citoyen libanais

01 avril 2018

زحله، القوات اللبنانية والعربة الغريبة

 

hotel kadri 1919

 

حتى خصوم القوات اللبنانية يعترفون للحزب منذ عودته الى الحكومة التميز باختيار وزرائه. فيشهدون لهم الكفاءة والأمانة واللاطائفية. من هنا كان متوقع أن تنسحب هذه المواصفات على لوائح الحزب للانتخابات النيابية. وعليه دعونا نلقي نظرة على لائحة الحزب عن دائرة زحله، وذلك لما تمثله هذه الدائرة من أهمية نظراً لحجمها وارتباط تاريخها الحديث بنضال القوات اللبنانية، ولاسيما مقولة الرئيس بشير الجميل: "التخلص من الدولة المزرعة

إذاً على لائحة الحزب في هذه الدائرة شخصين من دون الآخرين، القاضي جورج عقيس مرشح القوات اللبنانية و"الحليف" السيد سيزار نعيم المعلوف. لم أتعرف بأي منهما شخصياً لكن عند قراءة مدونات القاضي على صفحة الفايس بوك الخاصة به، يتبين أنه صاحب رؤية ومشروع سياسي انمائي، وسمعته في الأوساط الشعبية والقضائيه لا تدل إلا على الكفائة والنزاهة وحرية الرأي. أما السيد معلوف فهو رجل أعمال ناجح يعرف عن عائلته بعض التصرفات ’’ العنترية’’، وهي غير مستغربة ومدانة كلياً في منطقة، علق فيها الى حد بعيد سيف العدالة منذ الاستقلال. فاضطرا المواطن إلى تدبير أموره الأمنية ذاتياً، اضافة الى الفقر المستشري وغياب فرص العمل وإهمال الدولة للمجمل الأطراف، التي دفعت الآلاف من الشباب الى ممارسة اللصوصية وترويج المخدرات. فهو كذلك مفهوم ونوعاً ما مبرر. ولكن يبقى السيد سيزار المعلوف ابن نعيم المعلوف الذي تاجر بالمخدرات وحوكم وسجن. إذا فكيف يجتمع القاضي مع ابن تاجر المخدرات في لائحة واحدة؟ ولو شاءت الصدف لكان القاضي جورج عقيس قد حاكم نعيم المعلوف

هذا سؤال مبرر يطرحه الناخب وليس أكثر. فلهذا السؤال جوابان لا ثالث لهما.

إما أن القاضي عقيس قد رضي بالمحظور تلبية ً "للمصلحة العليا" وهذا ليس مقنعا أبداً، فاللبنانيين ليسوا جهلا لهذه الدرجة. أو أن السيد معلوف تنكر لأعمال والده، وبيض صفحة العائلة وهذا الذي لم يحصل حتى الساعة

فما هو مبرر القوات اللبنانية لهذه العربة الغريبة؟ الجواب ليس عندي

 

امين عيس

01/04/2018

Posté par amine issa à 18:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

18 mars 2018

Les merveilleux amis de Donald Trump

resizeimagehandler

La presse internationale se félicite de la prochaine rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un. On serait à la veille d’un accord qui éloignerait la menace d’une apocalypse nucléaire mondiale. Si une autre dérive n’expliquait pas cette tartufferie, on en rirait. La Corée du Nord est un fossile hors de l’histoire qui est incapable de menacer qui que ce soit. L’on est impressionné par ses défilés militaires où des milliers de soldats paradent au pas de l’oie comme un seul homme dans une chorégraphie digne des grandes messes nazies de Nuremberg. Effectivement la dynastie a réussi à transformer les Coréens en automates. Mais sous la peinture flamboyante des missiles qui accompagnent ces défilés, il n’y a que de la quincaillerie rouillée, des copies de missiles chinois, eux-mêmes copiés sur ceux de feue l’Union Soviétique. Tirés, s’ils n’explosent pas en vol, ils ont la précision d’une bombarde du Moyen-Âge. A l’aire des satellites et des drones, Kim Jong-un «Grand soleil du XXIè siècle» continue à observer la frontière avec la Corée du Sud avec des jumelles comme celles des tranchées de la première guerre mondiale, entouré d’officiers bedonnants et hilares qui prennent note de ses instructions sur des carnets après avoir sucés la mine de leurs crayons. Et si d’aventure Kim Jong-un venait à armer ses missiles de têtes nucléaires, au moment même où il réfléchirait à leurs emplois, la totalité de son arsenal serait détruite par une volée de missiles «Cruises» ou de bombardiers tactiques que sa défense anti aérienne n’aura même pas le temps d’en détecter l’arrivée.

Le régime de Kim Jong-un est en faillite permanente. Chaque fois que les silos de blés sont vides et que la famine est aux portes, le dictateur sort ses griffes émoussées pour quelques navires d’aides alimentaires. Il fait également l’affaire de la Chine pour effrayer le bon peuple américain, sans le pétrole de laquelle aucune voiture ne roulerait, aucune centrale électrique ne fonctionnerait. En prétendant refroidir les ardeurs de Kim Jong-un, la Chine fait oublier ses pratiques commerciales déloyales, ses empiétements en mer de Chine et rappelle aux Américains que le changement de cap de leurs politiques étrangères du Moyen-Orient vers l’Asie n’est peut-être pas une bonne idée. Celle-ci initiée par le président Barack Obama n’a pas été revue, un porte-avions américain vient, pour la première fois, accoster au Vietnam depuis la fin de la guerre avec ce pays.

Il est étonnant que Donald Trump veuille obtenir un accord avec Kim Jong-un et dénoncer celui signé par son prédécesseur avec l’Iran. S’il est vrai que le président Barack Obama n’a pas exigé de l’Iran de réduire son intervention au Moyen-Orient, il y a à cela trois raisons. D’abord le nucléaire iranien peut être une menace pour Israël, ensuite provoquer une course à l’armement atomique. Ainsi l’Arabie Saoudite se sentant menacée aurait pu, si l’Amérique ne l’autorisait pas à acquérir la bombe, se fournir secrètement au Pakistan contre quelques milliards dont ce pays a toujours besoin et qui entretient avec Washington une politique ambiguë. C’était cela la priorité. De plus, la réintégration de l’économie iranienne dans le circuit mondial et le relèvement du niveau de vie conséquent peut vivifier la contestation interne au régime iranien dont un des slogans est le retrait des théâtres extérieurs et donc amener le régime à revoir ses priorités. Les derniers évènements en Iran vont dans ce sens. Évidemment cette option prise par le président Obama n’a aucune garantie de succès, mais elle est rationnelle. Alors qu’en Corée du Nord pour l’instant, il est totalement exclu de voir une quelconque opposition se développer.

Mais alors quel est l’objet de cette rencontre? Aucun sauf la propension de Donald Trump de s’aboucher avec la pire espèce de dirigeants de la planète, qui n’ont que mépris pour leurs peuples. Grand admirateur de Vladimir Poutine, son administration après la cascade de révélations sur l’interférence du Kremlin dans les élections de 2016 et l’assassinat du double agent en Grande Bretagne, lui a forcé la main pour imposer de légères sanctions à Moscou. Mais il refuse toujours de signer une loi du congrès qui instaure d’autres sanctions contre la Russie, accusée de violer l’intégrité territoriale de l’Ukraine, de provoquer des tensions avec l’OTAN en Europe et de mener une guerre électronique contre les infrastructures des Etats-Unis. Malgré les tiraillements avec Recep Tayyip Erdogan sur des conditions secondaires comme les poursuites judiciaires contre des gardes du corps du président turc qui ont molesté des manifestants kurdes lors d’une visite aux États-Unis, le président Donald Trump a lâché la bride à son ami pour écraser ces mêmes Kurdes en Syrie, les seuls véritables alliés de l’Amérique dans ce pays. Après avoir accusé le président chinois de manipuler sa monnaie, il se rétracte et se félicite du vote du congrès du PC chinois de permettre au président XI Jinping de rester au pouvoir indéfiniment.

