout cela, un détail.

Mais c’est justement ce détail qui sera le grain de sable qui grippera la machine à sous qui nous déleste de notre capital. Une frange considérable de Libanais, une fois la loterie électorale terminée, va rejoindre ceux qui croient déjà que rien à changer sauf pour le pire. De nouveaux invités au banquet avec les incontournables jamais rassasiés vont vouloir racler les fonds de caisse de l’Etat pour continuer leurs commerces. Navires électrifiés qui transforment le fioul en commissions, poubelles aux miasmes changés en or.

Qui est ce grain de sable? Personne et des femmes et des hommes.

Personne, est la dynamique protestataire et réformatrice à mon avis irréversiblement engagée et qui ratisse large. En deux mots, nombreux sont ceux qui n’avalent plus de couleuvres et beaucoup de ceux qui s’en nourrissent encore, le font parce qu’ils ont faim, mais ne rêvent que d’une chose, de cracher sur la main qui les nourrit et les humilie. D’autant plus que ces couleuvres se raréfient vu la faillite de l’Etat et la dégradation continue des services publics.  

Contrairement aux défaitistes, le Liban n’est pas la Syrie qui oscille entre la tyrannie et la barbarie. Le Liban n’est pas que les aboyeurs au service ou fascinés par l’Iran ou l’Arabie Saoudite. Tous les Libanais ne rêvent pas de missiles intercontinentaux, d’islamiser le monde selon un des deux modèles du moment, n’attendront pas la parousie du Mehdi, ont depuis longtemps autorisé les femmes à conduire et ne comptent pas exclusivement sur un pétrole qui bientôt ne vaudra plus le prix de son extraction. Ces Libanais sont ces hommes et ces femmes de tous les milieux, entrepreneurs dans les nouvelles technologies, dans l’intelligence artificielle, qui investissent dans le nouveau capital qu’est l’information. La classe politique même si elle émaille son discours de référence à ces nouveaux paramètres qui changent la face du monde, n’y comprennent rien, ne savent pas combien ils sont porteurs de changement dans la redistribution du pouvoir au sein des sociétés. Ils sont arcboutés à leurs anciens schémas de rapports de pouvoirs faits d’alliances tactiques, d’allégeances féodales et confessionnelles, de déploiements de fier-à-bras et de capitaux financierx. Même les deux modèles, l’Etat providence au service de la classe politique et celui de l’aide à caractère communautaire sont concurrencés par l’entrepreneuriat social tant au niveau du principe de l’expression de la solidarité que de son effectuation.

Bien évidemment, l’ancien modèle est loin d’être mort. Les mentalités bougent lentement et il reste un reliquat de crédit pour acheter des allégeances et des consciences.

Tout ce que je veux dire, est que les Libanais sont loin, très loin d’être désarmés.

Alors que faire? Je me risque à de la politique fiction.

Le 7 mars le Liban va se retrouver avec une chambre sans majorité claire. Une grande moitié de députés seront affiliés aux trois blocs, Hezbollah-Amal, CPL et Futur. Une petite moitié, celle des «embarqués» par ces trois blocs dont l’allégeance, après leurs élections, est plus que douteuse, et quelques réformistes des vrais et des faux. Le CPL se trouvant à la charnière des députés Hezbollah-Amal et Futur qui ont des intérêts divergents, chaque projet de loi, ou arrêté ministériel du prochain cabinet nécessairement d’unité nationale, cette hérésie, donnera lieu à des négociations de marchands de tapis entre ces trois blocs, avec l’obligation d’aller chercher des voix chez les «embarqués» et les faux réformistes. Au final, un Etat soit paralysé, soit des décisions qui voulant ménager la chèvre, le chou et surtout le porte-monnaie, seront contreproductives.

