citoyen libanais

15 octobre 2017

Cheikh Naim Kassem, les femmes, la science et le Coran.

Source: Flickr

Dans une intervention lors d’une des veillées de Achoura (1), Cheikh Naim Kassem s’est inquiété de l’irrespect des jeunes femmes pour la sharia, telle la séparation des sexes dans les lieux publics, leurs maquillages excessifs, l’utilisation effrénée des réseaux sociaux qui entraine une promiscuité, même virtuelle, avec des hommes. Son frère dévotieux Cheikh Sami Khadra, lui, demande aux femmes de ne pas sortir de leurs domiciles, et, si elles doivent se rendre au marché, de raser les murs et de ne jamais rire en public (2). L’image de la femme pour ces deux ulémas est fixée : Légère, aguicheuse, tentatrice, source de désordre. Cheikh Naim Kassem, ne s’arrête pas là. Les femmes divorcées sont troublées et sont un mauvais exemple. Elles ne devraient pas être éducatrices dans les écoles. Quand il s’inquiète sur le rôle de l’école, il ne se soucie pas de la qualité de l’enseignement « tout le monde enseigne » dit-il, mais de la transmission des codes de conduites religieux. Puis il annonce, très satisfait, que le nombre de femmes voilées est une des plus grandes réalisations des trente dernières années.

Cheikh Naim Kassem a raison de s’inquiéter de troubles sociaux provoqués par la consommation de drogues ou de déviances sexuelles humiliantes, pratiquées secrètement, dont on a vu exceptionnellement une manifestation, ce jeune homme drogué, enchainé comme un chien, lécher les pieds d’un travesti prostitué.

Mais qu’est-ce qui provoque ce relâchement des codes de conduites ? Est-ce le manque d’éducation, l’irrespect des valeurs. Est-ce l’influence des réseaux sociaux et de l’Occident honnis qui déchainent les instincts pervers tapis en chacun ? Ou est-ce cet excès de pudibonderie, la condamnation de tout contact entre les deux sexes fusse-t-il virtuel ?  La misère affective qu’entraine la séparation des hommes et des femmes, et celle sexuelle, ne serait-ce que par pensées, ne sont-elles pas à l’origine des excès ? Le puritanisme en Amérique, n’est-il pas responsable de l’explosion de la pornographie et de l’alcoolisme, en comparaison avec l’Europe catholique plus permissive ? Mai 68 a débuté à Berkley en 1964. La prostitution est un péché en Islam, pourtant le pouvoir tunisien à la fin du 19e siècle, où les pouvoirs temporel et spirituel ne faisaient qu’un, non seulement tolérait les maisons closes, mais les organisait et leur prélevait une taxe par le « mezouar », un officier de police. Conscient de sa rigidité dans les rapports homme-femme et craignant des actes répréhensibles, pour maintenir la cohésion sociale, il s’y était résolu. Il admit la prostitution, car à Tunis, comme à Florence au même moment, on assistait à la prolifération d’hommes « efféminés », de pseudo-chanteurs qui se produisaient dans des lieux publics sordides. Ceux-là n’étaient pas pour la plupart des homosexuels qui vivaient leurs préférences sexuelles, mais servaient de substitut aux femmes (3). 

Comment expliquer l’obnubilation de Cheikh Naim Kassem et ses homologues pour le voile ? Le Coran consacre deux versets à ce sujet où il s’agit de rabattre son voile sur la poitrine des femmes et non pas de le poser sur leurs têtes et pour les distinguer des femmes de mauvaise vie (4). L’Islam, une religion vieille de 1400 ans, comme d’ailleurs le Christianisme, conseille la retenue dans la relation entre les deux sexes. Mais pourquoi cette focalisation sur les femmes, que l’on vêtit tout de noir, de la tête aux pieds, dans des habits amples. Parce que la conviction répandue est que ce sont elles les tentatrices, qui provoquent les instincts les plus vils des hommes. Or cette conviction est en contradiction avec le Coran qui dit clairement « Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté…Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté » (5). Dans le Coran également qui conte l’épisode du renvoie d’Adam et d’Ève du paradis et contrairement à la Bible où c’est Ève qui a incité Adam à pécher, les deux commettent la faute en même temps. Ève ne précède pas Adam dans le péché (6).

Dieu ne dit-il pas « …Les femmes vertueuses sont pieuses: elles préservent dans le secret ce que Dieu préserve » (7) et nos deux Cheikhs veulent les renvoyer dans l’ombre !

Cette attitude dégradante à l’égard des femmes, machiste et patriarcale, va chercher des justifications partielles dans le Coran et ignore des versets comme celui que j’ai cité. Pour les juger incapables et les cantonner dans des rôles subalternes, les ulémas se basent sur les versets qui considèrent que le témoignage d’une femme vaut la moitié de celle d’un homme, que les filles ne reçoivent que la moitié de la part d’un garçon en héritage ou que l’homme seul peut avoir quatre conjointes (8). Or, cette interprétation littérale du texte ne correspond pas à l’intention de celui-ci. Le Coran est avant tout une évolution radicale par rapport à ce qui le précède, particulièrement en ce qui concerne les femmes, qui n’avaient aucune existence juridique, aucun droit, sous la jahilya (l’aire préislamique). Le fait de pouvoir témoigner et d’hériter ainsi que le mariage qui est un contrat entre deux partis sont déjà une avancée significative. Et les versets qui les codifient portent en eux-mêmes leurs dépassements, quand cette première avancée aura été acceptée et mise en œuvre. Pour la question de l’héritage, le verset qui donne une demi-part aux femmes et suivit par un autre qui stipule que l’on peut établir un testament qui permet de transmettre son patrimoine à qui l’on veut et comme l’on veut. Pour ce qui est du témoignage de deux femmes égalant celui d’un homme, l’argument avancé est que la femme peut se tromper. Comme si l’homme ne le pouvait pas ! Enfin, pour les quatre épouses, alors que précédemment il n’y avait aucune limite et elles pouvaient être une dizaine voir plus, répudiées sans pension (introduite par le Coran), le texte exige de celui qui souhaite avoir plus d’une femme de les traiter toutes sur un pied d’égalité. Or un autre verset plus loin confirme qu’aucun homme ne pourra le faire (9).

Le Coran est certes un texte divin, mais adressé aux hommes. On ne peut ignorer sa dimension pédagogique et surtout suggestive, car il est bien dit qu’il n’y a pas de contrainte en religion (10). Mais ces trois règles et d’autres, sont tellement évoquées dans les discours des hommes de religion qu’on a l’impression que le Coran n’est qu’un recueil de lois et règlements. Ce qui est faux, puisque ceux-là ne comptent que 200 à 600 versets selon les lectures, sur un ensemble de six milles. La grande majorité des versets sont d’ordre spirituel, racontent l’histoire des prophètes et citent quelques grands principes, valables eux pour tous les temps. Pour ces principes je cite celui-ci «Les croyants et les croyantes sont alliés les uns des autres. Ils commandent le convenable, interdisent le blâmable accomplissent la Salât, acquittent la Zakat et obéissent à Allah et à Son messager » (11). Il ne concerne ni le témoignage, ni l’héritage, ni le mariage qui sont des activités partielles de la vie en société, mais surplombe et instruit l’ensemble des relations entre les deux sexes. Cheikh Naim Kassem devrait s’en souvenir avant de condamner l’institutrice divorcée. Ce vesret devrait l’interpeller quant à l’absence de femmes aux postes de responsabilité au sein de son parti.

