citoyen libanais

25 septembre 2016

Alep n’est pas Stalingrad !

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Deux villes devenues un amas de pierres. Sauf qu’Alep n’est pas Stalingrad ! Celle-ci, eut pour son malheur de se trouver sur la route de l’envahisseur et Staline n’eut aucun scrupule à la raser. Alep n’est occupé que par ses habitants et quelques mercenaires de l’islamisme sauvage, international et local.

Stalingrad était une ville secondaire, sans charme particulier. Sa destruction ne fit qu’écorner le patrimoine russe. Alep, par contre fut longtemps la première ville de Syrie. Damas, après l’éviction des Omeyyades, fut déclassé. Elle ne reprit de l’importance que lorsque la route de Damas partant du port de Beyrouth, la désenclava et la relia au commerce mondial. Alep était le dernier oasis de civilisation avant le désert arabe et ses bédouins vivants de razzias. C’est à Alep qu’on retrouve les plus beaux souks du Moyen-Orient, les plus belles mosquées, et madrasas de Syrie, la plus admirable citadelle arabe. Son tissu social était cosmopolite. Arabe, Arméniens, Kurdes, Turcoman, Yezidis, Levantin, Juifs et Chrétiens maronites, syriaques, grecs orthodoxes, y vivaient en harmonie. Il fallut un premier dictateur pour vider le quartier juif. C’est dans cette ville que l’art culinaire arabe connut son plus grand raffinement.

Si Alep n’est pas Stalingrad, l’envahisseur de la ville est un clone de celui qui détruisit la ville russe. Vladimir Poutine représente chez le peuple Russe, ce que Maxime Gorki écrivait pour s’insurger que le corps de Tchekhov décédé fut transporté dans un wagon de marchandise, « Cette trivialité, ce manque de culture ». Un général Allemand, tout nazi fut-il, dans un sursaut de conscience, désobéit à Hiltler et refusa de détruire Paris sur le point d’être reprise par les alliés. Vladimir Poutine, n’a même pas cette conscience, ni pour la ville, ni pour les milliers d’habitants qui sont morts sous ses bombes d’une tonne et celle de son larbin. Dans son ouvrage, « les prolégomènes », Ibn Khaldoun l’inventeur de la sociologie politique, nous explique qu’une ville civilisée est toujours la proie des nomades belliqueux et frustes. Ainsi les Mongoles, la racaille de l’Europe médiévale sous prétexte de croisade et aujourd’hui Vladimir Poutine, ont détruit Alep. Celui-ci est l’héritier d’un des barbares modernes du vingtième siècle, Staline. Ce dernier avait multiplié les hôpitaux psychiatriques pour y enfermer ses opposants avec les véritables malades, dans des instituts où l’on souhaitait mourir plus que de vivre. Alors qu’à Alep, au quatorzième siècle, a édifié le Maristan Arghun, un asile d’aliénés, où, pour réduire leurs agitations, on les réunissait autour d’un bassin d’eau munie d’une fontaine, alors que sur une estrade un orchestre jouait de la musique.

Détruire Alep pour vaincre les barbares de l’État Islamique ? Sauf qu’ils n’y sont pas, ou si peu, dans ses faubourgs miséreux et incultes où se sont entassés les paysans chassés de leurs terres stérilisées par quarante années d’incurie d’une dictature. Alep était la ville des soufis, cette école spirituelle et pacifique de l’Islam qui voulait corriger la lecture strictement juridique du Coran. Ce n’est pas un hasard que Jallal Eddine Weiss, chrétien français converti à l’Islam, vient s’y installer pour dynamiser l’héritage musical soufi qui ne chante que l’amour de Dieu, et le fit partager au monde entier. Ce n’est pas un hasard non plus que Abdel Rahman Al Kawakibi, un des réformateurs musulmans les plus avisés y soit né.

Chasser les Aleppins de leur ville détruite est le chemin le plus court pour gonfler les rangs de l’État Islamique. Un individu qui n’a rien à perdre est un candidat à la radicalisation. Celui qui a tout perdu, l’est encore plus. Rendez-vous donc à Moscou.

Amine Issa

25/09/2016

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18 septembre 2016

Faire au Liban de la politique autrement.

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La classe politique libanaise ne gouverne pas le Liban, elle l’exploite. La conviction d’être l’homme providentiel, l’enfermement idéologique, l’affairisme, la dépendance, le manque d’intelligence, ont détaché les « décideurs » de la réalité des citoyens.

Cela est un diagnostic suffisant. Trois lignes sont plus d’honneur que ne méritent les histrions de la politique.

Que faire ? Il existe deux voies classiques pour renverser une situation. La première est la voie constitutionnelle, celle qui par des élections, peut changer un régime. Cette voie est obstruée, par une addition de considérations. La classe politique s’y refuse, prétextant les risques sécuritaires et les diverses interprétations de la constitution. Celles-ci ont atteint des acrobaties ubuesques qui ne convainquent même pas les saltimbanques qui s’y adonnent. Le prétexte sécuritaire, après les élections municipales, est lui, indéfendable. Voulant se maintenir coute que coute aux pouvoirs et chevillés aux conflits régionaux, les dirigeants ne sortent plus de leur chapeau que la sempiternelle concurrence confessionnelle, lourdement lestée de l’entretien de la peur de l’Autre et du prétendu droit des chrétiens, sunnites, chiites et druzes. Ces manouvres et menaces sont aberrantes. Au quotidien les citoyens de toute confession se côtoient, commercent, cohabitent. Le droit des communautés est lui le grand mensonge. Nous ne sommes pas dans un état apartheid comme Israël, la Turquie ou la Syrie, ou respectivement, les Palestiniens, les Sunnites, les Kurdes et les Alevis sont privés des droits fondamentaux. Pour le reste, je ne vois pas qu’un Druze, éduque et soigne ses enfants, consomme de l’électricité, roules dans les ornières, etc. autrement qu’un chrétien, un chiite ou un sunnite. Le droit des communautés, c’est le droit de leurs dirigeants de désigner des fonctionnaires incompétents, corrompus et irréprimables, dont la seule qualité est d’être subordonnée à leurs parrains, au service du pillage des ressources du pays. Malheureusement, la mémoire de la guerre, la vague islamiste, l’entretien de la méfiance et des décennies de déconstruction d’une identité libanaise, la distribution de prébendes pour répondre aux besoins urgents des quémandeurs, sont suffisants pour refréner toutes velléités de révolte au sein des partis-communautés.

L’autre alternative est la révolution violente. Pour les raisons précitées, il est impossible au Liban d’aboutir à un mouvement majoritaire cohérent contre la classe politique. Même l’armée n’est pas en mesure de la faire, car une fois embarquée dans une lutte politique elle perdrait sa cohésion. Ensuite, le déséquilibre de moyens entre le Hezbollah et le reste des Libanais prédit déjà de l’issue de la bataille. Nous n’y gagnerons qu’une guerre civile.  

Que faire alors ? D’abord une constatation empirique. Les élections municipales ont montré une fissure importante dans la discipline de vote. A Beyrouth, à Tripoli, à Harret Saida, à Balbek, à Jezinne, à Nabatieh et ailleurs, pour ne citer que les agglomérations les plus importantes. Ce mouvement protestataire à deux caractéristiques. Il touche toutes les régions, toutes les communautés et tous les échelons socio-économiques. Ensuite ses voix protestantes se sont toutes données à des candidats et des collectifs ayant des programmes, ou le repli identitaire, la peur et la démagogie n’avaient pas leurs places.

La seconde constatation n’est pas particulière au Liban, mais touche l’ensemble des pays modernes ou engager à le devenir.

Parce que le monde est plus complexe, le pouvoir est dorénavant plus dilué. Pour un député, il suffisait d’être avocat, ingénieur ou simple homme de bon sens, pour comprendre le fonctionnement de la téléphonie mécanique, des transactions et des produits bancaires, lire le budget comme des additions et des soustractions, les codes d’éthiques des hôpitaux, et légiféré. Aujourd’hui, les moyens de transmissions par onde, l’irruption du digital, la complexité des produits financiers et leurs interactions planétaires, la bioéthique, laissent les députés désarmés. Ils ont besoin de spécialistes dont le statut est tel qu’ils ne peuvent être traités comme des affidés. Cela est également vrai pour le pouvoir exécutif.

Le pouvoir financier était entre les mains d’une poignée de commerçants, d’industriels et de financiers, tous associés, directement ou pas, au pouvoir politique. Ce n’est plus toujours le cas. Le commerce électronique, la multiplication des sources et des produits, la montée en puissance de nouveaux acteurs au Liban, ont relâché l’emprise des monopoles. L’industrie se spécialise et demande autant de compétences que de capitaux. Ceux-là sont plus faciles à trouver, tant au Liban qu’à l’étranger à la recherche d’investissements rentables. Le mouvement quotidien de masses de plus en plus grandes de capitaux, la complexité des instruments financiers, la disparition des frontières, la facilitée des transactions et des acquisitions, rendent le repérage du pouvoir financier plus difficile. J’ajoute, l’apparition de nouveaux entrepreneurs et innovateurs, déterritorialisés, qui peuvent se fiancer hors des circuits traditionnelles (crowdfunding), avec des capitaux relativement réduits, peuvent avoir un impact disproportionnée à la mise de départ, Facebook en est le modèle.  Ils sont généralement peu sensibles aux alliances matrimoniales avec la politique.

Cela ne signifie pas que les anciennes pratiques de confusions entre les pouvoirs politiques et économiques ont disparu, mais qu’il existe désormais des capitaux humains et financiers substantiels, capables de soutenir librement un mouvement de changement.

Quant au pouvoir de la presse, par la multiplication des intervenants et la démocratisation des moyens de diffusion de l’information, le pouvoir politique partisan en a perdu l’exclusivité. Au Liban les médias qui sont en difficultés reflètent la décrue de l’argent politique auxquels ils étaient abonnés.

Aujourd’hui, l’action politique n’est plus uniquement le résultat d’une concertation entre politiques et des décisions appliquées indistinctement de leurs conséquences. Elle n’est pas une opinion qui peut manifester un ras le bol ou une forte émotion circonstancielle (la manifestation de 2005) ou des manifestes louables de cénacles de réflexion virginaux. L’action politique devient ce qu’Yves Citton, appelle la politique du « Geste » (1). Celle-ci est une succession d’interventions coordonnées, sans cesse réévaluées et sur le long terme. Elle est menée sur le terrain, à partir de convictions stratégiques, rationnelles et réalistes, issues d’un débat public, par des militants organisés et déterminés qui sont des citoyens, dont la dignité précède l’identité. Elle est soutenue par des spécialistes de la société civile qui en savent plus que tous les fonctionnaires, députés et ministres réunis, et demande des changements progressifs. Elle est soutenue financièrement, par cette classe de nouveaux entrepreneurs qui mettent à sa disposition, de l’argent, leurs réseaux et leurs compétences. Elle est reliée par les réseaux sociaux qui en assurent la médiatisation et la « médialitée » (potentielle). C’est une politique de pression permanente sur la classe politique qui doit soit se repenser soit se retirer honteusement. Une des idées maitresses de la politique du geste selon Yves Citton est de ne pas se poser la question, que ferons-nous quand nous serons au pouvoir, mais que pouvons-nous faire quand nous n’y sommes pas ? Une victoire entrainera une autre, donnera une légitimité à ce mouvement, sans l’exposer à une catégorisation de classe, de région ou de confession susceptible de le détruire, et lui ouvrira les portes du pouvoir. Il subira à son tour la même pression s’il échoue ou trahit son programme.

Rétrospectivement, depuis la crise des déchets et l’émergence des divers mouvements, c’est ce schéma qui s’est mis en place. Il a bénéficié, du militantisme, de l’appui de la société civile, des spécialistes et des entrepreneurs qui l’ont financé en toute transparence. Il s’est imposé dans les commissions chargées de résoudre les crises successives, il a imposé son relai par les médias traditionnels et a gagné en représentation, du premier mouvement de protestation jusqu’aux élections municipales.

Mais il a manqué d’organisation et de stratégie sur le long terme. Il a péché également par des querelles de personnes et subit des infiltrations. Pourtant, ces accrocs ne remettent pas en question sa réalité et son avenir s’il sait s’organiser. Il suffit d’entendre des hommes politiques et des chefs de partis, qui hier encore habitaient les nues, louaient la société civile, s’y associaient, essayaient d’en gagner les faveurs et les suffrages.

Amine Issa

18/09/2016

1-Renverser l’insoutenable, Yves Citton, Seuil.

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28 août 2016

هل " ولاية الفقهاء التعيينية المطلقة التعيينية" من أهل البيت ؟

 

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في القرن السادس عشر استولى الصفويون على الحكم في ايران ، فجعلوا من المذهب الشيعي دين الدولة . لم يكونوا متمكنين من الفقه و العرفان الشيعين فاستعانوا بعلماء جبل عامل المتسعة علومهم و من اشهرهم  الشيخ لطف الله .فصاهره الشاه عباس و سمّى جامعه الخاص باسم العالم . شُيّد هذا المبنى في مدينة أصفهان و هو من أجمل العمارات الإسلامية، بل الدينية عامّة في سائر المعمورة .عند أول زيارةٍ له صادفني وجود شابة و شاب حيث بادر الأخير بإنشاد أغنية من اعمال محمد رضا شاجيان . طبعاً ، لعدم معرفتي بالفارسية لم أفهم الكلمات ، لكن اللّحن و الوضع النفسي للشاب الظاهر على ملامحه ، أفهماني أن لغنائه طابع ديني . حينها ، أنا المسيحي الثقافة و العلماني الممارسة و االلاأدري القناعة ، شعرت بالإقلاع عن الدنيا ، و تخطت نظراتي الحاجز الحجري لقبة المسجد الساحرة ، نحو فضاء لا اعرف حدوده .

