citoyen libanais

22 mai 2018

Trump, Gaza, et leçons d’Arménie

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Paul Krugman, Prix Nobel d’économie, analyse la politique économique de Donald Trump en évaluant les effets des mesures suivantes: baisse des impôts pour les tranches élevées des revenus, réductions des subventions pour les plus démunis, refus de négocier les prix des médicaments avec les fabricants, augmentation des droits de douane sur les matières nécessaires à l’industrie et les produits de consommation à bas prix. Sa conclusion est que ces mesures desservent l’économie américaine et pénalisent, au premier chef, les individus fragilisés qui ont voté majoritairement pour Donald Trump. Ne trouvant aucune justification rationnelle à cette politique, il l’attribue au caractère cruel du président . Celui-ci célèbre pour sa formule couperet «vous êtes renvoyé», qu’il appliquait dans sa gestion de ses affaires, l’a transposé dans son exercice du pouvoir. Au lieu de cruel, je préférerais les qualificatifs indifférent et dédaigneux. Il n’a que du mépris pour ces Américains déclassés, sans éducation qui ont voté pour lui et qui malgré l’aggravation de leurs situations le laisse indifférent. Par ailleurs, ceux-ci aveuglés par le ressentiment à l’égard des élites continuent à applaudir toujours son discours revanchard.

En décidant de transposer l’ambassade de son pays à Jérusalem, il savait que les palestiniens, surtout ceux de Gaza, se révolteraient et que des morts s’en suivraient, car Benyamin Netanyahu et Ismaël Haniyé sont ses clones dans l’indifférence et le dédain. Il le savait, parce qu’un général israélien avait publiquement prévu un tel massacre en reconnaissant que les Ghazaouis n’avaient rien à perdre. Au mieux Ils agiront comme ce terroriste à Paris qui au moment d’attaquer des passants au couteau leur crie «tuez-moi avant que je vous tue». Son reste d’humanité, dans un ultime sursaut, voulait épargner la vie des autres, mais pas la sienne.

Pour que justice soit faite aux Palestiniens, il faut autant condamner verbalement le duo Trump-Netanyahu que le Hamas, mais surtout relayer par un battage médiatique, je dirais un tintamarre exaspérant, à travers le monde la cause d’un peuple opprimé au nom d’un droit universel à l’autodétermination. Le mépris et l’indifférence non pas encore pollués tous les esprits. Le temps ne joue pas en faveur des palestiniens à la limite déshumanisation. Mais que signifie le temps pour des femmes et des hommes qui le sont si peu ? Il ne peut y avoir de présent en Palestine, seul un avenir suspendu. Il faut contribuer à ce qu’il se pose dans un lieu, à une date.

Leçon d’Arménie

C’est l’histoire d’un peuple martyr. Soumis par l’Union Soviétique et sous pression constante de la Russie. Massacrés par les Ottomans, génocide que la Turquie n’a jamais voulu avoué. Pays pauvre en guerre permanente contre l’Azerbaïdjan qui ne veut pas reconnaître la République du Haut Karabakh pourtant peuplé aux trois quarts d’Arméniens.

C’est pourtant ce même pays qui s’est révolté pacifiquement et a obligé un pouvoir corrompu et despotique de céder le pouvoir à une opposition minoritaire au Parlement mais qui cristallise le ras-le-bol d’une majorité d’Arméniens.