Venons-en maintenant à cette phrase prononcée par Cheikh Naim Kassem qui se soucie peu de l’instruction à l’avantage de l’éducation religieuse. De quel texte a-t-il déduit cette hiérarchie ? Certainement pas du Coran qui stipule «…Dieu placera sur des degrés élevés ceux d’entre vous qui croient et ceux qui auront reçu la science…» (12). la piété est mise au même niveau que la science à une époque et dans une région où il y’avait beaucoup de foi et peu de science. C’est peut-être pour cela, qu’Al Khawarizmi, qui était un musulman pieux, a voulu rétablir l’équilibre, en inventant les algorithmes. Est-il utile de rappeler l’importance de cette découverte, qui avec ses développements ultérieurs, est au service de toutes les sciences et particulièrement l’exploitation du Big Datta ?

Au 19e siècle, Hegel avait écrit que des peuples étaient sortis volontairement de l’histoire. Le ticket d’entrée, même vieux de plus de cent ans ne cesse d’augmenter de prix. Aujourd’hui, l’Intelligence artificielle, la connexion machine homme, la nanotechnologie qui découvre de nouvelles fonctions à la matière, les manipulations génétiques à effet thérapeutique, la neuroscience qui remet en question des certitudes sur les causes de comportements en société, la biochimie qui permet l’agriculture hors-sol intensive et en même temps raisonnée, reconfigurent la place de l’humain dans sa relation à la nature. Il ne suffit de le savoir et d’en faire usage. Cheikh Naim Kassem, dans les institutions éducatives et les hôpitaux qu’il dirige, est certainement soucieux d’en avoir l’usage. Mais consommer n’est pas créer. Dans des domaines aussi complexes, si l’on ne participe pas aux découvertes et à leurs mutations, on restera à la merci pour une parcelle de savoir, de qui voudra bien vous la livrer. Il sera toujours capable de vous la retirer ou d’en neutraliser l’usage, car il l’aura bien entendu prévu. Jusqu’au début du 20e siècle, dans les manuels de médecine en occident, on trouvait encore les découvertes d’Avicenne. Depuis, une très faible participation à la marche du monde, celles de quelques individus exceptionnels, dont des prix Nobels. Si aucun n’a renié sa religion, ils ont tous la particularité d’avoir échappé à l’emprise mentale des congénères de Cheikh Naim Kassem.

 

Amine Issa

15/10/2017

1-      https://www.youtube.com/watch?v=mNFyT7H4fpU.

2-      https://www.youtube.com/watch?v=WgHpkU-cM_s

3-      Marginales en terre d’Islam, Dalenda & Abdelhamid Larguèche, Cérés.

4-      Coran : XXIV-31 & XXXIII-59.

5-      Coran : XXIV-30-31.

6-      Coran : VII-19 à 22.

7-      Coran : IV-34.

8-      Coran: II-282 & IV-II & IV-III.

9-      Coran: II-180 & IV-129.

10-   Coran: II-256.

11-   Coran: IX-71.

12-   Coran : LVIII-11.

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01 octobre 2017

Syrie inutile

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Il y a aujourd’hui et pour les quelques mois à venir deux Syrie et les deux sont inutiles.

La première est celle des zones de « réduction de tensions » imposée par la Russie. Celles-ci recoupent les aires d’influence du régime et de l’international chiite, de la Turquie et ses islamistes au radicalisme gradué, des Kurdes et d’unités non kurdes protégés par les Américains. La Russie est la garante politique et effective de la trêve, par ses observateurs, sa police militaire et ses avions au besoin. Si la trêve permet au peuple syrien de ne plus mourir au quotidien par contingent entier, elle ne peut ni arrêter la violence ni permettre un début de reconstruction. Au sein de l’armée syrienne, des unités entières et des milices de défenses ont acquis une autonomie de décision financière et politique. D’autres sont passées sous commandement russe. Tel les gouverneurs de province sous les califats Abbaside et Ottoman, ces princes de guerre ne relèvent que nominalement du pouvoir central, qui est même parfois leur obligé. Certains occupent même des sièges au parlement et à la direction du parti Baath. Il ne passe pas un jour sans qu’on ne rapporte des combats entre ces bataillons et des exactions, qu’elles font subir à la population, à Damas, à Alep et dans d’autres villes ou régions. Même ses deux villes, réputées sécurisées, continuent à subir l’explosion de voitures piégées et attaques-surprises de rebelles encore tapies dans les faubourgs. Le président Assad a voulu, pour donner le change, organiser une foire internationale de l’industrie à Damas. Grand mal lui a pris, un obus tombé à l’entrée de la foire a fait cinq morts.

Les régions sous contrôle des rebelles ne sont ni plus sûres ni normalisées, malgré les efforts admirables de la société civile qui tente de réorganiser la vie au quotidien par des comités élus et ose encore manifester contre les abus. La décomposition et recomposition à très haute vitesse des milices, où l’allié de la veille devient l’adversaire du jour pour se remettre en ménage le lendemain, se fait au rythme de combats meurtriers. Les civiles sont tués et leurs biens élevés au statut de butin de droit divin.

Il faut pour reconstruire la Syrie entre 300 et 350 milliards de dollars. Le gouvernement n’en a pas le premier. Les pays du Golf, grands perdants à ce jour, ne voudront pas payer. Le ministre des Affaires étrangères des États-Unis a clairement déclaré que son pays ne participerait pas à la reconstruction. La Russie, la Turquie et l’Iran, auront des difficultés à dépenser des dizaines de milliards de dollars, alors que leurs citoyens leurs réclament ceux déjà dissipés en Syrie. La Russie a tapé à la porte de l’Union européenne pour financer ce que ses avions ont détruit. Il lui a été répondu sèchement d’aller taper une autre caisse. Déjà avant la guerre, la Syrie avait une économie de subsistance et pour cause : la politique de l’offre de produit d’importation était au seul profit de la clique au pouvoir, l’agriculture moyenâgeuse et le secteur secondaire artisanal. Le président syrien en visite à la foire de Damas s’extasiait devant la puissante production de son pays. Du savon, de la margarine et des douceurs ! Les seules usines qui exportaient ont été ou détruites ou pillées. Seuls des pays intéressés par des retours sur capitaux s’investiraient en Syrie. Or la Turquie le ferait-elle dans l’industrie syrienne qui au risque d’une concurrence sur les marchés Occidentaux et Asiatiques ? L’Iran, trop heureux depuis la fin de l’embargo, d’investir chez lui, ses propres capitaux et ceux étrangers qui affluent pour renforcer son économie, voudra-t-elle en détourner une partie en Syrie ? Ces deux pays ont déjà fait main basse sur l’exploitation des faibles ressources en hydrocarbures de la Syrie. Pour remettre en marche les installations d’extraction, il faudra beaucoup d’argent pour un marché du pétrole dépressif, alors qu’ils en regorgent eux-mêmes. Maigres perspectives.

Deux autres calamités vont rendre cette trêve cauchemardesque. D’abord, les dizaines de milliers de miséreux énergisés par la haine du salafisme jihadiste, venus du monde entier combattre le régime. Afghans, Pakistanais, Chinois, Libyens, Tunisien, Irakiens, etc. Que vont-ils devenir ? S’il existe, pour les anecdotiques djihadistes occidentaux, des structures juridiques et parfois de réintégrations, quel sort attend les autres s’ils prenaient le risque de rentrer chez eux ? Torture, disparition, morts et rien d’autre. Ils vont rester en Syrie, rejoindre les combattants démobilisés de Daech, exploser et faire le plus de morts possible pour échouer, stupéfaits, en enfer.

La seconde calamité est le sort des enfants, ceux de l’intérieur et de l’exil, beaucoup enrôlés de force par les islamistes. Rien que pour les réfugiés, le HCR décompte 3.5 millions d’enfants entre 5 et 17 ans non scolarisés. C’est-à-dire 3.5 millions de désespérés. Le profil idéal pour finir avec une bombe à la ceinture. L’Irak, qui commence à peine à évaluer ce danger, malgré l’aide de plusieurs pays et ONG, reconnait sa totale impuissance.