اواخر القرن السابع عشر ظهرت حركتان دينيتان مسلمتان . الحركة الاولى قام بها الداعية محمد عبد الوهاب . و الثانية كانت الحركة    "الأصولية " الشيعية في ايران و العراق . لا تشابه او مقارنة بين عقائد هاتين الحركتين ، الا في الظرف السياسي الا وهو بدء تراجع المركزية السلطوية للإمبراطورية العثمانية . فالفراغ الإستبدادي سمح لأفكار جديدة أن تنشأ بمعزل عن تقويمها ، و الإشارة هنا إلى مصادفة مرحلة النشوء للحركتين ، هو فقط للتركيز على أهمية الظروف التاريخية و تأثيرهاعلى الحركة الفكرية ." فالأصولية " تبنت مبدأين أساسيين . الأول الاستعانة بالعقل و رفض القراءة الحرفية للنصوص مثلما كان متبعا" عند الشيعة " الإخبارية " . و المبدأ الثاني هو متحدر من الاول و هو أن على الشيعة ، في غياب المهدي المنتظرو الذي بظهوره سيرسو العدل في الدنيا ، لا بد ان يتدبروا امورهم لرفع الظلم و الغبن على اقل تقدير (1) .

و من هنا بدأ مشوار نظرية " ولاية الفقيه " .لم تكن منذ البداية مثلما أرساها الإمام الخميني الراحل . و خلال اكثر من قرن و نصف قرن عرفت تغيرات لُبُّها دور ، أصول تسمية ، و صلاحيات الفقيه . من النصح للحاكم ، إلى تفرد الفقيه بالتحكم ببعض أمور الناس منها الحسبية ، إلى إرثاء الشرعية للحاكم تحت شروط  ، إلى أخيرا" السلطة المطلقة للفقيه . و تعرف هذه النظرية الأخيرة الخاصة بالإمام الخميني  بــ "ولاية الفقهاء التعيينية المطلقة التعيينية" ، أي أن موقع الفقيه الوالي هو رغبة الائمة المعصومين . و المطلقة ، لإدارة عامة شؤون الرعية  السياسية و الإقتصادية و الإجتماعية ، إضافةً للمسائل العبادية (2) .

ومثلما ذكرت أنِفاً، هذا الإبتكار اعتمد على العقل . لكن ليس العقل المجرد فقط ، بل ايضا" على تفسير النصوص و التاريخ .فهل التفسير واحد ؟ الجواب كلا ، فمنذ ورود  النصوص و التاريخ ،  هنالك تفسيرات مختلفة . و الخلاف ليس عداوة .

و بالعودة الى البداية ، اختلف المسلمون على من يخلف الرسول . فقال الشيعة ، ان الإمام علي كان قد عُيِن من قبل الرسول ليخلفه ،  فرفض السّنة ذلك .و لا تزال هذه المسالة جوهرية في الخصام حتى يومنا  بين المذهبين . وأما ما يخص بحثنا هذه المسالة  تبقى ثانوية لأن ما ينورنا ، هو موقف الإمام علي من السلطة عموماً.

فعندما فارق الرسول الحياة ، إجتمع بعض الصحابة و الأنصار في سقيفة بني سعدة ، بغياب الإمام علي ، و بايعواالشيخ ابي بكر الصديق خليفة للمسلمين . يقول الشيعة إن الإمام علي قد أُبعد عن غاية، لمنعه من نيل البيعة . فإن كانت الرواية، و نية المجتمعين هذه صحيحة ، فليست أهم مما كان يقوم به الإمام في تلك الاثناء . فمن المستبعد أن يكون أول من اعتنق الإسلام بعد السيدة خديجة ، أبن عم و صهر الرسول ، رفيق الدرب ، الأعلم بإعتراف الجميع بأمور الدين ، صاحب الشعبية الواسعة ،  لم يعلم بالإجتماع الحاصل في السقيفة داخل المدينة الصغيرة الحجم .لكن الإمام علي لم يكترث في هذا الوقت للأمور السياسية و الدنوية . فالرسول على موعد مع الخالق ، لرؤيته و الجلوس جنبه . فاهتم الإمام  بغسل  جسد الراحل قبل الموعد المقدس ، ريثما صفاء اللقاء يغمر بنوره ، من احبه الله و جعله رسوله و من واكب الجليل حتى لحظة العبور من  الدنيا .

لم يدّعي الإمام علي العفّة عن الحكم ، فهو إنسان وأورث الله الأرض للإنسان، جاعله خليفته على الدنيا التي خلقها لأجله .فعاد الإمام الى شريعة الله التي اوصت بالشورى ووأد الفتنة و إرساء العدالة و المساواة واحترم شورة المسلمين . فمن بعد أبي بكر، عمر و عثمان ، نال البيعة .

الإسلام رسالة لكن سائر البشر ليسوا برسل . اشتدت رغبة الأمويين بالسلطة حتى وصلت بهم الى مواجهة علي عسكريا" في صفين ، فذهب الإمام الى المعركة على مضد . و بعد بدئها و ترجيح الكفة لفريقه ، استعان اعداؤه بمكيدة رفع المصافح .وهنا تتجلّى عظمة الإمام. الم يشتبه  المخطط الماهر ، الكرار ، بالخدعة ؟ بالتاكيد نعم ، لكن عند فرصة وقف إراقة الدماء ، لم يتناو ولو على حساب سلطته ، وكان يعتبر ان اللجوء الى العنف لن يكون الحل لإرساء مبادئ الإسلام، وأن للمجادلة " بالتي هي احسن " (النحل –125) لم تنفذ بعد كل امكاناتها .

عند هذا المفترق واجه الإمام معارضة من بعض أنصاره ، الذين سيُعرفون بالخوارج . فاعتبروا أن المعركة يديرها الله و قرر منح الانتصار لجيش الإمام . فممنوع عليه وقف القتال مهما كانت عواقبه ، مستشهدين بالاية الكريمة  " إن الحكم إلا لله  " (يوسف 67)، فكان جواب امير المؤمنين قاطع و بدون لبس " كلمة حق يراد بها باطل " .

ما معنى هذا الكلام الرائع التأسيسي الموحى من روح القران ؟ طبعا ، الله هو السلطان العلي خالق الارض و السماوات و البشر . هو الذي "سحيكم" سيفصل بين الناس يوم القيامة ، و هذه هي كلمة الحق . لكن ، ولا بأي شكل ، "يحكم" ، اي يقود او يدير امورنا ، و هذا هو الباطل ، هو المعتلي على عرشه دون هذه الدنيا ووهنها و إثمها و صغائرها و كبائرها .

أُستشْهد الإمام علي ، الأمين على رسالة الله ،على أيدي الخوارج و هو يصلي في المسجد ، فرداً بين أفراد الأمة السواسية .

ثم اتت واقعة كربلاء ، واستشهد الإمام الحسين . فعندما توجه الحسين من المدينة الى مكة لتلقي بيعة اهلها ، كان يرافقه اثنان و سبعون فرداً بمن فيهم النساء و الاطفال .و تقول الروايات ان أهل الكوفة نكروا العهد و لم ينصروا الإمام . فواجه الحسين في كربلاء جيش يزيد المؤلف من ثلاثين الف جندي .حيث قطعت عليه الطريق فطلب العودة بسلم الى المدينة ، قُبل الطلب بشرط مبايعة يزيد .ومن البديهي ان يرفض الإمام اعطاء الشريعة لهكذا انسان كان بكل تصرفاته ، يخالف جميع تعاليم الإسلام ، فوقعت المواجهة و استشهد  الحسين.

عند خروجه من المدينة كان يعلم الحسين ان اهل الكوفة لن يؤازروه ، فحزب الخوارج فيها هو الغالب .و لم يصطحب معه الّا القلة من الأنصار . طلب الشهادة لوحده لوقف الاقتتال و منع الفتنة لأن من  " احياها { النفس } كأنما احيا الناس جميعا "  ( المائدة 32)، فتوجه لصحبه قائلا " ألا و اني لأظن يومنا من هؤلاء العداء غدا ، ألا واني قد أذنت لكم جميعا فانطلقوا في حِلّ ، ليس عليكم مني حرج و لا ذمام  " (3) . نعم لا حرج و لا ذمام لإحياء النفس .

ماذا أراد الحسين طوال حياته ؟ " و إنما خرجت لطلب الإصلاح في أمة جدي ، اريد أن أمر بالمعروف وأنهى عن المنكر فمن قبلني بقبول الحق فالله أولى بالحق ، و من رد عليه هذا أصبر حتى يقضي الله بيني و بين القوم بالحق، و هو خير الحاكمين " .اذاً ، الإصلاح و الحق بمن قابله بقبول الحق ،او الصبر، او مثلما أوصى لخليفته ابنه علي زين العابدين " القائم بأمور الدين الهادي الى صراط مستقيم و الحافظ لعلوم ابي و جدي " بالهدى و ليس بالاكراه (4) . فالسلطة لمن يصلح و يعدل و ينقذ النفس و الا الصبر . لكن الصبر ليس الاستسلام للباطل ، و الهداية ليست التزلف و الحق هو عكس الذل .  " فهيهات منا الذلة " و لو طال الزمن ، لأن في نهاية الامر " خاب كل جبار عنيد "  (ابراهيم 15).

لم يطلب الإمام الحسين السلطة بأي ثمن و لم يطلبها من بعده الائمة التسعة .فالمحاولات الإنقلابية والإمارات التي شيدت باسم أهل البيت :  الزيدية في طبرستان و في جنوب الجزيرة العربية ، انتفاضة محمد النفس الذكية ،  يحي بن عبدالله بن حسن ،  حسن بن زايد ،  يحي ابن عمر ، و حتى الفاطميين و الاسماعليين و القرامطة ، لم يكونوا من أتباع الائمة و لم ينتفضوا برضائهم (5) . وعندما عرض الخليفة المأمون السلطة على الإمام الرضا رد له الطلب (6). فلم يكترث الائمة بالسلطة وفضلوا أن يكونوا الوجدان الحي للأمة و منارة للعدل حين انكفائه .

في القرن الثامن عشر بدأ عرش الاضطهاد و الذل يترنح في العالم بأسره . فبرزت الحركة " الأصولية " في الوسط الشيعي، تدعو الى نقد الحرمان . و مثلما رأينا رغم كثرة الاطروحات ، انتصرت في نهاية الطريق "ولاية الفقهاء المطلقة التعيينية" ، فالوالي المطلق الصلاحيات يستمدها من الائمة مثلما ذكرنا . و يؤكده أصحاب هذه المنظومة ، فالننظر اليها بعين الائمة .

المشورة في زمن الإمام علي هي الانتخاب اليوم. هل استثنى الإمام علي احدا" من الشورة او رفض ترشيح من سبقه الى الخلافة ، بمجرد الاختلاف بالراي؟   الم يقل " قارع الرأي بالرأي فينجلي الصواب " ، عند الفتنة هل علّق الإمام علي المشانق أم سارع الى وأدها ؟ عندما استشهد الحسين ارادها لوحده . الم يوفر الموت لشعبه والدمار لممتلكاته و طالب بالصبر ؟ عن الحكم المطلق الم يقل الإمام علي " من استبد برأيه هلك " ، الم يقل ايضا " ما ترك لي الحق صاحب " ؟ طبعا" محاربة داعش و توائمها مسالة مسلم بها . لكن لا سبيل للمقاومة الا بصداقة من نقد الحق لنصف قرن ؟ " هيهات منا الذلة " ، كلمة ثورية و انسانية لأن الله لم يخلق الإنسان لُيذل .فللذل معان و تجليات . الإحتلال ذل ، و يحي الله من استشهد لدحره . لكن الفقر،  العوز ، السكن المقتظ ، البيئة الملوثة ، البطالة و ما بنتج منها من رذائل،  العلم دون المستوى و الطبابة الركيكة ، كليهما باغلب الحالات بالاستزلاف و المنة و الواسطة ، و الإتكال على اموال الغير ، ليسوا ذلة ؟ الا نستحق القدر الأكبر من طاقاتنا المادية و البشرية بدل ذهابها سدى من أجل طموحات الاخرين ، الذين اتوا بالويلات على شعبهم لنفيهم الحق ؟ اين إحياء النفس من كل هذه الذلات ؟

في البداية أشرت الى الجهد الفكري الشيعي منذ اواخر القرن السابع عشر و بعضاً مما طرح في القرن العشرين إن في زمن غيبة المهدي صاحب الزمان و الرأي الفاصل لعصمته ، نظرا للتغيرات ، افضل وسيلة لرأب الهاوية بين المنشود و الممكن هي أن  " في عصر غيبة المعصوم تملك الامة الولاية على مقدراتها في اطار الشريعة الإسلامية ، و الإنسان مسؤول عن نفسه و المجتمع ولي نفسه . و ذلك بسبب ان الامة حاكمة على مصيرها و مقدراتها و تنتخب شكل النظام السياسي على اساس الشورى في جميع المراحل . و لا يعتبر الفقه شرطا" لرئيس الدولة الإسلامية المنتخب" (7).  فهي اذن الشورى مثل ما أرادها و مارسها الإمام علي . الشورى المتقدمة على الديمقراطية اليونانية، التي كانت تستثني بعض الفئات من حق الانتخاب . هذا الحق العام  الذي كرثه الإسلام من خلال التساوي المطلق بين الناس ، فهي الشورى ،اي في القاموس السياسي الحديث الديمقراطية. فعندما ذهب الشيخ محمد عبدو الى فرنسا و رغم انتقاده الأستعمار و الأستكبار الغريببن الم يقل " رايت الإسلام و لكن لم ارى مسلميين" ؟ . و الشيخ محمد عبدو هو من دون اجمل تفسير لنهج البلاغة .

