citoyen libanais

22 avril 2017

Pourquoi Emmanuel Macron sera élu

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Si la révolte pouvait fonder une philosophie, ce serait une philosophie des limites, de l’ignorance calculée et du risque. Celui qui ne peut tout savoir, ne peut tout tuer.

Albert Camus

 

L’élection présidentielle devrait amener en France la première véritable rupture depuis 1981. Pour la dernière décennie, il est très difficile de repérer une véritable alternance. Comme partout en occident, les Français ont compris la nécessité de réagir. Ils le font sur deux modes. Le premier, est le repli national, le protectionnisme économique et le réenracinement culturel. Cette posture avant les primaires était à des degrés divers celles de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, chacun selon un crédo particulier. Leurs discours trouvaient écho pour le FN, chez les premières victimes de la crise, les chômeurs, les plus pauvres, les moins instruits, exclusivement « petits blancs » déclassés, mais également chez les ultraconservateurs catholiques ou laïques. Pour La France Insoumise, également les « petits blancs », mais aussi les immigrés stigmatisés par la parenté généralement subie avec le terrorisme islamique. C’est à la veille du premier tour, en gros quarante pour cent de l’électorat, encore moins à la veille des primaires.

Le second, celui des deux grands partis, les Républicains et le PS, ainsi qu’Emmanuel Macron qui tentaient une autre approche. Celle de reconnaître que le monde est devenu tellement complexe qu’il n’existe pas de solution miracle. Le changement nécessaire, s’il prend en compte le défi d’une France à la traîne mais gorgée d’atouts, de la souffrance des Français à cause d’une économie en panne, des risques du terrorisme et du communautarisme, doit se faire dans la douleur, mais graduellement. Il doit se faire selon la technique du « essai et erreur » (Trial and error) pour permettre une rectification de la feuille de route, chemin faisant. Certes, il y a urgence, mais il ne faut pas s’y résoudre au risque d’hypothéquer irrémédiablement l’avenir par des mesures lourdes. Edgar Morin critiquait à juste titre « l'obligation de sacrifier l'essentiel pour l'urgent, ce qui aboutit à oublier l'urgence de l'essentiel ». Pour Les Républicains et le PS, ceux qui partageaient cette approche étaient Manuel Vals et Alain Juppé, que les sondages donnaient gagnants aux primaires de leur parti. Mais la mécanique des partis, des élections internes, l’absentéisme de leurs partisans à rebours de l’activisme de leurs adversaires, les a exclus au profit de candidats à leur gauche ou à leur droite selon le cas. Quelles que soient les divergences de mesures que proposait le trio susmentionné, il s’entendait sur l’essentiel. Le monde et la France ont changé, les problèmes sont ce qu’ils sont, personne ne les ignore et si aucun n’a toutes les solutions, elles existent. Il faudra les imaginer et les essayer.

Au lendemain des primaires, il était évident qu’Emmanuel Macron ne récolterait pas immédiatement les déçus chez les Républicains et le PS. L’atavisme partisan est tenace. Mais il se délite. Les partisans de François Fillon qui ont perdu toute inhibition républicaine et humaniste, sont tentés de voter pour Marine Le Pen. Ceux de Benoit Hamon, les gauchistes utopiques lui préfèrent le tribun insoumis Jean-Luc Mélenchon qui leur promet « sous les pavés, la plage ». Mais d’autres pourraient se reporter sur Emmanuel Macron, qui entre temps battit sa stature et son discours. A la prégnance dans l’esprit des Français qu’il n’y a que la gauche et la droite, il répète inlassablement que ce n’est pas vrai, qu’il n’est pas un personnage hybride. Il le symbolise par son adoubement par François Bayrou, remercie froidement Emmanuel Vals de son soutient. Mais il accepte avec enthousiasme celui de Jean-Yves Le Drian, un homme irréprochable et un ministre compétent qui lui donne une épaisseur régalienne et sécuritaire. Le ralliement de Dominique De Villepin est celui d’un ministre qui en 2003, à la tribune de l’ONU, a rappelé avec brio au monde tétanisé par l’agressivité américaine, que la France était encore une nation souveraine qui ne céderait pas aux injonctions à bafouer le droit international. Le passage d’Emmanuel Macron dans la banque privée est peut-être ce qui lui ouvert les yeux sur les effets désastreux d’une finance débridée, qui a creusé les inégalités, mis en faillite des millions de foyers et a créé des richesses virtuelles. En même temps, ministre de l’économie il défendait avec lucidité et au péril de l’impopularité, la loi du travail de Myriam El Khomri, convaincu de la nécessité de l’assouplissement des réglementations pour encourager l’embauche afin de relancer la production en panne.

En fin de compte, soixante à soixante-dix pour cent des Français au moment de voter, se rappelleront qu’Emmanuel Macron est celui qui représente le plus leurs dispositions à la veille des primaires. J’en ose le pari.

Amine Issa

22/04/2017

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09 avril 2017

Loi électorale, entre le bon grain et l’ivraie

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A quoi servent des élections dans une démocratie moderne ? Elles sont la délégation de la volonté populaire souveraine à des représentants de celle-ci. Le principe de représentation est ancien, même si la souveraineté du peuple n’était pas la source ou la seule source de la légitimité de l’organe représentatif. Et même, quand cet organe l’a prétendu dans la pratique, il s’est parfois retourné contre le peuple. Je citerai deux modes de représentation qui éclairent notre réalité.

Le premier est celui des Etats généraux de l’ancien régime en France, composé de trois corps : la noblesse, le clergé et le tiers-état. Ce qui nous intéresse ici, est la façon dont ces trois corps votaient. Ils le faisaient collectivement, c’est-à-dire, il n’y avait que trois voix, une par corps et non pas 1139 voix (en 1789), celle de chaque membre de ces corps.

Le second est celui des systèmes qui prétendaient incarner la volonté générale. Celui de la Terreur Jacobine, et plus tard de ses avatars, celui des partis idéologiques et des démocraties populaires. Dans ces cas-là, la représentation s’est transformée en substitution. Un parlement partisan ou un dirigeant avaient la prétention d’incarner la volonté générale et par ce fait, annuler la distance qui existe entre le peuple et ses représentants. C’est une perversion du principe de représentation, car sans cette distance, le peuple perd son pouvoir de contrôle et de sanctions.

Au Liban nous pratiquons un mélange de ces deux modes. Les communautés, soit votent comme les trois corps des Etats Généraux, soit les députés issus de partis idéologiques, de familles féodales, prétendent se substituer à leurs mandataires.

On comprend mieux ainsi pourquoi ces mêmes partis phagocytent tous les organismes élus, CGT, syndicats, ordre etc. Ainsi ils confisquent toute forme de représentation. Egalement, en cédant aux instances religieuses les questions de statut personnel et de moralité, ils réduisent encore plus le champ de liberté des citoyens qui se situe en dehors de la sphère politique. Ils font de nous des incapables.

Ce système existe depuis l’indépendance du Liban. Sauf qu’à partir des années 60, une vague de protestation s’est amplifiée pour le contester. La guerre civile a arrêté ce mouvement. Et depuis 1990, jusqu’au retrait de l’armée Syrienne, ce système s’est solidifié. Les gouvernants pratiquent à notre égard la politique de l’endiguement que Georges Kennan avait imaginée pour étouffer l’Union Soviétique.

Peu de libanais sont inconscients de ce fait. Mais les pratiques d’endiguement si bien rodé et l’absence de porteurs d’un système de remplacement, nous maintiennent dans cette dépendance aux maîtres. A cette soumission, chaque communauté, selon son habitus culturel qui la distingue, trouve un exutoire. Il ne faut pas pour les chiites, résumer leurs adhésions à la politique du Hezbollah comme uniquement une adhérence à son idéologie. Face à un quotidien pénible, ils se réfugient dans la sortie de l’histoire qui ne connait que deux moments, l’un figé, Karballa et l’autre hypothétique, la parousie du Mahdi. Cette suspension de l’histoire exige le sacrifice du temps vécu et le sacrifice de soi tout court. Pour d’autres, c’est la perpétuation du mode tribal et de la rébellion contre la loi commune, celle de l’état, insatisfaisante car injuste. Pour les sunnites, il existe plusieurs niveaux d’échappatoires qui peuvent se recouper. Celui de l’hédonisme par la consommation, l’appartenance à une arabité mythique qui transcende l’appartenance au système libanais. Et pour les plus désespérés la séduction de l’utopie du califat et du nihilisme suicidaire dans des batailles perdues d’avance et l’autodestruction des kamikazes. Chez les chrétiens, c’est également l’hédonisme par la consommation et l’exil intérieur pour les partisans de la séparation, ou l’exil extérieur pour ceux qui le peuvent.

Tout ce qui précède n’est peut-être qu’une gymnastique intellectuelle sans fondement. Comment évaluer alors ce que les libanais veulent vraiment ? Par les élections. Mais selon quelle mode de scrutin ?

Le scrutin uninominal à deux tours. Il entend autant de circonscription que de députés. En réduisant le nombre de votants par candidats, il permet aux candidats indépendants, sans grands moyens financiers, de mener une campagne et d’être les porteurs d’un changement du système. La campagne ne sera plus des slogans affichés sur des panneaux et débités par des porte-paroles, mais une confrontation, un face à face entre le candidat et les électeurs. On passe ainsi du seul discours au débat. Le candidat ne peut plus débiter des poncifs, mais devra argumenter et convaincre. L’électeur retrouve la parole, questionne, interpelle, évalue, demande des comptes pour les promesses non tenues. Il redevient sujet actif et non plus un individu asservi. Il recouvre son libre choix et retrouve sa dignité.