La seconde Syrie est celle du Sud Est qui correspond à la frontière avec l’Irak par les grands axes routiers et qui est proche de la frontière israélienne. Depuis que la bataille pour la reprise de Deir El Zor a commencé à l’ouest et l’est de l’Euphrate, Daech est le premier visé par les forces du régime et ses milices chiites alliées d’un côté et de l’autre par les « Forces de la Syrie Démocratique » composée principalement de la milice kurde. Ce sont ces hommes qui sont au sol. Dans les airs, la Russie et les États-Unis, chacun couvrant d’un tapis de bombes l’avancé de ses protégés et bombardent au besoin l’avancé de l’autre camp. Dans les états-majors politiques de ceux qui ne souffrent pas, il y a quatre décideurs. L’Iran, la Russie, les États-Unis et Israël. Le premier veut absolument continuer l’œuvre de Daech et abolir la frontière entre la Syrie et l’Irak pour convoyer par la route, avec l’accord officiel des deux gouvernements, combattants, armes, munitions et fabrique de missiles. La Russie, laisse faire. Benyamin Netanyahu en visite à Moscou n’a pas obtenu de Vladimir Poutine la sanctuarisation du Sud syrien de toute présence iranienne. Vladimir Poutine ne veut monnayer son veto qu’avec les Américains, contre une reconnaissance de sa seule maîtrise de la Syrie et de celle de son Blitzkrieg en Crimée. Il voudra obtenir également l’arrêt de l’expansion de l’OTAN vers l’est de l’Europe et la levée de l’embargo économique sur son pays. Les États unis eux, ne cessent de marteler qu’ils veulent mettre fin à la poussée déstabilatrice de Téhéran au Moyen-Orient et menacent de dénoncer l’accord sur le nucléaire iranien. Enfin, Israël peut contenir le Hezbollah à sa frontière Nord avec le Liban, le Hamas à Gaza. Il ne s’est pas jusqu’à aujourd’hui retenu de bombarder les convois clandestins d’armes et de missiles iraniens vers le Golan Syrien. Mais il ne peut admettre une officialisation du corridor autoroutier de Téhéran au Sud syrien en passant par l’Irak.

Israël est le plus susceptible d’engager une action de grande envergure. D’autant plus que Benyamin Netanyahu est dans une mauvaise posture. Suites aux scandales à répétitions pour lesquels, ainsi que son épouse, il est interrogé par la justice, sa coalition gouvernementale se fissure. Les partis religieux, qu’il n’aime pas, le font chanter. Donald Trump est empêtré dans sa querelle avec une partie des Républicains, qui bloquent avec les démocrates tous ses projets législatifs. Il est menacé par la justice pour le support présumé des Russes pour sa campagne électorale. Il est également soupçonné de conflit d’intérêts. Est-ce le moment de détourner l’attention des opinions américaines et israéliennes par une confrontation ouverte avec le régime syrien et l’Iran ? Donald Trump ferait ainsi oublier son trafic électoral avec les Russes à peu de frais. La Russie, en ne répondant pas aux inquiétudes israéliennes, risquerait-elle de réintroduire les Américains, en force en Syrie et qui ne voudront donc plus rien lui concéder ailleurs ? L’Iran, qui a déjà divisé son taux d’inflation par quatre, mettrait-il en danger le redressement de son économie et sa réhabilitation internationale ?

Je n’ai pas de réponse, mais une certitude. Contrairement au triomphalisme ambiant la guerre en Syrie n’est pas terminée. Elle fait une pause et change de nature.

 

Amine Issa

01/10/2017

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10 septembre 2017

Regard sans fard

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Husserl disait que l’intention présuppose la connaissance du réel. Or cette intention, nous ne l’avons pas toujours eue. Au Liban, avant 1975 et parce que nous avons toujours été hédonistes (et refusions la douleur), nous ne voulions pas voir les failles d’un pays qui devenaient béantes. Les opérettes des frères Rahbani, la voix veloutée de Feyrouz, la sévérité bonhomme de Nasri Chamseddine décrivaient le village rêvé des Libanais. Elles embaumaient une réalité qui n’avait existé que partiellement. Si le bon voisinage et les petites querelles anodines qu’elles reproduisaient étaient vrais, la haine alimentée par l’avidité des uns et la mesquinerie des autres était escamotée. Personne ne voulait en entendre parler. Dans Jisr el-Kamar, c’est dans un village que la première secousse de 1958 est conjurée, exorcisée comme un mauvais sort. L’amour et la lune suffisent à ramener les têtes chaudes à la raison. Les opérettes et les chansons dénonçaient certes les Ubu arabes et sanctifiaient la lutte pour la Palestine. Mais c’était des sujets d’au-delà de nos frontières, et le Malin n’avait pas d’adresse chez nous. L’action dramatique de « L’Émigré de Brisbane » se déroule dans un village en Sicile.  Georges Schéhadé n’avait même pas osé la situer au Liban où évidemment elle était à sa place. Ce village rêvé pouvait néanmoins être aisément transposé dans la ville et devenir le Liban tout entier. Mais c’est surtout Beyrouth, petite ville grossie en quelques décennies pour devenir une métropole cosmopolite qui devenait le miroir aux alouettes. Toufic Aouad dans « Tawahin Beyrouth « et Mikhaïl Naïmy dans « Abou Batta » tentèrent bien de montrer une ville plus âpre. Mais qui avait envie de lire l’hermite de Baskinta ? Personne.

 

La réalité est une maîtresse qui n’admet pas la désinvolture, elle revient toujours, sauf que lorsqu’elle est humiliée, elle devient acide. « Il a fallu ce deuil pour se retrouver » : c’est ainsi qu’Ismaël Kadaré intitulait son journal au cours de la guerre du Kosovo. Notre deuil, la guerre civile, nous a dessillés et permis de nous retrouver. Ziad Rahbani, au regard le plus pénétrant, a disséqué notre société en débusquant nos travers les plus sombres. Tout cela servi par un génie musical et théâtral, et la merveilleuse voix de Feyrouz. Sa « Face de requiem » – j’emprunte cette expression à Balzac – servait à merveille cet étalage sans faux-fuyants. Mais le regard de Ziad Rahabani s’est arrêté à la porte de l’introspection. Comme si un « monde meilleur », ne pouvait exister que dans l’utopie, marxiste, tiers-mondiste, et aujourd’hui avec « les fous de Dieu ». Toutes les contradictions peuvent se résoudre quand on se ment à soi-même. Bien plus tard, c’est Jabbour Douaihy qui dans « Matar Houzairan « faisait dégringoler le village rêvé durant l’avant-guerre de son piédestal d’argile. Les femmes en noir y marinent leur deuil dans la haine. La mort en devient banale. Rachid al-Daïf dans « Heret Sikrida » dénouait de son côté un à un les nœuds de notre fausse tolérance. Rabih Jaber, pourtant si imaginatif, adoptait dans « Toyour al-Holiday-in » une narration monotone attestant de l’état d’esprit de ses héros. Ceux-ci vivaient la guerre, sans étonnement, comme le prolongement inévitable de ce qui la précédait et non pas comme une rupture inattendue.