إن من وضع هذه الاطروحة الاخيرة هو الشيخ محمد مهدي شمس الدين و القليل يعلم بها " فالناس اعداء ما جهلوا " (الإمام علي ) ، و بمجرد ذكر اسم الشيخ شمس الدين ترتفع اصوات التنديد .لا بأس ، عند اهل الصبر " الاعتراف بالخطأ هي شيمة الأقوياء دون الضعفاء  (الشيخ محمد جواد مغنية-8 ).

لا بأس ، ربما حان زمن العودة الى العامليين اللبنانيين مثلما كان عند سفر الشيخ لطف الله الى بلاد الصفويين لتنويرهم .

أمين عيسى

28-8-2016

 

The Emergency Of Modern Shi’sm, Zackery M.Heern, Oneworld.1

 دار الجديد.  , محسن كديفر، نظريات الحكم في الفقه الشيعي .2

قصت كربلأ، نزري مفارد، دار المحجة البيضأ. .3

مصأب أل محمد ، محمد الأشترادي ، دار الكاتب العربي. .4

Les cadis d’Irak et l’état abbasides, Mathieu Tillier, Ifpo .5

L'état impérial des califes abbassides, Dominique Sourdel, PUF .6

نظام الحكم و الأدارة في الأسلام ، محمد مهدي شمس الدين ، دار التعارف. .7

فلسفة الأخلاق ، محمد جواد مغنية ، دار التيار الجديد. .8

 

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14 août 2016

Tom Wolfe, le péché de vanité

 

Tom Wolfe

« Le bucher des vanités » (1987), est un roman culte qui décrit une société New-yorkaise dans tous ses travers.

Ce livre se lie à deux niveaux. Le premier est un plaisir des papilles émotionnelles fouettées par l’art de Tom Wolfe. Sa capacité de réunir dans juste un regard, un clin d’œil, la position d’un menton, tous les sentiments identitaires, anxiolytiques ou de contentements d’un personnage, est non seulement une performance, mais une coulée de sain plaisir quand on la lit. La coulée devient torrent quand dans une suite de pages il pratique le même exercice pour plusieurs personnages dans un même lieu et que les sentiments précités de chacun se télescopent avec ceux des autres.

La seconde lecture est celle de l’impression finale que l’on tire de la société New-yorkaise. On dira que c’est une fiction, qu’il grossit le trait, qu’il est romancier et pas sociologue. Cet argument n’est pas toujours recevable. Un romancier doté, possède une intuition de la réalité qui n’a pas besoin d’être corroboré par le raisonnement des sciences humaines. Deuxièmement la pratique de l’écriture à son sommet, en l’occurrence celle de Tom Wolfe, est un marqueur sur notre perception du monde, par l’émotion qu’il charrie dans nos conscient et inconscient et par sa diffusion, bien plus large qu’un travail académique.

Or que suggère « Le bucher des vanités » ? Pour ceux qui ont déjà des positions arrêtées sur la nature humaine du groupe social auquel ils n’appartiennent pas, leurs aprioris sont confirmés. Globalement, les riches, blancs, juifs ou protestants sont des salauds pour la classe moyenne, blanche, irlandaise également juive et protestante et pour les pauvres, noirs Portoricains et autres immigrés des déchèteries du monde. Cette dernière catégorie est coiffée par des évêques à la couleur et au cœur encore plus noir. Cela donc, et inversement.

Dans ce tableau, le bien n’existe pas en opposition au mal, seul subsiste une race humaine mauvaise. Le bien et le mal sont certes antinomiques mais leur existence admet la possibilité d’une passerelle de l’un à l’autre. Dans la vision unilatérale de Tom Wolfe, ce n’est pas envisageable. Le roman ne se termine pas par une scène d’apocalypse où New-York disparait dans un déluge de haine. Et pour cause, l’apocalypse est une promesse, celle d’une résurrection. Tom Wolfe la croit impossible, il nous condamne à l’enfer présent et perpétuel. Certains diront que le livre ne dépeint la société que d’une ville. C’est faux. Les personnages de Tom Wolfe sont certes New-yorkais, mais ils sont tellement banals, que leur mal l’en devient et est universel. Ce sont les mêmes travers que l’on peut retrouver ailleurs ; la jalousie, l’inculture, la cupidité, l’érotisme animal, la peur de la mort etc.

Certes, il ne décrit pas quelque chose qui n’existe pas, mais il se tient bien de dire qu’il existe autre chose. C’est là ou son livre, qui par son talent, esthétise une situation incivile sinon barbare et sans alternative, est subversif et dangereux. 

 

Amine Issa

14/08/2016

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29 juillet 2016

France : Le chemin de l’intégration à l’intégrisme.

monmartre (16)

Il y a près de quarante ans, j’ai assisté à la disparition des magasins « Felix Potin » et « Goulet Turpin ».  Malgré un nom qui fleurait le béret et la baguette sous le bras, ces deux enseignes, étaient trop aseptisées pour une France qui aimait autant le commerce que les liens humains. Cependant elle n’aimait plus « la peine » et au-delà de dix-huit heures, on baissait les rideaux. L’Arabe fit l’affaire, surtout la nuit. On allait chez l’Arabe acheter une boite de conserve, une salade, mais aussi pour bavarder un peu, parce que l’écran de télévision restait muet si on le sollicitait( ?). L’Arabe, dans son fouillis où l’on savait se retrouver comme dans nos placards, vendait de l’alcool et des oranges de Jaffa qui n’étaient pas hallal. Son cousin était un bras à l’ile Seguin, dans des usines au niveau de décibels inimaginables aujourd’hui. Pour que la France roule sur l’A6 en été, les Arabes servaient du matin au soir le même vis. Toutefois, il n’y avait plus de bidonville à Montreuil et des tours abritaient désormais les exilés économiques du Bled. Car dans le Bled, une fois qu’on avait mangé le pain blanc de l’indépendance, il ne restait plus grand-chose. En France, l’éboueur arabe était « monsieur » et sa fille se déhanchait dans les boites de nuit. Dans la Ceinture Rouge heureusement qu’il y avait « Momo » la débrouille, pour vous refiler, hilare, une « barrette ». Son petit frère, des bancs du lycée, rejoindrait les écoles techniques et pour certains de plus en plus nombreux l’université, sésame pour l’emploi stable et qualifié. Pour voir des « signes religieux » il fallait aller à la rue des Rosiers ou à la grande mosquée de Paris, où kipas et voiles rentraient dans la catégorie des curiosités d’une ville qui en était si riche.

Mais la générosité du cœur et du portefeuille a une limite, la paresse intellectuelle. Bien avant la crise de 2008, la France s’est installée dans une illusion ; les trente glorieuses dureraient trois cents ans. Les dérèglements économiques des années quatre-vingt, ont amené un lot de déstructuration qu’on croyait pouvoir amortir avec les recettes de la veille. En même temps on a voulu croire que « l’assimilation » était la seule identité de la France. Le regroupement familial n’allait emmener que de mignonnes « beurettes » et les frères sourcilleux allaient se détendre.

Quand les premiers radicaux se sont manifestés et que je m’étonnais de voir des djellabas arrêtées aux chevilles, on me rétorquait, « vous les Libanais vous aimez bien Le Pen ». Le Pen ? Je venais d’une région du monde où on n’avait pas connu autre chose et en France, je ne voulais retrouver ni des « Le Pen », ni des « barbus sans moustaches ». J’eus les deux, mais surtout beaucoup d’autruches ! On avait oublié que la démocratie est un combat permanent et la laïcité une lutte de tous les jours. On avait surtout cru que l’argent, les téléviseurs, les soins et l’école gratuite étaient curatifs immédiatement d’une plaie purulente.  La plaie n’est pas uniquement celle que l’on croit, la mémoire coloniale. Et ce n’est même pas le souvenir de l’occupation qui est réellement en cause. Que de peuples ce sont réconciliés durablement après que l’un ait soumis l’autre. Pour citer l’Algérie, la Guerre de libération et le million de martyrs, la France humiliée en se retirant avec ses « pieds noirs », lui ont conféré une dignité, un récit fondateur, qui ont fait d’une province de l’Empire Ottoman, une nation et l’ont fait basculer dans la modernité. Par contre, ce que les ainées ont transmis à leurs enfants est que les colons issus d’une France humaniste, libéral, égalitaire et fraternel, étaient incapables d’appliquer ces propres principes sur les populations qu’elle avait soumises. C’est cet archétype qui ressurgissait de l’inconscient des émigrés chaque fois qu’une difficulté d’incorporation sociétale ou économique survenez. La proximité géographique, l’histoire entremêlée bien avant l’aire des colonies, une langue partagée, le cousinage monothéiste, ne pouvaient qu’exacerber ce droit à l’égalité immédiate au bénéfice de la république et au droit de la différence qui ne pouvait parfois que contredire l’essence même de la république. En outre, les émigrés arrivaient le corps et l’esprit meurtris par une histoire multiséculaire de tyrannie et un présent de dictature encore plus mutilant parce que succédant aux promesses révolutionnaires de démocratie, de libertés et de prospérité.  Même si on était né en métropole, on était encore irrigué par une racine enfoncée dans la terre d’origine et ses traditions patriarcales et machistes. Alors, ne pouvant se révolter contre le père ou le dictateur là-bas, on le fera contre la République quand celle-ci ne tiendra plus ses promesses.

Pour réussir l’assimilation, il fallait s’en donner les moyens et le temps. L’accueil dans les écoles de la République et sur le marché de travail fonctionnait de concert. Ils permettaient de désamorcer le choc des traditions, le passage de la victime révoltée au sujet engagé et dignifié. La première erreur fut la surestimation des ressources face à l’afflux permanent d’émigrés et à leur augmentation démographique naturelle. Personne n’eut le courage de la dénoncer sauf l’extrême droite, ce qui conforta la poltronnerie. Ensuite il y eut l’attaque sans précédent que subirent les principes de la République par ses propres enfants. L’école et l’espace publique, graduellement ne portaient plus les valeurs de solidarité, du respect d’autrui et du bien publique. Mai 68 a fait des dégâts considérables. Ceux qui sonnaient l’alarme d’une liberté qu’on ébranlait dans ses fondements au nom d’une pseudo liberté qui n’était qu’égoïsme, individualisme et irresponsabilité, étaient traités de réactionnaires. Une société qui abandonne ses principes un à un, ouvre une voie royale au marchand d’utopie d’extrême droite et de gauche. Cette démission, si elle fut acceptée par les Français d’un haussement d’épaules désabusé et cynique, déstabilisa les immigrés. Les principes de la République tant idéalisés se résumaient dorénavant à l’assistanat ; des prestations sociales que des fonctionnaires désabusés délivraient malgré les cumuls illégaux, terrorisés à l’idée d’être montrés du doigt pour avoir « toucher à mon pote ». Troisièmement, quand les moyens vinrent vraiment à manquer et que l’intégration commençait à bégayer sérieusement, la France adopta la pire des solutions. Elle permit au communautarisme social de prendre le relais dans de larges territoires ou même le premier privilège d’un Etat souverain, l’utilisation de la force létale, n’était plus autorisée. On utilisa le Karcher pour la parade, mais l’eau sécha très vite. La France autorisa le Qatar à financer des projets sociaux dans les banlieues et lui vendit l’hôtel Lambert. Plus que des pierres, un symbole ! Sur l’ile de Saint Louis le croisé, dans une maison que fréquenta Voltaire, le prince musulman emmena dans ses valises des imams salafistes haineux qui allaient gangréner les mosquées de France de leur prêche violente.  

Car c’est bien de cela qu’il s’agit, la violence des immigrés musulmans. Celle-ci est un mode d’expression, quand toutes les autres voies de s’affirmer sont barrées. Il faut la conjonction de deux phénomènes pour qu’elle surgisse ; une société inquiète et une culture mortifère. La peur est généralisée. L’islam médiatisé ne véhicule depuis plusieurs décennies que la violence, financé au grand jour par les états du Golf, l’Iran et des dictatures pseudo-laïque qui ont laissé se développer la gangrène islamique pour empoisonner toute opposition démocratique, tel la Syrie, l’Irak, la Tunisie, l’Egypte et le Pakistan. Personne, ni en France ni au Moyen-Orient ne fait suffisamment de place à ceux qui prêchent la paix et la tolérance. L’Europe et la France, depuis la Seconde Guerre mondiale et les fascismes de toutes teintes, se sont inoculés le vaccin de la conciliation. Mais on ne fait plus de rappel. Les chemises sombres refont surface. Un point de croissance en plus n’est même pas une hirondelle. Au Moyen-Orient où l’hiver est à demeure nous ne comprenons pas que le pays de Pascal croit au mirage.

Qu’on se le dise ; la France est le pays des églises mêmes vides. Ceux qui y vont encore n’imposent plus la rouelle à personne. Ceux qui n’y vont pas ont laïcisé « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Vaste programme, pourtant celui de la France, décliné en cinq républiques. Il faut maintenant inventer la sixième, pour que je puisse écrire encore en Français.

Amine Issa

29/07/2016

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17 juillet 2016

Br-excite

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Le plus grand défaut de l’Europe est l’Union européenne, pourtant le mieux qu’il lui soit arrivé depuis la Seconde Guerre mondiale !