Amine Issa

22/05/2018

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05 mai 2018

7 mai, le jour d’après

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La composition des listes électorales est révélatrice de la déshérence des partis traditionnels. Excepté le Hezbollah dans ses fiefs et dans une moindre mesure Amal, les candidats qui se retrouvent sur une même affiche sont un attelage hétéroclite avec comme seul dénominateur commun la capacité de mobiliser des voix et de l’argent, les deux le plus souvent allant de pair. Ce n’est plus de la realpolitik, mais de la ploutocratie. Exit les programmes et les principes. Un souverainiste s’allie avec le PSNS, des membres du 14 et du 8 ripaillent ensemble, des individus condamnés pour crimes sont absouts pour la «cause», les parangons de la vertu s’affichent avec un pestiféré, certains qui avaient juré ne jamais s’acoquiner avec d’autres, sont frappés d’amnésie, le propriétaire d’un cheptel attend le dernier quart d’heure pour décider à qui vendre son réservoir de voix. Bref, l’éthique politique déjà élastique est catapultée suffisamment loin pour enterrer toute honte loin des regards. Néanmoins, les hommes politiques ne sont jamais à court d’idées pour nous amuser. Nous étions habitués à «fils de». Comme la politique au Liban est avant tout une affaire commerciale et qu’il est rentable de faire des diversifications horizontales, verticales et voir diagonales, nous avons désormais «fils de et co». Le frère, le gendre, le neveu, le beau-frère, l’épouse, etc. Comme les places sont comptées et les appétits féroces, on a vu un fils se présenter contre son père, un aîné contre le cadet, les valeurs familiales se perdent! Il n’y a que la femme de ménage qui a gardé sa dignité et qui a refusé des actions dans la nouvelle société.

J’ai indiqué dans un article précédent comment la demande de changement à laquelle devait répondre l’offre des réformateurs a été déçue. Les nouveaux venus, car beaucoup ne méritent pas le qualificatif de réformateurs, s’avérant autant voraces et individualistes que les anciens.

Le Liban et les Libanais dans tout cela, un détail.

Mais c’est justement ce détail qui sera le grain de sable qui grippera la machine à sous qui nous déleste de notre capital. Une frange considérable de Libanais, une fois la loterie électorale terminée, va rejoindre ceux qui croient déjà que rien à changer sauf pour le pire. De nouveaux invités au banquet avec les incontournables jamais rassasiés vont vouloir racler les fonds de caisse de l’Etat pour continuer leurs commerces. Navires électrifiés qui transforment le fioul en commissions, poubelles aux miasmes changés en or.

Qui est ce grain de sable? Personne et des femmes et des hommes.

Personne, est la dynamique protestataire et réformatrice à mon avis irréversiblement engagée et qui ratisse large. En deux mots, nombreux sont ceux qui n’avalent plus de couleuvres et beaucoup de ceux qui s’en nourrissent encore, le font parce qu’ils ont faim, mais ne rêvent que d’une chose, de cracher sur la main qui les nourrit et les humilie. D’autant plus que ces couleuvres se raréfient vu la faillite de l’Etat et la dégradation continue des services publics.  

Contrairement aux défaitistes, le Liban n’est pas la Syrie qui oscille entre la tyrannie et la barbarie. Le Liban n’est pas que les aboyeurs au service ou fascinés par l’Iran ou l’Arabie Saoudite. Tous les Libanais ne rêvent pas de missiles intercontinentaux, d’islamiser le monde selon un des deux modèles du moment, n’attendront pas la parousie du Mehdi, ont depuis longtemps autorisé les femmes à conduire et ne comptent pas exclusivement sur un pétrole qui bientôt ne vaudra plus le prix de son extraction. Ces Libanais sont ces hommes et ces femmes de tous les milieux, entrepreneurs dans les nouvelles technologies, dans l’intelligence artificielle, qui investissent dans le nouveau capital qu’est l’information. La classe politique même si elle émaille son discours de référence à ces nouveaux paramètres qui changent la face du monde, n’y comprennent rien, ne savent pas combien ils sont porteurs de changement dans la redistribution du pouvoir au sein des sociétés. Ils sont arcboutés à leurs anciens schémas de rapports de pouvoirs faits d’alliances tactiques, d’allégeances féodales et confessionnelles, de déploiements de fier-à-bras et de capitaux financierx. Même les deux modèles, l’Etat providence au service de la classe politique et celui de l’aide à caractère communautaire sont concurrencés par l’entrepreneuriat social tant au niveau du principe de l’expression de la solidarité que de son effectuation.

Bien évidemment, l’ancien modèle est loin d’être mort. Les mentalités bougent lentement et il reste un reliquat de crédit pour acheter des allégeances et des consciences.

Tout ce que je veux dire, est que les Libanais sont loin, très loin d’être désarmés.