 

Noircir d’un trait est peut-être une fonction de l’art, surtout quand la cécité règne en maître. Cela peut être salutaire. Mais l’art peut avoir d’autres fonctions, surtout quand la réalité, celle d’avant-guerre, comporte aussi de belles pages. Charif Majdalani les écrit dans Le Dernier Seigneur de Marsad et montre la douleur de les voir se déchirer une à une, car « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier » (Stig Dagerman). Jabbour Douaihy, encore lui, avec « Charid al-manazel » et Imane Houmaydane avec « Khamsoun Gram Min al-janna », dont les récits se situent pendant la guerre, entre les assassinats et les explosions, racontent un pays que l’humanité n’a pas déserté, loin de là. Imane Houmaydane fait dire à un de ses personnages féminins fuyant la Syrie liberticide et son patriarcat misogyne : « Je ne veux pas quitter Beyrouth. Elle est ma maison, je m’y sens invisible. »

 

Entre le noir et le blanc, il y a toujours le gris. Le voir est possible, et les couleurs suivront.

 

Amine Issa

10/09/2017

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03 septembre 2017

« Terrorisme Islamiste », n’est plus un gros mot, Tant mieux pour les musulmans !

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Après Manuel Valls, Premier ministre, Emmanuel Macron président de la République met fin à cette ridicule pudeur sémantique et utilise enfin l’expression « terrorisme islamiste ». Certes, on dira que Donald Trump l’a précédé. Dans ce cas, c’est plus l’expression spontanée d’un primate qui a traversé les millénaires sans une égratignure. D’autres, en Europe ont utilisé l’expression, c’était souvent celles de xénophobes à la recherche de voix dans un vivier fertile de citoyens effrayés par la barbarie.

Mais pourquoi alors, des dirigeants responsables ont tellement tardé à en user ? Il y a d’abord la paresse pédagogique et politique. Il est facile de parler de grands principes humanistes, de la tolérance et de se doter de moyens sécuritaires pour combattre le terrorisme indistinctement. Il est plus difficile d’expliquer que le « terrorisme islamiste » est particulier et qu’il peut avoir d’autres sources que la « véritable foi », comme, l’échec de l’éducation aux valeurs de la république, le laxisme face à l’apparition de zones de non droit, de la licence accordée aux imams prêchant la violence et l’échec du politique social à s’adresser aux exclus par la crise économique. Il y a également la querelle des intellectuelles qui dans les pays démocratiques sont encore associés à la formulation des principes et à des décisions politiques. En France, par exemple, on a assisté à la confrontation de trois thèses pour expliquer le terrorisme. Celle de Gilles Kepel, essentialiste qui considère la violence intrinsèque à l’Islam ; il utilise l’expression la « radicalisation de l’islam ». Ensuite, celle d’Olivier Roy pour qui il s’agit de « l’islamisation de la radicalité », qui, elle a des sources sociales et économiques. C’est sans doute son passé marxiste qui le convainc de n’accorder à la religion qu’un rôle secondaire dans les comportements humains. Enfin, celle de François Burgas, tiers-mondiste, pour qui le terrorisme est la lutte des « damnés de la terre » (1). Pour ajouter à cette confusion, il y a la mutation du profil des terroristes, tels ceux qui ont sévi en Grande-Bretagne et en Espagne. Ceux d’Espagne, fonctionnaient comme une secte avec un gourou qui cachait son jeu et dont le mode de recrutement et de prêche se faisait hors la toile . Ceux de Grande-Bretagne sont passés à l’action sans l’intermédiaire de la propagande et du comportent salafiste et n’étaient pas membres des communautés d’immigrés .

Je disais donc, querelle d’intellectuelles et j’ajouterai, stérile, car les trois personnes citées ont ensemble raison. Soit par égocentrisme, soit par habitude de ne privilégier qu’une seule explication, ce qui n’est plus possible dans un monde aussi complexe ou l’interdisciplinarité est devenue nécessaire. Ils ont raté la synthèse qui aurait tant fait avancer le débat et permis un début de solution.

Dans le monde anglo-saxon, s’est ajoutée une autre forme d’aveuglement. Le libéralisme, dans ces pays, réduit le rôle de l’état dans certaines prestations sociales. Celles-ci sont confiées aux communautés dans une perspective de solidarité que l’on peut faire remonter à la Réforme protestante. Or, dans ces sociétés on fait l’impasse, par paresse également, sur le communautarisme dans les groupes musulmans qui a été récupéré par les salafistes violents pour qui la solidarité était accordée pour obtenir l’adhésion à la destruction du pays hôte. Les prêches des imams illuminés à Hyde Park étaient une déclaration de guerre que personne n’a voulu entendre.

Parler de « terrorisme islamiste », sert les musulmans issus de l’émigration avant les Occidentaux qui le subissent. Quand on dit « islamiste », on ne dit pas « musulman ». Et tant que l’on n’utilise pas « islamiste », malgré tous les appels à ne pas faire « d’amalgame » tous les musulmans se sentent visés. Car, si le terrorisme n’est pas islamiste donc une catégorie définie et que ce terrorisme est le fait exclusivement de personnes qui se présentent comme musulman, comment l’ensemble de la communauté ne peut-elle se considérer pointée du doigt ? Comment les non-musulmans avec toutes leur bonne volonté pourront-ils résister longtemps à l’amalgame, si on ne leur donne pas les moyens de faire la distinction. L’ignorer est la voie la plus sûre vers plus de radicalisation et plus de rejet qui feront le lit des solutions extrêmes où tout le monde sera perdant. Il faut marquer la distinction en disant clairement que les terroristes sont islamistes, s’inspirent de versets du Coran, mais en les pervertissant, clarifier la manipulation, demander aux musulmans de le faire eux-mêmes, relayer cette distinction par tous les moyens et interdire tous les prêcheurs de haine. Voici l’urgence. Ensuite, adresser les problèmes sociaux qui n’auront d’effets que sur le long terme, mais dont l’annonce suivit de premières applications, ramènent l’espoir et coupent l’herbe aux recruteurs assassins. Aussi, comme l’Allemagne avec la Turquie, dénoncer clairement les chantages, telle la menace d’inonder l’Europe de migrants. Enfin privilégier la sécurité et la paix sociale en Europe au détriment s’il le faut de contrats commerciaux avec les pays qui alimentent idéologiquement et financièrement les islamistes. Maintenir son niveau de vie ne sert à rien quand il n’y a plus de vie. 

Amine Issa

03/09/2017

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21 août 2017

Aimer aux conditions des clergés.

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À la mi-août, un chrétien et une musulmane voilée se sont mariés dans une église. Quelques jours avant, ils s’étaient rendus chez un Imam jaafarite pour officialiser leur union. Aucun des deux ne s’est converti à la religion de l’autre. Un prêtre interrogé, considérait cette union conforme au dogme de l’église et que le but de celle-ci est de bâtir une société portée par l’affection « mahaba ». Est-ce que je me trompe en traduisant « mahaba », par affection, au lieu d’amour « hob », qui serait plus conforme à l’enseignement du Christ ? Il bénit donc cette union tout en affirmant ignorer toute information sur l’acte de mariage établi chez l’imam. Pourtant, les mariés et leurs parents l’annoncent et une photo de la cérémonie chez l’imam a circulé sur les réseaux sociaux. Cachez cet imam, ce rabbin ou cet officier civil que je ne saurais voir ! Certes marier une musulmane à un chrétien dans une église est en soit inédit et louable pour un clergé caparaçonné dans des traditions au relents de crispation communautaire. Mais est-ce que l’amour que le Christ veut à l’origine de toutes nos pensées et de tous nos actes, peut-il bégayer à la porte d’une institution, fut telle son église ? N’est-il pas dit « Avant la fête de Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde au Père, et ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, mit le comble à son amour pour eux » Jean 13-1 

 

L’imam interrogé sur cette union contredit avec courage tous les décrets religieux (fatawas) qui à ce jour interdisent à une musulmane d’épouser un chrétien. Mais pour justifier sa position, il déroule un raisonnement de jurisprudence islamique (fikh). Il rappelle qu’un décret religieux est le résultat d’une exégèse (ijtihad) humaine du Coran quand celui-ci ne comprend pas une réponse claire à une situation donnée. Cette exégèse n’a pas la valeur d’une loi (sharia) sacrée clairement indiquée dans le Coran, qui elle ne peut être dépassée.  Par conséquent tout décret, même faisant l’unanimité (ijmaa’) peut être reconsidéré. C’est ce qui l’a fait. Il rappelle que si le Coran interdit à une musulmane d’épouser un polythéiste, en déduire la prohibition d’un mariage mixte est une élaboration (istinbat) faible (daif). A l’inverse, il cite un verset qui autorise clairement un musulman d’épouser une chrétienne, qu’un musulman ne peut pas se prévaloir de ce qualificatif que s’il reconnait en Jésus un prophète et que le christianisme est une religion reconnue par l’Islam. Il en conclut la légalité religieuse de l’union qui nous intéresse.