Une occasion pour que la dynamique citoyenne ne chôme pas. Forte de ses compétences, elle devra engager une lutte de longue haleine pour autant dénoncer l’incurie de la classe politique que de proposer des alternatives. C’est la première étape du renversement qui permettra au Liban de traverser les quatre prochaines années sans dégâts irréversibles et rendez-vous est pris pour 2022. C’est une lutte multiforme, dans la rue, les médias, les pétitions, les élections sectorielles et surtout la constitution d’une «masse» critique de protestataires autour d’un véritable collectif citoyen à plusieurs voix mais ne s’exprimant que d’une voie. Ce qui n’a pas été possible avant les élections, tant cette dynamique était encore balbutiante et l’appât d’un siège au parlement dénaturant, le sera après le 6 mai. Le pouvoir n’est plus en mesure de traiter les opposants par le mépris. Il devra céder et réviser sa copie, car au-delà de la protestation le système est à bout de souffle. Lors des harangues électorales les soucis des libanais étaient totalement absent, seuls furent mobilisés les instincts de survie communautaire dont l’impact n’est plus ce qu’elle était.  Un système sourd, aveugle et incompétent ne peut que reculer. Il suffit d’observer ceux d’Arménie et du Nicaragua ces deux dernières semaines pour s’en convaincre.

Amine Issa

06/05/2018

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01 avril 2018

زحله، القوات اللبنانية والعربة الغريبة

 

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حتى خصوم القوات اللبنانية يعترفون للحزب منذ عودته الى الحكومة التميز باختيار وزرائه. فيشهدون لهم الكفاءة والأمانة واللاطائفية. من هنا كان متوقع أن تنسحب هذه المواصفات على لوائح الحزب للانتخابات النيابية. وعليه دعونا نلقي نظرة على لائحة الحزب عن دائرة زحله، وذلك لما تمثله هذه الدائرة من أهمية نظراً لحجمها وارتباط تاريخها الحديث بنضال القوات اللبنانية، ولاسيما مقولة الرئيس بشير الجميل: "التخلص من الدولة المزرعة

إذاً على لائحة الحزب في هذه الدائرة شخصين من دون الآخرين، القاضي جورج عقيس مرشح القوات اللبنانية و"الحليف" السيد سيزار نعيم المعلوف. لم أتعرف بأي منهما شخصياً لكن عند قراءة مدونات القاضي على صفحة الفايس بوك الخاصة به، يتبين أنه صاحب رؤية ومشروع سياسي انمائي، وسمعته في الأوساط الشعبية والقضائيه لا تدل إلا على الكفائة والنزاهة وحرية الرأي. أما السيد معلوف فهو رجل أعمال ناجح يعرف عن عائلته بعض التصرفات ’’ العنترية’’، وهي غير مستغربة ومدانة كلياً في منطقة، علق فيها الى حد بعيد سيف العدالة منذ الاستقلال. فاضطرا المواطن إلى تدبير أموره الأمنية ذاتياً، اضافة الى الفقر المستشري وغياب فرص العمل وإهمال الدولة للمجمل الأطراف، التي دفعت الآلاف من الشباب الى ممارسة اللصوصية وترويج المخدرات. فهو كذلك مفهوم ونوعاً ما مبرر. ولكن يبقى السيد سيزار المعلوف ابن نعيم المعلوف الذي تاجر بالمخدرات وحوكم وسجن. إذا فكيف يجتمع القاضي مع ابن تاجر المخدرات في لائحة واحدة؟ ولو شاءت الصدف لكان القاضي جورج عقيس قد حاكم نعيم المعلوف

هذا سؤال مبرر يطرحه الناخب وليس أكثر. فلهذا السؤال جوابان لا ثالث لهما.

إما أن القاضي عقيس قد رضي بالمحظور تلبية ً "للمصلحة العليا" وهذا ليس مقنعا أبداً، فاللبنانيين ليسوا جهلا لهذه الدرجة. أو أن السيد معلوف تنكر لأعمال والده، وبيض صفحة العائلة وهذا الذي لم يحصل حتى الساعة

فما هو مبرر القوات اللبنانية لهذه العربة الغريبة؟ الجواب ليس عندي

 