C’est le défaut des démocraties de permettre à des hommes tels Donald Trump d’arriver au pouvoir. Mais c’est surtout parce que la démocratie est devenue laisser-faire et qu’elle n’allume plus les voyants rouges quand suite à la démission des hommes politiques à donner un sens à leurs actions, ceux-ci se contentent de gérer et mal leurs pays. C’est aussi une conséquence du laisser-faire économique des néolibéraux qui a provoqué des crises économiques telle celle de 2008, augmenté les inégalités, faisant la part belle aux populistes. Mais c’est aussi la démocratie qui a le plus de chance, sans effusion de sang et destructions, de renvoyer Donald Trump à son appartement de New York sous ses caissons dorés d’une vulgarité sans nom. Les dernières législatives partielles dans des fiefs Républicains en sont un signe.

 

Amine Issa

18/03/2018

Posté par amine issa à 17:40 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

04 mars 2018

Elections : Le syndrome des réformateurs

Source: Flickr

Eric Weil développe la théorie suivante : lorsqu’un changement devient possible, une situation est considérée insupportable et appelle à l’action généralement pacifique (1). Ainsi pour exemple quand les moyens de production se mécanisent, l’esclavage même condamné précédemment, parce que désormais inutile devient insupportable et appelle à une action pour l’abolir.

Au Liban le mécontentement ne date pas d’aujourd’hui. Sauf qu’un changement dans le paysage politique devient une possibilité. Précédemment le système verrouillait toute tentative de le contester en utilisant deux leviers. Le premier, le clientélisme ou la distribution de l’argent publique sous forme de prestations sociales, d’emplois, de tolérance vis-à-vis des fraudeurs et d’attributions de projets surfacturés. Le second, la protection, chaque parti-communauté prétendant défendre les droits et l’intégrité physique de ses adhérents. Or les caisses de l’état sont vides et le niveau des prestations sociales est en dégradation continue. Le discours sur la protection est de moins en moins fonctionnel, les Libanais se rendent compte qu’ils ne sont pas les ennemis les uns des autres et un grand nombre se considère désormais grugé par l’ensemble de la classe politique. Les dernières acrobaties d’alliances qui ont permis l’élection du président Michel Aoun et celles qui l’ont suivie ont dessillé bien des yeux. Devant cette incapacité de perpétuer la distribution et le discours mensonger, l’option d’une répression à la manière syrienne étant improbable au Liban, il ne reste à la classe politique que de resserre les rangs pour sauver son pouvoir. C’est ce qu’elle fait et réutilise les anciennes recettes quand elle le juge opportun, car beaucoup de Libanais pour de multiples raisons ne veulent ou ne peuvent toujours pas voir la mystification. La dernière querelle entre le ministre Gebran Bassil et le Président de la Chambre en est une illustration.

La panne de ces deux leviers, les grands mensonges éventés, libèrent chez les Libanais des capacités auparavant atrophiées. À cela s’ajoutent de nouveaux moyens aux mains des jeunes réformateurs qui sont les réseaux de communications digitaux qu’ils maitrisent parfaitement. Cela brise le monopole des partis sur la communication, celle-ci étant un outil essentiel sinon le premier pour obtenir les suffrages.

La première manifestation de cette capacité de changement a été le score de 40% obtenu par le collectif Beyrouth Madinati et dans une moindre mesure l’élection de deux indépendants aux ordres des ingénieurs et des avocats, ainsi que le score en progression des étudiants sans étiquettes dans les conseils d’étudiants des universités. L’alliance de la classe politique n’a pas pu empêcher cette percée significative. Cela a réveillé les eaux endormies d’une supposée fatalité et des citoyens n’admettent plus désormais le statuquo. L’échéance des législatifves est le prochain rendez-vous de la confrontation. Si le Hezbollah et Amal ne doutent pas de leurs électeurs et ont déjà nommé leurs candidats, leurs listes ne sont pas entièrement formées à deux mois des élections. Les autres partis sont encore à chercher la combinaison gagnante. C’est dire leur embarras.

Les réformateurs sont nombreux. Des partis, des rassemblements et des indépendants, qui eux également n’ont toujours pas annoncé de liste. Je ne pense pas que les négociations en cours portent sur des divergences de programme. Pour la simple raison que l’enjeu n’est pas une nouvelle politique fiscale qui pourrait opposer un gauchiste à un libéral ou la nécessité de trouver une solution aux armes du Hezbollah. L’objectif et tous le savent est de briser le monopole des partis sur la vie politique pour tenter de freiner la déconstruction de l’état. Le fonctionnement de celui-ci ne répond plus à aucune norme d’efficacité. Le trésor public est géré comme une épicerie, sans stratégie, sans comptabilité, telle une tirelire d’enfants gâtés qui y puisent au gré de leurs caprices. C’est donc une question de gouvernance dont on ne respecte pas les règles.  John Locke il y’a déjà quatre siècle avait déjà expliqué pourquoi la bonne gouvernance était la condition de la réussite d’une nation, bien plus que la définition de la forme de l’Etat. 

Or il semblerait que les réformateurs au moment de définir leurs stratégies d’alliances soufrent du même syndrome. Le choix des candidats doit se faire selon un processus de prise de décisions qui, prenant en compte toutes les variables et leurs coefficients d’importance, doit aboutir à des décisions sans appel. Il est naturel que l’évaluation des variables puisse être différente, que les ambitions personnelles pèsent sur la rationalité des discussions. Mais il arrive un moment ou la bonne gouvernance exige que des règles soient posées et respectées. Qu’a l’application de se règles des candidats soient désignés et que les autres aspirants acceptent le verdict.

Il ne faut pas se leurrer, si les réformateurs n’appliquent pas ce schéma c’est qu’ils sont incapables de bonne gouvernance et sur ce point ne valent pas mieux que la classe politique. Ils se présenteront aux électeurs en ordre dispersé et se feront facilement battre. L’élection de deux ou trois ovnis ne servira à rien.

C’est à alors que la théorie inverse d’Eric Weil pourrait s’appliquer. C’est le désespoir et non pas la possibilité pacifique d’un changement qui aboutira à ce dernier. Il existe dans les banlieues sud et nord de Beyrouth, dans la Bekaa Nord et le Akkar un réservoir de désespoir, de colère, rempli jusqu’au bord. S’il venait à se déverser, ce sera un flot de violence et le changement conséquent sera identique à ceux que nous avons vécus depuis que la république existe, une régression.

 

Amine Issa

03/03/2018

 

1-Le politique et sa logique dans l’œuvre d’Éric Weil, Patrick Canivez, Kimé.

Posté par amine issa à 16:43 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,

04 février 2018

Téhéran la désacralisation en marche.

6518373_22116-1bgug8q

La première lecture du dernier mouvement de protestation en Iran est aisée. Une classe pauvre ou appauvrie prend la rue. En cause, la corruption du régime, le contrôle des institutions religieuses et des gardiens de la révolution sur plus de cinquante pour cent de l’économie (chiffre difficilement cernable avec exactitude) qui investissent le capital national à leur propre bénéfice et celui de leur clientèle immédiate, ou hors des frontières. En 2017, 16 millions d’Iraniens avaient déjà quitté leurs campagnes pour s’agglomérer dans les ceintures de misères des grandes villes. En cause, une gestion catastrophique des ressources aquifères. Le président Rouhani a certes ramené l’inflation de 40 à 10%. Les exportations ont sensiblement augmenté depuis l’accord sur le nucléaire. Mais la population n’en ressent pas suffisamment les effets. Mahmoud Ahmadi Najad, pour calmer la grogne des citoyens au budget laminé, avait ouvert largement les vannes des subsides. Les caisses de l’état sont vides, son successeur est obligé de réduire les aides ou de les annuler. Preuve supplémentaire que l’embellie économique n’est qu’au bénéfice de l’élite, si les importations ont elles aussi augmenté, c’est surtout celles de produits de luxe.