On ne peut pas reprocher à cet imam son effort intellectuel. Mais est-il bien utile d’aller chercher des justificatifs aussi complexes, alors qu’à cette question le Coran apporte une réponse à la portée de tout croyant ? Voilà ce que j’y lis dans quatre versets parmi tant d’autres : en s’adressant aux femmes Dieu recommande « N’épousez pas les idolâtres tant qu’ils ne sont pas croyants » (II-221). Les chrétiens sont-ils croyants ? Voici la réponse du Coran : « Il existe, parmi les gens du livre une communauté droite...ils croient en Dieu » (III-114). Dieu demande aux musulmans de s’adresser aux juifs et aux chrétiens en ces termes « Nous croyons en ce qui est descendu vers nous (le Coran) et descendu vers vous (la Bible et les Évangiles), notre Dieu qui est votre Dieu est unique, et nous lui sommes soumis » (XXIX-46). Les chrétiens se soumettraient ils à Dieu sans y croire ? Et, « Ceux qui croient, ceux qui pratiquent le judaïsme, ceux qui sont chrétiens ou sabéens, ceux qui croient en Dieu et au dernier jour, ceux qui font le bien, voilà ceux qui trouveront leurs récompenses auprès du seigneur » (II-62). Les chrétiens iraient-ils au paradis s’ils ne croyaient pas en Dieu ?

Pourquoi il a fallu toute cette casuistique pour rétablir une évidence ?

Pourquoi les hommes de religions, s’autorisent-ils encore à s’approprier le sens des textes auquel croient ceux qui ont la foi ? Peut-être les croyants devraient interroger le sens de leur foi. Est-elle de nature spirituelle ou sociale et politique ?

Amine Issa

21/08/2017

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07 août 2017

L’économie ne sera plus là même

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La crise financière de 2008 a confirmé comme l’écrit Alain Touraine qu’« une grande partie du capital financier a été détournée de sa fonction économique d’investissements et de crédit et que la finalité principale de son activité s’identifie désormais à ses propres profits, l’économie se sépare de l’ensemble de la société » (1). Or l’économie comme composant de l’ensemble sociétal, si elle s’en sépare, ne peut plus fonctionner selon les « cycles ». Leur alternance est tributaire d’une interdépendance entre les acteurs économiques et les règles de l’économie. Quand ils se séparent, les mécanismes de retour à l’équilibre après un excès de croissance ou une récession sévère, n’œuvrent plus.

Entre octobre 2007 et mars 2009, la capitalisation boursière mondiale a perdu plus de 28 000 milliards de dollars, soit 52 % du PIB mondial. Des centaines de millions d’individus ont perdu une partie substantielle ou totale de leurs revenus et de leur patrimoine. Pour éviter une spirale déflationniste et sauver le système bancaire mondial de la banqueroute, les gouvernements l’ont renfloué et abaissé les taux d’intérêt jusqu’à presque zéro pour relancer la consommation. Le résultat attendu n’était pas au rendez-vous. La croissance, malgré également la baisse drastique du prix de pétrole, reste molle et le chômage massif. Les États-Unis qui font mieux que le reste du monde et ont repassé en dessous de la barre des 5% de demandeurs d’emploi ne connaissent pas une suffisante réévaluation des salaires à la hausse, véritable moteur de l’économie. Cet effet de stagnation est aggravé par une inégalité de revenus croissante depuis la fin des années soixante-dix, poussant le gros de ceux-là vers les percentiles de revenus supérieurs qui consomment moins.

Il y’a plusieurs raisons à celà. La politique keynésienne de relance par l’intervention massive de l’Etat selon les indications même de son auteur, doit être une action temporaire pour répondre à une crise. Or cette pratique est constante depuis le début des années quatre-vingt. La libération du crédit en quantité et en qualité à produit une croissance vertigineuse de la dette des ménages et des Etats qui sont souvent adossés sur des actifs dont la valeur n’était basée que sur la confiance en une hausse ininterrompue du marché. En 2007, la dette mondiale, publique et privée représentait déjà 269% du PIB mondial, 286% en 2014. De plus, le gonflement de la masse monétaire n’était pas dû uniquement à un enrichissement véritable, mais à une finance spéculative qui s’autoalimente au lieu de s’investir dans l’économie réelle. Tant que l’inflation restait sous contrôle, les économistes monétaristes libéraux ne trouvaient rien à redire à cette dérogation à leur principe de contrôle strict de la masse monétaire.

La dette mondiale à atteint un tel niveau qu’elle est devenue structurelle. En gros le crédit aujourd’hui sert essentiellement à payer les intérêts. De plus nous sommes tellement intoxiqués par la consommation que celle-ci, même si elle ne croit plus, n’a toujours pas retrouvé le taux d’avant la crise et reste suffisamment élevée pour empêcher le remboursement du principal. Si les salaires n’augmentent pas, ce qui aurait pour effet de relancer la consommation, c’est parce que cela provoquerait nécessairement une inflation dont le seul moyen de la maitriser est relèvement des taux. Or le montant de la dette est tel que ce relèvement mènerait à une insolvabilité généralisée des Etats et des ménages.  

Voilà ce qui explique comment une finance détachée de sa fonction économique première a déréglé le déroulement des cycles jusqu’ alors fonctionnels et qui ne le sont plus.

La solution résiderait dans un mode de production et de consommation différents. Il faut pour regagner du pouvoir d’achat réduire les prix de la production. Non pas en baissant les salaires et délocalisant pour certains la production, vers des pays dont la main d’œuvre se contente d’une rémunération de subsistance, mais en robotisant celle-ci grâce à l’intelligence artificielle. Cela rendrait les tâches moins pénibles, le travail dans un environnement plus agréable pour ceux qui garderaient ou partageraient leurs emplois. Les marges dégagées par cette réduction des coûts devraient être partagées entre une baisse prix du produit final, une rémunération de l’entrepreneur et une plus grande contribution aux budgets sociaux. Celà peut prendre plusieurs formes dont l’assurance chômage et santé, la formation à de nouveaux métiers, la préservation de l’environnement, une meilleure rémunération des services à la personne, enfants, malades et vieux, une subvention du commerce de proximité qui disparait faute de rentabilité, mais est essentielle pour le lien social et éventuellement un revenu universel etc…Accomplir la grande transition énergétique qui également sur le long (et même moyen pour certains) terme réduira les prix de production et les prix annexes souvent occultés telle la facture environnementale ou médicale et abaissera la tension extrêmement coûteuse sur la possession et le contrôle des sources d’énergie. Il faut savoir que la création d’emplois par les énergies renouvelables est supérieure à la disparition des emplois dans les énergies non renouvelables.