امين عيس

01/04/2018

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18 mars 2018

Les merveilleux amis de Donald Trump

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La presse internationale se félicite de la prochaine rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un. On serait à la veille d’un accord qui éloignerait la menace d’une apocalypse nucléaire mondiale. Si une autre dérive n’expliquait pas cette tartufferie, on en rirait. La Corée du Nord est un fossile hors de l’histoire qui est incapable de menacer qui que ce soit. L’on est impressionné par ses défilés militaires où des milliers de soldats paradent au pas de l’oie comme un seul homme dans une chorégraphie digne des grandes messes nazies de Nuremberg. Effectivement la dynastie a réussi à transformer les Coréens en automates. Mais sous la peinture flamboyante des missiles qui accompagnent ces défilés, il n’y a que de la quincaillerie rouillée, des copies de missiles chinois, eux-mêmes copiés sur ceux de feue l’Union Soviétique. Tirés, s’ils n’explosent pas en vol, ils ont la précision d’une bombarde du Moyen-Âge. A l’aire des satellites et des drones, Kim Jong-un «Grand soleil du XXIè siècle» continue à observer la frontière avec la Corée du Sud avec des jumelles comme celles des tranchées de la première guerre mondiale, entouré d’officiers bedonnants et hilares qui prennent note de ses instructions sur des carnets après avoir sucés la mine de leurs crayons. Et si d’aventure Kim Jong-un venait à armer ses missiles de têtes nucléaires, au moment même où il réfléchirait à leurs emplois, la totalité de son arsenal serait détruite par une volée de missiles «Cruises» ou de bombardiers tactiques que sa défense anti aérienne n’aura même pas le temps d’en détecter l’arrivée.

Le régime de Kim Jong-un est en faillite permanente. Chaque fois que les silos de blés sont vides et que la famine est aux portes, le dictateur sort ses griffes émoussées pour quelques navires d’aides alimentaires. Il fait également l’affaire de la Chine pour effrayer le bon peuple américain, sans le pétrole de laquelle aucune voiture ne roulerait, aucune centrale électrique ne fonctionnerait. En prétendant refroidir les ardeurs de Kim Jong-un, la Chine fait oublier ses pratiques commerciales déloyales, ses empiétements en mer de Chine et rappelle aux Américains que le changement de cap de leurs politiques étrangères du Moyen-Orient vers l’Asie n’est peut-être pas une bonne idée. Celle-ci initiée par le président Barack Obama n’a pas été revue, un porte-avions américain vient, pour la première fois, accoster au Vietnam depuis la fin de la guerre avec ce pays.

Il est étonnant que Donald Trump veuille obtenir un accord avec Kim Jong-un et dénoncer celui signé par son prédécesseur avec l’Iran. S’il est vrai que le président Barack Obama n’a pas exigé de l’Iran de réduire son intervention au Moyen-Orient, il y a à cela trois raisons. D’abord le nucléaire iranien peut être une menace pour Israël, ensuite provoquer une course à l’armement atomique. Ainsi l’Arabie Saoudite se sentant menacée aurait pu, si l’Amérique ne l’autorisait pas à acquérir la bombe, se fournir secrètement au Pakistan contre quelques milliards dont ce pays a toujours besoin et qui entretient avec Washington une politique ambiguë. C’était cela la priorité. De plus, la réintégration de l’économie iranienne dans le circuit mondial et le relèvement du niveau de vie conséquent peut vivifier la contestation interne au régime iranien dont un des slogans est le retrait des théâtres extérieurs et donc amener le régime à revoir ses priorités. Les derniers évènements en Iran vont dans ce sens. Évidemment cette option prise par le président Obama n’a aucune garantie de succès, mais elle est rationnelle. Alors qu’en Corée du Nord pour l’instant, il est totalement exclu de voir une quelconque opposition se développer.

Mais alors quel est l’objet de cette rencontre? Aucun sauf la propension de Donald Trump de s’aboucher avec la pire espèce de dirigeants de la planète, qui n’ont que mépris pour leurs peuples. Grand admirateur de Vladimir Poutine, son administration après la cascade de révélations sur l’interférence du Kremlin dans les élections de 2016 et l’assassinat du double agent en Grande Bretagne, lui a forcé la main pour imposer de légères sanctions à Moscou. Mais il refuse toujours de signer une loi du congrès qui instaure d’autres sanctions contre la Russie, accusée de violer l’intégrité territoriale de l’Ukraine, de provoquer des tensions avec l’OTAN en Europe et de mener une guerre électronique contre les infrastructures des Etats-Unis. Malgré les tiraillements avec Recep Tayyip Erdogan sur des conditions secondaires comme les poursuites judiciaires contre des gardes du corps du président turc qui ont molesté des manifestants kurdes lors d’une visite aux États-Unis, le président Donald Trump a lâché la bride à son ami pour écraser ces mêmes Kurdes en Syrie, les seuls véritables alliés de l’Amérique dans ce pays. Après avoir accusé le président chinois de manipuler sa monnaie, il se rétracte et se félicite du vote du congrès du PC chinois de permettre au président XI Jinping de rester au pouvoir indéfiniment.