Le régime a bien reçu le message, il émane cette fois de sa base, contrairement au « mouvement vert » de 2009 celui de la classe moyenne et éduquée. Il tentera des réformes économiques pour relever le niveau de vie général. Déjà le Guide a demandé aux Gardiens de la Révolution de réduire leurs activités économiques. Mais il butera certainement contre l’incompressibilité du budget des forces armées (23% du budget) et sur la résistance d’une nomenklatura qui ne voudra pas céder ses privilèges. Plus important est le changement en cours de l’état d’esprit de la population acquise au régime. Altération, celui-ci ne peut pas ou ne veut pas la voir, ainsi sont tous les régimes idéologiques. Le Guide a bien reçu les insultes à son égard, il les met sur le compte d’une effusion de colère temporaire et gérable. Mais quand les Iraniens conspuent pareillement le président Rouhani le réformateur et le Guide gardien de l’orthodoxie, c’est tout le système qui est en procès.

Comment on en est arrivé là ? Très rapidement, l’Imam Khomeiny va écarter du pouvoir tous les opposants laïques au Chah qui avaient participé à ses côtés à la révolution. Seront tolérés un temps puis écartés les partisans d’Ali Shariati, pour qui la révolution islamique pouvait être le moteur d’une évolution vers la modernité en réconciliant religion et idéaux marxistes. De même des figures tels Abdel Karim Soroush et Mohamed Shabestari, un laïc et un clerc, qui, tout en reconnaissant un rôle central à la foi, veulent soumettre la religion à l’épreuve des sciences humaines. Mais l’idéologie de la république Islamique ne peut se résoudre à des révisions de son socle d’idées arrêtées une fois pour toutes. Ainsi l’islamisation de la société doit être holiste. Aucun aspect de la vie ne peut échapper aux normes de la religion. Il y’eut donc, l’économie islamique, l’éducation islamique, l’art islamique, les droits de l’homme islamique, etc. L’instruction et la compétence ne sont plus alors le marchepied à l’ascension sociale, mais la conformité aux normes religieuse. Même dans le secteur privé, une adhésion à ces normes devient nécessaire pour exercer son activité. Dans un système où la compétence, qui est une variable et l’égalité par le droit de tout citoyen quelle que soit sa croyance ne sont plus les critères qui permettent l’avancée, mais le statut, celui de musulman pratiquant, deux effets sont inévitables.  D’abord le déclassement de la religion. Celle-ci reste avant tout une relation spirituelle avec une vérité transcendante, malgré toutes les tentatives d’y voir un (également) ordre du monde. En Islam plus encore que dans le Christianisme, Dieu à l’origine de toute chose, reste dans les limbes du ciel, mystérieux, dont il est interdit même d’esquisser les traits et ne s’est jamais fait homme. En faire un actionnaire d’une société commerciale en la qualifiant d’islamique, le déconsidère et le banalise. Ceci étant, on ne demande plus aux hommes associés de Dieu, que la conformité aux règles de la religion, comme le port de la barbe, le voile pour la femme, l’interdiction du taux d’intérêt. Déchargés de toute exigence éthique, ces faux dévots ne sont plus avec le temps, que majoritairement des opportunistes qui revêtent l’habit normatif pour accéder aux premières places. Graduellement se forment ainsi des corporations closes, des baronnies héréditaires ou cooptatives de la fonction publique, de l’accès aux marchés publics, de l’obtention de monopoles dans les affaires privées. La corruption s’installe, la performance individuelle décline, l’économie n’est plus compétitive et les exclus grandissent en nombre.

En Occident au 18ème siècle Friedrich Schiller écrivait déjà « notre culture doit nous ramener à la nature par la voie de la raison et de la liberté », ce que Max Weber théorisera par le « désenchantement du monde », c’est-à-dire que celui-ci ne répondait plus à un ordre souverain mystérieux, mais à celui de règles scientifiquement repérables. On retira à l’église ses prérogatives terrestres, on laïcisa les valeurs chrétiennes. Dieu garda son aura spirituelle et morale loin des affaires du monde. Même l’athéisme le plus radical, tel en Union Soviétique, finit par accorder une place à la foi incompressible pour certains.

Depuis, les progrès des sciences humaines et celles de la nature rendent encore moins acceptable l’explication ou la gestion du monde par la référence exclusive au divin. Et inacceptable que la validation du savoir scientifique soit accordée à des clercs pour conformité. Cela, ajouté à tout ce qui précède comme captation des richesses ou simple droit à une vie digne que s’accordent des groupes de prédateurs et associations au qualificatif islamique est une combinaison inflammable. Elle peut s’embraser non pas par un seul « désenchantement du monde », mais par une « désacralisation » radicale que les fausses idoles du régime ne pourront pas contenir.

Amine Issa

04/02/2018

Posté par amine issa à 17:07 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

07 janvier 2018

Jérusalem, dites-le avec des pierres

1252

Quelles sont les conséquences immédiates de l’annonce par Donald Trump du transfert de l’ambassade de son pays à Jérusalem sur le processus de paix et le conflit israélo-palestinien? Aucune. Le premier est moribond. Israël depuis les accords d’Oslo, les dénonce tous les jours en multipliant les colonies et ne laisse aux Palestiniens qu’une autonomie de survie pour qu’il n’ait pas à supporter tout le poids financier de la gestion de ce bantoustan. Les Palestiniens, surtout le Hamas, les arabes, la Turquie et particulièrement l’Iran avec le Hezbollah, iront-ils jusqu’à déclarer la guerre à Israël? Je ne le crois pas. Est-il un moyen de le contraindre à laisser émerger un Etat palestinien viable avec Jérusalem Est comme capitale, à démanteler à cet effet des colonies? C’est possible.

Je m’explique. Israël est Sparte et Athènes. Sparte, car ses habitants sont peu nombreux, n’admet pas d’étrangers et possède une armée redoutable. S’il était attaqué, il répliquerait avec une très grande violence, ce dont il a les moyens. Les destructions qu’il infligerait à ses ennemis seraient de loin supérieures à ce qu’il subirait. Israël, après la guerre de 2006, connait mieux ses ennemis et en première ligne le Hezbollah. Si celui-ci s’aventurait à lancer des roquettes qu’il dit posséder par dizaines de milliers et engagé ses combattants aguerris, il faut prévoir un scénario tel celui de 1982 à la puissance dix. Une invasion en profondeur et des destructions massives pour la couvrir. Ce ne sera pas une promenade. Le Hezbollah n’est pas l’OLP, mais il risque d’être irrémédiablement défait et le Liban ne s’en remettra pas. Quant à la communauté internationale, si les États-Unis n’interviennent pas, et n’interviendront vraisemblablement pas, auprès d’Israël, celui-ci ne s’arrêtera pas en chemin.  L’Iran et le Hezbollah le savent. Les Arabes empêtrés dans leurs querelles sont hors-jeu. La Syrie n’est plus qu’un cloaque, l’Irak est gouverné par une myriade de milices et de prédateurs, l’Égypte au bord de la faillite n’ira pas au feu tout seul, Ankara encore moins. Quant au Hamas, à Gaza qu’Israël a transformé en un mouroir collectif, il peut en lançant des roquettes qu’accélérer la descente en enfer des survivants.