Si les électeurs après cela réinstallent les mêmes, c’est qu’ils le souhaitent. Je me permets d’en douter à la seule constatation qu’aucun parti n’a proposé ce mode de scrutin. Il est encore temps de militer pour ce mode de scrutin, les moyens de le faire sont nombreux. Que les sceptiques ravalent leur sarcasme, à l’ordre des ingénieurs (50000 adhérents) l’élection de Jad Tabet est le résultat d’un programme convaincant, d’un discours délivré directement aux électeurs, d’une campagne habile et d’un activisme batailleur. Les indécrottables incrédules, vont prétendre que le candidat indépendant a gagné grâce aux dissensions au sein de la coalition des partis. Mais se jouer de la compétition de ses adversaires, n’est-ce pas une des règles du jeu démocratique ?  Entre l’idéalisme béat et le cynisme, il y’a la politique, la vraie.

 

Amine Issa

09/04/2017

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26 mars 2017

Devant les salaires et les impôts, il y’a une grille à abattre.

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La raison principale pour laquelle le général Michel Aoun fût finalement élu, était la constatation de l’ensemble des partis, que la situation socio-économique du Liban avait atteint le point de rupture. Un président par défaut pour éviter un défaut de payement fatal.

Dans la même logique, l’augmentation des salaires des 200,000 fonctionnaires de l’État est devenue une nécessité, une tentative de relance par la demande, la consommation. L’arrêt des investissements, le creusement du déficit de la balance commerciale, la baisse de la production industrielle et agricole, l’état lamentable des infrastructures et des communications, pour les sociétés de services notament, paralysent notre économie et laminent le pouvoir d’achat des Libanais.

Au-delà de la justesse de la correction des salaires, se pose celle de son financement et de son efficience économique. Pour distribuer de la richesse, il faut d’abord la créer. L’État ne l’a pas fait. Les revenus de l’État, à travers la fiscalité et les taxes, n’ont pas augmenté. Corriger les inégalités par une augmentation des taux d’imposition sur les bénéfices des sociétés et des hauts revenus, serait une voie. Mais elle ne sera pas empruntée. Pour deux raisons. La première est que, ceux qui seraient visés sont les mêmes, ou sont associés à ceux qui en voteraient l’augmentation. Une autre raison, technique elle, est que les secteurs qui produisent encore des marges ce sont réduits comme peau de chagrin. Restent évidemment les banques dont les bénéfices continuent à caracoler. Mais l’état se gardera bien de pressuriser ceux qui financent son déficit et encore une fois à cause de la porosité entre les conseils d’administration et le conseil des ministres.

Tout cela veut dire que ce que l’on donnera d’une main on le reprendra de l'autre, les nouvelles taxes et impôts vont être payés principalement par les Libanais des classes moyennes et pauvres.

Les Libanais ne sont pas dupes. Ils l’ont exprimé dans la rue.

Créer de la richesse est d’abord, une partie qui se joue à deux. Le secteur privé paye des impôts à l’état, qui sont redistribué sous forme de salaires, d’allocations, dans l’enseignement et la santé et investit dans les infrastructures, qui à leur tour permettent le développement du secteur privé. C’est un cercle vertueux, à condition d’avoir de la vertu ! Ensuite, un pays qui veut créer de la richesse doit exploiter ses capacités. Pour le faire, il a besoin de liberté, de droit et de stabilité. La liberté n’est pas seulement celle de la parole et de la circulation, mais aussi celle de choisir ses dirigeants et de les sanctionner. Le droit que la justice applique, devrait assuré l’égalité dans le traitement par une administration qui n’est pas corrompue et un système judiciaire aveugle. La stabilité se traduit par un fonctionnement régulier des institutions, qui comprend entre-autre l’alternance au gouvernement du pays, dans le respect des règles constitutionnelles. Nous n’avons ni cette liberté, ni ce droit, ni cette stabilité.

Au résultat, depuis la fin de la guerre en 1990, l’économie libanaise a connu une croissance sur des bases fragiles. L’investissement privé s’est surtout engagé, dans des projets à court terme qui ne crée pas suffisamment d’emplois stables et dans une économie de rentes et peu productrice. A savoir l’immobilier, le commerce et la consommation de biens importés et la souscription aux bons du trésor à des taux usuriers, qui permet de financer généreusement les capitaux entrants. Grâce à ceux-là, la balance des payements est positive. Mais ce n’est pas un signe de vitalité, car ses capitaux ne s’investissent que très peu dans l’économie réelle à long terme. La dépense publique a suivi la même direction. Les infrastructures sont défaillantes et l’administration composée de clients est hypertrophiée et inefficace.

Ceux qui pensent que nous sommes condamnés se trompent. Une classe d’investisseurs et d’entrepreneurs en apporte la preuve empirique. Dans l’industrie et l’agriculture et surtout les services, celle notamment des nouvelles technologies, des produits à hautes valeurs ajoutés sont proposés sur le marché libanais et surtout sont exportés, sans difficulté à leurs entrées sur les marchés extérieurs. Les émigrés libanais moyennement et hautement qualifiés sont également « exportés ». Leur contribution au PIB est de l’ordre de 25%. 

Peut-on renverser le courant ? Oui à condition de retrouver notre liberté de choisir et sanctionner nos gouvernants. Est-ce possible ? Suite à la manifestation de dimanche le spectacle des ministres et députés se renvoyant la patate chaude, était édifiant. Chaque parti clamant son innocence et accusant l’autre d’être à l’origine de telle ou telle taxe. D’autres se sont carrément opposés à tout impôts ou ont suspendu leurs participations aux séances parlementaires. A les croire, ces impôts ont été discutés et proposés par des martiens. Au résultat, Le projet est aujourd’hui suspendu

Comme pour le scandale des déchets, celui de l’Eden Rock et maintenant les impôts, la pression d’une rue indifférenciée, inclassable politiquement et communautairement, aussi insuffisants que soit ses accomplissements, suggère deux constatations. La première est que cette pression peut ébranler l’édifice. La deuxième est que les Libanais ne sont pas résignés. Ce qu’il faut c’est un suivi modulé de la protestation. Cela n’est pas impossible.

Amine Issa

26/03/2017

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12 mars 2017

France : mesquinerie, utopie et froideur

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Dès le 30 janvier, quand suite à sa convocation par les enquêteurs, François Fillion admît avoir employé et rémunéré sa femme sur le budget de l’état, son camp aurait dû se prononcer clairement. Les vases communicants entre la fonction publique et les proches, ne sont pas inédits en France. C’est bien pour cela qu’on parle de baronnie. Jusqu’à un certain degré ils sont tolérés et largement pratiqués, du moment qu’ils ne représentent pas un vol caractérisé. Reste le principe, au-delà des imprécisions de la loi. Ou l’on s’y tient sans concession ou l’on admet les accommodements. Or, on a assisté à une avalanche de contorsions sémantiques de la part des amis de François Fillion, qui ont révélé leurs petitesses. Au lieu d’avoir une position franche, ils ont, les yeux rivés sur les législatives et leurs fiefs, suspendu leurs positions finales aux frémissements des sondages. Quand ils ont jugé que le candidat des Républicains s’installait durablement en troisième position du premier tour, les défections se sont multipliées, évoquant les assauts insupportables des consciences. Belle leçon de constance et également d’idiotie politique. Elle estropie le candidat le plus répondant aux angoisses identitaires et sécuritaires des Français, sans la démagogie du Front National. Ailleurs, l’angélisme sur ces questions, et la course Hamon-Mélenchon, à qui offrira le programme de dépenses publiques le plus irrationnel, réduisent la gauche au rôle de brailleur décalé.

Le duel en tête est pour le moment ailleurs. D’abord, Marine Le Pen, dont la candidature n’est pas une anomalie. L’extrême droite a toujours existé en France. Elle a connu au lendemain de la Seconde Guerre mondiale son plus fort étiage, au vif souvenir des horreurs du fascisme. Mais le temps est l’ennemi de la mémoire, surtout quand il a pour allié un ébranlement de toutes les certitudes et des repères. Ceux-là sont perturbés par le terrorisme islamique, la crise économique et les flux migratoires. Face à la mondialisation, l’élite politique fonctionnarisée, dans l’hexagone et à Bruxelles, à démissionner de son rôle d’accompagnement réflexif de cette révolution. Si bien que, les dysfonctionnements de celle-ci, parce qu’ignorés, en ont gravement entamé les accomplissements. Ainsi, Marine Le Pen a beau jeu de vendre des assurances, mêmes toxiques.

Reste, l’inclassable Emmanuel Macron. Je lui donne ce qualificatif parce qu’en Occident, le clivage gauche-droite reste un moyen de se positionner quand le sol bouge, alors que cette polarisation n’a plus le sens tranché et explicatif d’autrefois. Le capitalisme sauvage et l’utopie communiste, même s’ils ont encore des partisans, sont également condamnés et dénoncés. L’un pour son injustice, l’autre pour son irréalisme. C’est aussi vrai pour leurs déclinaisons moins tranchées, le libéralisme et le socialisme, et désormais inopérants. C’est à cette intersection, ou l’entrepreneuriat et la réussite ne sont plus l’antinomie de la solidarité, que se tient Emmanuelle Macron. Si cette formule est celle de l’avenir, il ne la présente que de façon mathématique. Le candidat d’« En marche ! » ne fait pas rêver et je ne sais même pas s’il est conscient de la part de rêve que doit comporter son programme, comme tout autre. Un rêve qui doit s’adosser nécessairement sur des valeurs communes qui créent le lien social.

Si mon constat est vrai, c’est un lapin qui sortira des urnes. Attendons, et oublions les sondages.      