C’est le défaut des démocraties de permettre à des hommes tels Donald Trump d’arriver au pouvoir. Mais c’est surtout parce que la démocratie est devenue laisser-faire et qu’elle n’allume plus les voyants rouges quand suite à la démission des hommes politiques à donner un sens à leurs actions, ceux-ci se contentent de gérer et mal leurs pays. C’est aussi une conséquence du laisser-faire économique des néolibéraux qui a provoqué des crises économiques telle celle de 2008, augmenté les inégalités, faisant la part belle aux populistes. Mais c’est aussi la démocratie qui a le plus de chance, sans effusion de sang et destructions, de renvoyer Donald Trump à son appartement de New York sous ses caissons dorés d’une vulgarité sans nom. Les dernières législatives partielles dans des fiefs Républicains en sont un signe.

 

Amine Issa

18/03/2018

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04 mars 2018

Elections : Le syndrome des réformateurs

Source: Flickr

Eric Weil développe la théorie suivante : lorsqu’un changement devient possible, une situation est considérée insupportable et appelle à l’action généralement pacifique (1). Ainsi pour exemple quand les moyens de production se mécanisent, l’esclavage même condamné précédemment, parce que désormais inutile devient insupportable et appelle à une action pour l’abolir.

Au Liban le mécontentement ne date pas d’aujourd’hui. Sauf qu’un changement dans le paysage politique devient une possibilité. Précédemment le système verrouillait toute tentative de le contester en utilisant deux leviers. Le premier, le clientélisme ou la distribution de l’argent publique sous forme de prestations sociales, d’emplois, de tolérance vis-à-vis des fraudeurs et d’attributions de projets surfacturés. Le second, la protection, chaque parti-communauté prétendant défendre les droits et l’intégrité physique de ses adhérents. Or les caisses de l’état sont vides et le niveau des prestations sociales est en dégradation continue. Le discours sur la protection est de moins en moins fonctionnel, les Libanais se rendent compte qu’ils ne sont pas les ennemis les uns des autres et un grand nombre se considère désormais grugé par l’ensemble de la classe politique. Les dernières acrobaties d’alliances qui ont permis l’élection du président Michel Aoun et celles qui l’ont suivie ont dessillé bien des yeux. Devant cette incapacité de perpétuer la distribution et le discours mensonger, l’option d’une répression à la manière syrienne étant improbable au Liban, il ne reste à la classe politique que de resserre les rangs pour sauver son pouvoir. C’est ce qu’elle fait et réutilise les anciennes recettes quand elle le juge opportun, car beaucoup de Libanais pour de multiples raisons ne veulent ou ne peuvent toujours pas voir la mystification. La dernière querelle entre le ministre Gebran Bassil et le Président de la Chambre en est une illustration.

La panne de ces deux leviers, les grands mensonges éventés, libèrent chez les Libanais des capacités auparavant atrophiées. À cela s’ajoutent de nouveaux moyens aux mains des jeunes réformateurs qui sont les réseaux de communications digitaux qu’ils maitrisent parfaitement. Cela brise le monopole des partis sur la communication, celle-ci étant un outil essentiel sinon le premier pour obtenir les suffrages.

La première manifestation de cette capacité de changement a été le score de 40% obtenu par le collectif Beyrouth Madinati et dans une moindre mesure l’élection de deux indépendants aux ordres des ingénieurs et des avocats, ainsi que le score en progression des étudiants sans étiquettes dans les conseils d’étudiants des universités. L’alliance de la classe politique n’a pas pu empêcher cette percée significative. Cela a réveillé les eaux endormies d’une supposée fatalité et des citoyens n’admettent plus désormais le statuquo. L’échéance des législatifves est le prochain rendez-vous de la confrontation. Si le Hezbollah et Amal ne doutent pas de leurs électeurs et ont déjà nommé leurs candidats, leurs listes ne sont pas entièrement formées à deux mois des élections. Les autres partis sont encore à chercher la combinaison gagnante. C’est dire leur embarras.