Mais comme je le disais, Israël est également Athènes, une démocratie, mais dont tous les habitants, fussent-ils originaires de la cité, ne jouissent pas de tous les droits du citoyen. Ainsi en va-t-il en Israël des Arabes qui sont restés après l’exode de 1948, aujourd’hui un peu moins que deux millions de personnes et qui détiennent la nationalité israélienne. Et je ne parle pas ici des 4 millions de Palestiniens de Cisjordanie et Gaza qui sont eux citoyens d’un pays rêvé, détenteur d’un passeport qui a moins de valeur qu’un ticket de métro. Certes, on pourra toujours avancer qu’en refusant le plan de partage de la Palestine en 1947, les Palestiniens sont responsables de leur sort. Que l’histoire des nations au Moyen-Orient et ailleurs est la réalisation de la volonté des vainqueurs, en l’occurrence en Palestine, celle de l’Occident de diviser ce territoire entre deux peuples. Mais c’est vite oublier que les Israéliens n’ont, eux aussi, jamais voulu de ce partage. David Ben Gourion, premier chef de gouvernement du nouvel Etat ne disait-il pas dès 1937«Après la formation d’une grande armée suite à la création de l’Etat, nous abolirons le partage et nous occuperons toute la Palestine» (1)?

Le leurre d’un Etat démocratique, où tous ses habitants seraient des citoyens égaux, n’a duré que dix-neuf ans, quand les dirigeants d’Israël étaient des hommes de gauche, laïcs, qui portaient la parole du socialisme et du progressisme et qui impressionnaient tant le monde par leurs courages et leurs ténacités à faire émerger un Etat moderne dans un environnement hostile.

En 1967, suite aux provocations inconséquentes d’Abdel Nasser, Israël envahit Jérusalem Est, la Cisjordanie et Gaza. Grisé par sa victoire, il ne mesure pas les conséquences de l’évènement. Seul Moshé Dayan aura une remarque qui passera inaperçue et pourtant si prémonitoire.  Devant le mur des Lamentations, il réagit à l’enthousiasme d’un de ses officiers par : « pourquoi aurions-nous besoin d’un tel Vatican » (2). Le contrôle de la Judée et de la Samarie, nom biblique des territoires occupés, et de l’emplacement supposé du temple, va ranimer l’appétit des religieux pour le rétablissement du royaume d’Israël. Le réveil de l’islam politique après la défaite du nationalisme arabe, la révolution iranienne et son slogan de l’annihilation d’Israël, l’encouragement du Hamas en sous-main par les Israéliens pour faire pièce à Yasser Arafat, et les contradictions insurmontables d’une démocratie ségrégationniste, vont renforcer l’identité religieuse de l’Etat et amener les gouvernements successifs à céder des pans entiers de leurs prérogatives aux religieux orthodoxes. Ceux-là, dans tous les gouvernements, imposent la séparation des hommes et des femmes sur certaines lignes de bus, dans certaines rues, interdisent la plupart des activités le samedi ainsi que les photos de femmes sur les publicités à Jérusalem. Ils refusent de partager avec les religieux réformateurs la gestion des affaires civiles dont les mariages et le contrôle de la judaïté des immigrés, ainsi que le contrôle de l’accès au mur des Lamentations. Ils mènent une résistance acharnée pour éviter aux étudiants des Yeshivas de faire le service militaire et obtiennent la création de bataillons qui leur sont réservés où les femmes sont évidemment exclues. Cette même contradiction, une démocratie ségrégationniste, va pousser des centaines de milliers d’Israéliens, pour y échapper, à basculer dans l’extrémisme pour s’assurer une posture idéologique rationnelle. Si la démocratie et xénophobie sont un mélange indéfendable, autant se rabattre sur une vision biblique et inattaquable de l’État d’Israël. L’exclusion des Palestiniens de la citoyenneté est désormais justifiée par Dieu. Ceux qui ne veulent pas verser dans la vision théocratique et adopter le mode de vie des religieux sans pour autant reconnaître les droits des Palestiniens, ont trouvé un juste milieu dans le nationalisme religieux, un mélange de croyance biblique qui croit à la judaïté de l’Etat et encourage la colonisation, tout en essayant de rester en phase avec l’évolution de notre temps par le biais de la rationalité scientifique dans les modes de production économique et de gestion sociétale. J’ai deux fois utilisé le mot rationalité et l’oppose à celui de raisonnable. Car le raisonnable ne peut être résumé à l’utilitarisme rationnel sous-entendu par une idéologie discriminatoire.  

Les Israéliens qui sont dans l’opposition sont conscients que leur société se défait et se consume de l’intérieur. Sur le plan de la gestion de l’Etat, la politique des compromissions bat son plein. À chaque concession accordée aux religieux, ceux-là ferment les yeux sur les scandales de leurs alliés au sein du gouvernement. Les malversations qui poursuivent le premier ministre ne sont que la partie visible d’une corruption qui se généralise. Depuis un mois, des milliers d’Israéliens qui se présentent comme Etat «ni de droite ni de gauche» sont dans la rue tous les samedis pour protester contre le délitement de l’Etat de droit. Beaucoup plus grave est cette observation d’un journaliste israélien, Uri Misgav, qui met en garde contre l’effondrement même du sionisme, à l’origine de la création d’Israël. Cet État, dit-il avait été imaginé et créé pour que les juifs n’aient jamais plus à justifier leurs croyances, à la cacher, à la subir comme une charge. Or, Israël est dit-il devenu le pays où l’appartenance au judaïsme, a ses diverses tendances est devenu le sujet le plus polémique qui attise la haine. Tsahal, le pivot inoxydable d’une nation menacée par ses voisins, «l’armée la plus morale au monde», tire et tue aujourd’hui un lanceur de pierre dans une chaise roulante. Elle perd ses moyens quand une adolescente gifle un soldat. Celle-ci est arrêtée la nuit à son domicile par une unité militaire armée comme pour affronter un commando de terroristes!

Faut-il que les Palestiniens prennent les armes, lancent à partir de Gaza des roquettes, fassent exploser des voitures piégées parmi des civils, applaudissent à une éventuelle intervention du Hezbollah? Je ne pense pas, et ce, pour deux raisons. D’abord, Israël à montrer sa capacité à réduire ces incidents à un niveau acceptable et possède une force de frappe et une supériorité en armement de loin supérieure à tous ses ennemis. Deuxièmement, Israël qui doit sa force entre autres à l’opinion occidentale, accroîtrait son capital de sympathie auprès d’elle si elle était attaquée de front, ce qui se traduirait par un support diplomatique et des aides massives en armement.

Il faut pour les Palestiniens mettre en avant les contradictions de l’Etat hébreu et cela ne peut se faire que par une révolte des pierres avec Israël dans le rôle de Goliath. Si celle de 1988 a abouti aux accords d’Oslo qu’Israël n’a pas respecté, celle d’aujourd’hui aurait un effet bien plus dévastateur dans une société aussi polarisée et irréconciliable et l’obligera à céder aux Palestiniens leurs droits au risque d’imploser. De surcroît, les actuels révoltés ne se reconnaissent ni dans le Fatah ni dans le Hamas, ce qui les rend plus redoutables, car autonomes et donc moins sensibles aux tentatives d’apaisement. Aux États-Unis, les jeunes juifs se sentent de moins en moins concernés par Israël et évitent de discuter du conflit israélo-palestinien, tant celui-ci les embarrasse  et est contraire à leurs convictions libérales. Des attentats meurtriers feraient taire leurs scrupules, une révolte des pierres les renforcerait. Quand on connaît le rôle des États-Unis pour la survie d’Israël et celui de la communauté juive, il serait plus efficace de pousser l’Etat hébreu à la faute. Pour le malheur de celui-ci, la jeune file qui a giflé le soldat israélien, Ahed Tamimi, est blonde comme les blés et a les cheveux aux vents, on est loin d’une kamikaze en tchador qui révulserait l’opinion occidentale. À l’aire de la communication et de l’émotionnelle, l’image de cette jeune fille à laquelle peuvent s’identifier les Occidentaux est plus destructrice qu’un obus. Mais il faudra aux Palestiniens pour vaincre de la persévérance dans leur révolte. À mon sens, ils n’ont pas d’autre choix.