Les transferts de souverainetés à Bruxelles ont imposé un cadre de réflexion et de décision, qui aide à neutraliser les égoïsmes nationaux. Ceux-là, dans un monde de plus en plus interdépendant grâce aux avancés technologiques, ne peuvent être que source d’agressivité et de déstabilisation. Les souverainistes de tous les étages, se leurrent s’ils pensent pouvoir renverser le mouvement, à moins de renoncer à la toile, au transport « Low Cost » et aux communications sans fil. En gros pour la génération Y, ce serait revenir à la chaise de poste. Certes, quand une même loi s’applique à vingt-huit pays aussi contrastés, il n’y aura jamais que des gagnants égaux. Ce n’est pas une réalité de l’Union Européenne, mais la réalité tout court de toute relation humaine. Rien de nouveau donc.

Quels sont les arguments des partisans du Brexit ? On peut en dégager deux principaux qui se croisent souvent ; la souveraineté et l’économie.

70% des lois appliquées en Grande Bretagne seraient votées par Bruxelles, ce qui dévaluerait le parlement de Westminster. Étrange. Ce parlement élu il y’a à peine un an est composé d’une majorité d’europhiles, qui lors de leurs campagnes assumaient cette option. Ils auraient donc volontairement bradés l’indépendance et les intérêts de leurs pays au su de leurs électeurs. Les fonctionnaires de Bruxelles seraient tous incompétents. Certes, l’énorme machine administrative de l’Union européenne est réputée pour sa production excessive de codifications souvent paralysantes. Mais ces fonctionnaires sont tous issus des pays de l’Union, souverains et majoritairement prospères. Produiraient-ils des réglementations uniquement au détriment de l’Ile ? Et les autres pays seraient-ils sans ressorts, acceptant des consignes qui les handicaperaient ?   

Économiquement, les réglementations financières brident le secteur financier anglais. C’est à se demander alors comment Londres est la première place financière d’Europe. En sortant de l’Union européenne, elle récupérerait les 11,3 milliards d’Euros de sa contribution nette au budget commun. Cela ne représente que 0.43% de son PIB (2577milliards d’euros). Elle est la cinquième économie du monde, alors qu’elle contribue moins que la France et l’Italie qui sont respectivement sixième et huitième économie mondiale. Les eurosceptiques considèrent que les normes imposées par Bruxelles défavorisent les produits anglais. Il est vrai que le principe de précaution frisant la paranoïa est devenu une attitude contraignante pour l’ensemble des pays du marché commun. Mais ces normes communes permettent une circulation des biens plus fluide donc moins couteuse, et, est surtout un label de qualité recherché dans le monde entier. L’Europe est la destination de plus 50% des exportations de l’Angleterre, c’est-à-dire l’équivalent de plus ou moins de 207 milliards d’euros (8.15% de son PIB). Estime-t-elle à leurs justes valeurs les coûts et le ralentissement de ses exportations, conséquent à des normes différentes ? Mesure-t-elle également les effets négatifs sur l’image de ses produits, quand ils auront perdu le label européen, visiblement vers plus de laxisme dans les normes de sécurité dans un monde occidental terrorisé par la malfaçon et les manipulations nuisibles à la santé ? D’ailleurs les grandes multinationales ne se sont pas trompées et ne voulaient pas du Brexit. Un autre argument avancé est la peur du « Plombier Polonais » qui, moins cher, seraient en train de forcer aux chômages les jeunes Britanniques non titulaires de diplômes supérieurs. Or, étrangement à la sortie des urnes les jeunes avaient voté pour le maintien dans l’Union européenne. La dégringolade de la Livre et la non-intervention de la banque centrale pour la relever est bien le signe d’une peur sur les exportations et cela va fera souffrir les « séniors » europhobes qui consomment une partie des 564 milliards d’euros d’importations, dans un pays où les aides de l’état tendent à se réduire.   

 

Et pourtant l’Europe aura tout fait pour plaire à ce membre singulier de la famille. Insulaire, Anglo-saxonne, libéral, anglicane, territoire inviolé depuis bientôt mille ans, la Grande-Bretagne a obtenu depuis sont entré dans l’Union européenne une cascade de dérogations tant sur le plan législatif qu’économique, dont les plus récentes ont été accordées à David Cameron le 19 février de cette année. Elle ne fait pas partie de l’espace Schengen, conserve sa monnaie, son droit du travail est particulier, elle est plus restrictive sur les émigrants et leurs droits, elle est exempte des nouvelles contraintes à une plus grande intégration au sein de l’Union Européenne, Margareth Thatcher avait déjà obtenu une ristourne sur sa contribution au budget européen, etc.

Mais alors sur quoi s’est vraiment joué le Brexit ? Sur une perversion de la démocratie dont les états les plus libéraux sont les premiers champions, États-Unis et Angleterre. La première démocratie du monde moderne a abandonné le temps long des nations, conséquent avec leurs puissances et leurs prestiges mérités, au profit du temps court de la politique de l’immédiateté. Une des inventions de la démocratie sont les corps intermédiaires, c’est-à-dire les assemblées élues par le peuple qui sont chargées autant de légiférer que de contrôler le pouvoir exécutif. Ce n’est pas voler au peuple un de ses privilèges, mais un moyen pratique de gérer un pays, de délimiter les responsabilités pour pouvoir dénoncer ou renouveler un mandat. C’est aussi une manière de charger un nombre de citoyens de traiter à plein temps de questions complexes, que le citoyen ne veut pas ou ne peut pas trancher. Or David Cameron à engager l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union Européenne, une question enchevêtrée et technique, par voie de referendum, à des fins strictement électorales. Il a cédé à l’immédiateté et aux effets médiatiques d’une consultation populaire. Il a annoncé le référendum en 2013 en vue des élections de 2015 pour gagner des voix aux eurosceptiques.

Mais comme il fallait s’y attendre, un débat aussi compliqué, abscons aux plus avertis, qui ne pouvait se trancher par un simple « oui » ou « non », allait se déporter sur d’autres thèmes et les enjeux seraient dramatiser. Les eurosceptiques vont engager leurs campagnes sur la question de la souveraineté comme-si les Normands étaient de nouveau au point d’envahir l’Angleterre. Et le problème du « Plombier Polonais » va prendre une tournure xénophobe qui visera les musulmans, tant ceux-là sont une cible facile, car encore timide à se démarquer du terrorisme islamiste. Un avant-goût fut donné par les élections pour le choix du maire de Londres, quand les adversaires de Sadiq Khan ont plus concentré leurs critiques sur ses origines que sur son programme.

Au résultat, un sursaut vendu comme souverainiste aurait dû renforcer la cohésion interne de la Grande-Bretagne. Jamais elle n’a été aussi proche de l’implosion entre les provinces qui la composent. Jamais la polarisation n’a été aussi marquée entre les sensibilités opposées des citoyens. Le Brexit est une manifestation du mal qui ronge les démocraties.

Mais loin d’en désespérer, n’oublions pas que Sadiq Khan fut en définitif élu et inversement en Indonésie le plus grand pays musulman, le maire élu de Jakarta, la ville musulmane la plus peuplée au monde, est chrétien. 

Amine Issa

17/07/2016

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05 juillet 2016

Le brouillard au sommet

Article publié dans la revue l'éléphant, http://www.lelephant-larevue.fr/

Source: Flickr

En 1943, Paris met fin à son mandat sur le Liban, qui dure depuis vingt-trois ans. Le divorce se fait civilement. La France laisse derrière elle un mode de gouvernement républicain, son droit et surtout une élite formée depuis deux siècles dans les missions laïques et religieuses françaises. Depuis, les Libanais observent l’ancienne puissance mandataire avec un mélange d’admiration pour ses valeurs universelles et de reproche pour la parenthèse de l’Occupation.

Après la désastreuse expédition de Suez de 1956, les Libanais saluent le courage de Charles de Gaulle, qui, après la guerre de 1967, ose seul en Occident sermonner Israël et renonce à lui vendre des armes. Mais il n’y a pas que cela. Depuis son retour aux commandes d’une France qui allait mal, encore plus mal qu’aujourd’hui ou il y a vingt ans, ils le voient faire des choix clairs. Je citerai la réforme constitutionnelle, la réindustrialisation de la France, l’acquisition de l’arme nucléaire et la restitution de la souveraineté aux colonies. Si la réforme de la Constitution se fait rapidement, ses trois autres actions s’inscrivent dans la durée et dans le maintien de l’objectif assigné. En 1968, le président se rend compte qu’il « ne comprend plus les Français ». Malgré des élections législatives dont il sort vainqueur, il engage son avenir politique sur un référendum, somme toute mineur. Un scénario comme il savait les écrire, pour se retirer dignement de la vie politique. Dix-huit mois après, il se retire de la vie tout court. C’est dire combien gouverner l’habitait. La France est alors un modèle.

En 1975, le Liban est en guerre, la France n’a plus ni les moyens ni l’envie de venir au secours de ses habitants divisés. L’autre rive de la Méditerranée n’est plus qu’une terre d’exil pour nombre d’entre eux : ils vont pouvoir la scruter d’encore plus près. Beaucoup d’entre eux sont de gauche et applaudissent à sa victoire en 1981. Ils voient à l’œuvre François Mitterrand, qui neutralise les communistes en les associant à la redistribution des rôles – grandeur de la démocratie qui accepte en son sein le loup masqué. Il va également appliquer des recettes économiques au nom de l’idéal socialiste humanitaire. Mais celles-ci ne sont plus opérantes. La crise économique va provoquer le tournant libéral du gouvernement de Laurent Fabius, qui permet de sauver l’économie tout en maintenant sa fonction distributive. Pourtant, les socialistes vont confondre libéralisme économique et libéralité politique. Ils seront imités en cela par la droite qui leur succédera. La politique n’est plus la gestion de la cité, mais celle du pouvoir. Les luttes sociales ne remontent plus vers la sphère étatique qu’au moment des élections, car celle-ci est trop occupée par ses petites guerres. Et comme la France est un pays laborieux et riche, les gouvernants vont dilapider son capital sans le renouveler, pour refroidir la fièvre dans la rue.

Les Libanais vont également assister au retrait des intellectuels de la sphère publique, ceux-là dont les textes étaient analysés, approuvés, contredits avec passion à Beyrouth. Il n’y aura plus d’autre Raymond Aron écouté par le prince, ni d’intellectuels pour impliquer les citoyens dans le processus politique. Désormais, on polémique, on ne philosophe plus. C’est dans ce vide que s’installe le « tout pour soi » qui traverse la Manche séparant du thatchérisme et l’Atlantique du reaganisme, ébréchant au passage le concept de solidarité cher à la France. La trahison des idéaux républicains laisse pantois, cela ne fait que commencer.

Jacques Chirac, sitôt élu, d’un geste impérial anachronique, ordonne un essai nucléaire. Par ce geste, il se vitrifie dans la posture du Commandeur de Don Giovanni, et la France avec lui. En 2002, l’échec de Lionel Jospin au premier tour lui confère dans son face-à-face avec Jean-Marie Le Pen une stature exceptionnelle qui va lui permettre de perpétrer l’inertie. Son mandat est celui de la France suspendue, alors que le mal de la « fracture sociale » qu’il prétendait combattre étend sa toile.

Tout comme Charles de Gaulle, Nicolas Sarkozy et François Hollande ne comprennent plus la France. Ils prétendent néanmoins le contraire. Le premier est agité, éteint un incendie avec panache, mais ne fait rien pour empêcher la reprise du feu. C’est un urgentiste en rase campagne, loin de tout hôpital. Il a de l’ambition, celle du pouvoir, pas celle de comprendre. Pourtant, il faut comprendre avant d’agir. La France et le monde sont sortis de l’ère industrielle ? Il le sait. Le malaise social perdure ? Il le sent. Mais où ce malaise social prend-il racine ? Il l’ignore. Le consumérisme, la précarité, la perte de dignité se télescopent et investissent tous les étages. En réponse à la complexité de cette situation, il faut une vision globale et un angle de vue différent que ni Nicolas Sarkozy ni François Hollande ne possèdent. Ce dernier, président par défaut après la disqualification de Dominique Strauss-Kahn, est aussi décalé de la réalité que son prédécesseur. L’héritier du dernier socialiste historique, François Mitterrand, n’a retenu de celui-ci que le coup d’État florentin. Contrairement à Nicolas Sarkozy, qui donnait le tournis et parfois le change, le président actuel s’installe dans l’immobilisme, attendant que la courbe du chômage baisse pour rempiler. Il demande à la charrue de pousser les bœufs.

Et quand un homme courageux, Emmanuel Macron, ose casser des tabous, la gauche bonne conscience époussette son armure, mais se trompe de tournoi. On ne sauvera pas le modèle français en perpétuant une machine à bout de souffle qu’on rafistole depuis trop longtemps. Le principe de prudence est parfois suicidaire. « Le management et sa théorie de la gouvernance consistent à soumettre tout genre d’organisation (institution internationale, ministères, universités, association civique, etc.) à une modalité de pensée unique. La médiocrité ne renvoie pas donc à l’incompétence ou au fait des incapables, mais à la moyenne impérative, même lorsqu’on peut prétendre à mieux…la Médiocratie…ne consiste pas seulement…à susciter des incompétents par le jeu de la promotion, mais à favoriser le développement de stratégies médiocres de la part des acteurs. Dans un tel cadre, les éléments les plus prometteurs se voient contraints à la médiocrité … sous peine d’être exclus violemment » (1).  Les réformes peuvent échouer, mais aussi réussir si elles sont menées avec intelligence. Mais, sans réformes, c’est une mort annoncée.

Les Libanais ne s’expliquent pas le succès des déclinistes, tels Éric Zemmour et Alain Finkielkraut. À Beyrouth, une de leurs émissions préférées à la télévision française est le journal des régions de France 3. Celui-ci montre tous les atouts de la France, loin des feux de la capitale, du CAC 40 et surtout de cette prétendue « médiocrité ». Un patrimoine architectural et naturel extraordinaire, un tissu entrepreneurial dense, et surtout un esprit d’initiative et de créativité. Que cette France remonte à Paris, investisse les couloirs aux lumières éteintes du pouvoir, sans exhiber sur des piquets des têtes coupées.