Les réformateurs sont nombreux. Des partis, des rassemblements et des indépendants, qui eux également n’ont toujours pas annoncé de liste. Je ne pense pas que les négociations en cours portent sur des divergences de programme. Pour la simple raison que l’enjeu n’est pas une nouvelle politique fiscale qui pourrait opposer un gauchiste à un libéral ou la nécessité de trouver une solution aux armes du Hezbollah. L’objectif et tous le savent est de briser le monopole des partis sur la vie politique pour tenter de freiner la déconstruction de l’état. Le fonctionnement de celui-ci ne répond plus à aucune norme d’efficacité. Le trésor public est géré comme une épicerie, sans stratégie, sans comptabilité, telle une tirelire d’enfants gâtés qui y puisent au gré de leurs caprices. C’est donc une question de gouvernance dont on ne respecte pas les règles.  John Locke il y’a déjà quatre siècle avait déjà expliqué pourquoi la bonne gouvernance était la condition de la réussite d’une nation, bien plus que la définition de la forme de l’Etat. 

Or il semblerait que les réformateurs au moment de définir leurs stratégies d’alliances soufrent du même syndrome. Le choix des candidats doit se faire selon un processus de prise de décisions qui, prenant en compte toutes les variables et leurs coefficients d’importance, doit aboutir à des décisions sans appel. Il est naturel que l’évaluation des variables puisse être différente, que les ambitions personnelles pèsent sur la rationalité des discussions. Mais il arrive un moment ou la bonne gouvernance exige que des règles soient posées et respectées. Qu’a l’application de se règles des candidats soient désignés et que les autres aspirants acceptent le verdict.

Il ne faut pas se leurrer, si les réformateurs n’appliquent pas ce schéma c’est qu’ils sont incapables de bonne gouvernance et sur ce point ne valent pas mieux que la classe politique. Ils se présenteront aux électeurs en ordre dispersé et se feront facilement battre. L’élection de deux ou trois ovnis ne servira à rien.

C’est à alors que la théorie inverse d’Eric Weil pourrait s’appliquer. C’est le désespoir et non pas la possibilité pacifique d’un changement qui aboutira à ce dernier. Il existe dans les banlieues sud et nord de Beyrouth, dans la Bekaa Nord et le Akkar un réservoir de désespoir, de colère, rempli jusqu’au bord. S’il venait à se déverser, ce sera un flot de violence et le changement conséquent sera identique à ceux que nous avons vécus depuis que la république existe, une régression.

 

Amine Issa

03/03/2018

 

1-Le politique et sa logique dans l’œuvre d’Éric Weil, Patrick Canivez, Kimé.

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04 février 2018

Téhéran la désacralisation en marche.

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La première lecture du dernier mouvement de protestation en Iran est aisée. Une classe pauvre ou appauvrie prend la rue. En cause, la corruption du régime, le contrôle des institutions religieuses et des gardiens de la révolution sur plus de cinquante pour cent de l’économie (chiffre difficilement cernable avec exactitude) qui investissent le capital national à leur propre bénéfice et celui de leur clientèle immédiate, ou hors des frontières. En 2017, 16 millions d’Iraniens avaient déjà quitté leurs campagnes pour s’agglomérer dans les ceintures de misères des grandes villes. En cause, une gestion catastrophique des ressources aquifères. Le président Rouhani a certes ramené l’inflation de 40 à 10%. Les exportations ont sensiblement augmenté depuis l’accord sur le nucléaire. Mais la population n’en ressent pas suffisamment les effets. Mahmoud Ahmadi Najad, pour calmer la grogne des citoyens au budget laminé, avait ouvert largement les vannes des subsides. Les caisses de l’état sont vides, son successeur est obligé de réduire les aides ou de les annuler. Preuve supplémentaire que l’embellie économique n’est qu’au bénéfice de l’élite, si les importations ont elles aussi augmenté, c’est surtout celles de produits de luxe.

Le régime a bien reçu le message, il émane cette fois de sa base, contrairement au « mouvement vert » de 2009 celui de la classe moyenne et éduquée. Il tentera des réformes économiques pour relever le niveau de vie général. Déjà le Guide a demandé aux Gardiens de la Révolution de réduire leurs activités économiques. Mais il butera certainement contre l’incompressibilité du budget des forces armées (23% du budget) et sur la résistance d’une nomenklatura qui ne voudra pas céder ses privilèges. Plus important est le changement en cours de l’état d’esprit de la population acquise au régime. Altération, celui-ci ne peut pas ou ne veut pas la voir, ainsi sont tous les régimes idéologiques. Le Guide a bien reçu les insultes à son égard, il les met sur le compte d’une effusion de colère temporaire et gérable. Mais quand les Iraniens conspuent pareillement le président Rouhani le réformateur et le Guide gardien de l’orthodoxie, c’est tout le système qui est en procès.