 

 Amine Issa

07/01/2018

 

1- Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, John Mearsheimer et Stephen Walt, La Découverte, page 106.

 

2- Au nom du temple, Charles Enderlin, Seuil, page 22.

Posté par amine issa à 16:38 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

17 décembre 2017

من اجل القدس العودة الى حقيقة رمزيتها

jerusalem 6

قرار الرئيس الأمريكي نقل سفارة بلاده إلى القدس لم يغير شيئا" في واقع الحال السياسي، فعملية السلام اغتيلت منذ اغتيال إسحاق رابين على يد متطرف يهودي. ولا تزال مراسم التشييع قائمة حتى الآن رغم النفي والتبريكات لكل مبادرة تتنصل الدولة العبرية من قراراتها، تارة بالخداع وأخرى بالمصارحة. واللافت بقرار الرئيس الأمريكي هو التعرض لرمز على يد رجل شبه أمي لثقافات الشعوب. 

فللقدس عدة رموز

أولا" خروج الشعب اليهودي من مصر فرعون والعبودية الى الحرية في القدس. ثانيا" ظهور السيد المسيح في المدينة، وطرده التجار من المعبد ورفض تتويجه على عرش إسرائيل، فمملكته ليست من هذا العالم. ثالثا" الاسراء بالنبي محمد من المسجد الحرام الى المسجد الاقصى وعروجه الى السماء لملاقاة ربه، ملهم الحق. وهو قمة ما يتمنى الإنسان المؤمن الحصول عليه في حياته. وهذا ما يتفه البحث عن السلطة والمال والجاه.

ولكن تحولت هذه الإيحاءات الإلهية من خلال رمزية القدس، من قبلة للحرية الى وجهة للسلطة واستعبادا للإنسان.

فأولها كان مع الحروب الصليبية التي بحجة تحرير القدس، عملت على تحقيق مآرب مادية ومصالح سياسية في الصراع القائم بين الملوك والأمراء والكنيسة في أوروبا. ومن أين أتى بعبارة "حرب مقدسة" من ادعوا أنهم مسيحيون؟ ثانيها كانت المقاومة الشرعية للعرب والفلسطينيين للاحتلال الإسرائيلي للبيت المقدس وطرده للشعب من أرضه واضطهاد من بقي فيها. ولكن أصبحت طريق القدس تمر بعمان سنة 1970 وبجونيه عام 1976 وبزج الشعوب العربية بسجن" كبير بحجة تحرير القدس. وأما اليوم فقد اعاد المسلمون إحياء معركة صفين بحجة خيانة قضية القدس والتكفير المتبادل في أكبر انتحار جماعي تشهده البشرية، وإسرائيل تصفق. ونسي المسلمون كيف أن الإمام علي في صفين ، ضحى بالسلطة من اجل وأد الفتنة والحرص على قدسية الإنسان وليبقى المسلمون متحررين من عبودية السطوة. ثالثها تحويل القدس على يد اليهود من رمزية الحرية وهي حقيقة "أرض الميعاد" الى استعادة عاصمة الملك داوود.

فالباحثون الإسرائيليون أنفسهم يعترفون أن لا إثبات" علميا" على وجود الملك داوود في القدس. وللسخرية، رد الجنرال موشيه دايان، بطل حروب إسرائيل، على فرح وحماسة أحد ضباطه في حزيران من العام 1976 وهما يتأملان من مرتفع جنودهم امام حائط المبكي بالعبارة التالية "ماذا تريد أن نفعل بفاتيكان ثان"(1). رابعها، استمالة الرئيس الأمريكي أصوات اليمين المتطرف الممثل بالإنجيلين الصهاينة الداعين بكل الخير لدولة إسرائيل. وهذا الدعاء هو قمة الخباثة. فمن المعلوم عند هؤلاء الإنجيلين وتفسيرهم للتوراة، ان عودة اليهود إلى القدس تمهد لعودة المسيح ومن ثم تحويل اليهود الى النصرانية. خامسها استنهاض روح القتال عند المهزومين من عناصر داعش وسواها بعد فشل أسطورة الخلافة، بعدما تحولت خلافة الرسول من "هداية" و"نعمة" الى أبشع الظلمات.

 فلن ينجح الكفاح من أجل تحرير القدس، سلميا" ام مسلحا" كان، إلا بالعودة الى الرمزية الحقيقية للمدينة.

 

امين عيسى

 

17/12/17

 

 

 

  Au nom du Temple, Charles Enderlin, Seuil, page 22 -1    

Posté par amine issa à 16:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

03 décembre 2017

Des battants aux frontières du Liban

ersal (50)

Samedi 25 novembre, Je me rends au Hermel, invité à une soirée de fiançailles. La maison et ses habitants sont modestes, mais la générosité de l’accueil est grande. Les hommes sont autour du fiancé, les femmes très peu voilées, autour de sa future épouse dans une autre pièce. Ainsi le veut la tradition de la séparation des sexes et de surcroît le moment est solennel. Mais cette séparation, avec le va-et-vient entre les deux pièces, les femmes très peu voilées, toutes en beauté et le brouhaha des rires et félicitation, relève plus d’un gai folklore que du respect tatillon d’une règle puritaine. Dans le reste de la maison et le jardin, les genres se mélangent et les regards s’échangent. Le salon des hommes est long et étroit, au fond de la pièce sur un mur, une photo d’un homme en prière et à côté, La « Cène » qui représente le prophète Issa et ses douze apôtres. Ont-ils inspiré les douze imams de la lignée du prophète ?

Un homme qui vit au Canada est interrogé par un autre sur son adaptation à son pays d’accueil. « C’est très difficile » lui répond-il, « Ils ont une culture très différente de la nôtre. « C’est-à-dire ? », demande le second. Je m’attends au pire ! « Ils respectent la loi, ne brûlent pas de feux rouges, ne jettent rien dans la rue… ils ont un sens du bien commun ». L’autre de renchérir « Oui, nous en sommes encore loin ! ». Deux autres messieurs bavards. « J’ai deux enfants martyrs » dit l’un avec une certaine fierté dans son modeste sourire. Mais ses yeux sont éteints et tranchent avec le mouvement de sa bouche et ses paroles. La douleur lui voile le regard, le martyr de ces enfants n’est pas la bénédiction qu’on sert sur les plateaux de télévision ; en tous les cas pas pour ce monsieur.

Rentre le père de la fiancée ; tout le monde salue « Abou Ali ». Il a invité tout le quartier, certains ne sont pas sûr du nombre d’enfants qu’il a. Il ne se fait pas prier pour le dire. « Ali l’ainé est cardiologue, L…la fiancé est pharmacienne, K…est ingénieur, F…est physiothérapeute et A…étudie le journalisme et le théâtre ». On le félicite. Abou Ali est un ancien soldat, il reconnaît sans honte, savoir à peine lire et écrire. Comment aurait-il honte !

C’est l’heure du repas, la nourriture est posée sur deux longues tables. Les plats ne sont pas variés, mais abondants. Malheur à celui qui se lèverait de table sans avoir mangé trois fois à sa faim.

Dimanche 26 novembre. Je suis à Ersal, un village tout en béton, laid, coincé dans une cuvette. Les rues sont tortueuses et pleines d’ornières. Je traverse le village et me rends directement dans le « jurd ». Un paysage fabuleux. Une succession de douces collines et des dizaines de milliers de cerisiers. Pas une seule construction si ce n’est quelques chambres d’agriculteurs en pierres de tailles. S… qui m’accompagne me montre les fortifications des islamistes et du Hezbollah. Je ne suis pas stratège. Mais ce qu’il me dit et ce que je vois, ne colle pas avec ce que la presse et les partis nous ont assené. Quand je lui parle de combattants islamistes nombreux, armés et déterminés, il a le petit sourire de celui qui connaît son « jurd » et qui ne se laisse pas conter. « L’Armée, si on ne l’avait pas retenue, elle les auraient balayés en quelques jours ». L’intuition, le bon sens et le réalisme du paysan, qui n’a de préoccupations que la bonne santé de ces arbres et de sa famille.