 

Amine Issa

12/03/2017  

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26 février 2017

Israël dans le Livre

Naftali Bennett, leader du parti national-religieux

Le peuple juif est resté sans patrie pendant deux mille ans. Assimilation incomplète, intégration imparfaite, ostracisé, signalé à la vindicte par le chapeau pointu ou l’étoile jaune, oblation propitiatoire, expulsé, juif errant maudit, jusqu’au seuil de l’annihilation au vingtième siècle. Heinrich Heine dira des juifs qu’ils ont habité non pas un pays, mais un livre, une « patrie portative ». Si comme les chrétiens et les musulmans se sont les gens du Livre, ils n’ont eu, eux, que le Livre. L’on comprend mieux ainsi Beni Levy quand il écrit « Dans le judaïsme, il ne vous est pas demandé de croire, mais de réaliser le mode de vie de la Thora ». On comprend ainsi les centaines de milliers de juifs israéliens dans les Yeshivas, qui consacrent leurs vies à l’étude de la Thora et du Talmud. Littéralistes tatillons qui abhorrent tout contrevenant à la Loi. Mais est-ce que les séculiers qui n’habitent plus le Livre, habitent-ils une nation, Israël ? On l’a pensé à l’époque du romantisme sioniste, qui, dans une même utopie a fondu une communauté religieuse dans un état moderne démocratique et socialiste. Le creuset le plus symbolique de cette nouvelle identité étant le Kibboutz, qui devait réaliser la déclaration d’indépendance dans son article qui stipule « l’égalité sociale et politique entière entre tous les citoyens sans distinction de religion, de race et de sexe ».  Qu’en reste-t-il ?

Je ne reviendrais pas sur la légitimité de la création de l’état d’Israël, c’est un fait historique, comme tant d’autres, qui est entaché d’une injustice faite à un autre peuple, ici les Arabes de la Palestine. Sauf que contrairement aux Indiens d’Amérique du Nord et du Sud et ailleurs, cette injustice n’est pas reconnue, ni réparée et se pratique encore au quotidien pour plusieurs millions de Palestiniens à Gaza en Cisjordanie et dans la diaspora. Or, plus rien ne la justifie. Depuis que les pays arabes lors de quatre guerres ont échoué lamentablement, du haut de leur humanisme, à « rejeter les juifs à la mer  », ils ont admis officiellement ou officieusement l’existence d’Israël. Reste le Hezbollah et le Hamas, qui, s’ils sont une menace, elle n’est pas existentielle et est la conséquence autant, d’une oumma fantasmée pour les deux, que de l’invasion du Liban et du blocus de Gaza.

Une nation, qui au vu du droit international soumet illégalement un peuple et son territoire, ne peut prétendre à l’adjectif de moderne. Israël n’est pas le seul pays, dans ce cas, loin de là. Mais c’est alors le retour à des formes de gouvernance prémoderne, ou la stratification identitaire et statuaire se déploie sur des modes raciaux, religieux, confessionnels, ethniques, tribaux, territoriaux, culturels, héréditaires, etc…

Dans le cas particulier d’Israël, les lignes de fractures sont multiples. Il y a d’abord le niveau territorial et confessionnel. Non pas le territoire de la Terre Sainte, car la distance temporelle avec le royaume d’Israël et de Judée le classe dans l’ordre du mythe immatériel. Je parle des différents territoires d’Europe du Nord, du Sud et du proche et Moyen-Orient dont sont issus les juifs d’Israël, qui coïncident avec les traditions confessionnelles des Sépharades, des Ashkénazes et des Mizrahis. Il y a également le niveau socioculturel qui oppose ceux qui viennent de la dictature soviétique à ceux qui ont vécu dans les démocraties occidentales. Enfin, la différenciation ethnico-raciale qui distingue les juifs éthiopiens et indiens.

Les héritiers des premiers sionistes, venus d’occidents, sont aujourd’hui, au mieux, à l’image de Benyamin Netanyahu, que la soif du pouvoir et le compte en banque fascinent au point de trouver son alter ego dans un Donald Trump qui s’acharne à rétrograder la première et la plus grande démocratie. Au pire, ce sont les colons et leurs porte-paroles, du parti national-religieux.  Ceux qui ont échappé à cette dérive, ont une représentation politique réduite, dont le Haaretz porte le combat et sont relayés aux États-Unis par les juifs libéraux, qui ont très bien compris, et l’expriment, le danger que représente pour Israël, l’amour immodéré que lui porte le nouveau président américain, dont les deux principaux conseillers Steve Bannon et Sebastian Gorka sont notoirement anti-sémite .

Je voudrais parler du second groupe, les nationaux-religieux et les colons, dont le Premier ministre est l’otage. Comment en est-il arrivé là ? Je fais appel à une comparaison avec Anouar El Sadate. Celui-ci pour contrecarrer la gauche égyptienne et les héritiers du nassérisme, à autoriser les Frères musulmans à reprendre leurs prédications, et leur maillage de la société, afin de dénoncer les gauchistes athées. Anouar El Sadate s’affubla lui-même du titre de « président croyant ». Les islamistes finiront par l’assassiner. Benyamin Netanyahu, pour ne pas s’aliéner à la gauche et au centriste israélien, a préféré gouverner avec l’extrême droite religieuse. Ceux-là n’ont pas besoin de l’assassiner, puisqu’il cède à la majorité de leurs revendications.

Les colons, sous le regard indifférent de l’armée, ne se contentent pas d’occuper des terres palestiniennes, ils s’évertuent d’en arracher systématiquement les oliviers parfois centenaires. Ils veulent effacer une mémoire, eux qui ont tant souffert de l’oubli de leur calvaire ; la victime qui devient bourreau. Les nationaux-religieux, dans l’intitulé de leur nom, annoncent une contradiction insoutenable. Il revendique la terre d’Israël, au nom de la promesse biblique, pour bâtir leur nation. L’on pourrait avancer que la France même laïque est une terre de culture chrétienne, comme la Chine de culture bouddhiste ou la Russie de religion chrétienne. Mais dans ces cas et d’autres, il y a eu une continuité historique dans la correspondance entre une terre et une religion, ce qui n’est pas le cas d’Israël. Les nationaux-religieux sont libres de penser que la promesse biblique est intemporelle. Mais cela ne relève-t-il pas de l’utopie politique ? Théodore Herzel le fondateur du sionisme l’avait compris et son premier choix pour le foyer national juif n’était pas la Palestine. Il a fallu la chute de l’Empire Ottoman, les intérêts géostratégiques de l’Angleterre et l’horreur de la Shoah, pour que se concrétise la création de l’état d’Israël. Les premiers sionistes, les fondateurs du jeune état avaient également compris qu’on ne fondrait pas une nation viable sur un mythe. La promesse biblique et la dimension religieuse n’étaient pas à leurs yeux le seul ciment de la nouvelle nation, mais bien la construction d’un état démocratique, moderne et plural. Moshé Dayan, le héros de la guerre des Six Jours, lors de la prise de Jérusalem, réagissait à l’enthousiasme d’un de ses généraux en disant « Pourquoi aurions-nous besoin d’un tel Vatican ? ».

Aujourd’hui le véritable danger pour Israël grandit en son sein. Ce sont ses dirigeants qui rouvrent le Livre pour un troisième exil. 

 

Amine Issa

26/02/2017

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12 février 2017

الانتخاب قدرة لا قدر

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الجعجعة السياسية حول قانون الانتخاب لا توصف إلا بالرداءة الأخلاقية اتجاه ‘‘صحة التمثيل‘‘. فهمّ المواطن غائب منذ البداية عن أولويات شتّى القوانين. الأكثرية والنسبية، تقسيم الدوائر، خلطها وإعادة فرزها، قائمة على مقياس واحد، تثبيت وتوسيع، أو تضييق زعامة حزبية-طائفية أو شخصية

فالانتخابات هي محطة أولى مختصرة، تنقل السلطة من الشعب الى امناء لإدارة البلد. اصبحت الانتخابات هي الشغل الشاغل للسياسيين واختصرت الادارة على سد الثغرات بالتي هي أحسن لمنع انهيار الدولة والبلد. فالصيغ المطروحة مسوّقة بحجة تحصيل حقوق الطائفة، ومنع الإقصاء، على وتر التخويف من الأخر. فاقتصر عليهم حديث الصالونات الراقية حول كاس من ‘‘السنغل مولت"، وللملتزمين شراب الأناناس. وأيضا حول الوجاق بين البطاطا المشوية وكباية الشاي. فضاع الهمّ الحقيقي وصوت الشعب وبقيت الأوهام

لا يوجد شيء اسمه حق الطائفة، يتقدم على حق المواطن. فهما من طبيعتان مختلفتان. الطائفة هي شخصية معنوية يملكها اصحاب الرساميل السياسية ولا توزع أرباحها على المواطنين إلاّ من باب منع الغرق وبالتمنين. أما المواطن فهو شخصية إنسانية وجسدية. فحقه هو في التعليم، الأمن، الشيخوخة، الخ. فالمرض لا يميز بين طائفة وأخرى. فكما قال الإمام المغيب موسى الصدر: " لا مذهب للحرمان “. فلإزالته وعودة السياسة الى إدارة البلد وقطع الطريق على غوغائية حق الطائفة، لا بد للمواطن أن يختار حراً، مقتنعاً، وليس من باب التسليم للأمر الواقع ولا حول ولا قوة إلا بالله. فالله خلقنا أحرار