Alors que faire? Je me risque à de la politique fiction.

Le 7 mars le Liban va se retrouver avec une chambre sans majorité claire. Une grande moitié de députés seront affiliés aux trois blocs, Hezbollah-Amal, CPL et Futur. Une petite moitié, celle des «embarqués» par ces trois blocs dont l’allégeance, après leurs élections, est plus que douteuse, et quelques réformistes des vrais et des faux. Le CPL se trouvant à la charnière des députés Hezbollah-Amal et Futur qui ont des intérêts divergents, chaque projet de loi, ou arrêté ministériel du prochain cabinet nécessairement d’unité nationale, cette hérésie, donnera lieu à des négociations de marchands de tapis entre ces trois blocs, avec l’obligation d’aller chercher des voix chez les «embarqués» et les faux réformistes. Au final, un Etat soit paralysé, soit des décisions qui voulant ménager la chèvre, le chou et surtout le porte-monnaie, seront contreproductives.

Une occasion pour que la dynamique citoyenne ne chôme pas. Forte de ses compétences, elle devra engager une lutte de longue haleine pour autant dénoncer l’incurie de la classe politique que de proposer des alternatives. C’est la première étape du renversement qui permettra au Liban de traverser les quatre prochaines années sans dégâts irréversibles et rendez-vous est pris pour 2022. C’est une lutte multiforme, dans la rue, les médias, les pétitions, les élections sectorielles et surtout la constitution d’une «masse» critique de protestataires autour d’un véritable collectif citoyen à plusieurs voix mais ne s’exprimant que d’une voie. Ce qui n’a pas été possible avant les élections, tant cette dynamique était encore balbutiante et l’appât d’un siège au parlement dénaturant, le sera après le 6 mai. Le pouvoir n’est plus en mesure de traiter les opposants par le mépris. Il devra céder et réviser sa copie, car au-delà de la protestation le système est à bout de souffle. Lors des harangues électorales les soucis des libanais étaient totalement absent, seuls furent mobilisés les instincts de survie communautaire dont l’impact n’est plus ce qu’elle était.  Un système sourd, aveugle et incompétent ne peut que reculer. Il suffit d’observer ceux d’Arménie et du Nicaragua ces deux dernières semaines pour s’en convaincre.

Amine Issa

06/05/2018

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01 avril 2018

زحله، القوات اللبنانية والعربة الغريبة

 

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حتى خصوم القوات اللبنانية يعترفون للحزب منذ عودته الى الحكومة التميز باختيار وزرائه. فيشهدون لهم الكفاءة والأمانة واللاطائفية. من هنا كان متوقع أن تنسحب هذه المواصفات على لوائح الحزب للانتخابات النيابية. وعليه دعونا نلقي نظرة على لائحة الحزب عن دائرة زحله، وذلك لما تمثله هذه الدائرة من أهمية نظراً لحجمها وارتباط تاريخها الحديث بنضال القوات اللبنانية، ولاسيما مقولة الرئيس بشير الجميل: "التخلص من الدولة المزرعة

إذاً على لائحة الحزب في هذه الدائرة شخصين من دون الآخرين، القاضي جورج عقيس مرشح القوات اللبنانية و"الحليف" السيد سيزار نعيم المعلوف. لم أتعرف بأي منهما شخصياً لكن عند قراءة مدونات القاضي على صفحة الفايس بوك الخاصة به، يتبين أنه صاحب رؤية ومشروع سياسي انمائي، وسمعته في الأوساط الشعبية والقضائيه لا تدل إلا على الكفائة والنزاهة وحرية الرأي. أما السيد معلوف فهو رجل أعمال ناجح يعرف عن عائلته بعض التصرفات ’’ العنترية’’، وهي غير مستغربة ومدانة كلياً في منطقة، علق فيها الى حد بعيد سيف العدالة منذ الاستقلال. فاضطرا المواطن إلى تدبير أموره الأمنية ذاتياً، اضافة الى الفقر المستشري وغياب فرص العمل وإهمال الدولة للمجمل الأطراف، التي دفعت الآلاف من الشباب الى ممارسة اللصوصية وترويج المخدرات. فهو كذلك مفهوم ونوعاً ما مبرر. ولكن يبقى السيد سيزار المعلوف ابن نعيم المعلوف الذي تاجر بالمخدرات وحوكم وسجن. إذا فكيف يجتمع القاضي مع ابن تاجر المخدرات في لائحة واحدة؟ ولو شاءت الصدف لكان القاضي جورج عقيس قد حاكم نعيم المعلوف

هذا سؤال مبرر يطرحه الناخب وليس أكثر. فلهذا السؤال جوابان لا ثالث لهما.