Consommer différemment veut dire déjà redéfinir l’utilité de cet acte. Consommer au-delà de la nécessité, ce qui est devenu le principal acte des individus sauf dans les pays très pauvres, est considéré comme une source de satisfaction. Or on se rend compte que la simple possession d’un objet et non plus son utilisation, est ce qui nous pousse à l’acheter. Quelle est la véritable utilité d’acheter un I Phone 7, un an après avoir acquis un I Phone 6 ? Profitons-nous vraiment de la différence, et ne sommes-nous pour la majorité dans la frustration permanente et la douleur de n’avoir pas pu effectuer cet achat ou celui qui suit nécessairement dans une spirale sans fin ? Consommer différemment, et nous devons le réapprendre, consiste à profiter de la planète et de ses beautés naturelles, du retour aux produits culturels, à profiter des échanges humains, à réparer un objet au lieu de l’échanger, à consommer lentement une cuisine authentique, à acheter dans des boutiques au contact de commerçants attentifs et amicaux, a profiter des services multiples (visite guidée, cuisine, apprentissage à des activités) qu’offrent les hôtes de la chaine Airbnb, consacrer du temps et des ressources à ceux qui en ont besoin, et j’en passe.  

Amine Issa

08/06/2017

 

1-      Alain Touraine, La fin des sociétés, Seuil, page 38.

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24 juillet 2017

La Marche Turque

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Lorsque Mozart écrivit cette œuvre légère et gaie, l’Empire Ottoman avait depuis cent ans émoucheté ses sabres aux portes de Vienne. La Porte, n’était plus une menace pour cette marche de l’Europe. Les turqueries amusaient les cours d’Europe : exotisme d’un tigre aux ongles limés.

Puis il y eut d’autres marches, plus rythmées et sonnantes. Celle longue de Mao, de Mussolini sur Rome, et de Castro sur la Havane. Des coureurs de fonds, comme Hitler, Staline, l’Amérique d’ « Apocalypse Now », napalm sur fond sonore de la Chevauchée des Walkyries. Et aujourd’hui Gaza sans eau, sans électricité, sans hôpitaux et un Calife marchand d’esclaves.

« Le Père des Turques » Mustapha Kemal, va sauver la Turquie de l’humiliation et du démembrement total que le dernier Sultan Mehmet VI terrifié par les alliés, avalisé. En 1924 le Califat est définitivement aboli. Mustapha Kemal veut effacer toutes traces de ce pouvoir responsable du retard accumulé par son pays. Désormais la Turquie sera une République laïque et démocratique. Il abandonne Istanbul pour Ankara. L’ancienne capitale l’horripile, incapable, corrompue et anachronique. Mais la démocratie ne sera pas toujours respectée. L’armée à plusieurs reprises suspend le pouvoir civile quand celui-ci se montre incompétent face aux multiples défis : la question des minorités, la mauvaise gestion de l‘économie, le clientélisme, le terrorisme de l’extrême gauche et des ultra-nationalistes et aussi les poussées islamistes. Celles-ci sont apparues dès les années cinquante et affleurent à chaque faille. L’armée appliquait brutalement le baume laïc et ensuite rendait le pouvoir aux civils.

Recep Tayyip Erdogan, va avancer à pas de loup. Quand il arrive au pouvoir, il est crédité de l’assainissement de la mairie d’Istanbul, précédemment un bazar plutôt qu’une administration. Les effets des réformes économiques de Turgut Ozal qu’il va poursuivre, commencent à faire leurs effets. Il abolit la peine de mort, obtient l’élection du président de la République au suffrage universel. « Musulman démocrate » comme il se plait de se décrire, face au radicalisme d’Al Qaida et à l’obscurantisme des Frères Musulmans, il séduit turques et occidentaux qui croient voir enfin surgir un islam politique moderne. Mais l’islamisation rampante de l’administration et de l’espace public, son mépris des femmes, la construction de mosquées qui dépasse celles d’hôpitaux, découvre lentement son visage passéiste et autoritaire.  Sa dernière décision résume son état d’esprit. Dans les nouveaux manuels scolaires l’enseignement de Darwin est remplacé par un cours sur le Jihad.

Déjà en 2015 son pouvoir est ébranlé, il perd la majorité absolue aux élections législatives. Il en organise d’autres quelques mois plus tard et passe la barre des cinquante pour cent ; un résultat contesté. Il interrompt le processus de paix avec les kurdes, ce qui lui vaut les voix des nationalistes de l’opposition pour gagner in extremis le referendum qui renforce ses pouvoirs de président. L’étrange coup d’état de 2016 lui permet de frapper un grand coup. Il fait emprisonner neuf députés du HDP kurde qui avait fait son entrée pour la première fois au parlement. Il jette en prison plus de cinquante mille fonctionnaires, militaires, juges, journalistes, universitaires et citoyens et met fin à la carrière de cent soixante mille autres. Sa politique extérieure est un désastre qui vaut à la Turquie des inimitiés solides dont l’économie commence à pâtir.

La Turquie va mal. Kemal Kilicdaoqlu, le président du CHP, premier parti d’opposition, est accusé de trahison chaque fois qu’il critique le chef de l’état. Il organise du quinze juin au neuf juillet une marche de 450 kilomètres d’Ankara à Istanbul, où il sera rejoint par des centaines de milliers de Turques et se terminera par un rassemblement d’un million de citoyens. Le quinze juillet, à l’occasion du premier anniversaire du coup d’état et à l’appel du président, un million de Turques traversent le pont où un an auparavant ils avaient bloqué les putschistes.

Est-ce que ces deux millions s’annulent ? Non, car ils sont de nature différente. Le million du quinze juillet est celui qui a voté oui au référendum, plébiscité plus un chef, « le grand turc », que la démocratie menacée. C’est la foule d’un jour chauffée aux émotions, celles de Nuremberg qui croyait aux promesses du « troisième Reich éternel » ici l’empire à reconstituer. C’est celui largement des provinces pauvres abruties par les imams officiels, dans des mosquées dédiées non pas à Dieu mais à son « ombre sur terre ». C’est la masse prête à l’assaut violent quitte à ébranler la république.

Le million du neuf juin est celui de la préservation des fondamentaux de la république, justice, démocratie et laïcité. C’est celui du long parcours, de la pression permanente annoncée par Kemal Kilicdaoqlu , pour une Turquie moderne et paisible. Ce sont les habitants d’Ankara, d’Izmir et d’Istanbul cosmopolite sous la coupole des mosquées, lieu de prière et d’émerveillement, villes où la Turquie marche de l’avant. C’est celui, pour reprendre Eric Weill, des citoyens qui considèrent une situation insupportable quand il est possible de la changer pacifiquement, ou le moins violemment possible, pour sauver la république. C’est le million qui l’emportera.