Amine Issa

05/07/2016

1-Management politique : « nous sommes poussés à la médiocrité », entretien avec le philosophe Alain Deneault auteur de la « Médiocratie », Elsa Vigoureux, Le Nouvel Observateur, édition no 2679 du 10 au 16 mars 2016, http://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20160310.OBS6187/au-travail-ou-en-politique-nous-sommes-pousses-a-la-mediocrite.html

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20 juin 2016

Chrétiens du Liban, le danger change de nature.

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Quels étaient les facteurs et l’ampleur des évènements de 1860 et 1975? Sommes-nous toujours dans le même schéma?

1860

Être une minorité religieuse dans des pays où l’identité se définit par le dieu que l’on adore est toujours inquiétant. On peut être agressé par des fanatiques intolérants ou être le bouc émissaire d’une crise dont les causes ne sont pas religieuses. Dans l’histoire du Liban, territoire aux frontières fluctuantes, les druzes, les chiites, les chrétiens ont tour à tour été la cible d’un groupe majoritaire. Les druzes et les chiites, celle du pouvoir impérial sunnite, qu’il fut à Bagdad ou à Istanbul. Les chrétiens catholiques celle du même pouvoir ainsi que du pouvoir impérial Byzantin. Dans notre histoire récente, les chrétiens au 19e siècle ont été massacrés par les druzes aidés par les ottomans. Mais dans ce cas, la dimension religieuse ne relevait pas tant du fanatisme que de la perception des chrétiens comme les gagnants de transformations sociaux économiques et politiques. Les chrétiens, sur plusieurs siècles, avaient graduellement migré du Liban-Nord, vers le Metn et le Chouf. Travaillant la terre, premiers candidats aux écoles des missionnaires européens, ils avaient acquis un statut socio-économique qui remettait en cause le système établi où les druzes, féodaux et hommes de guerre, détenaient le pouvoir politique. En même temps le déclin de l’Empire Ottoman s’accélérait et sous la pression de l’Europe, il avait été obligé de proclamer l’égalité entre les sujets de l’Empire, quelques soient leurs religions. La défense des minorités chrétiennes en Orient était pour l’Europe une revendication idéale pour s’immiscer dans les affaires de la Sublime Porte. Il s’agissait plus de s’octroyer une liberté d’immixtion dans les affaires de l’Empire, que de défendre la liberté de conscience. Les chrétiens d’alors ont payé le prix de ces bouleversements plus que pour leur appartenance à une religion minoritaire.

1975

En 1920, les chrétiens avaient non seulement acquis l’égalité de statut avec les musulmans, mais suite aux tracés des frontières du Grand Liban, légèrement majoritaires, ils détenaient dans le système politique, plus de pouvoir que les autres communautés. On ne refait pas l’histoire, mais ce partage basé sur la démographie présentait le risque d’un déséquilibre futur. C’est ce qui est arrivé. Fort de leur croissance numéraire, les musulmans ont réclamé l’égalité dans le partage du pouvoir politique. Le Liban connut alors une double tension. La première, conséquente aux revendications à caractère confessionnel, l’autre social, une lutte de classes à caractère laïque. Avec souvent un mélange ambigu des deux, dont la figure la plus emblématique fut Kamal Joumblat. On a longtemps entretenu l’image des chrétiens riches et des musulmans pauvres. Cette mystification servait à cacher une vérité plus nuancée. Les chrétiens pour de multiples raisons inhérentes à leurs volontés et à leurs efforts, et à rien d’autre, avaient mieux réussi et avaient conséquemment plus vite et quantitativement amélioré leurs niveaux de vie. Il suffit de regarder des photos des villages chrétiens de la montagne à la chute de l’Empire Ottoman pour se rendre compte que les autres communautés n’avaient rien à leurs enviés. À l’exception certes de quelques villages chrétiens dont les habitants s’étaient enrichis, dans les jungles d’Afrique ou du Brésil! Les chrétiens également, militaient et parfois dirigeaient les partis de gauche dans les années 60 et 70, au moment des luttes ouvrières. En réponse à cette double tension, la classe politique chrétienne s’est raidie sur ses acquis. Celle musulmane à manquer de discernement en mettant en avant dans sa revendication à l’égalité politique, le droit communautaire au lieu du droit citoyen laïc. La bourgeoisie des deux communautés souvent aux premiers rôles de la classe politique  s’est opposée à des réformes sociales significatives. Malgré ces facteurs défavorables, un dénouement progressif de la double crise aurait pu aboutir, si le facteur palestinien n’avait fini par occuper tout le champ politique et social. Un grand journaliste libanais qui a vécu les événements qui ont précédé la guerre civile de 1975, me décrivait une époque où il était impossible et intenable de ne pas soutenir inconditionnellement la cause palestinienne. Le moment palestinien se déroule après la déconsidération des régimes arabes humiliés par Israël et l’échec du nationalisme arabe et, avant la résurgence de l’Islam politique éradiqué par Abdel Nasser et les deux branches syrienne et irakienne du Baas. Dans l’imaginaire arabe et libanais la seule cause, le seul canal qui permettait de s’exprimer comme peuple libre, souverain et capable politiquement, était celle de la Palestine. En même temps, elle pourvoyait une fierté qui rendait la misère plus supportable. La bourgeoisie complice ou associée à la classe politique l’avait parfaitement compris et la soutenait sans faille. Les chrétiens, eux, ont réagi autrement. S’ils partageaient la même sympathie pour la cause d’un peuple exilé, ils n’ont pas souscrit au même enthousiasme. Ils n’avaient pas d’islam politique a remplacé ou à regretter. Il ne regrettait pas non plus la faillite du nassérisme et l’unionisme arabe, qui se confondait pour eux avec une résurgence de l’oumma musulmane. Cet unionisme porté par des régimes autoritaires dont les libanais dans leurs majorités ne voulait pas la duplication dans leur pays, le seul dans le monde arabe où la liberté avait un sens. Les chrétiens du Liban n’étaient pas à la recherche d’une cause pour céder le Liban à celle des Palestiniens. Certes, il y eut une réaction chrétienne à l’instrumentalisation de la cause palestinienne comme levier de pression pour leur imposer l’égalité politique avec les musulmans. Mais également un calcul politique de la part de la classe politique chrétienne qui dénonça cette complicité à fin de déplacer le débat et reporter une plus juste répartition des pouvoirs. Cependant, cela reste marginal. Quand les palestiniens, adulés, tentèrent de mettre la main sur le Liban, les chrétiens se sont battus.

Excepté donc chez les chrétiens, tel était l’état d’esprit qui régnait au Proche-Orient et au Liban. Les régimes dictatoriaux arabes en faillites, défendirent les palestiniens contre les «isolationnistes» chrétiens. Ceux-là ne furent pas mieux traités par l’Occident, ravi de détourné l’attention de son appui à Israël. Jamais dans leurs histoires, les chrétiens du Liban n’ont affronté une telle coalition d’intérêts. Ils ne doivent leur survie politique, et largement physique, qu’à leur résistance. En 1982, quand Israël expulse l’OLP du Liban, cette dernière a accumulé une telle quantité d’erreurs, que la cause palestinienne ne sera plus, malgré sa légitimité, un facteur de mobilisation et ne bénéficie plus d’un soutien inconditionnel. En attendant, les chrétiens ont évité le pire. Certes, la région où ils vivent librement est réduite, néanmoins ils ne courent plus le même danger qu’en 1975. Mais ils perdront même cette portion du territoire, cette fois à cause de la dispute et de la démagogie de leurs dirigeants. Leur défaite ne sera pas tant l’accord de Taëf, mais celui de livrer gratuitement les clefs de leurs régions et de leurs indépendances politiques à l’occupation syrienne.

Entre 1990 et 2005, la Syrie a répercuté au Liban son jeu d’équilibre régional. Elle a favorisé tour à tour et parfois en même temps les chiites et les sunnites, dépendamment de ses relations avec l’Arabie Saoudite et l’Iran. Les chrétiens en tant que communauté n’ayant aucune nation à qui se référer, firent les frais de cette politique. À cela, il faut ajouter la traditionnelle méfiance d’une majorité de chrétiens à toute ingérence syrienne au Liban, qui fît que trois de leurs dirigeants les plus importants, malgré leurs accommodements passés  avec le régime syrien, furent exilés et emprisonnés. Ils avaient refusé l’allégeance servile qu’exigeait désormais celui-ci. Certes des dirigeants chrétiens ont composé avec l’occupant, mais en 2005, après le retrait Syrien, ils n’occupaient plus qu’une position marginale.  

 

2016

Aujourd’hui, quelle menace pèse sur les chrétiens? Il y a certes les conséquences de l’après-Taëf et la démographie qui les fait encore perdre du terrain politiquement. Mais les deux menaces les plus évoquées sont le Hezbollah et le terrorisme de l’État Islamique, voir  son implantation au Liban.

Le Hezbollah, du fait de sa capacité de mobilisation par une idéologie religieuse et ses armes, et malgré la saignée qu’il subit en Syrie, reste le maître du jeu au Liban. Conscient que les libanais dans leurs majorités sont fatigués de l’état de guerre permanent avec Israël, qu’ils souhaitent que l’armée libanaise soit la seule détentrice de la force létale et défende les frontières, il paralyse le système politique. Celui-ci, malgré ses défauts, a dégagé une majorité, qui si elle avait gouverné, aurait mis fin à l’anomalie que représentent les privilèges que le Hezbollah s’accorde. Il a certes rallié à sa cause le principal parti chrétien. Mais on a vite compris que l’appui du CPL et de son chef relève plus d’une tactique politique primaire que d’une conviction du mode de gouvernement du Hezbollah. À la paralysie de toute activité politique selon les règles de la République, tous les libanais sont perdants, y compris les chiites. L’économie est en crise, les prestations de l’Etat rétrécissent et sont médiocres. La paupérisation augmente et l’émigration vide le pays de ses forces vives. Le Hezbollah aura réussi en quelques années à perdre des atouts essentiels. Après la guerre de 2006 où il était porté aux nues par tous les arabes et ceux à travers le monde qui condamnent Israël, il s’est mis à dos l’ensemble du monde sunnite et ne rencontre plus aucune sympathie ailleurs. Les États-Unis et l’Occident, qui contrôlent plus de la moitié de l’économie mondiale, multiplient les sanctions financières à son égard. La banlieue sud, dont toutes les entrées sont contrôlées, est devenue un ghetto où la menace des attentats est permanente. La crise économique au Liban touche de plein fouet la nouvelle classe moyenne et éduquée chiite. Le Hezbollah grâce à l’argent de l’Iran et du Qatar a reconstruit ce qu’Israël avait détruit. Mais l’avancée socio-économique de la communauté chiite est une conséquence directe de l’embellie économique du pays depuis 1990. Le Hezbollah ne peut s’y substituer. De plus, la suspicion généralisée à l‘encontre des chiites dans les pays du Golf à réduit les transferts d’argent vers le Liban. l’Iran ne propose ni réelle perspective d’immigration, ni ne peut remplacer les ressources des individus travaillant soit au Liban soit dans le Golf ou en Afrique. Le Hezbollah épuise, dans des guerres improductives, les ressources de la communauté qu’il représente. Pourra t-il longtemps capitaliser sur la peur des chiites, les promesses reportées à la  parousie du Mehdi? Personne ne peut y répondre. Mais ce n’est pas dans cette configuration qu’il peut appliquer son projet de République Islamique.    

 

La seconde menace est celle que constitue l’État Islamique et tous les intégristes de la même espèce. Les chrétiens en sont une cible. Mais pas la seule ni la première. Ce mouvement qui se sert de l’Islam comme légitimation idéologique de sa violence, est plus complexe dans ses motivations. L’islam politique et wahhabite, en particulier, ont véhiculé pendant des décennies une vision exclusive, excluante et agressive de l’Islam. Mais il a fallu la conjonction de réalités socio-économiques et politiques dégradantes pour les musulmans du Moyen-Orient et de cette lecture haineuse de l’Islam pour que cette violence extrême émerge. Elle est le fait d’individus ou de multitudes groupes d’individus engagés dans un processus de destruction et d‘autodestruction. L’Etat Islamique annonce dans sa propagande le rétablissement du Califat. Mais son discours est  sommaire et ne prévoit aucun système de gouvernement réalisable ou même utopique. Dans les faits, le système de gestion des territoires et la population sous contrôle est élémentaire. Le principal de l’organisation de la collectivité a été laissé aux structures préexistantes, expurgées de tous éléments proches du régime. L’État Islamique est un danger terroriste pour tout groupe isolé, fussent-ils chrétien, kurde, yazidis, alaouite ou chiite. Il est aussi un danger pour la majorité sunnite qui ne partage pas sa vision réductrice, et il attaque l’Occident. En résumé, malgré l’image qu’il veut se donner, l’État Islamique est un mouvement terroriste, nihiliste, qui dans sa graduation de ses ennemis de fait pas une véritable différence. Le choix de ses victimes relève plus souvent, mais pas exclusivement de sa capacité à atteindre une cible. Il doit sa survie, à son recrutement des exclus et à l’indulgence des forces régionales et internationales. Elles se servent de lui dans leurs disputes sur leurs zones d’influences et sur des intérêts divergents qui n’ont  parfois rien à voir avec la Syrie ou l’Irak.