إما أن القاضي عقيس قد رضي بالمحظور تلبية ً "للمصلحة العليا" وهذا ليس مقنعا أبداً، فاللبنانيين ليسوا جهلا لهذه الدرجة. أو أن السيد معلوف تنكر لأعمال والده، وبيض صفحة العائلة وهذا الذي لم يحصل حتى الساعة

فما هو مبرر القوات اللبنانية لهذه العربة الغريبة؟ الجواب ليس عندي

 

امين عيس

01/04/2018

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18 mars 2018

Les merveilleux amis de Donald Trump

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La presse internationale se félicite de la prochaine rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un. On serait à la veille d’un accord qui éloignerait la menace d’une apocalypse nucléaire mondiale. Si une autre dérive n’expliquait pas cette tartufferie, on en rirait. La Corée du Nord est un fossile hors de l’histoire qui est incapable de menacer qui que ce soit. L’on est impressionné par ses défilés militaires où des milliers de soldats paradent au pas de l’oie comme un seul homme dans une chorégraphie digne des grandes messes nazies de Nuremberg. Effectivement la dynastie a réussi à transformer les Coréens en automates. Mais sous la peinture flamboyante des missiles qui accompagnent ces défilés, il n’y a que de la quincaillerie rouillée, des copies de missiles chinois, eux-mêmes copiés sur ceux de feue l’Union Soviétique. Tirés, s’ils n’explosent pas en vol, ils ont la précision d’une bombarde du Moyen-Âge. A l’aire des satellites et des drones, Kim Jong-un «Grand soleil du XXIè siècle» continue à observer la frontière avec la Corée du Sud avec des jumelles comme celles des tranchées de la première guerre mondiale, entouré d’officiers bedonnants et hilares qui prennent note de ses instructions sur des carnets après avoir sucés la mine de leurs crayons. Et si d’aventure Kim Jong-un venait à armer ses missiles de têtes nucléaires, au moment même où il réfléchirait à leurs emplois, la totalité de son arsenal serait détruite par une volée de missiles «Cruises» ou de bombardiers tactiques que sa défense anti aérienne n’aura même pas le temps d’en détecter l’arrivée.

Le régime de Kim Jong-un est en faillite permanente. Chaque fois que les silos de blés sont vides et que la famine est aux portes, le dictateur sort ses griffes émoussées pour quelques navires d’aides alimentaires. Il fait également l’affaire de la Chine pour effrayer le bon peuple américain, sans le pétrole de laquelle aucune voiture ne roulerait, aucune centrale électrique ne fonctionnerait. En prétendant refroidir les ardeurs de Kim Jong-un, la Chine fait oublier ses pratiques commerciales déloyales, ses empiétements en mer de Chine et rappelle aux Américains que le changement de cap de leurs politiques étrangères du Moyen-Orient vers l’Asie n’est peut-être pas une bonne idée. Celle-ci initiée par le président Barack Obama n’a pas été revue, un porte-avions américain vient, pour la première fois, accoster au Vietnam depuis la fin de la guerre avec ce pays.