Au retour il m’invite chez lui. Halimé allume le poêle dans le « salon ». Il ne fait pas froid, mais il y a un visiteur. Thé et abricots secs. Halimé tisse des tapis sur un métier en bois. Des motifs orientaux et de la laine de qualité. Elle vient de rentrer d’Égypte où elle a participé toute seule à une foire. Elle importe sa laine, la tisse, et s’est associée avec d’autres femmes pour vendre leur production dans les belles boutiques de la capitale. Halimé et ses amies sont à peine lettrées. Elle me montre sur son I Pad, les différents modèles qu’elles produisent. Elle aime son métier, ses tapis et son revenu est décent, elle ne se plaint pas. « Évidemment, on pourrait faire plus. On ne demande pas de l’argent à l’Etat, juste s’il pouvait nous aider à promouvoir nos produits ». Mais Halimé, depuis que le canon s’est tu et qu’Ersal n’est plus un sujet exploitable jusqu’à la corde, ne sait pas que l’État a oublié même le nom de son village. Quant à s’intéresser à ses tapis !

J’ai rencontré donc des Libanais aux confins du Liban, oublié de tous, mais debout. Des battants et des gagnants. Si vous cherchez des candidats, je vous indiquerai leurs adresses. Eux au moins ils « font » !

 

Amine Issa

03/12/2017

Posté par amine issa à 18:38 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

19 novembre 2017

Dignité et dignitaire, la confusion.

images

La dernière charge du président de la République contre le mauvais pastiche de « l’enlèvement au sérail » de notre premier ministre mis en scène par l’Arabie Saoudite est déroutante. Certes le royaume des sables où le théâtre est considéré comme un acte impie n’a pas l’habitude d’écrire des livrets recevables par la communauté internationale. Le président, prenant son mal en patiente, avec beaucoup de doigté, avait patienté, atermoyé sa position définitive, pour laisser les bons offices aboutir à un dénouement satisfaisant. Et quand celui-ci se dessinait, il décide de s’en prendre à l’Arabie Saoudite, adoptant la position de l’Iran et le Hezbollah. Qu’il soit gagné à leurs politiques ne fait pas de doute, il l’a toujours été. Mais l’exprimer aussi abruptement laisse pantois. Car il n’ignore sûrement pas l’importance des bonnes relations que le Liban doit maintenir avec les pays du Golf.

Le prétexte invoqué pour justifier son exaspération et de tous ceux qui soutiennent son point de vue est l’offense faite à notre dignité. Il est vrai que le comportement de l’Arabie Saoudite est une insulte. Mais n’est-ce pas devenu tellement la règle acceptée sinon encouragée par l’ensemble de la classe politique depuis des décennies ? Au point que cette insulte ne provoque plus la moindre poussée d’urticaire chez personne ? En sommes-nous encore vraiment indigné ? La classe politique prend-elle vraiment ombrage de ces affronts qui nous viennent de toutes parts ?

Notre dignité se résume-t-elle uniquement au refus de l’ingérence d’autres états dans nos affaires ? Une large partie des libanais la situe également ailleurs et l’ont à ce jour préservé. Elle l’est grâce aux producteurs (entrepreneurs et salariés) de biens et de services exportés et les expatriés économiques. Cela malgré la gestion calamiteuse de l’argent publique et les difficultés de l’émigration. Elle est celle du maintien d’un niveau de vie décent en termes de revenus, d’éducation et de soins. Elle est celle d’échapper à l’obligation, qui est le lot d’autres citoyens, de mendier des services sociaux et des salaires de subsistances aux détenteurs du pouvoir politique qu’ils ont pourtant élu.

Le président peut-il ignorer que la structure de l’économie libanaise est organiquement liée autant pour ses exportations que pour ses expatriés à celle des pays du Golf ? Des mesures de rétorsions de ces pays, ne vont-elle pas bafouer cette dignité ?

Sans doute ce qui a provoqué l’ire du président est également la réception digne d’un chef d’état que l’Arabie Saoudite a réservé au Patriarche Maronite. Certes, il ne faut pas innocenter le Royaume des Saoud de toutes malveillances politique en honorant un responsable chrétien de haut rang dont les relations avec le Président sont tendues. Mais en réagissant au lendemain de la visite du Patriarche, le Président à confirmer cette concurrence avec ce dernier qui n’a pas lieu d’être. Il aurait été plus habile de saluer cette visite, en la confinant dans le cadre du dialogue des religions dont elle ne doit pas dépasser les limites. En exprimant de façon indirecte son irritation contre le Patriarche, il lui reconnait un statut qu’il ne devrait pas avoir, celui de dirigeant politique.

Sayed Hassan Nassrallah est reçu comme un chef d’état en Iran, aujourd’hui le Patriarche est propulsé à ce statut en Arabie Saoudite. Il ne reste plus qu’au Mufti Abdellatif Derian de se rendre en Egypte ou le président Abdel Fattah al-Sissi le recevrait en collègue. A son retour à Beyrouth, il ne leur restera plus à ses trois dignitaires que de former une troïka à trois têtes et de déclarer le Liban une « théocratie ».

Amine Issa

19/11/2017

Posté par amine issa à 16:25 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

05 novembre 2017

La distance entre Beyrouth et Téhéran.

Source: Flickr

La démission du Premier ministre Saad el Hariri est un épisode parmi tant d’autres dans la guerre des autres au Liban et notre guerre avec l’aide des autres. Ce dernier travers remonte au recours à l’OLP du sunnisme politique et du druzisme politique, lui, sous couvert de la lutte sociale, pour tordre le bras au maronitisme politique. Depuis, rien n’a vraiment changé. Les Libanais avaient-ils le choix ? Oui, et ils ont levé l’option, mais sans la classe politique. Ce sont ceux-là qui ont permis au Liban pendant les quinze années de guerre civile et pendant l’occupation syrienne de ne pas subir le sort de la Syrie, de l’Irak ou de la Libye d’aujourd’hui. Ce sont ces mêmes Libanais qui ont massivement manifesté le 14 mars 2005, au pied d’une tribune qu’occupait la pléthore de politiciens saoulés par la revanche prise sur Damas, mais incapables de se défairent de leurs égoïsmes, incapables de comprendre ce que voulaient les Libanais, pressés de se recomposer leurs allégeances extérieures dans leurs guerres intestines. Il est très facile de démonter ce raisonnement en avançant simplement que les Libanais plébiscitent leurs dirigeants et qu’ils ne valent pas mieux qu’eux, ce qui est partiellement vrai. Mais combien faut-il être aveugle ou paresseux pour refuser d’admettre que le Libanais, comme tant d’autres, n’est pas un atome, mais une molécule complexe, qu’on ne peut réduire au bulletin de vote. Si le système confessionnel, la peur de l’autre savamment entretenu et l’enclavement identitaire s’expriment dans les urnes, d’autres réactions actionnent le corps libanais, depuis que cette bande de terre est habitée. Ce sont ces réactions en chaine qu’aucun parti ne pourra jamais contrôler.  

Certes le Hezbollah est aujourd’hui la force politique qui a livré les clefs de la ville à une autorité hors des frontières.  A un degré en dessous, les autres, par affairisme, opportunisme et manquent d’imagination font allégeances ailleurs. Le Hezbollah sait qu’il ne peut à cause de la proximité d’Israël, de la composition fragmentée de la nation libanaise et de la tradition de résistance chez les chrétiens et les druzes, prendre le pouvoir par la force. Mais le Hezbollah à la ferme conviction et s’en donne les moyens, qu’il peut formater d’abord sa communauté et réduire l’espace politique des autres à la stricte représentation de façade, en leur laissant la petite monnaie de la fonction publique et à la grosse du partage des contrats de l’état. Les dernières nominations et le récent partage des marchés publics ne signifient pas autre chose.