Il n’en reste pas moins que sa capacité de nuisance peut atteindre le Liban et les chrétiens. Sa cible première est pour l’instant le Hezbollah chiite. Pour une déstabilisation d’envergure, il a besoin de relais plus important dans la communauté qu’il peut enrôler, les sunnites. Or malgré l’état de désolation économique de la Békaa, du Akkar et des quartiers pauvres de Tripoli et de Saïda et de l’attitude hautaine du Hezbollah, les sunnites restent la plupart à ce jour imperméables à ses appels à la violence.

Le danger, aujourd’hui pour les chrétiens, ne vient plus comme en 1860 et 1975, d’une conjonction de facteurs qui les a identifiés comme communauté isolée. Le danger qui les menace et celui qui pèse sur tous les libanais, victimes des guerres régionales, des implications et de l’alignement de libanais sur ces conflits et leurs acteurs. Le danger provient également de l’essoufflement du système qui n’arrive plus à trouver l’équilibre entre le repli confessionnel à caractère utilitaire et un système de gouvernement qui autorise l’alternance du pouvoir de majorité et un fonctionnement efficace des institutions. Affranchis du poids de la polarisation confessionnelle aiguë qui oppose les sunnites et les chiites, les chrétiens ont tout à gagner à être les pionniers d’une reconstruction de l’Etat sur une base citoyenne. Faut-il encore qu’ils se renouvellent eux-mêmes et qu’ils sachent aller à la rencontre d’autres libanais qui les accompagneraient dans cette voie.

Amine Issa

20/06/2016

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01 juin 2016

Le legs de Barack Obama au Moyen-Orient.

Source: Flickr

Barack Obama a montré au début de son mandant un désintérêt pour le Moyen-Orient. On impute à sa politique du « vide » la chevauché des forces régionales et de la Russie, et le chaos qui s’ensuit. Mais depuis 2014, sans effets de manche, l’Amérique est de retour ; à son rythme mais résolument.

 

Marée Basse.

Fraichement élu, Barack Obama hérite de deux dossiers brûlants. Les guerres impériales des républicains et la crise économique. Il décide de désengager les États unis de guerres qu’il juge contre-productives politiquement et coûteuses financièrement. Il considère en même temps que l’axe de la politique extérieure doit se déplacer vers l’Asie, là où sont les intérêts futurs de son Pays. Chuck Hagel, un républicain opposé à l’invasion de l’Irak est nommé au poste de ministre de la Défense, avec pour mission de rapatrier les troupes américaines d’Irak et d’Afghanistan, à moindre coût. En Afghanistan les talibans, quoique ragaillardis ne sont pas une sérieuse menace pour le pouvoir du président Hamid Karzai. En Irak, les Américains se retirent en livrant le pays, déjà plongé dans le chaos suite à l’invasion et à la maladresse de l’occupant, aux partis chiites soutenus par l’Iran, qui vont s’approprier les revenus du pays et ostraciser les sunnites.

Quand en 2011, les populations arabes veulent mettre fin à un demi siècle de dictature, de pauvreté et d’humiliation, l’Amérique observe. La Tunisie et l’Égypte s’en sortent sans dégâts pour l’ordre régional. C’est en Libye que les problèmes commencent. Mouammar El Kadhafi est un tyran fou qui est prêt à tuer tous les Libyens pour rester au pouvoir. L’Amérique doit réagir. Mais le président Obama ainsi que sa ministre des Affaires étrangères, Hillary Clinton, ne veulent pas d’intervention au sol. Ils demandent à la France et à la Grande-Bretagne de stopper le dictateur, mais uniquement par les airs. Celui-ci meurt et la Libye, totalement désinstutionalisée, les Libyens interdits d’organisation sous le règne de Kadhafi, sombrent dans le désordre et la guerre civile. L’Amérique s’en désintéresse. La guerre en Syrie est autrement perçue. La proximité d’Israël, l’alignement à l’Iran, le soutien au Hezbollah et le conflit larvé du régime de Bachar El Assad avec les régimes du Golf demandent plus d’attention. Mais encore une fois, l’Amérique n’intervient pas. Pourtant la Syrie, sans être la Tunisie, n’est pas la Libye. La révolte est d’abord civile, pacifiste et laïque. L’armée est une structure solide ; Des officiers sunnites certes minoritaires et le contingent lui, composé surtout de sunnites, ainsi que des politiciens et une société civile à minima, auraient pu jouer un rôle de transition. Malgré les prises de position occidentale, aucune véritable pression ou menace n’est prononcée à l’égard du président Assad. À l’inverse, l’Iran le soutient en argent, hommes et armes. Face à l’inaction de l’Amérique, les régimes du Golf et la Turquie ouvrent leurs frontières et leurs coffres aux islamistes, leurs séides naturels. Assad aura l’intelligence d’accompagner le mouvement en libérant des chefs et des cohortes d’islamistes qui croupissaient dans ces geôles. Ainsi il se pose comme le rempart et la victime de la barbarie des coupeurs de têtes pour faire oublier son massacre systématisé des Syriens. L’Amérique ne haussera le ton qu’une fois. Lorsque l’utilisation d’armes chimiques par le président Assad est avérée. Les États-Unis, n’ont alors qu’un seul souci, que ces armes ne s’égarent pas et soient dirigées contre Israël. Il somme Assad de les livrer, celui-ci obtempère aussitôt. La fameuse « ligne rouge » était la sécurité d’Israël, pas celle du peuple syrien. Egalement et probablement, les Etats-Unis connaissant la nature du conflit en cours et celle des protagonistes présents depuis le début et ceux qui aller suivre, souhaitaient les laisser s’épuisé, avant d’intervenir, s’il le fallait. Les motivations, irrationnelles, de tempérament ou idéologiques des décideurs syriens, du Golf, turcs, iraniens et russes, allaient les mener à s’enfoncer dans une bataille sur un mode où personne ne gagnerait et tout le monde se saignerait sur les ruines de la Syrie.

 

Mais le temps passe et les islamistes de plus en plus nombreux et aguerris, gagnent du terrain malgré l’intervention des combattants du Hezbollah libanais, des milices irakiennes. Un islamiste jihadiste, formé à l’école salafiste, sans perspectives ni horizons, pour qui la vie ne vaut pas la peine d’être vécue, tue, meurt, mais ne capitule pas. C’est le moment où Vladimir Poutine, en mal de puissance et pour distraire les Russes de son autoritarisme et sa gestion économique lamentable, décide de rentrer dans le jeu. Ni la Syrie ni Assad ne l’intéressent vraiment. Avoir une base navale dans une mer chaude ne justifie pas un bourbier brûlant, une récidive de l’Afghanistan. Son avenir se joue ailleurs, en Europe où l’OTAN après la chute du mur de Berlin a eu la malencontreuse idée de s’étendre à ses frontières et d’humilier l’ancien empire. Si la Russie peut se désintéresser de l’Afrique ou du Moyen-Orient, ce n’est pas le cas pour ses frontières. Elle envoie ses blindés contre la Géorgie qui prétend récupérer l’Ossétie du Sud qui a fait cessésion. Elle récupère la Crimée et quand les Ukrainiens revoient le satrape de Moscou, le président Viktor Iyanoukovitch, elle fomente un mouvement séparatiste à l’Est du pays. Donc en Syrie, la Russie intervient à minima, peu de soldats, beaucoup d’avions. Elle bombarde à tout va, sauve Assad et ses alliés de la déroute, le défend envers le reste du monde et attend patiemment le prix pour le lâcher.

 

Marée Haute, l’Amérique de nouveau.

En 2012, Barack Obama est réélu. Hillary Clinton qui aspire à sa succession sait que le Moyen-Orient est difficilement saisissable, elle ne veut pas prendre d’initiatives sans succès assurés, elle ne veut mécontenter ni les monarchies du Golfe ni Israël, dont l’humeur peut influencer l’élection présidentielle. Elle renonce aux affaires étrangères, John Kerry qui lui succède n’a pas les mêmes ambitions. Lui et Barack Obama, vont revoir leurs attentismes.  L’État Islamique malgré les frappes Russes, n’est que contenu et exporte la déstabilisation vers le Golf, attaque l’Europe et fait des émules en Afrique, surtout en Libye. La situation humanitaire en Syrie devient insupportable (4 millions de morts et de blessés, 12 millions de déplacés, 593 000 personnes assiégées). L’Irak, malgré le renvoi de Nouri El Maliki, continue à sombrer et est de plus en plus aligné sur l’Iran. Frustré de ne pas avoir gagné la bataille en Syrie et dans sa fureur, le président Erdogan s’intronise Sultan de la Turquie et démonte graduellement les institutions démocratiques de la Turquie. Il islamise à tout cran, fait chanter l’Europe en y canalisant plus d’un million de réfugiés et rallume la guerre avec les Kurdes, une guerre atroce dont les médias ne rendent pas assez l’ampleur.

À tout cela, s’ajoute la chute du prix du pétrole, qui si elle gène la Russie, et l’Iran encore rebelle, risque également d’ébranler l’Arabie-Saoudite. Si l’État islamique n’est pas une menace directe pour les États-Unis et reste un danger contrôlable pour ses alliés, son instrumentalisation par les protagonistes régionaux, menace la stabilité de tout le Moyen-Orient, de son pétrole. Dans un monde connecté, cela ne peut à court terme, qu’avoir des répercussions sur l’ensemble du bassin méditerranéen. En 2014 l’Amérique forme une coalition pour combattre. Les contours de sa mission sont encore flous et plus encore ses interventions désordonnées au sol quand il s’agit d’armer les groupes qui s’opposent à l’Etat Islamique.

Mais à partir de 2015, une nouvelle stratégie se dessine. Barack Obama déclare en avril dernier que la plus grande erreur de son mandat a été de ne pas avoir prévu une stabilisation de la Lybie, suite à la chute de Mouammar Kadhafi. On peut croire que la même réflexion est valable pour tout le Moyen-Orient. L’Amérique reprend donc l’initiative, mais pas comme on l’attend, seulement comme elle l’entend, sans annonces tonitruantes. Militairement, son approche est rendue par Anne Murline dans le Christian Science Monitor du 13 mai. Le Pentagone se fixe des objectifs très précis et atteignables. Les drones et les bombardiers continueront leurs missions. Au sol, seules des troupes d’élite en petit nombre, vont entrainer et conduire les forces locales alliées qui seront  préalablement « sécurisées » pour éviter que les armes précédemment distribuées ne finissent pas aux mains des islamistes. Une fois un territoire libéré, ce sera aux forces locales de les sanctuariser. Son objectif pour toute la région ? Une stabilisation sur le long terme en réduisant les antagonismes ; En Syrie, battre l’Etat Islamique militairement, encourager l’émergence d’un pouvoir légitime et stable qui n’aurait besoin de recourir au terrorisme interne et externe pour se maintenir ; En Irak, même scénario militaire qu’en Syrie et faire pression, pour reconstruire l’armée, réduire le rôle des milices chiites et renforcer le premier ministre qui se bat contre tout le monde pour reconstruire les institutions ; Réduire la capacité de nuisance de l’Iran, pousser les monarchies du Golfe à revoir leurs copies d’un Islam conquérant et intolérant, rabattre le caquet à Israël et son premier ministre arrogant qui insulte le président américain jusqu’à devant son congrès, et rappeler à la Russie qu’elle n’est plus l’Union Soviétique. Egalement, l’entrée de la Russie dans le jeu commandait une intervention. Non pas que l’administration américaine eut douté un instant que la Russie elle-même buterait contre les limites de ses capacités en Syrie. Mais la taille de cet acteur, supposé « accompagner » de prés son enlisement et récupérer ses atouts en l’associant plus tard à la vision américaine.

 L’Amérique à renouer avec la croissance et à les moyens financiers de sa politique. Mais cette fois elle se donne du temps et va combiner, le jeu sur les contradictions des pays qu’elle veut contraindre avec l’octroie d’un rôle à ses alliés et à l’ONU. John Kelly se charge de la diplomatie. Ashton Carter remplace Chuck Hagel le timoré en 2015 et travaille main dans la main avec le chef d’état-major le général Joseph Dunford nommé lui aussi en 2015.

En moins de deux ans voilà ce qui s’est passé.

 

Iran, l’invasion silencieuse.

L’accord sur le nucléaire iranien est d’abord une victoire américaine. Les États-Unis n’ont jamais cru à la bombe iranienne et l’Iran lui-même n’en a jamais vraiment voulu. Mahmoud Ahmadinejad élu pour mettre fin à l’expérience des réformateurs, se sert des centrifugeuses pour exciter le nationalisme des Iraniens et faire passer le durcissement du régime. Mais le prix économique est très élevé. L’Iran cède sur tout et, malgré cela, il se trouvera des prophètes d’apocalypse qui hurlent à la réédition de l’Amérique. Étranglé, l’Iran cède donc et doit en plus admettre l’élection d’un modéré, Hasan Rouhani, tant l’effet de la bombe nucléaire s’est avéré inopérant pour brider les aspirations des Iraniens. L’Iran économiquement dépassé, livre des pans entiers de son redressement aux firmes occidentales. Le gouvernement va même jusqu’à autoriser la possession de 100% des actions d’entreprises d’État à des étrangers. L’Iran est donc aujourd’hui, par la volonté des réformateurs, la réouverture économique sur le monde, plus concentré à se retablir. En Mars, la Russie annonce la baisse de ses aides militaires à la Syrie au moment où un dollar s’échange contre 475 livres, en Mai il atteint 620 livres. Vraisemblablement, l’Iran ne renfloue  plus la banque centrale syrienne dont les coffres sont à sec. L’Amérique, si elle a réintroduit l’Iran dans le circuit économique mondial détient encore un levier redoutable, le dollar, qui reste la monnaie de référence des transactions et dont elle peut priver l’Iran par plus d’un moyen. Mais le principal pour le régime réside ailleurs et l’Imam Khamenei l’a parfaitement compris. L’ouverture économique sur le monde pour éviter la faillite, se traduit par une ouverture tout court que les Iraniennes appellent de leurs veux. L’Iran est une très vieille et très riche civilisation, dont la vitalité scientifique, culturelle et innovatrice, malgré la chape abêtissante d’un régime tourné vers le passé, est forte et résistante. Les Iraniens n’ont pas le complexe des nations arriérées sorties longtemps de l’histoire ou qui n’y sont jamais rentrées. Ils n’ont pas besoin de s’arcbouter à un passé mythique pour camoufler leur retard. Ils ne craignent pas d’affronter la modernité et de s’y adapter sans se renier. C’est le cauchemar du Guide. Depuis la signature de l’accord, il multiplie les mises en garde contre l’invasion culturelle de l’occident, d’un « islam américain » (sic) qui serait une dépravation du véritable Islam. Il sait que cette modernité que les iraniens veulent rejoindre est antinomique avec son régime. En réintroduisant l’Iran dans l’économie mondiale, l’Amérique y introduit un virus mortel pour le pouvoir archaïque des mollahs. Une arme plus redoutable qu’une volée de missiles balistiques.