هذا الخيار يستعاد فقط من خلال الدائرة الفردية الصغرى على دورتين. حيث يكون المرشح مناقشاً وجهاً لوجه مع الناخبين. فتصبح الدعاية الانتخابية وترويج البرامج عبر لقاءات مباشرة وليس عبر وسائل الإعلام. سيرغم المرشح ان يقتنع ويقنع بما يقوله على حد سواء، ولا يكتفي بشعارات وخطوط عريضة مبهمة يرددها المتحدثين. فاللقاء مع الناخبين يفتح باب النقاش والسؤال عن برنامج المرشح ويطرح عليه أفكار. مما سيردع المرشحين عن الوعود المستحيلة، التي يبرروا عدم الالتزام بها ببيانات غير مسمات تلقي اللوم على الشياطين، ليعود صوت الناخب القدرة وليس القدر

لكن للدائرة الفردية المصغرة شائبتان. الأولى، تشترك بها مع كافة الصيغ المطروحة ألا وهي، استفحال المال السياسي، شراءً للأصوات وفي الدعاية الانتخابية. لذا يجب أولاً تجريم وبقساوة، شاري وبائع الصوت من جهة، وتحديد سقف النفقات الانتخابية وتمويل قسم منها من قبل الدولة عملاً بمساواة الفرص من جهة أخرى. وأما الشائبة الثانية فتكمن في الوصول إلى الندوة البرلمانية لزعماء تقليديين لا علاقة لهم بالشأن العام. وأمام هذه المعضلة تبقى رغبة اللبنانيين في التغيير الحل الوحيد، مهما كانت الصيغة المقررة

فمن الواضح أن الأحزاب والطوائف لم ولن تبادر من تلقاء نفسها على طرح قانون الدائرة الفردية الصغرى، ولا اللبنانيون مستعدون لخوض حرب شوارع من أجلها. لكن سبل الضغط السلمي، الديمقراطي والدستوري متعددة. ومنها للتعداد وليس للحصر، التوقيع بعشرات الآلاف على عريضة مطالبة بهذا القانون وتقديمها إلى نواب الأمة. ليرفضوا الاقتراح وليعلم اللبنانيين ما يضمر لهم. ومن بعدها خطوات تالية حتى سقوط حائط الاستئثار بإرادتنا وحريتنا. وإلا، لا حرج ولا عتاب على ملوك الطوائف

امين عيسى

 

21/2/2017

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29 janvier 2017

Pétrole, ceux qui baisseront les bras ne le mérite pas.

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L’état a finalement décidé d’exploiter nos gisements de pétrole. Des experts ont déjà relevé les failles des décrets ministériels qui en organisent l’extraction. Pourquoi une société nationale du pétrole et un fond souverain n’ont-ils pas été institués, et bien d’autres observations légitimes.

Il ne faut pas s’attendre d’un système politique où il n’y a plus d’opposition qui puisse effectivement dénoncer les mauvaises pratiques, qu’il sanctuarise nos droits. Encore faut-il qu’elle n’est jamais existé quand il s’agissait de se partager nos ressources.

Il faut impérativement obtenir la création d’un organisme de contrôle incorruptible sur l’ensemble des étapes du processus d’exploitation. Cet organisme saura sous-traiter les aspects techniques et choisir les sociétés appelées à participer aux opérations d’extractions. Il y’ a au Liban des femmes et des hommes qui n’ont que le souci du bien public, ceux qui disent le contraire sont soit défaitistes soit suspects de complaisance ; dans les deux cas nuisibles.

L’état ne doit pas seulement partager une partie des bénéfices du processus de forages des puits, de stockage et de commercialisation, mais investir lui-même dans certaines des infrastructures nécessaires. Il obtiendrait ainsi une plus grande part des profits. L’argument avancé par les autorités pour ne pas le faire est que le Liban n’en a pas les moyens. C’est faux. Nous pouvons malgré l’énormité de notre dette emprunter encore sur le marché mondial, au moment où les taux sont encore très bas. La seule condition est d’attacher cette créance, son utilisation et son remboursement au seul revenu du pétrole, c’est-à-dire ne pas la fondre dans la masse indistincte de la dette publique.

Il faut également que les sommes dégagées soient largement utilisées pour effacer la dette du Liban. Actuellement, le budget de l’état est divisé en deux parties, une pour payer les salaires et frais de fonctionnement, l’autre pour le service de la dette. De ce fait, le poste dépense « investissement et développement » est totalement inexistant. En réduisant la dette, son service le serait également. Un excédent se dégagerait et celui-ci qui devrait être alloué au poste « investissement et développement ».

L’autre façon de dépenser l’argent issu de la vente du pétrole est de l’investir dans des projets directement sans passer par le budget.

La différence semble être une simple variante comptable de l’allocation de ces nouveaux revenus. Pourtant il n’en est rien. Les recettes du budget sont principalement les impôts et les taxes que paye le citoyen. S’ils ne sont plus alloués au service de la dette, celui-ci sera plus incité à savoir qu’elle en est l’utilisation. Il sera plus engagé à réclamer un meilleur contrôle des dépenses, à refuser qu’elles soient affectées à des projets improductifs et sans intérêts social ou économique. Si à l’inverse les revenus du pétrole sont directement investis dans des projets, il sera moins stimulé à en exiger la gestion transparente. La différence est celle entre un salaire obtenu par le travail et celui gagné à la loterie. On est toujours moins regardant dans le second cas.

Les incrédules diront que dans les deux hypothèses, le résultat sera le même. Les gardiens de la bourse de l’état sauront toujours la délié la nuit pour s’y servir grassement. Les incrédules n’ont jamais fait avancer le monde. On a souvent vu du pétrole jaillir là où on l’attendait pas, mais on n’a jamais vu des politiciens véreux se repentir, et il faut les confronter sans relâcher par tous les moyens disponibles.

Je le disais il n’y avait plu de véritable parti d’opposition, ou peut-être quelques déçus du nombre de barils qu’on leur a adjugés. Dresser des potences n’est ni dans les moyens ni l’humeur des Libanais. Alors, qu’un collectif de Libanais se forme, experts en hydrocarbure, juristes, politologues et journalistes. Qu’ils aillent au feu, dénonçant les malfaisances et proposent les solutions justes. Reste la mobilisation dans la rue pour maintenir sous tension permanente le sérail et ses occupants. Comment s’y prendre ? Rappeler aux citoyens qu’à défaut de boucler leur fin de moi, c’est leurs ceintures qu’ils serrent et que des dizaines de milliards de dollars qui leur reviennent risquent de leur échapper. Qu’une couverture santé universelle et de qualité est à portée de main, que l’enseignement gratuit n’est plus une utopie, que l’électricité ne sera plus un luxe et surtout que la pauvreté n’a pas de confession.

S’ils ne le font pas, je serais de ceux qui iront féliciter le premier des ministres ou députés qui inaugurera une nouvelle villa. Mais il y’a très peu de chance que je sois convié à la pendaison de la crémaillère, ce sera plus tôt à la mienne qu’on m’invitera.   

Amine Issa

29/01/2017

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15 janvier 2017

Les deux Mondes qui s’affrontent.

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Le 23 décembre, le conseil de sécurité votait à l’unanimité, sauf l’abstention des États-Unis, une résolution, qui condamne encore une fois les colonies israéliennes en Cisjordanie. L’Égypte, avait, sous la pression d’Israël et du président Donald Trump, obtenu un premier report du vote. Plus tard, la Russie tenta à son tour vainement d’en faire de même. Au lendemain du vote, Micke Hukaabé, ancien candidat républicain à la présidentielle, baptiste et conservateur de bon ton, à qui Donald Trump aurait proposé l’ambassade des États-Unis à Tel-Aviv préconise de détruire le siège des Nations-Unis au « jack hammer » !

Quelles leçons pouvons-nous tirer de tout ce qui précède ? On retrouve dans un camp, Benyamin Netanyahu, interrogé par la police pour corruption, qui pour se maintenir aux pouvoirs, cède aux exigences des nationalistes-religieux, à celles des partis juifs-orthodoxes et des colons. Avec lui, les populistes autoritaires Abdel Fatah el Sissi, Vladimir Poutine et le populiste-affairiste Donald Trump. Dans l’autre camp, particulièrement les démocraties anglaises, françaises, néozélandaises, espagnoles, sénégalaises et, l’autre Amérique, celle de  Barack Obama.

Depuis la chute de l’Union soviétique, l’idéologie n’est plus la borne de la ligne de fracture mondiale. Cepandant le clash des civilisations est un raccourci qui n’a d’intérêt que la commodité de sa simplicité. Abdel Fath Sissi, Nawaz Sharif représentent, avec plus à leur droite, successivement Recep Tayyip Erdogan et l’Imam Khamenei, une partie du monde musulman. Daech n’en est que la frange. Des modèles de gouvernances autoritaires, à la pensée unique, pour qui la religion à des degrés divers est une source de légitimité. Pour certains l’expansionnisme régional est également un opium des peuples. Leurs économies fragiles sont phagocytées par les intérêts d’une caste militaro-politique et d’un secteur privé monopolistique en affaire avec l’état, au détriment des classes moyennes et pauvres. Sur ce plan, la Turquie a un retard que le président Erdogan s’efforce de rattraper avec beaucoup de diligence. On retrouve le même canevas du pouvoir politique, en Israël et en Russie, qui se redécouvre sainte. Egalement dans l’Amérique de Donald Trump, suprématiste blanche et chrétienne. Son programme annoncé fera à moyenne échéance reculer l’Amérique (voir mon article précédent). Si la similitude entre tous ces pays n’est pas parfaite, ce n’est pas du fait de la volonté de ces chefs d’état, mais d’histoires différentes et de la résistance de leurs sociétés.