Mais la distance entre Beyrouth et Téhéran est plus grande que ce qu’imagine le Hezbollah. Remplacer la répression du régime iranien, par une distribution généreuse des fonctions et prébendes pour circonscrire toute opposition, ne fonctionne qu’à la surface. La société elle, continue à résister par sa créativité et une mobilité d’esprit que le Hezbollah est incapable de comprendre, mentalement pris dans les limites d’une idéologie totalisante et convaincue que l’histoire s’est arrêté ou du moins ne peut avoir qu’une seule issue. C’est bien cela le principal message de Sayed Hasan Nassrallah le 8 mars 2005, quand il s’adresse au Libanais en leur rappelant que Liban n’est pas la Géorgie, faisant référence au renversement pacifique du régime du président Chevardnadze. Le Hezbollah préfère une résistance armée. Mais la société n’en veut pas. Il y eut bien la tentative par des têtes chaudes et imbéciles de le tester sur ce terrain. Il en résulta le 8 mai 2008. Mais même cette victoire ne porta pas les fruits souhaités. Le 14 mars se délita. Vicié depuis le début par le nombrilisme de ses dirigeants, il n’était pas fait pour durer. La société, elle, se recompose ailleurs et autrement dans un espace que le Hezbollah est incapable d’occuper.

Même au sein de sa communauté l’étau idéologique qu’il serre depuis la maternelle, montre des signes de faiblesses. Ce ne sont pas les quelques individus douteux qu’on a vu insulter le secrétaire général du Hezbollah qui sont la vague de fond tant attendu par ses adversaires. Ce n’en est pas une, pas encore. Mais le malaise est certain. En cause, le résultat négatif de l’aventure du parti en Syrie. Pour comprendre ce raisonnement il faut admettre, ce que peu feront, ce qui suit. La guerre en Syrie n’est pas le résultat d’une stratégie internationale, mais la révolte d’un peuple désespéré après des décennies de dictatures. Les acteurs régionaux ne se sont impliqués, chacun selon son style et ses intérêts, qu’après le déclenchement de la révolte et de la répression qui la suivit qui a ouvert la voie aux islamistes, l’arme de la Turquie et des pays du Golf. Pour le Hezbollah, il s’agissait de protéger sa profondeur stratégique que lui assurait le président Assad. Il en fut incapable seul, car il refusait d’admettre que la révolte, même de la frange la plus barbare de l’opposition au régime nourrie au wahhabisme, est conséquente à quarante années d’humiliation. Il fallut l’intervention russe pour empêcher l’effondrement du régime. Le résultat est lamentable. Stabilisation des fronts, l’Amérique avec les Kurdes surveillent la frontière avec l’Irak, Israël bombarde sans retenues tout convoi suspect d’être destiné au Hezbollah. L’Iran jusqu’au déclenchement de la guerre, était seul maître du jeu en Syrie. Aujourd’hui il doit composer avec la Turquie et la Russie, qui n’ont pas les mêmes objectifs que lui. Le défilé des dirigeants politiques et religieux irakien en Arabie Saoudite, s’il n’indique pas un changement radical d’alliance, signifie au moins que la tutelle qu’exerce l’Iran en dehors de ses frontières peut être jugée déstabilisatrice même pour une population qui lui est acquise.

Au lendemain de la guerre de 2006, grâce à la réaction démesurée et non coordonnée d’Israël à la provocation du Hezbollah et à l’héroïsme des combattants libanais, celui-ci n’avait engrangé que des bénéfices. Les milliards de dollars pour la reconstruction, l’embellie économique, le statut inégalé depuis Nasser de Sayed Hasan Nasrallah dans l’ensemble du monde arabe, avaient effacé la douleur des morts et de la destruction.

Aujourd’hui il n’en est rien. L’économie est en berne et les chiites qui en sont encore le maillon faible, souffrent le plus. La soupape des emplois dans les pays du Golf se ferme de jour en jour et l’Iran ne peut s’y substituer. Sayed Hasan Nasrallah est rétrogradé au rang de terroriste. Plus de 1500 combattants ont été tués et des milliers d’autres blessés au nom de la préservation du territoire libanais, alors qu’il n’a fallu que quelques jours au Hezbollah pour déloger les islamistes du jurd d‘ Ersal et que l’armée a fait la preuve qu’elle pouvait s’en charger.

Les chiites libanais au contact quotidien de leurs concitoyens, se rendent compte qu’ils parlent la même langue, vivent de la même façon. Sauf qu’ils se battent, ne vivent pas uniquement d’expédients, de petits boulots, d’assistances divines. Certains fondent des Start-Up, d’autres font du théâtre et de la musique, exportent leurs savoirs et leurs arts. Ils n’habiteraient jamais à Hay el Selom et ne mourront pas inutilement en Syrie.

Ceux sont ces Libanais la qui viendront à bout de l’utopie de Hezbollah, ce ne sera ni la démission du Premier ministre ni son retour aux affaires.

Amine Issa

05/02/2017

Posté par amine issa à 19:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

15 octobre 2017

Cheikh Naim Kassem, les femmes, la science et le Coran.

Source: Flickr

Dans une intervention lors d’une des veillées de Achoura (1), Cheikh Naim Kassem s’est inquiété de l’irrespect des jeunes femmes pour la sharia, telle la séparation des sexes dans les lieux publics, leurs maquillages excessifs, l’utilisation effrénée des réseaux sociaux qui entraine une promiscuité, même virtuelle, avec des hommes. Son frère dévotieux Cheikh Sami Khadra, lui, demande aux femmes de ne pas sortir de leurs domiciles, et, si elles doivent se rendre au marché, de raser les murs et de ne jamais rire en public (2). L’image de la femme pour ces deux ulémas est fixée : Légère, aguicheuse, tentatrice, source de désordre. Cheikh Naim Kassem, ne s’arrête pas là. Les femmes divorcées sont troublées et sont un mauvais exemple. Elles ne devraient pas être éducatrices dans les écoles. Quand il s’inquiète sur le rôle de l’école, il ne se soucie pas de la qualité de l’enseignement « tout le monde enseigne » dit-il, mais de la transmission des codes de conduites religieux. Puis il annonce, très satisfait, que le nombre de femmes voilées est une des plus grandes réalisations des trente dernières années.

Cheikh Naim Kassem a raison de s’inquiéter de troubles sociaux provoqués par la consommation de drogues ou de déviances sexuelles humiliantes, pratiquées secrètement, dont on a vu exceptionnellement une manifestation, ce jeune homme drogué, enchainé comme un chien, lécher les pieds d’un travesti prostitué.

Mais qu’est-ce qui provoque ce relâchement des codes de conduites ? Est-ce le manque d’éducation, l’irrespect des valeurs. Est-ce l’influence des réseaux sociaux et de l’Occident honnis qui déchainent les instincts pervers tapis en chacun ? Ou est-ce cet excès de pudibonderie, la condamnation de tout contact entre les deux sexes fusse-t-il virtuel ?  La misère affective qu’entraine la séparation des hommes et des femmes, et celle sexuelle, ne serait-ce que par pensées, ne sont-elles pas à l’origine des excès ? Le puritanisme en Amérique, n’est-il pas responsable de l’explosion de la pornographie et de l’alcoolisme, en comparaison avec l’Europe catholique plus permissive ? Mai 68 a débuté à Berkley en 1964. La prostitution est un péché en Islam, pourtant le pouvoir tunisien à la fin du 19e siècle, où les pouvoirs temporel et spirituel ne faisaient qu’un, non seulement tolérait les maisons closes, mais les organisait et leur prélevait une taxe par le « mezouar », un officier de police. Conscient de sa rigidité dans les rapports homme-femme et craignant des actes répréhensibles, pour maintenir la cohésion sociale, il s’y était résolu. Il admit la prostitution, car à Tunis, comme à Florence au même moment, on assistait à la prolifération d’hommes « efféminés », de pseudo-chanteurs qui se produisaient dans des lieux publics sordides. Ceux-là n’étaient pas pour la plupart des homosexuels qui vivaient leurs préférences sexuelles, mais servaient de substitut aux femmes (3). 