 

Le Royaume Saoudien, la fin de l’indulgence.

Les relations entre les États-Unis et l’Arabie Saoudite n’a, depuis leur établissement, connu qu’un hoquet passager, en 1973, lors de l’embargo sur le pétrole décrété par le roi Faycal. Après les attentats du 11 Septembre, une méfiance sourde s’installe. Elle est mise en veilleuse par les deux guerres du Golf et par la montée de la température entre l’Iran et l’Amérique. Depuis l’apparition de l’Etat Islamique et sa barbarie, l’Amérique prend conscience de l’ampleur de la prédication wahhabite qu’elle n’a jamais, ou jamais voulue, mesuré à sa juste dimension. Comment convaincre les Saoudiens à progressivement briser le lien organique, entre le pouvoir et l’école wahhabite qui se légitiment mutuellement ? Car cela ne peut se faire que sur la durée, si courte soit-elle souhaitée. Il ne peut s’agir de menace directe. Le royaume reste un pays stratégiquement précieux pour les États-Unis à plus d’un égard. Il n’est pas un géant militaire, mais il gêne l’Iran. Son pétrole n’est plus indispensable aux États-Unis, mais il compte encore pour dix pour cent du brut consommé dans le monde que l’Amérique souhaite protéger ou contrôler, c’est selon. Alors deux leviers vont être utilisés pour convaincre les Saoudiens à revoir leurs copies d’un Islam radical. D’abord l’Iran. En lui rouvrant la voie de la communauté internationale, l’Amérique signale aux Saoudiens quelle peut avoir des intérêts sur l’autre rive du golfe persique. Pour éviter un trop grand rééquilibrage, le royaume devra donner des gages de bonne volonté. Ensuite, la baisse du prix du pétrole. Celui-ci ne retrouvera jamais les sommets qui permettaient à l’Arabie Saoudite d’acheter de l’indulgence. Dès quarante dollars le gaz et le pétrole de schistes et les énergies renouvelables redeviennent concurrentiels et tireront de nouveau les prix vers le bas. Le prince héritier, deuxième dans l’ordre de succession, a annoncé un plan de restructuration  de l’économie saoudienne, qui la ferait passer d’une économie de rente, dépendante des hydrocarbures, à une économie diversifiée qui donnerait nécessairement une plus grande place aux entrepreneurs privés. Or pour réussir ce passage, c’est-à-dire plus d’innovations, d’implications des Saoudiens dans la production de richesses, il faut plus d’ouverture sur le monde, d’innovation et de liberté. Et la première est de penser par soi et de ne plus suivre aveuglément les enseignements rétrogrades et violents du wahhabisme pour qui le monde n’est peuplé que de mécréants. L’Arabie-Saoudite serait-elle tentée de trouver un autre protecteur ? La Chine ou la Russie ? À supposer même que ces deux pays soient tentés par l’opportunité, ils poseraient  les mêmes conditions que les États-Unis. Les sources divergent, mais l’on dégage une fourchette de 16 à 20 millions de musulmans en Russie, dont 2 à Moscou et 20 à 50 en Chine. S’ils restent des minorités, très petites pour la Chine, ils n’en sont pas moins extrêmement turbulents, travaillés au corps et à l’esprit par le Wahhabisme.

Turquie, le sultan privé d’empire.

On reproche à l’Amérique de laisser faire le président Erdogan dans sa guerre d’extermination contre toutes expressions politiques des Kurdes et sa guerre tout court contre leurs régions. On lui reproche son silence contre la dérive autoritaire et islamiste du président. On lui reproche sa complaisance à l’égard de l’appui d’Ankara aux insurgés islamistes en Syrie. Le président Erdogan menace également l’Europe avec l’arme des réfugiés et semblait gagner la partie de bras de fer. Mais la riposte se dessine graduellement. L’Amérique n’envoie pas d’armes au PKK, la milice Kurde turc, mais elle arme, finance et entraine les « forces de la Syrie démocratique » composées de trente mille hommes dont vingt-cinq milles Kurdes du PUD, le parti des Kurdes Syriens, idéologiquement très proche du PKK. Cette nouvelle milice occupe une bande de 400 kilomètres à  la frontière de la Turquie et coupe des routes de ravitaillements aux obligés islamistes d’Ankara. Quand L’Etat Islamique, il y’a six jours, s’empare de villes proches de la même frontière en chassant les islamistes alliés d’Ankara, les avions américains, pourtant basés en Turquie restent au sol. Ensuite, l’Europe refuse d’accorder aux ressortissants turcs l’accès à l’espace Schengen si Ankara ne revoit pas ses lois antiterroristes qui lui permettent de museler opposants et presse sous de fallacieux prétextes. Le président turc monte au créneau,  et menace de dénoncer l’accord sur les réfugiés. L’Europe condamne le chantage et ne recule pas. En même temps le PUD kurde inaugure des bureaux à Paris, Stockholm, Berlin et Prague. La Turquie proteste dans le désert. Plus encore, David Cameron, ne prévoit plus l’entrée de la Turquie en Europe qu’en l’an 3000 ! Ankara se rétracte et accepte de reprendre à « haut niveau » les discussions sur les lois antiterroristes. La Turquie est isolée régionalement. Ses relations avec l’Arabie Saoudite, depuis la fondation du Royaume, ont toujours été pour des raisons idéologiques et historiques, détestables. Avec l’Iran, depuis que celle-ci est devenue chiite au seizième siècle, l’antagonisme est permanent. Aujourd’hui, ils s’affrontent directement en Syrie sur fond de querelles confessionnelles entre sunnites et chiites. Avec la Russie le contentieux est également lourd, autour de la Syrie, de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan (également pomme de discorde avec l’Iran). L’économie turque possède une industrie exportatrice solide et un important secteur touristique. Son avenir économique est en Europe et pas en Asie. Son ombrelle militaire en cas de conflit majeur est l’OTAN. Le président Erdogan finira par se plier aux conditions de ses véritables alliés, les laissera décider en Syrie.

 

Essuyer les plâtres en Irak.

En Irak, l’Amérique est plus prudente, le traumatisme est encore vif. Mais elle ne peut laisser d’un côté l’Etat Islamique prolonger son implantation et de l’autre laisser le pays imploser à cause de l’appétit féroce des partis politiques aux pouvoirs qui pillent le pays. Elle commence par imposer le départ de Nouri El Maliki, qu’elle avait précédemment laissé imposer par les iraniens. Voulant donc reprendre la main, elle facilite la voie à Haidar El Abdi. Celui-ci essaye de nettoyer les écuries d’Augias, donner des gages aux sunnites. Il est menacé de destitution par les autres formations qui ne veulent pas abandonner leurs prédations. À un moment critique, il reçoit la visite inopinée du vice-président américain, les ardeurs se calment. Sur le plan militaire, les Iraniens ont monté en Irak une armée parallèle, sur le modèle des Gardiens de la Révolution, une armée qui est supervisée par le Général Iranien Qasem Sleimani.  Celui-ci dirige en mars 2015 la reprise de Tikrit. Les milices chiites vont piller la ville. Fort de cette victoire, elles annoncent haut et fort que dorénavant elles s’opposeraient à toute intervention des avions américains pour libérer d’autres villes. Depuis, plus rien, ou plus tôt, les Irakiens reculent devant L’Etat Islamique à Ramadi et ne parviennent à la reprendre que grâce aux frappes américaines. Les Irakiens comprennent qu’ils ne pourront pas avancer sans cette aide. Les Américains déploient des forces spéciales et éliminent des chefs importants de L’Etat Islamique. En mai 2016, c’est eux qui annoncent que l’offensive contre Fallouja va commencer et lancent leurs bombardiers. Ils exigent que les milices chiites ne rentrent pas dans la ville, que seule l’armée irakienne et les tribus sunnites l’occupent. Personne ne trouve à redire. Surtout que le FMI et la Banque Mondiale, en mai également, accordent à l’Irak exsangue, un prêt de 15 milliards de dollars, l’Iran ayant désormais d’autres postes de dépenses,  une offre que ne peut refuser l’Irak et qui ramène dans les rangs les têtes les plus chaudes.

 

Syrie et Russie, la promenade est finie.

En Syrie, l’Amérique se contente avec la coalition d’empêcher une victoire des insurgés. Le président est en mauvaise posture, recule, mais ne s’effondre pas. Les milices irakiennes « Assaeb El Haq » et libanaises du Hezbollah, les armes et conseillers iraniens, y sont pour beaucoup. Mais la Turquie et les pays du Golf ne manquent pas eux aussi à l’appel. Certes, ils ne contrôlent pas l’Etat Islamique, mais alimentent les autres groupes islamiques. C’est une guerre à trois : Le régime et ses alliés d’une part, les insurgés islamiques et leurs partenaires turcs et du Golf d’autre part, et enfin l’Etat Islamique. Une guerre à trois, dont la frontière entre les protagonistes, particulièrement entre l’Etat Islamique et les financiers du Golf, ne sont pas totalement imperméables. Vladimir Poutine n’a que mépris pour tout ce beau monde, il aura raison, mais pour un temps. En septembre 2015, il investit le champ de bataille surtout pas les aires. Il frappe indistinctement tous les ennemis du régime. Il n’épargne pas ce qui reste de l’Armée Syrienne Libre et d’autres petits groupes non acquis aux islamistes. Malgré leurs poids relatifs, ils sont symboliquement la seule alternative au président Assad et ne sont pas prêts à échanger la dictature du Baath contre la tutelle des Russes. Ensuite il s’en prend à l’Etat Islamique dont il détruit les routes de ravitaillement et les installations de pétrole qu’il contrôle. L’Etat Islamique est affaibli militairement et économiquement, perd du terrain, mais lance encore des offensives meurtrières. L’aviation américaine n’intervient que sporadiquement, mais les forces spéciales s’activent ailleurs. Elles mettent sur pieds « les forces de la Syrie démocratique » qui progressivement étendent leur contrôle au nord de la Syrie aux dépens des autres insurgés et de l’armée syrienne. John Kerry rencontre à plus d’une reprise son homologue russe. Ils organisent avec l’ONU des pourparlers entre les belligérants, excepté les plus radicaux. Il s’en suit un cessez-le-feu bancal et une promesse d’un pourvoir intérimaire en Août. Quand John Kerry répète que le président Assad doit partir, que le mois d’aout comme date butoir de la période de transition est non négociable et qu’il possède un plan B, tout le monde sourit. Bachar El Assad continue d’annoncer que le combat ne cessera que lorsqu’il obtiendra une « victoire totale » et la Russie devant la reculade des occidentaux à ses frontières, comme soulignés plus haut, ne le lâchera que contre d’autres concessions ailleurs.

Entretemps les Occidentaux changent de politique et d’attitude. Au sommet de l’OTAN en 2014, ses membres décident de remonter leurs dépenses militaires jusqu’à un minimum de 2% du PIB, après la cure d’amaigrissement suite à la chute du mur de Berlin. En avril 2016, le parlement américain débloque une aide supplémentaire de 3.4 milliards au pays menacé par la Russie, quatre fois plus qu’en 2015. L’Ukraine reçoit elle seule 150 millions. En même temps, le parlement américain autorise l’utilisation de missile sol-sol de moyenne portée, au paravent interdit en accord avec la Russie. En mai, des manœuvres conjointes ont lieu en Géorgie entre l’armée de ce pays et celle des États-Unis. Les plus grandes à ce jour. À Bruxelles en mai également, l’OTAN annonce en préparation du sommet de Varsovie (le lieu n’est pas anodin)  en septembre, le déploiement de troupes supplémentaires sur le territoire de pays menacés par la Russie. Plus encore, après dix ans de retenue pour ménager la Russie, le bouclier antimissile destiné à intercepter ceux de l’Iran vers l’Europe, est activé. Vladimir Poutine réagit et déclare à partir de la Grèce que ce bouclier est dirigé contre la Russie, surtout après la signature de l’accord nucléaire avec l’Iran. Il a raison, mais seul.