Amine Issa

26/07/2014

 

 

 

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09 juillet 2017

Ce que l’on ne dit pas de la guerre en Syrie

Source: Flickr

Au tournant du vingtième siècle, la croissance économique soutenue depuis un demi-siècle et le développement de nouvelles armes, vont créer un surplus de puissance et d’énergie qui, mis au service d’un nationalisme militariste, vont déboucher sur la première guerre mondiale. La gestion humiliante par les alliés de l’Allemagne vaincue et la crise économique de 1929 vont concourir au déclenchement du deuxième conflit mondial. Aristide Briand, ministre des Affaires étrangères de la France et son collègue américain Franck Kellog, mettront en 1928 « la guerre hors-la-loi ». Mais en vain. Le Japon d’abord, l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie ensuite, n’en ont que faire. L’immense boucherie qui va suivre provoquera un traumatisme. Après 1945, seuls l’URSS et les USA continueront à s’affronter, mais par procuration. Malgré les guerres de Corée et du Vietnam, c’est à l’intérieur des pays que l’œuvre de mort continuera.  En Amérique du Sud et en Afrique, mais c’est surtout dans l’URSS de Staline, la Chine de Mao et le Cambodge de Pol-Pot, que se déroulent en silence les plus grands assassinats collectifs de l’histoire de l’humanité. La mort de Staline et de Mao, la chute de L’Union Soviétique, mettent fin aux massacres. Certes, La Chine, la Corée du Sud, l’Iran, l’Arabie Saoudite, les anciennes républiques soviétiques, quelques pays d’Afrique, sont encore des dictatures où l’on meurt pour un délit d’opinion. La Russie et la Turquie dans une moindre mesure. Par ailleurs, l’Amérique a lancé une dernière équipée impériale lamentable en Irak et en Afghanistan et la Russie a annexé la Crimée. Mais sur l’ensemble de la planète, les guerres entre nations et les génocides intérieurs sont en très net recul. Le niveau atteint par le commerce international fait définitivement pencher la balance vers la paix comme moteur de l’économie mondiale et particulièrement après une crise sévère comme celle de 2008. En Amérique du Sud, il n’y a plus de dictature. Celle d’Hugo Chavez est en phase terminale et les FARCS en Colombie ont déposé les armes. Malgré le massacre des Tutsis au Rwanda, l’Afrique depuis 1989 est plus apaisée et de nombreuses dictatures sont tombées. Le système d’apartheid de l’Afrique du Sud a disparu, il ne persiste plus qu’en Israël. Le monde arabe ne suit que lentement le mouvement. La révolution tunisienne, les réformes au Maroc, le renversement de Hosni Moubarak, de Mohamed Morsi et d’Ali Abdallah Saleh, la mort de Mouammar Kadhafi, sont assombris par le chaos en Libye au Yémen et le retour de l’autoritarisme en Égypte et surtout par la guerre en Syrie.

Ce que celle-ci a de particulier est le niveau d’implication de grandes et de moyennes puissances, l’afflux de combattants, de soldats et d’armées régulières du monde entier, les sommes colossales qui y sont investis, l’utilisation de missiles balistiques et de bombardiers stratégiques, de sous-marins et de porte-avions. Aussi disproportionnée, sont la destruction massive de villes et de villages, le déplacement de la moitié de la population, les quatre cent soixante-cinq mille morts et disparus, les milliers de combattants tués, pour déloger une poignée de barbares, qui resurgissent quelques kilomètres plus loin. Il y a avant tout les explications convenues. Celle du contrôle des conduits de gaz et de pétrole, la guerre contre l’Etat Islamique et ses clones, la sécurité d’Israël, les intérêts stratégiques de la Russie et de l’Occident au Moyen-Orient et les querelles d’influences des pays de la région. Mais tout cela mis ensemble ne justifie pas ce niveau de participation. J’en veux pour preuve deux éléments.

D’abord le désengagement des États-Unis depuis Barack Obama et l’interventionnisme erratique de Donald Trump qui laisse au Pentagone de gérer au moindre cout les dérapages que pourrait entrainer le conflit syrien. L’Amérique a beau se replier sur elle-même, sa seule puissance économique et militaire lui impose d’intervenir là où il faut si ses intérêts son en danger. On imagine mal que toutes les autres nations présentes en Syrie se sentent menacées sans que l’Amérique ne soit inquiète, à un jet de pierre d’Israël sa protégée et des puits de pétrole. Le second élément est l’étrange fluidité des alliances entre les partis impliqués dans le conflit. Si l’enjeu était vital pour celles-là, aurait-ont vue la Turquie se fâcher avec la Russie, puis se réconcilier avec elle qui soutient l’Iran, la concurrente d’Ankara ? L’Iran et la Turquie soutiennent des groupes différents et en parallèle développent leurs échanges commerciaux. La Russie soutient les efforts des milices pro-iraniennes, mais ne réagit pas quand elles sont bombardées par les avions de la coalition arabo-occidentale ou Israël. L’Arabie Saoudite, le principal pourvoyeur en moyens des groupes islamistes s’en prend au Qatar sous le prétexte que celui-ci fait de même ! Les Kurdes qui au nord de la Syrie se sont aménagé une quasi-autonomie au détriment de l’état central, monopolisent la prise de Raqua avec des armes américaines sans que la Russie ou les milices pro-iraniennes ne trouvent à redire. Quand l’ALS épaulée par Ankara l’ennemie de Damas s’en prend aux Kurdes, l’aviation syrienne oublie de la bombarder, alors qu’elle le fait si la même ALS est occupée à combattre l’État Islamique. On ne fait pas ce genre de compromis sur le terrain, si les forces engagées y joue une mise importante. Le seul dans ce kalédosquope sans cesse secoué qui risque sa survie, est le président Assad. Mais depuis bien longtemps il ne décide plus rien, il ne sert que de couvertures légales aux interventions iraniennes et russes.

Pour saisir l’ampleur de la guerre en Syrie il faut aussi regarder le caractère des pays et des dirigeants qui s’y sont engagés. Le régime iranien, de par sa pratique de gouvernement et sa structure idéologique, malgré sa charge symbolique religieuse, relève plus du mouvement de la « Révolution permanente » initié par Lénine, que d’une véritable innovation de l’islam politique. Cette révolution permanente est une nécessité pour que le régime survive à ses contradictions et à besoin sans cesse de s’exporter au-delà de ses frontières. La personnalité démagogique de Recep Tayyip Erdogan qui se manifeste tous les jours en Turquie a également besoin d’un théâtre extérieur pour exprimer son besoin de domination et son désir de majesté. Les monarques du Golf qui possèdent leurs pays et leurs richesses, ont trouvé l’occasion de venger leurs égos blessés par Hafez El Assad et son fils Bachar qui les ont humiliés publiquement à plus d’une reprise. Vladimir Poutine dont le pays traverse une crise économique sans précédent depuis la chute de l’Union soviétique recueille dans les sondages un taux de satisfaction de plus de 70%. Les russes, très sensibles à la grandeur de leurs pays, remercient un autocrate, un Pierre Le Grand lilliputien, qui la leur rétablit sur la scène internationale, aussi factice soit-elle. C’est comme si ces derniers « malades qui nous gouvernent » s’étaient retrouvés en Syrie, pour jouer une partie dorénavant interdite ailleurs. Il ne manque à leur cercle que le dernier venu, Donald Trump, mais celui-ci est moins libre de ses caprices.

Je ne prétends pas réduire la longévité et la dureté de la guerre syrienne à ces éléments, mais les ignorer, tronque certainement l’analyse.

Amine Issa

09/07/2017

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26 juin 2017

Pour tuer il faut être déjà mort.

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L’assassinat, comme acte banal, s’installe dans une presque-indifférence. Les pleurs d’une mère alimentent les réseaux sociaux et les courbes de l’audimat. Mais ils ne provoquent pas une réaction en chaîne. 

Nous sommes dégoutés, mais, frileux, repliés dans de l’ouate synthétique ! Nous faisons l’autruche, sauf que nous n’en sommes pas et que nous étoufferions dans le sable.  Entre-temps, les tueurs ambulants poursuivront leur « road trip » vermeil.

Appliquer la peine de mort sans délai pour les meurtriers. Est-ce vraiment dissuasif ? Ceux qui tuent aujourd’hui, sont déjà morts d’une certaine façon dans leur humanité.

Traçons-en un peu le portrait.

Les meurtres, suite à un vol qui tourne mal, ou pour accélérer un héritage, ou éliminer un témoin, sont rares. Ceux qui commettent cette catégorie de forfaits n’imaginent pas vivre en marge de la société.