Comment expliquer l’obnubilation de Cheikh Naim Kassem et ses homologues pour le voile ? Le Coran consacre deux versets à ce sujet où il s’agit de rabattre son voile sur la poitrine des femmes et non pas de le poser sur leurs têtes et pour les distinguer des femmes de mauvaise vie (4). L’Islam, une religion vieille de 1400 ans, comme d’ailleurs le Christianisme, conseille la retenue dans la relation entre les deux sexes. Mais pourquoi cette focalisation sur les femmes, que l’on vêtit tout de noir, de la tête aux pieds, dans des habits amples. Parce que la conviction répandue est que ce sont elles les tentatrices, qui provoquent les instincts les plus vils des hommes. Or cette conviction est en contradiction avec le Coran qui dit clairement « Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté…Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté » (5). Dans le Coran également qui conte l’épisode du renvoie d’Adam et d’Ève du paradis et contrairement à la Bible où c’est Ève qui a incité Adam à pécher, les deux commettent la faute en même temps. Ève ne précède pas Adam dans le péché (6).

Dieu ne dit-il pas « …Les femmes vertueuses sont pieuses: elles préservent dans le secret ce que Dieu préserve » (7) et nos deux Cheikhs veulent les renvoyer dans l’ombre !

Cette attitude dégradante à l’égard des femmes, machiste et patriarcale, va chercher des justifications partielles dans le Coran et ignore des versets comme celui que j’ai cité. Pour les juger incapables et les cantonner dans des rôles subalternes, les ulémas se basent sur les versets qui considèrent que le témoignage d’une femme vaut la moitié de celle d’un homme, que les filles ne reçoivent que la moitié de la part d’un garçon en héritage ou que l’homme seul peut avoir quatre conjointes (8). Or, cette interprétation littérale du texte ne correspond pas à l’intention de celui-ci. Le Coran est avant tout une évolution radicale par rapport à ce qui le précède, particulièrement en ce qui concerne les femmes, qui n’avaient aucune existence juridique, aucun droit, sous la jahilya (l’aire préislamique). Le fait de pouvoir témoigner et d’hériter ainsi que le mariage qui est un contrat entre deux partis sont déjà une avancée significative. Et les versets qui les codifient portent en eux-mêmes leurs dépassements, quand cette première avancée aura été acceptée et mise en œuvre. Pour la question de l’héritage, le verset qui donne une demi-part aux femmes et suivit par un autre qui stipule que l’on peut établir un testament qui permet de transmettre son patrimoine à qui l’on veut et comme l’on veut. Pour ce qui est du témoignage de deux femmes égalant celui d’un homme, l’argument avancé est que la femme peut se tromper. Comme si l’homme ne le pouvait pas ! Enfin, pour les quatre épouses, alors que précédemment il n’y avait aucune limite et elles pouvaient être une dizaine voir plus, répudiées sans pension (introduite par le Coran), le texte exige de celui qui souhaite avoir plus d’une femme de les traiter toutes sur un pied d’égalité. Or un autre verset plus loin confirme qu’aucun homme ne pourra le faire (9).

Le Coran est certes un texte divin, mais adressé aux hommes. On ne peut ignorer sa dimension pédagogique et surtout suggestive, car il est bien dit qu’il n’y a pas de contrainte en religion (10). Mais ces trois règles et d’autres, sont tellement évoquées dans les discours des hommes de religion qu’on a l’impression que le Coran n’est qu’un recueil de lois et règlements. Ce qui est faux, puisque ceux-là ne comptent que 200 à 600 versets selon les lectures, sur un ensemble de six milles. La grande majorité des versets sont d’ordre spirituel, racontent l’histoire des prophètes et citent quelques grands principes, valables eux pour tous les temps. Pour ces principes je cite celui-ci «Les croyants et les croyantes sont alliés les uns des autres. Ils commandent le convenable, interdisent le blâmable accomplissent la Salât, acquittent la Zakat et obéissent à Allah et à Son messager » (11). Il ne concerne ni le témoignage, ni l’héritage, ni le mariage qui sont des activités partielles de la vie en société, mais surplombe et instruit l’ensemble des relations entre les deux sexes. Cheikh Naim Kassem devrait s’en souvenir avant de condamner l’institutrice divorcée. Ce vesret devrait l’interpeller quant à l’absence de femmes aux postes de responsabilité au sein de son parti.

Venons-en maintenant à cette phrase prononcée par Cheikh Naim Kassem qui se soucie peu de l’instruction à l’avantage de l’éducation religieuse. De quel texte a-t-il déduit cette hiérarchie ? Certainement pas du Coran qui stipule «…Dieu placera sur des degrés élevés ceux d’entre vous qui croient et ceux qui auront reçu la science…» (12). la piété est mise au même niveau que la science à une époque et dans une région où il y’avait beaucoup de foi et peu de science. C’est peut-être pour cela, qu’Al Khawarizmi, qui était un musulman pieux, a voulu rétablir l’équilibre, en inventant les algorithmes. Est-il utile de rappeler l’importance de cette découverte, qui avec ses développements ultérieurs, est au service de toutes les sciences et particulièrement l’exploitation du Big Datta ?

Au 19e siècle, Hegel avait écrit que des peuples étaient sortis volontairement de l’histoire. Le ticket d’entrée, même vieux de plus de cent ans ne cesse d’augmenter de prix. Aujourd’hui, l’Intelligence artificielle, la connexion machine homme, la nanotechnologie qui découvre de nouvelles fonctions à la matière, les manipulations génétiques à effet thérapeutique, la neuroscience qui remet en question des certitudes sur les causes de comportements en société, la biochimie qui permet l’agriculture hors-sol intensive et en même temps raisonnée, reconfigurent la place de l’humain dans sa relation à la nature. Il ne suffit de le savoir et d’en faire usage. Cheikh Naim Kassem, dans les institutions éducatives et les hôpitaux qu’il dirige, est certainement soucieux d’en avoir l’usage. Mais consommer n’est pas créer. Dans des domaines aussi complexes, si l’on ne participe pas aux découvertes et à leurs mutations, on restera à la merci pour une parcelle de savoir, de qui voudra bien vous la livrer. Il sera toujours capable de vous la retirer ou d’en neutraliser l’usage, car il l’aura bien entendu prévu. Jusqu’au début du 20e siècle, dans les manuels de médecine en occident, on trouvait encore les découvertes d’Avicenne. Depuis, une très faible participation à la marche du monde, celles de quelques individus exceptionnels, dont des prix Nobels. Si aucun n’a renié sa religion, ils ont tous la particularité d’avoir échappé à l’emprise mentale des congénères de Cheikh Naim Kassem.

 

Amine Issa

15/10/2017

1-      https://www.youtube.com/watch?v=mNFyT7H4fpU.

2-      https://www.youtube.com/watch?v=WgHpkU-cM_s

3-      Marginales en terre d’Islam, Dalenda & Abdelhamid Larguèche, Cérés.

4-      Coran : XXIV-31 & XXXIII-59.

5-      Coran : XXIV-30-31.

6-      Coran : VII-19 à 22.

7-      Coran : IV-34.

8-      Coran: II-282 & IV-II & IV-III.

9-      Coran: II-180 & IV-129.

10-   Coran: II-256.

11-   Coran: IX-71.

12-   Coran : LVIII-11.

Posté par amine issa à 17:12 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,