Comment on en est arrivé là ? Très rapidement, l’Imam Khomeiny va écarter du pouvoir tous les opposants laïques au Chah qui avaient participé à ses côtés à la révolution. Seront tolérés un temps puis écartés les partisans d’Ali Shariati, pour qui la révolution islamique pouvait être le moteur d’une évolution vers la modernité en réconciliant religion et idéaux marxistes. De même des figures tels Abdel Karim Soroush et Mohamed Shabestari, un laïc et un clerc, qui, tout en reconnaissant un rôle central à la foi, veulent soumettre la religion à l’épreuve des sciences humaines. Mais l’idéologie de la république Islamique ne peut se résoudre à des révisions de son socle d’idées arrêtées une fois pour toutes. Ainsi l’islamisation de la société doit être holiste. Aucun aspect de la vie ne peut échapper aux normes de la religion. Il y’eut donc, l’économie islamique, l’éducation islamique, l’art islamique, les droits de l’homme islamique, etc. L’instruction et la compétence ne sont plus alors le marchepied à l’ascension sociale, mais la conformité aux normes religieuse. Même dans le secteur privé, une adhésion à ces normes devient nécessaire pour exercer son activité. Dans un système où la compétence, qui est une variable et l’égalité par le droit de tout citoyen quelle que soit sa croyance ne sont plus les critères qui permettent l’avancée, mais le statut, celui de musulman pratiquant, deux effets sont inévitables.  D’abord le déclassement de la religion. Celle-ci reste avant tout une relation spirituelle avec une vérité transcendante, malgré toutes les tentatives d’y voir un (également) ordre du monde. En Islam plus encore que dans le Christianisme, Dieu à l’origine de toute chose, reste dans les limbes du ciel, mystérieux, dont il est interdit même d’esquisser les traits et ne s’est jamais fait homme. En faire un actionnaire d’une société commerciale en la qualifiant d’islamique, le déconsidère et le banalise. Ceci étant, on ne demande plus aux hommes associés de Dieu, que la conformité aux règles de la religion, comme le port de la barbe, le voile pour la femme, l’interdiction du taux d’intérêt. Déchargés de toute exigence éthique, ces faux dévots ne sont plus avec le temps, que majoritairement des opportunistes qui revêtent l’habit normatif pour accéder aux premières places. Graduellement se forment ainsi des corporations closes, des baronnies héréditaires ou cooptatives de la fonction publique, de l’accès aux marchés publics, de l’obtention de monopoles dans les affaires privées. La corruption s’installe, la performance individuelle décline, l’économie n’est plus compétitive et les exclus grandissent en nombre.

En Occident au 18ème siècle Friedrich Schiller écrivait déjà « notre culture doit nous ramener à la nature par la voie de la raison et de la liberté », ce que Max Weber théorisera par le « désenchantement du monde », c’est-à-dire que celui-ci ne répondait plus à un ordre souverain mystérieux, mais à celui de règles scientifiquement repérables. On retira à l’église ses prérogatives terrestres, on laïcisa les valeurs chrétiennes. Dieu garda son aura spirituelle et morale loin des affaires du monde. Même l’athéisme le plus radical, tel en Union Soviétique, finit par accorder une place à la foi incompressible pour certains.

Depuis, les progrès des sciences humaines et celles de la nature rendent encore moins acceptable l’explication ou la gestion du monde par la référence exclusive au divin. Et inacceptable que la validation du savoir scientifique soit accordée à des clercs pour conformité. Cela, ajouté à tout ce qui précède comme captation des richesses ou simple droit à une vie digne que s’accordent des groupes de prédateurs et associations au qualificatif islamique est une combinaison inflammable. Elle peut s’embraser non pas par un seul « désenchantement du monde », mais par une « désacralisation » radicale que les fausses idoles du régime ne pourront pas contenir.

Amine Issa

04/02/2018

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