Sur l’autre rive, des démocraties qui continuent le combat pour réformer le modèle politique le moins mauvais à ce jour. Elles résistent à leurs propres clones de la catégorie précédente. En Europe et ailleurs dans le monde occidental. Mais aussi en Tunisie, au Sénégal et en Indonésie, le plus grand pays musulman au monde et chez la très combative société iranienne. En font partie pareillement la gauche israélienne et l’Amérique qui a gagné l’élection aux voix, mais l’a perdue à cause d’un système de grands électeurs archaïque.

Je voudrais citer Barack Obama, dans son discours d’adieu, qui à mon sens décrit le mieux les caractéristiques de cette seconde catégorie, ses inquiétudes et ses espoirs. J’emprunte au journal Le Monde des passages de son compte rendu du discours. Il y considère les inégalités comme la première menace contre la démocratie. Le président a également mis en garde contre les « bulles » dans lesquelles trop d’Américains s’isolent à son gré pour fuir l’altérité ou le contradictoire, que cela soit « sur les campus universitaires ou dans le flux des réseaux sociaux », stigmatisant la capacité à n’accepter que « l’information, qu’elle soit vraie ou fausse, qui conforte notre opinion ». Il avait rappelé auparavant que les stéréotypes pour stigmatiser les immigrants étaient les mêmes utilisés par le passé à l’égard « des Irlandais, des Italiens et les Polonais ». Faute de confiance dans « l’information », « la science » et « la raison », les discussions ne peuvent être que « des dialogues de sourds ». Sans nier par ailleurs les menaces venant de l’extérieur, et notamment celle représentée par le terrorisme perpétré « au nom de l’islam » « Notre démocratie est menacée à chaque fois que nous la considérons comme acquise », a-t-il averti.

Et surtout pour l’avenir « Si vous êtes fatigué de discuter avec des inconnus sur Internet, essayez de parler avec quelqu’un dans la vie réelle. Si vous pensez que quelque chose ne va pas, mettez vos chaussures et mobilisez-vous. Si vous êtes déçus par vos élus, prenez un bloc-notes, collectez des signatures, et présentez-vous. » « Le changement ne se produit que si des gens ordinaires s’impliquent, s’engagent et se rassemblent pour le demander. Après huit ans de présidence, j’y crois toujours !

Amine Issa

15/01/2017

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01 janvier 2017

La classe moyenne, les pauvres et Donald Trump : Qu’ils mangent des biscuits.

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Donald Trump a promis de redresser l’économie américaine et d’augmenter le pouvoir d’achats laminé des classes moyennes et des plus pauvres. Son programme se décline en quelques idées-forces. Réduire les taux d’imposition pour tous les niveaux de revenus, rapatrier l’industrie manufacturière aux États-Unis, rétablir l’équilibre de la balance commerciale par l’augmentation de droits de douane, surtout pour les produits chinois, réduire l’intervention de l’état, alléger sinon annuler les régulations sur les services financiers et l’exploitation des énergies fossiles. Pour le seconder, il a choisi les membres de son cabinet en dehors de « l’establishment » de Washington, corrompu, incompétent, de mèche avec Wall Street.

Le langage fleuri, méprisant et autoritaire du président, son inexpérience en politique et dans la gestion de l’état, l’opacité de ses affaires, sa xénophobie et son racisme latent, sont pour beaucoup suffisants pour présager un échec. Certes, cette attitude n’est pas rassurante, mais elle ne permet pas de conclure. Il faut un argumentaire différent pour oser des prévisions.

L’économie américaine est-elle si mal en point ?

Je commencerai par un état des lieux de l’économie américaine. Puisqu’il faut toujours un point de référence, j’ai choisi celui de la crise de 2008 qui coïncide avec l’élection de Barack Obama, sa politique économique dont Donald Trump veut démonter les principales dispositions, responsable à son avis du déclin de l’Amérique qu’il veut rendre « grande à nouveau ».

Après deux années de récession, le PIB a connu une croissance molle, mais constante (2015, plus 24.6% par rapport à 2007). Le bénéfice des entreprises privées est passé de 1050 milliards en 2007 à 1600 en 2016. Le déficit du budget après s’être creusé en 2010, atteignant 8.7% du PIB, s’est redressé progressivement et a retrouvé son niveau de 2008, soit 3.2%. Le chômage, après avoir atteint 10% de la population active, est retombé à 4.6%. En 8 ans on estime que le pays a créé entre 9.3 et 13.6 millions de nouveaux emplois (sous les deux mandats de Georges W.Buch 1.3 millions, c’est-à-dire 7 à 10 fois moins). La productivité a augmenté de 10%, en 2015, 3.5 millions d’Américains sont sortis de la pauvreté (la chute la plus importante depuis 1968) et à la fin de 2016, sur les 41 millions d’Américains non assurés, 20 millions l’étaient grâce au Affordable Care Act entré en vigueur en 2013. Le président Obama a également décidé d’augmenter le salaire horaire minimum de deux millions de contractuels du gouvernement fédéral, pour le faire passer de 7.25 dollars (bloqué depuis 2007) à 10 dollars.

La face sombre du tableau, montre ce qui suit : La dette des États-Unis est passée de 10 milles milliards de dollars (2009) à 19 milles milliards (2016). En cause la récession, les programmes sociaux, le nombre de chômeurs qui avait doublé, le sauvetage des banques et des entreprises et le service de la dette quand l’état est parfois obligé d’emprunter pour honorer une échéance. Ensuite, les pertes d’emplois dans l’industrie manufacturière. Ce mouvement de déclin a commencé en 1970, avec un pic en 2001, date de l’entrée de la Chine à l’OMT. On est passé de 17 à 12 millions de travailleurs. Plus grave encore le revenu médian des ménages, malgré une remontée continue, reste en deçà de 1.6% de ce qu’il était en 2007 et le coefficient d’inégalité Gini ne s’est rétracté que légèrement. Il y’a encore aux États-Unis 43 millions de pauvres, mais qui sont plus optimistes quant à la possibilité d’en sortir.

Que propose Donald Trump pour sauver les classes moyennes et pauvres.

Revenons aux mesures phares qu’il annonçait :

1-l’élite corrompue de Washington.

Il avait, lors de sa campagne, critiqué les lobbyistes qui phagocytaient l’administration et le Congrès pour faire avancer les secteurs qu’ils représentaient au détriment des intérêts des Américains. Voici que trois d’entre-deux, Jeffrey Eisenach, Michael Catanzaro et Michael Torrey, lobbyistes pour les secteurs des télécommunications, de l’énergie pétrolière et l’industrie alimentaire, font partie de l’équipe de transition du président élu.

2-Les voleurs de la finance.

Donald Trump s’en était pris aux financiers, les gérants des fonds d’investissements (hedge funds) déplorant qu’ils soient restés impunis « Getting away with murder », « Ils font fortune, ne payent pas de taxes, c’est ridicule ». Il s’en prend particulièrement au directeur exécutif de Goldman Sachs qui personnifie une élite qui a « volé notre classe de travailleur » et à George Soros, un autre grand financier. Et voilà que son premier conseiller Steve Banon et le secrétaire au Trésor, Steven Munchin, sont des anciens de chez Goldman Sachs, Munchin ayant réussi le pari d’avoir aussi travaillé également pour George Soros. Mais ces deux nominations ne semblaient pas suffire au président élu pour se faire excuser auprès des « voleurs ». Il nomme pour diriger le Conseil National Économique, Gary Cohn, le numéro deux de Goldman Sachs ! Est-ce un hasard que depuis l’élection de Donald Trump, de Goldman Sachs a fait un bon d’un tiers de sa valeur ? Steven Munchin, va dès sa nomination, présenter des gages. Il veut démanteler ou alléger la réglementation Dodd-Frank instaurée après la débâcle de 2008, et particulièrement une disposition appelée la « Volcker Rule » qui interdit aux banques d’effectuer des investissements spéculatifs à haut risque. Son argumentaire est digne d’une leçon magistrale d’économie « Je dirais que le problème numéro un de la règle Volcker est qu’elle est très compliquée et que les gens ne savent pas comment l’interpréter ». Voilà qui a dû flatter les financiers issus des plus grandes universités ! Cela va également soulager la « classe de travailleurs » qui en souscrivant aux « subprimes » se sont retrouvés par millions ruinés du jour au lendemain.

 

3-La réduction des taxes et impôts.

Barack Obama n’avait pas renouvelé les réductions d’impôts aux bénéficiaires des revenus les plus hauts instaurés par son prédécesseur. Les sommes additionnelles récoltées ont contribué aux programmes sociaux du président sortant. Donald Trump a promis des baisses qui toucheraient l’ensemble des tranches de revenus, dont celles des classes moyennes et pauvres. Pour les hauts revenus, l’impôt passerait de 39.6% à 33. Pour l’ensemble et les revenus moyens et bas, voici ce qu’il propose. Annuler l’impôt sur les successions qui porte le doux nom de « death tax ». Il faut savoir que cette taxe ne touche que les successions dépassant 5.45 millions de dollars pour un individu et le double pour un couple marié, c’est-à-dire au seul bénéfice des détenteurs de grand patrimoine. Sur les réductions d’impôts pour toutes les tranches de revenus, les calculs de la Taxe Foundation, on déduit que la révision de l’ensemble des fourchettes de revenus imposables et les réductions annoncées, augmenteraient le revenu des classes moyennes de 0.2% et de 5.3% pour le 1% des Américains les plus aisés. Une autre proposition est de consentir des déductions d’impôts sur les frais encourus pour les ménages pour élever leurs enfants. Après calculs et estimations, les premiers bénéficiaires seraient les ménages gagnants 500,000 dollars (3,960 dollars) alors qu’une famille gagnant 50 000 dollars n’économiserait que 1,500 dollar et les familles gagnants encore moins n’économiseraient rien puisqu’elles ne sont pas ou presque pas imposées.