Ceux qui tuent aujourd’hui avec une telle légèreté d’esprit, ne sont pas seulement ceux au-dessus des lois, parceque sous protection de qui a besoin d’exécutants de basses besognes. Quand on fait appel à un spadassin, la première qualité exigée est la discrétion. Il le sait et il s’y conforme.

Si la drogue et les excès de l’alcool étaient une explication, la population terrestre serait réduite de moitié.

Mêmes les barons de la drogue et de divers trafics, barricadés dans des repères inexpugnables se savent condamnés à tomber un jour. Peu nombreux sont leurs ainés, morts dans leurs lits d’une indigestion. Ceux qui les couvrent parce qu’ils partagent leurs bénéfices, les lâcheront nécessairement un jour pour faire bonne figure. Si ces rois de la cavale se pavanent sur les télévisions en cassant toutes les règles, c’est bien pour exorciser ce sentiment de vulnérabilité.

Ceux qui tuent aujourd’hui sont les premiers arrivés dans la course à la déshumanisation. Celle-ci a commencé quand nous avons renoncé à placer la vie, et celui qui la porte, comme première valeur. Pourtant, à ceux qui croient, leurs religions ne disent pas autre chose. Au Liban, les religions sont encore le premier liant de la société, qui est également le lieu de création de la richesse économique. Pour le musulman, Dieu dit « celui qui tue un homme tue toute l’humanité » (V-32). Pour les chrétiens, l’homme est à l’image de Dieu ; est-ce que l’on tue le Dieu auquel on croit ? Mais les croyants n’ont pas voulu retenir cela. Ils ont préféré des identités de substitution. La religion politique ou la confession communauté ; pour les laïques, la nation. Or celles-ci, sans le premier fondement de l’intangibilité de la vie, sont ouvertes à tous les excès. Dans les manuels d’histoire, on préfère citer les conquêtes de l’Islam par le sabre que le fait que celui-ci a sauvé l’héritage grec. Chez les chrétiens, l’on dresse plus de statues à Saint-Élie, l’épée prête à s’abattre, qu’à Saint François d’Assise. Certains se félicitent d’une apparentée avec les croisés, un ramassis de soudards. La nation, ce creuset de convivialité entre des hommes d’une même culture, que l’on doit certes défendre, est devenu ce moloch qui mange ses fils parce que la nation, qui est une idée, s’est incarnée dans un homme qui la résume. Chaque parti ou communauté a son homme, infaillible au point que Dieu en devient à son image.

Dans leurs comportements économiques, les Libanais qui adhérer à l’idéologie socialiste l’ont abandonnée suite à son échec d’assurer un développement qui faciliterait notre quotidien en rapport aux progrès techniques.  Ils l’ont abandonné avec son idéal de justice et rejoignent le néo-libéralisme. Je dis néo, parce que le véritable libéralisme, celui d’Adam Smith, a pour objectif une meilleure répartition des richesses, « la main invisible du marché » n’étant qu’un moyen de la créer. Ayant pris le moyen pour la fin, tout devient marchandise, tout est quantifiable en monnaie et seulement en monnaie. On ne loue plus la force de travail, on loue le travailleur, il devient objet.

Alors, comment s’étonner que celui sans éducation ni formation, qui n’a que la force de ses bras, qui ne vaut plus rien puisque le réfugié syrien la vend moins cher, ne lui restant alors que la force brutale ; que celui qui vit dans l’ombre de l’homme-dieu et nous avons tellement ; que ceux qui croient en un Dieu, chef de guerre ; que ceux qui ne voient en l’autre qu’une matière négociable ; comment s’étonner que tous ceux-là n’en viennent pas à mépriser la vie au point de l’ôter aussi facilement ?

Même s’ils ont tenté de fuir, les deux meurtriers de Kab Elias et de la Quarantaine, n’ignoraient pas qu’ils seraient rapidement rattrapés par la justice. Et pourtant pour un café trop sucré et une égratignure de carrosserie, ils n’ont pas hésité à tuer.

Dans l’urgence, il faut impérativement sévir sans aucune clémence. Dénoncer sans détour les autorités qui couvrent ces crimes. Mais cela ne suffira pas à endiguer cette épidémie. Il faut rétablir la primauté de la vie, en alignant la dignité de chaque citoyen sur celles de tout autre, fut-il président, homme de religion, riche ou instruit. Il faut démystifier toute fonction ou statut social qui donnerait à son détenteur un privilège de nature différente que celle de n’importe quel citoyen. Il faut ramener les idées, les partis à leurs fonctions utilitaires et les mettre en dessous du seuil de la vie. C’est le seul combat politique qui vaille la peine et nous avons les ressorts. 

Amine Issa

26/06/2017

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11 juin 2017

Paris, mai 2017.

Rue Pajol

L’exposition concomitante au Louvre de Vermeer et de Valentin de Boulogne. Ces deux peintres ont fait voir le seizième siècle. Le premier, Hollandais, peint des scènes d’intérieur, des femmes à l’ouvrage, des visites galantes, des paysages d’eau et des villes indolentes. Lumière et soucis du détail, rehaussent l’impression des sujets apaisés, vaquant à la vie doucement sur un tapis de murmure.

Le second, Français décédé à Rome, reproduit des scènes de luttes, des soldats énervés, des Dieux furieux et des martyrs. Les visages sont à la peine ou irrités, l’épée toujours tirée. La couleur y est haute, criante, sanguine. Le trait est épais, celui d’une humanité rageuse, telle la colère des Héros de l’antiquité, qui sabraient à tout va pour seulement exister.

Le nord et le sud de l’Europe. Le schéma s’est perpétué. Au nord, l’évolution continue depuis les Lumières dans la mesure et le respect. Au sud la réaction identitaire répond à l’immobilisme irresponsable. Le Sud est peut-être enfin en marche, sans la rage de Saint-Just ou le dédain de Joseph de Maistre.

Rue Pajol. Un abrégé de l’échec humain. Policiers et migrants se toisent. J’y ai vu des femmes, même une le ventre en l’air, sans doute pas la nuit. Dans un café il ne suffisait pas d’être seulement un homme, mais aussi avoir du bras et un cœur haut perché. Dans la rue, des hommes dont la terre est l’exile permanent, suspendus un instant dans un espace qui ne leur signifie rien. On leur reproche à raison une incivilité inacceptable. Soupçonnent-ils mêmes ce que veut dire et apporte la civilité ? Des policiers qu’on envoie au charbon de la répression, parce que les politiciens ne savent plus prévenir. L’égoïsme et la paresse ont acculé migrants et policier à une guerre ou il n’y a que des perdants.

Eugène Atget (1), au tournant des dix-neuvième et vingtième siècle, a fixé sur du papier argentique les rues de Paris. Dans le Marais, des hôtels particuliers ouverts à tout vent abritant des chapeliers, des verreries et des charbonniers derrières des façades encrassées. Aujourd’hui dans un des plus beaux hôtels, une grande marque, en le restaurant parfaitement, s’y est installée, s’appropriant une particule. Mais on ne dépasse plus la première cour ou un vigile-laquais ne sourit pas. N’y-a-t’il pas de solution médiane, un passage pour le commun respectueux ?

Au grand palais, à l’exposition « Jardins » est montré un manuel de Jacques Boyceau de La Barauderie « Traité de jardinage selon les raisons de la nature et de l’art divisé en trois livres-1638 ». Déjà, au dix-septième siècle nous savions donc que la nature avait une raison, et possédions l’art de l’apprivoiser et de la respecter. Pour certains aujourd’hui, tel Donald Trump et ses sectaires, il faut encore l’épuiser et ignorer ses mécanismes. La nature a une raison, eux n’en possèdent pas, ou comme dit Descartes « Ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien ».

 

Amine Issa

11/06/2017

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