Les premiers signaux d’impuissance et de composition apparaissent également en Mai. Le président Poutine reconnait, qu’il reste beaucoup à faire en Syrie, que son armée connaissait des difficultés et qu’il allait diligenter une enquête. En même temps, il annonce que son aviation avait attaqué, détruit 30 000 cibles en Syrie. 30 000 ! N’est-ce pas le nombre de combattants qu’on prête à L’Etat Islamique ? On apprend également, par la BBC, qu’une attaque, la plus importante à ce jour, a eu lieu sur une base russe en Syrie où 4 hélicoptères et vingt camions sont détruits par l’Etat Islamique. L’armée syrienne lance une vaste offensive sur Alep. En chasser L’Etat Islamique et les insurgés y serait une victoire décisive et surtout un moyen de contrôler la frontière turque à l’ouest de l’Euphrate par où passent combattants et armes. La « Victoire totale » n’est pas au rendez-vous. Le Hezbollah subit une hémorragie de ses chefs militaires les plus prestigieux. L’Iran ne peut plus financer sans compter la Syrie, dont le PIB est passé de 60 milliards de dollars en 2010 à 27 ou 23 milliards, selon les différentes sources.  Alors que l’offensive tant attendue sur Raqqa est enfin lancée, elle ne l’est pas par l’armée Syrienne et ses alliés, mais par « les forces de la Syrie démocratiques », encadrées par les forces spéciales américaines et d’autres membres de la coalition, sous le couvert de l’aviation du même pays. La veille du début de l’offensive, le général Jo Votel Chef du Commandement Central, rencontre les chefs des assaillants. Le lendemain il s’entretient avec ses homologues turques, le message sera vraisemblablement double, n’intervenez pas contre les kurdes et donne des assurances à Ankara que ceux-là ne sont pas autorisés à s’installer durablement à l’Ouest de l’Euphrate. La Turquie va protester officiellement pour la forme, elle se vexe que certains soldats américains soient habillés de l’uniforme du PUD. En même temps Vladimir Poutine déclare, toujours à partir de la Grèce, que l’Europe et les États-Unis ont fait pression sur la Bulgarie pour qu’elle se retire du projet de l’oléoduc South-Stream qui doit acheminer le Gaz russe en Europe. Il doit donc se rabattre sur l’oléoduc qui traverse l’Ukraine et la Turquie, avec qui les relations sont exécrables. Si la Russie en représailles peut couper le gaz à l’Europe, celle-ci connaitrait de grandes difficultés. La Russie, elle serait asphyxiée, tant son économie est dépendante du pétrole du gaz. Avant son arrivé en Grèce il déclare « nous n’avons aucun problème avec l’Europe qui ne peut être résolu » et souhaite la circulation de ses ressortissants en Europe sans visa. On apprend également que la Russie ne va pas procurer à l’Iran les équipements qui lui permettent de faire fonctionner la batterie de missile S-300 qu’elle a déjà livré, ni les deux autres batteries encore en attente, parce que l’Iran n’honore pas ses factures. On pensait que Téhéran n’avait plus de problème de trésorerie, surtout pour des armes destinées aux avions américains et israéliens.

Toujours en Mai, on découvre que l’armée russe entraine des divisions de l’armée syrienne. Contrairement à l’entrainement qu’elles recevaient de la part des conseillers iraniens qui tablaient sur les capacités d’attaque, les Russes insistent sur le rôle défensif. Autres différences notables, les officiers ne sont plus exclusivement alaouites et les soldats issus des minorités. Les sunnites sont désormais majoritaires. La quatrième division commandée par Maher El Assad est exclue de ce programme et les Russes ont effacé toute référence à la famille Assad (des slogans qu’apprennent les soldats et des manuels d’instructions). Enfin, alors que l’armée Russe précédemment « conseillait amicalement » le commandement américain de réduire ses vols pour ne pas gêner son aviation, les ministres de la Défense et des Affaires étrangères de Vladimir Poutine, demandent à quelques jours d’intervalles une coopération avec l’armée américaine. Demande refusée à ce jour. Également celle de Serguei Lavrov de participer au soutien « Les forces de la Syrie démocratique ». Le président Assad aura certainement apprécié.

 

Lybie, Yémen, Moyen-Orient, la marche lente sur une terre ferme.

Au Yémen l’ONU a pris le relai des négociations après l’échec attendu de la tentative Saoudienne de parvenir à un accord. Les négociations durent depuis  six semaines et un cessez-le-feu, certes boiteux, a arête les bombardements aveugles. En Libye, un pas est fait avec le nouveau gouvernement parrainé par les Nations-Unis et auquel il est question, d’abord d’accorder la levée de l’embargo sur les armes, à condition d’être efficace et rassembleur. Ensuite des pays occidentaux réunis à Vienne proposent d’envoyer des troupes pour entrainer la nouvelle armée dont la constitution a été annoncée en avril et qui en mai annonce sa première offensive contre L’Etat Islamique à Syrte.

Cette disposition des Occidentaux conduite par les Américains, pour arrêter la décomposition des pays en guerre,  a été officialisée par les participants au sommet préparatoire de l’OTAN à Bruxelles, où le secrétaire général de l’organisation a clairement exprimé la volonté de déployer des troupes où cela était nécessaire pour permettre aux forces locales souveraines de mettre une fin au chaos.  Ces forces doivent être légitimes, probes, équitables et opérantes, redonnent de l’espoir, en fait pas en paroles, pour assécher le recrutement des damnés.

Israël, les colonnes du temple bougent toutes seules.

Je termine par Israël, premier bénéficiaire d’un monde arabe démembré, trop occupé à s’étriper, pour se souvenir encore de la « cause central », la Palestine. Mais l’Amérique sait que cette question va ressurgir tôt ou tard et que les palestiniens, mêmes seuls, eux n’oublient pas. L’actuel gouvernement israélien, n’en a cure. Jamais Israël n’aura connu une telle dérive droitière, nationale-religieuse. La décomposition du monde arabe et l’embourbement des plus radicaux, Islamistes sunnites et Hezbollah, dans les sables Irakiens et Syriens, auraient été une opportunité de négocier avec les palestiniens sans surenchères venues de l’extérieur. L’Amérique aurait souhaité un tel processus. Israël fait le contraire et ne se prive pas de défier les Etats-Unis, chaque fois que ceux-là protestent contre l’extension d’une colonie ou une énième vexation à l’encontre des palestiniens. Evidemment, l’alliance entre les deux pays n’est pas sujette à négociations et toutes représailles américaines a un cout dans les urnes. Mais justement parlons d’urnes. Le phénomène Bernie Sanders aurait été inimaginable il y’a dix ans. Un juif, candidat à la maison blanche, qui critique Israël, répond avec mépris à ceux qui veulent amalgamer ces critiques avec de l’antisionisme et fait le plein des voix chez les jeunes, c’est-à-dire les futurs dirigeants de l’Amérique. Barack Obama, lui, a décidé de ne rien faire et il a raison. Car le danger pour Israël dans son entêtement à renier les droits des palestiniens, cette fois ne viendra pas de l’extérieur. Israël est aujourd’hui une société dangereusement polarisée entre religieux et laïques, Séfarades, Ashkénazes et Mizrahis, Russes et autres émigrés de fraiche date, riches et pauvres. Les enfants des juifs Orthodoxes comptent pour 25 pour cent des enfants d’Israël. Même l’armée, la colonne vertébrale de la société israélienne, est dans la tourmente, quand des politiciens de droite justifient l’assassinat par un soldat, d’un assaillant palestinien désarmé et au sol et que le chef d’état-major et son adjoint réprouve l’acte. Quand le ministre de la défense s’aligne sur l’armée, le premier ministre le renvoie pour désigner  sa place un ancien videur, Avigdor Liberman, qui ne croit qu’en l’expulsion des palestiniens des terres de 1948 et l’extension des colonies. A-t-on besoin de faire quoi que ce soit pour accélérer la fin de l’arrogance d’Israël ?

 

Que faut-il croire ?

Ce scénario américain peut-il aboutir ? Ce qui joue contre lui est son écriture. C’est un mélange d’interventions certes décisives, mais mesurées. Jouer sur les contradictions, les intérêts tellement divergents d’un grand nombre d’acteurs est risqué. La nature même des régimes concernés par l’enjeu rend les prévisions aléatoires. On n’est pas dans la configuration de l’affrontement binaire de la guerre froide. Cette politique d’étapes se succédant, exige une reconfiguration permanente des plans d’action, selon les résultats. Ce qui est certain est le retour de l’Amérique sur un mode inédit et Barack Obama laisse à son successeur une stratégie en marche, ce que Georges W.Buch n‘avait pas eu l’élégance de faire.

 

Amine Issa

01/06/2016

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14 mai 2016

La face sombre et la face claire d’une élection.

Source: Flickr

Ulysse est revenu, plein d'espace et de temps. Ossip Mandelstam

Trois chiffres résument les élections municipales de Beyrouth : 80% d’abstention, 60% des voix pour la liste des partis traditionnels et 40% pour la liste de Beyrouth Madinati.

Le premier est une honte. Certes, jamais les élections municipales à Beyrouth n’ont mobilisé de foules, une consultation qui ne développe pas une rhétorique électorale démagogique, faisant appel aux identités confessionnelles. La démagogie n’est que lutte pour le pouvoir, pourtant nous persistons à lui donner la qualité de politique, ce qui est déjà un malheur. Inversement, un scrutin limité à la gestion de la Cité, n’est pas encore compris comme éminemment politique. Notre éducation reste à faire.

Sauf que le chiffre de 80% d’abstention ne signifie pas cette confusion des genres. Les partis politiques traditionnels ont formé une alliance inédite ou toutes les animosités ont disparu le temps d’un vote. Le ban et l’arrière-ban des formations politiques, des principales au plus exotiques (Makzoumis, Ahbaches, des évêques), ont battu le rappel pour faire barrage à la première alternative sérieuse et dangereuse, Beyrouth Madinati. Des formations et non des moindres ont accepté des strapontins, ont sonné la curé pour débusquer la moindre voix et la forcer dans une urne. Jamais autant d’appels désespérés n’ont été lancés ce dimanche matin, à partir des quartiers généraux d’Acharfieh, Meghrab, Rabieh et Beit El Wassat. Rien n’y fit, les Beyrouthin sont restés chez eux, les uns fidèles à leur désintérêt atavique pour ce scrutin, mais beaucoup d’autres, en s’abstenant cette fois, ont fait clairement savoir qu’ils ne se laisseraient pas tromper et qu’ils désavouaient désormais les grandes formations.

La fibre confessionnelle n’étant pas exploitable pour ce scrutin, et s’appuyer sur un bilan de gestion de la municipalité sortante n’étant pas possible vu les résultats déplorables des six années écoulées, l’appel au vote pour la liste des partis traditionnels n’a trouvé de slogan que celui d’assurer la parité entre chrétiens et musulmans. Or même cet argument s’est avéré fallacieux, puisqu’au résultat on constate que les écarts des voix entre les premiers et les derniers de la liste des partis traditionnels est le double que celui entre les premiers et les derniers de la liste Beyrouth Madinati. Celle-ci, a donc mieux respecté l’équilibre confessionnel. Certes Beyrouth Madinati n’a pas pu et su, elle aussi réussir le pari de la mobilisation. Par manque de temps, de moyens et d’expérience, à cause d’intimidations pour qu’elle renonce à des rencontres électorales dans des quartiers de la ville. Mais aussi sans doute pour son discours trop policé, politiquement correct. A trop vouloir éviter toute démagogie, ce qui est à leurs crédits, ses candidats ont manqué dans leurs discours de charisme, ce qui est une erreur, fussent-on dans la démocratie la plus avancée.

Ce qu’il faut également retenir est, que si les partis traditionnels ont gagné les élections, ils n’ont reçu le suffrage que de 60% du cinquième des beyrouthins qui ont voté, alors que précédemment ils obtenaient la quasi-totalité des voix. Beyrouth Madinati  n’a certes remporté que 40% des voix, mais cela reste remarquable dans un pays ou les mentalités progressent, au moment de voter, au pas de tortue, tant la pesanteur confessionnelle est paralysante. Peut-on supposer également que sans Beyrouth Madinati  ces 40%, c’est-à-dire 32000 personnes n’auraient pas voté ? Ce qui serait encore un autre désaveu des partis traditionnels. Tout compte fait,  ces partis, réunis, mobilisés, gouverneront la capitale, mandatés par seulement 12% de ses habitants ! On ne fait pas pire.

Une dernière conclusion. Au vu des résultats le Courant du Futur a accusé ses colistiers chrétiens de n’avoir pas été catégoriques dans leurs instructions adressées à leurs partisans pour voter pour la liste commune. Je pense que la réalité est ailleurs. Les directions des partis chrétiens ont consciencieusement rempli leurs devoirs. Ce sont leurs partisans qui parfois n’ont pas voté, ou, avec de précédents abstentionnistes qui se sont déplacés cette fois, ont voté en faveur de Beyrouth Madinati. La même explication s’applique à Tarik El Jédidé, où  Beyrouth Madinati a obtenu 30% des voix. Même certains partisans supposés moutonniers du Courant du Futur ont comme ceux des partis chrétiens, exprimés leurs désaveux pour leurs directions.

« Et maintenant ou va t’on » ? Le plus probable malheureusement est que les dissensions au sein de la nouvelle direction de l’hôtel de ville, éclatent très vite au grand jour et paralysent l’action de la municipalité, sauf quand il y’aura distribution de prébendes et de passe-droit. Ne parions pas la dessus, ce serait d’abord de mauvais aloi, ensuite on ne construit rien quand on se contente d’observer la décomposition d’une administration. Maintenant que l’échéance électorale est passée, il faut que le collectif de Beyrouth Madinati tire les conclusions de son échec tout autant que celle de sa victoire relative et ne déçoivent pas ses 32000 électeurs et les milliers d’autres potentiels. Que le collectif choisisse la voie qu’il veut, mais qu’il continue son combat. Qu’il rebondisse sur d’autres échéances, qu’il empêche de tourner en rond, mais qu’il trace également un chemin qu’on pourrait emprunter. Les Libanais en demandent, même si c’est à un rythme parfois décevant. Entrer en politique c’est naviguer sur une mer agitée, il faut garder le cap et arriver à bon port ; même Ulysse est revenu!

Amine Issa

12/05/2016

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