4-Réduction des tentacules de l’état.

L’antienne des conservateurs est reprise sans surprise par Donald Trump. Certes pour sauver des millions d’Américains et les banques, Barack Obama s’était montré extrêmement généreux avec la dette et le déficit budgétaire. Mais les performances d’une économie ne se mesurent pas sur une année ou deux et l’on a vu que la tendance était à la réduction du déficit une fois que la croissance se rétablissait et que le chômage et donc les bénéficiaires des aides de l’état se réduisaient. Le nouveau président veut aller plus vite dans la réduction des déficits. Un des programmes est celui de l’aide au logement qui depuis 2010 a permis à un cinquième de ceux qui n’en avaient pas, de s’abriter. Mais il reste 64 000 familles sans domiciles fixes. Un budget de 11 milliards sur dix ans était prévu par Barack Obama pour les loger. Le sort de ce programme est désormais entre les mains Ben Carson nommé au ministère de l’habitat et de l’urbanisme. Il n’a jamais caché son aversion pour ceux qui comptent sur l’aide de l’état et s’ils sont sans domicile « c’est parce qu’ils ne font rien pour en avoir ». Avec le retour probable de la spéculation immobilière, le mouvement des classes moyennes des centres-villes devenus trop chers vers les banlieues va encore s’accélérer, entrainant un surcroît de frais de transport, d’heures perdues et de stress dû au temps de transport plus long vers leurs lieux de travail, sans compter la perte de productivité par travailleur.

L’état fédéral ne devrait s’occuper que de ce qui est strictement de ses attributions souveraines, c’est-à-dire les grands travaux d’infrastructures, que Barack Obama a négligés pendant ses deux mandats. Steve Bannon, le « Chief Strategist » de Donald Trump a annoncé des travaux pour trois mille milliards de dollars. Sauf qu’il propose de privatiser les nouvelles infrastructures. Pour un projet coutant 1 milliard de dollars, les entreprises seront autorisées à emprunter 800 millions sur le marché et d’apporter 200 millions en fond propre. Mais sur les 200 millions dollars, ils bénéficieront de 86% d’exemption de taxes, c’est-à-dire qu’ils ne payeront en fait que 28 millions, le reste étant donc financé par le contribuable. Si l’état entreprenait lui-même les travaux, la somme serait égale. Sauf que le peuple américain resterait propriétaire de ces infrastructures et bénéficierait de leurs revenus, ce qui n’est pas le cas dans le schéma de Banon. Il n’y a plus que d’indécrottables collectivistes qui s’opposent par principe à toute privatisation. Mais le rôle des lobbys aux États-Unis et l’entrée à la maison blanche de milliardaires, laissent présager toutes sortes de conflits d’intérêts et de tolérance sur la non-conformité aux cahiers de charges.    

5- Rapatrier les usines à la maison.

On l’a vu plus haut, l’industrie manufacturière est en constante rétraction. La faute en est aux délocalisations vers des pays où la main-d’œuvre est moins chère. Donald Trump, en voulant dénoncer les accords de libre-échange, en haussant les droits de douane à l’entrée, veut redonner du travail aux Américains et revaloriser leurs pouvoirs d’achat. Pour piloter ce retour il a choisi comme je l’ai cité Steven Munichen au trésor, Willbur Ross au commerce et Carl Icahn comme conseiller pour les régulations économiques. Tous les trois milliardaires, ils ont fait leurs preuves dans le rachat de compagnies en difficultés, les assainissant et les revendant à profit. Ce genre d’opération se solde généralement par des licenciements massifs, des baisses de salaires et parfois des démantèlements des compagnies. Ross est affublé du sobriquet « roi des faillites ».

Mais qu’en est-il vraiment des salariés du secteur manufacturier. Certes les Américains n’ont pas encore retrouvé leur pouvoir d’achat de 2007. Dans l’industrie automobile, le salaire horaire a chuté de 18.35 dollars en 2003 à 15.83 en 2013, mais il reste encore deux fois plus élevé que le salaire minimum (7 dollars) et sur l’ensemble du secteur manufacturier le salaire moyen, augmenté des allocations, est de 37.71 dollars. De plus, L’Association National Manufacturière estime, que d’ici dix ans 3.5 millions de postes ne trouveront pas de preneurs ! C’est bien simple les jeunes Américains ne veulent plus des travaux peu qualifiés en usine. 

Cela nous amène à la question de la relocalisation des usines et la hausse des droits de douane. Donald Trump a révélé à la presse qu’il avait appelé Tim Cook, le patron d’Apple pour lui demander de rapatrier la fabrication de l’IPhone aux États-Unis. Il a essuyé un refus poli. Pourtant le président lui avait fait miroiter qu’il allait réduire l’impôt sur les bénéfices des sociétés de 35% à 15%. Ce taux élevé avait poussé beaucoup de sociétés à déclarer leurs bénéfices dans d’autres pays. Apple a promis de rapatrier ses bénéfices, mais pas sa production. Pourquoi ? Le taux d’imposition n’est pas seul en cause. On a vu plus haut que les bénéfices des sociétés étaient en hausse continue et payer plus de taxe ne déstabiliserait pas les entreprises rentables. Waren Buffet, un des Américains les plus riches au monde, l’a toujours soutenu. C’est non, parce que c’est simplement impossible. Apple se fournit à l’étranger auprès de 766 fournisseurs pour les composantes de ses téléphones, fournisseurs qui emploient 1,6 million de personnes. Ni ces fournisseurs n’ont leurs équivalents aux États-Unis ni le personnel qui produit ces composants. De plus le circuit de fabrication est tellement complexe et réparti sur tout le globe, qu’il est désormais impossible de le concentrer dans un seul pays. À l’autre extrémité de la taille des industrielles, un petit fabricant de chaises de bureaux qui emploie 40 ouvriers se fournit pour ses composantes en Chine, en Hongrie et en Allemagne. Il annonce que des droits de douane de 45% imposés à la Chine, comme le souhaite Donald Trump rendrait ses chaises invendables aux États-Unis. Barack Obama s’était essayé à ce jeu en 2009. En accusant la Chine de subventionner la fabrication des pneus, il avait augmenté les droits de douane sur leurs importations. Au résultat les fabricants de pneus aux États-Unis ont sauvé 1200 emplois. Mais le surcout payé par les consommateurs a été de 1,1 milliard de dollars, entrainant une baisse des ventes et la perte de 2500 emplois dans le commerce des pneus !

Si la délocalisation entamée au début des années soixante-dix est la première à avoir causé le recul de l’emploi manufacturier dans l’ancien et le nouveau continent, si la Chine se montre déloyale dans sa politique de prix, aujourd’hui il est une cause plus essentielle qui provoque des pertes d’emplois. Car comment expliquer que si depuis 1970, 5 millions d’emplois ont été éliminés de façon continue, la valeur des produits industriels des États-Unis est passée de 1700 milliards de dollars en 2009 à 2200 milliards de dollars en 2013 ? À cela deux explications liées, la robotisation et l’éducation, donc un gain de productivité. De plus en plus, les tâches répétitives sont effectuées par des robots qui sont fabriqués, actionnés, maintenus et réparés par des ouvriers qualifiés. Et si la robotisation détruit des emplois elle en crée d’autres et augmente le revenu général d’un pays. Ainsi en Allemagne dans l’industrie automobile les embauches ont augmenté à un rythme plus élevé que celui de l’installation des robots. Comment cela ? Les réductions de coûts ont permis de proposer des options et des personnalisations des véhicules, par l’intervention d’ouvriers spécialisés, sans augmentation du prix final. De plus la baisse des coûts a permis de mieux développer les services commerciaux et d’après-vente en créant de nouveaux postes. Mais alors que sont devenus les ouvriers licenciés ? Des programmes de formation continue leur permettent de remplir les nouveaux emplois proposés. Certes la transition est difficile et le résultat au final ne peut être garanti. Mais des exemples démontrent que c’est possible. Qui plus est, les gains de productivité peuvent être partagés et permettre une meilleure revalorisation de beaucoup de métiers de proximité, comme le service aux personnes ou les commerces de proximité qui tous recréent le lien social.

Je me résume. La relocalisation totale de l’industrie est une illusion, il faut former les demandeurs d’emploi aux nouveaux métiers. Pour mener cette transition, Donald Trump a choisi deux multimillionnaires, Andrew F. Puzder au ministère du Travail et Betsy DeVos à l’éducation. Le premier, qui dirige des franchises de Fast-Food, est au fait de la révolution robotique et l’encourage. Mais les raisons qu’il avance le sont moins, du moins pour les travailleurs. « Les robots sont toujours polis » dit-il « Ils ne prennent jamais de vacances et n’arrivent jamais en retard ». Il a fortement critiqué la hausse du salaire minimum et les congés maladie. Le président élu, lui, a directement attaqué par un tweet le président du syndicat des ouvriers de la métallurgie, l’accusant par ses demandes de hausses de salaire de pousser les industriels à se délocaliser. Andrew F. Puzder demande également l’annulation pure et simple de l’Affordable Care Act. Pourquoi ? Parce que l’argent que les citoyens paient pour leurs primes d’assurance les prive d’aller au restaurant ! La malbouffe de ses restaurants préférés aux soins ! Cette malbouffe qui ne fera qu’augmenter les maladies cardio-vasculaires, première cause de décès et alourdir la facture nationale de santé. Les travailleurs apprécieront. D’ailleurs pour remplacer l’Affordable Care Act, le président élu a choisi le député Tom Price pour le ministère de la Santé. Il a déjà son propre plan qui prévoit des déductions d’impôts pour l’achat d’assurance, ce qui est positif. Mais par contre, il voudrait autoriser des consultations privées entre les patients et les médecins travaillant pour le compte de Medicare, l’assurance maladie fédérale pour les plus de 65 ans. Cela voudrait dire des soins publics au rabais et une médecine de qualité en privé. Également il prévoit des primes supérieures aux patients ayant un passif médical, ce que le programme du président Obama avait interdit.

Revenons aux robots. À moins de vouloir en ignorer les avantages, tant pour la productivité, que la souplesse de la gestion des commandes, l’annulation de tâches pénibles, dangereuses et abrutissantes, il serait absurde de ne pas y recourir massivement. Même la Chine, qui possède une rente humaine qu’elle exploite honteusement, malgré son retard par rapport à la moyenne mondiale du parc de robots, est le pays qui en installe le plus. Comme je le signalais plus haut, il faut répondre aux défis des emplois perdus. Cela passe par l’éducation, la formation continue et un filet de sécurité pour les pertes de revenus. Comme le dit Jean Tirole, prix Nobel d’économie, il faut, dans cette phase transitionnelle protéger le salarié et non pas le travail, il entend par là les métiers condamnés à disparaitre. Pour cela il existe par exemple un programme d’assurance de revenus qui permet aux salariés déclassés de garder leurs niveaux de vie. Il y’a aux États-Unis, un programme fédéral le Trade Act Program(TAA), qui permet aux salariés de plus de cinquante ans de conserver le même salaire. Il y’a fort à parier vu les dispositions du nouveau ministre du Travail et ceux de l’ensemble de l’administration qui veulent réduire à la hache les programmes sociaux, que non seulement le TAA ne soit étendu, mais tout simplement annulé.

6-L’instruction et la formation.

Pour l’éducation et la formation la républicaine Betsy DeVos, sera en charge. Dans son état du Michigan, elle a pendant trente ans milité et financé des campagnes pour transfert les aides de l’état aux écoles publiques vers une aide aux familles pour s’inscrire dans des écoles privées, souvent religieuses. Également elle a été la championne du combat contre les syndicats d’enseignants. Au finale, son état compte la plus grande proportion d’écoles privées, dont 80% sont à but lucratif. Encore une fois, aucun mal par apriori, sauf que le niveau de lecture et des mathématiques dans son état est en recul depuis deux décennies et les résultats d’apprentissage de la plupart des écoles privées sont en dessous de la moyenne nationale. C’est dans cet esprit que Betsy DeVos va devoir affronter le défi de la formation des ouvriers aux chômages. Déjà le programme TAA ne reçoit que 0.1% du PIB pour ce poste de dépense, comparé au 0.8% de l’Allemagne et des 2.3% du Danemark. Je vois mal la nouvelle ministre augmenter ce budget. Un de ses collègues républicains, Scott Walker gouverneur du Wisconsin a déjà donné l’exemple. Réduisant les impôts pour les hauts revenus et celui des sociétés pour encourager les investissements et l’emploi, il a réduit l’enveloppe destinée aux écoles. Malgré cette économie, le déficit du budget de son état s’est creusé, et il a dû hausser le taux de la TVA dont les premières victimes ont été les classes moyennes et pauvres. De plus si les entreprises existantes ont profité de ces réductions et ont de nouveau embauché des travailleurs, très peu de nouvelles entreprises ont été créées malgré une fiscalité attractive, à cause du niveau d’éducation et de formation qui s’est dégradé. L’on sait déjà quel est le fardeau financier des études universitaires aux États-Unis pour les étudiants. En 2015 deux tiers des étudiants ont terminé leurs cursus alourdits d’une dette moyenne de 35,000$, ce qui décourage les familles aux revenus faibles d’envoyer leurs enfants dans les universités. Hillary Clinton avait proposé de rendre l’université gratuite pour les enfants des ménages gagnants moins de 120,000$ par an. Ce n’est pas Donald Trump qui reprendra cette initiative. Rappelons-le, possédant lui-même une université privée, il a été poursuivi en justice par des étudiants, qui, forts du témoignage des employés de l’établissement, l’accusaient d’avoir utilisé le harcèlement comme méthode de promotion de l’université et d’employer des professeurs non qualifiés. D’abord rejetant les allégations en bloc et poursuivant lui-même les étudiants pour accusation mensongère, il a fini par accepter un arbitrage qui le condamne à payer 25 millions de dollars dont un million à l’état pour avoir violé les lois de celui-ci.

Tout ce qui précède, annonce ce qui suit. Pour l’industrie de haute technologie, les postes continueront d’être réservés à ceux qui peuvent les payer très cher. Ceux qui s’endettent accepteront les salaires que l’on leur proposera, de peur de ne pas pouvoir payer leurs traites. Les programmes de formation des bras devenus inutiles ne seront pas suffisants pour remplacer les licenciés et beaucoup de postes resteront vacants. Pour les tâches pénibles et répétitives, dans l’industrie et les services, il y’a de moins en moins de candidats américains. L’image d’Épinal des années soixante ou une blonde en mini-jupe servait des hamburgers dans les drive-in, n’est plus qu’un souvenir. Et si on trouve encore des « petits blancs » dans les fast-foods, ce sont souvent des étudiants qui travaillent la nuit pour payer leurs études le jour, avec tout ce que cela a comme effet négatif sur leurs capacités cognitives. Les seuls véritables preneurs pour ces métiers sont les bras inutiles cités plus haut et surtout les travailleurs immigrés, souvent illégaux, que Donald Trump veut renvoyer !

7-Les hydrocarbures avant tout.

Cette croisade contre l’économie productive américaine et particulièrement l’industrie, dont Donald Trump s’est annoncé le champion, est sélective. Au détriment d’une industrie de l’innovation, il va favoriser celles de l’extraction des matières premières, ce qui est la particularité des économies de rentes telle la Russie, le Venezuela et les monarchies du Golf, toutes connues pour leurs fragilités. Voilà ce qui explique certains de ces choix stratégiques dans les nominations. Donald Trump veut faire des affaires et vite. Son indifférence pour la nature des régimes avec qui il va traiter ne connait de limite que le temps qu’il faut pour accélérer l’expansion de l’énergie fossile et de ses répercussions sur cette industrie aux États-Unis. C’est pour cela qu’il préfère s’étendre avec Vladimir Poutine, un autocrate sans état d’âme, qu’avec le régime iranien, aussi autocratique, mais enchainé par des limites idéologiques. De plus, la réconciliation avec l’Iran est un processus lent vu le passif douloureux entre les deux pays et ne convient pas à un objectif de rentabilité immédiate. Ensuite, comme tout populiste, Donald Trump a besoin d’un ennemi. Il ne peut se réconcilier et avec l’Iran et avec la Russie, la Corée du Nord ne fait pas le poids et le contentieux qui s’envenime, au nom de la protection de l’industrie manufacturière avec la Chine n’est pas suffisamment politique pour mobiliser les « petits hommes blancs », il faut du sang. De là le choix de deux ministres et de trois directeurs d’agence. Rick Perry, ancien gouverneur du Texas, état pétrolier, est nommé au Département de l’énergie qu’il avait annoncé lors de sa campagne présidentielle de 2001, voulait abolir ! Scott Pruitt, ancien procureur proche de l’industrie d’extraction d’énergie fossile, a été désigné à la tête de l’Agence de la Protection de l’Environnement. Les deux ne croient pas que le réchauffement climatique est dû à l’action humaine. Pruitt veut comme Donald Trump se retirer de l’accord sur le climat (cop21) et considère la politique de Barack Obama, the Clear Power Plan, comme une « guerre contre le charbon ». Perry lui, affirme que le changement climatique est une « ruse » inventée par les Chinois. Ce n’est pas son collègue Peter Navaro, opposant farouche à la Chine, désigné a la tête de l’organisme de surveillance de la politique commerciale et industrielle qui le contredira. Et devant la quasi-unanimité des scientifiques sur la question, Pruit déclare à un physicien « Vous pouvez transgresser une loi physique, mais seulement pour un temps » ! Complotite, remise en question de vérités scientifiques démontrées, des traits des systèmes populistes, qu’on retrouve également chez Michael Flyn (http://www.nytimes.com/2016/11/18/us/politics/michael-flynn-national-security-adviser-donald-trump.html) nommé à la tête du Conseil National de Sécurité. Général à la retraite, convertit dans le conseil, il compte parmi ses clients des sociétés russes et dine en compagnie de Vladimir Poutine. Rex W. Tillerson sera aux affaires étrangères. PDG du géant Exxon Mobile, le nouveau secrétaire du département d’État est certainement un fin négociateur et un connaisseur des équilibres géostratégiques, mais sous l’angle évidemment des intérêts de l’industrie des hydrocarbures. Il déclarait en 2008 « La Russie doit améliorer son système juridique, il n’y a pas de respect de la loi en Russie aujourd’hui ». Y ‘en a-t-il plus aujourd’hui ? Vraisemblablement puisqu’il a accepté d’être décoré de l’Ordre de l’Amitié russe en 2013 et que les investissements de Exxon Mobile dans ce pays se chiffrent en milliards de dollars. Enfin, Mike Pompeo, à la CIA, un représentant républicain de l’aile dure du parti, connue pour ses critiques virulentes contre l’Iran. Il été le PDG de Sentry International une société d’équipement de forages pétroliers.

8-L’industrie de l’innovation au second plan.

Quelles seront les conséquences d’une réconciliation avec la Russie et une confrontation avec la Chine et l’Iran ? Pour la Russie, comme je l’ai indiqué, les intérêts immédiats sont clairs. S’il est bon de menacer la Chine de mesures de rétorsion pour quelle ne manipule pas sa monnaie, la menacer de hausse de tarifs douaniers pour rapatrier la fabrication aux États-Unis est un coup d’épée dans le pied et non dans l’eau. Comme je l’ai déjà expliqué, les effets négatifs immédiats de la délocalisation sont derrière nous, la mondialisation de la production d’un même produit est irréversible et la robotique est la seule réponse adéquate. Rapatrié aux États-Unis, des usines demandant une main-d’œuvre peu qualifiée, est non seulement impossible, mais nuisible. Non seulement les américains ne veulent plus y travailler et les immigrés qui le souhaitent doivent être expulsés, mais les prix des produits de consommation courante monteraient en flèche, ce qui heurtera en premiers lieux les classes moyennes et pauvres. L’Allemagne qui a peut-être la politique industrielle la plus intelligente des pays de l’OCDE, a compris qu’il était inutile de battre contre des moulins à vent. Le fabricant de chaussures Adidas, une des marques de l’excellence allemande, avait fermé sa dernière usine en Allemagne en 1993. Il va en rouvrir une nouvelle en 2017 en Allemagne, sauf quelle sera totalement robotisé et produira des chaussures au même prix que celles produites en Chine.

L’Amérique de Donald Trump n’est prête à aucune concession à l’Iran. Encore une fois c’est des intérêts sectoriels qui dictent la politique du président. Comme je l’ai dit, il veut favoriser le secteur des hydrocarbures d’où plusieurs de ces nouveaux ministres sont issus, dont le secrétaire d’État. Or en Iran, la place est déjà prise. Le Français Total et l’Italien Eni et d’autres acteurs moins importants assurent les besoins de l’Iran, contrairement à la Russie qui, boycottée par l’Europe se tourne vers l’Amérique. Ceci étant dit, le président ne voit pas plus loin que les foreuses de pétroles. Il critique Boeing de vouloir surfacturer l’Air Force One, l’avion présidentiel. En menaçant l’Iran de dénoncer l’accord sur le nucléaire, il ne se soucie pas du sort des 80 avions commandés par l’Iran pour 16.6 milliards de dollars et qui doivent créer presque deux cent mille emplois. Ni non plus d’ailleurs des avions destinés à la Chine pour 11 milliards de dollars. La Chine et l’Iran pouvant annuler leurs commandes et se tourner vers Airbus. Il s’en est pris également à Lockheed Martin

 

, le fabricant d’avions de guerre qui surfacturerait le F-35, le meilleur chasseur au monde. Certes il est bon de réduire la gabegie et les complaisances obtenues par les lobbyistes. Mais l’isolationnisme politique de Donald Trump peut laisser présager une volonté de réduire les commandes de l’état pour ces avions. Il est toujours bon qu’un avion de guerre ne soit pas produit, mais il ne faut pas oublier que beaucoup d’avancées techniques pour usage civil ont été faites dans les laboratoires des armées, dont l’internet !

En s’en prenant aux fleurons de l’industrie américaine, Apple, Boeing et Lockheed Martin, ce que son pays fait et exporte le mieux, en voulant couper dans les programmes sociaux et notamment dans ceux de la formation, en chassant les immigrés et obligeant ainsi les Américains privés de travail de pratiquer des métiers dont ils ne veulent plus, il est en train d’affaiblir l’économie de son pays, de paupériser le « petit homme blanc » qu’il a mobilisé pour son élection, sous les vivats abrutis de celui-ci et pour le plus grand bonheur de ses amis milliardaires.

Amine Issa

01/01/2017

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11 décembre 2016

Résistance

Source: Flickr

Le hasard a voulu qu’au moment de l’élection de Donald Trump, j’étais en train de lire « la métaphysique des mœurs » d’Emmanuel Kant et le roman de Pierre Assouline « Lutetia ». Kant est un philosophe pessimiste. Il explique que toute loi qui prétend à l’universalité doit être le produit de la raison d’un homme libre et donc indépendante de notre sensibilité, notre « tempérament ». Cette loi peut être un « impératif catégorique », une morale qui stipulerait que toute personne « existe comme fin en soi » et « non pas simplement comme un moyen ». Cet impératif catégorique se décline en un devoir. Or cette obéissance volontaire au devoir, s’est transformé chez certains à la recherche de justification, par l’obéissance par devoir. Edouard Kiefer, le héros de « luttetia », du nom du célèbre hôtel, est un ancien policier reconvertit en responsable de la sécurité du dit établissement. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’hôtel est réquisitionné par l’Abwehr le service d’espionnage et de contre-espionnage de l’armée allemande, qui participa à la traque des juifs. La loi du gouvernement du maréchal Pétain stipulait la collaboration avec les nazis. Edouard Kiefer est en contact avec des juifs rentrés en clandestinités. Doit-il les dénoncer ? Il ne le fera pas et aura cette phrase « À force de se fixer l’obéissance comme horizon moral, on en vient à abdiquer toute responsabilité ». Il y dénonce le renversement de la philosophie de Kant. L’obéissance à une loi morale juste issue de la raison s’est transformée en une moral de l’obéissance à n’importe quelle loi, du moment qu’elle est la loi aussi immorale et oublieuse du droit, soit-elle. Il met en évidence aussi le détournement de la même philosophie par notre égoïsme, notre passivité et notre manque de courage. Il le fait en adressant cette réflexion autant aux dignitaires nazis et gouvernants collaborateurs, qui se sont retranchés derrière l’obéissance aux lois du troisième Reich par devoir pour justifier leurs crimes, qu’à la population allemande ainsi qu’à l’ensemble des peuples soumis à l’invasion nazis et dont seule une minorité rentrera en résistance. Certes la brutalité du régime nazi et d’autres raisons dont les conséquences de la Première Guerre, l’humiliation du peuple allemand, la loi des vainqueurs, la disparition et la naissance de nouveaux états, la crise financière de 1929, la démocratie encore balbutiante, ont contribué à cette abdication face à la démagogie et la brutalité. Mais cette minorité de résistants reste la preuve qu’il y’ a une responsabilité à refuser toute fatalité, que l’égoïsme, le petit confort et la crédulité ne sont pas irréversibles. L’histoire leur a donné raison, comme elle a donné raison à ceux qui pendant soixante-dix ans se sont battus derrière le rideau de fer contre le totalitarisme communiste. Ce qui différencie ceux-là des résistants au totalitarisme nazis et la transmission du combat et de l’espoir d’une génération à une autre.

La vague de dirigeants populistes et autoritaires qui bouscule les vieilles démocraties et plombe celles naissantes n’est pas comparable à celles des régimes fascistes et totalitaires. Un article de Sheri Berman dans « Foreign Affair » rappelle à juste titre que les populistes d’aujourd’hui ne prétendent pas annuler le système démocratique, mais l’améliorer, la crise économique de 2008 n’est pas comparable à celles de 1929, les canaux d’expressions et la capacité de rebondir sont de loin supérieurs sur celles qui prévalaient au moment de la déferlante fasciste des années vingt et trente du siècle passé. Ceci étant dit, des indicateurs qui permettent de juger ce que les politologues appellent « consolidation démocratique », virent tous au rouge. Notamment la conviction que la démocratie est le meilleur système politique, que les militaires ne sont pas qualifiés pour gouverner, le rejet des résultats d’une élection, l’intimidation, et la confiance dans les institutions. Les quatre premiers sont à la baisse et le cinquième à la hausse, ce qui n’est pas étonnant pour cette dernière tant la classe politique a démontré les limites de ses capacités, ancrées dans des schémas de gestion dépassés, paresseuse intellectuellement et avide de rétribution, si ce n’est matériel du moins statuaire. C’est le cas dans les jeunes démocraties comme la Grèce, la Pologne et le Venezuela, mais aussi dans des pays ou la tradition démocratique est plus ancienne et mieux ancrée dans les esprits. Dans les années trente, la démocratie américaine, plus ancienne que l’Allemande, à mieux résisté à la dérive antidémocratique. Aujourd’hui c’est l’inverse. Ce qui veut dire, qu’il n’y a pas de fatalité et que l’histoire ne se répète pas systématiquement. Son mouvement, même s’il peut déboucher sur une régression, peut également aboutir à l’inverse. Faut-il donc par devoir obéir à la seule loi des urnes, ou au devoir de faire triompher l’éthique démocratique qui ne peut se résoudre au seul respect des élections quand le vainqueur piétine cette éthique ?

Des caractéristiques des démocraties consolidées sont l’existence d’une société civile, bien assise, tenace et active, ainsi que prospère. Ce qui est le cas des sociétés occidentales. La première à avoir élu un populiste avec de grands pouvoirs et la société américaine et elle est la première à organiser la résistance à sa politique outrancière, dès le lendemain de son élection. Celle-ci prend plusieurs formes. Les médias américains s’en font tous les jours l’écho. Des élus démocrates, promettent une surveillance tatillonne de toutes les lois proposées par le président, des gouverneurs d’états annoncent qu’ils ne coopéreront pas avec les autorités fédérales à l’expulsion des immigrés clandestins non impliqués dans des délits, des artistes, les ligues des droits des citoyens en matière d’avortements, contre la ségrégation raciale et sexuelle se mobilisent. La presse guète et dénonce tous les manquements du président, de sa famille et de ses collaborateurs, au respect de la constitution. Juifs et musulmans s’organisent ensemble pour dénoncer la stigmatisation religieuse. Un activiste résume l’état d’esprit qui prévaut parmi tous ces individus et groupes hétérogènes « Ce qui nous renforce est de faire partie de quelque chose de plus grand que chacun d’entre nous », une autre activiste d’ajouter « ce qui importe est de retrouver le sens de l’espoir, le sens de l’efficacité ».

Avis aux défaitistes et ceux réfugiés dans une bulle de savon.

Amine Issa

11/12/2016

 

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