Il est étonnant que Donald Trump veuille obtenir un accord avec Kim Jong-un et dénoncer celui signé par son prédécesseur avec l’Iran. S’il est vrai que le président Barack Obama n’a pas exigé de l’Iran de réduire son intervention au Moyen-Orient, il y a à cela trois raisons. D’abord le nucléaire iranien peut être une menace pour Israël, ensuite provoquer une course à l’armement atomique. Ainsi l’Arabie Saoudite se sentant menacée aurait pu, si l’Amérique ne l’autorisait pas à acquérir la bombe, se fournir secrètement au Pakistan contre quelques milliards dont ce pays a toujours besoin et qui entretient avec Washington une politique ambiguë. C’était cela la priorité. De plus, la réintégration de l’économie iranienne dans le circuit mondial et le relèvement du niveau de vie conséquent peut vivifier la contestation interne au régime iranien dont un des slogans est le retrait des théâtres extérieurs et donc amener le régime à revoir ses priorités. Les derniers évènements en Iran vont dans ce sens. Évidemment cette option prise par le président Obama n’a aucune garantie de succès, mais elle est rationnelle. Alors qu’en Corée du Nord pour l’instant, il est totalement exclu de voir une quelconque opposition se développer.

Mais alors quel est l’objet de cette rencontre? Aucun sauf la propension de Donald Trump de s’aboucher avec la pire espèce de dirigeants de la planète, qui n’ont que mépris pour leurs peuples. Grand admirateur de Vladimir Poutine, son administration après la cascade de révélations sur l’interférence du Kremlin dans les élections de 2016 et l’assassinat du double agent en Grande Bretagne, lui a forcé la main pour imposer de légères sanctions à Moscou. Mais il refuse toujours de signer une loi du congrès qui instaure d’autres sanctions contre la Russie, accusée de violer l’intégrité territoriale de l’Ukraine, de provoquer des tensions avec l’OTAN en Europe et de mener une guerre électronique contre les infrastructures des Etats-Unis. Malgré les tiraillements avec Recep Tayyip Erdogan sur des conditions secondaires comme les poursuites judiciaires contre des gardes du corps du président turc qui ont molesté des manifestants kurdes lors d’une visite aux États-Unis, le président Donald Trump a lâché la bride à son ami pour écraser ces mêmes Kurdes en Syrie, les seuls véritables alliés de l’Amérique dans ce pays. Après avoir accusé le président chinois de manipuler sa monnaie, il se rétracte et se félicite du vote du congrès du PC chinois de permettre au président XI Jinping de rester au pouvoir indéfiniment.

C’est le défaut des démocraties de permettre à des hommes tels Donald Trump d’arriver au pouvoir. Mais c’est surtout parce que la démocratie est devenue laisser-faire et qu’elle n’allume plus les voyants rouges quand suite à la démission des hommes politiques à donner un sens à leurs actions, ceux-ci se contentent de gérer et mal leurs pays. C’est aussi une conséquence du laisser-faire économique des néolibéraux qui a provoqué des crises économiques telle celle de 2008, augmenté les inégalités, faisant la part belle aux populistes. Mais c’est aussi la démocratie qui a le plus de chance, sans effusion de sang et destructions, de renvoyer Donald Trump à son appartement de New York sous ses caissons dorés d’une vulgarité sans nom. Les dernières législatives partielles dans des fiefs Républicains en sont un signe.

 

Amine Issa

18/03/2018

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04 mars 2018

Elections : Le syndrome des réformateurs

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Eric Weil développe la théorie suivante : lorsqu’un changement devient possible, une situation est considérée insupportable et appelle à l’action généralement pacifique (1). Ainsi pour exemple quand les moyens de production se mécanisent, l’esclavage même condamné précédemment, parce que désormais inutile devient insupportable et appelle à une action pour l’abolir.

Au Liban le mécontentement ne date pas d’aujourd’hui. Sauf qu’un changement dans le paysage politique devient une possibilité. Précédemment le système verrouillait toute tentative de le contester en utilisant deux leviers. Le premier, le clientélisme ou la distribution de l’argent publique sous forme de prestations sociales, d’emplois, de tolérance vis-à-vis des fraudeurs et d’attributions de projets surfacturés. Le second, la protection, chaque parti-communauté prétendant défendre les droits et l’intégrité physique de ses adhérents. Or les caisses de l’état sont vides et le niveau des prestations sociales est en dégradation continue. Le discours sur la protection est de moins en moins fonctionnel, les Libanais se rendent compte qu’ils ne sont pas les ennemis les uns des autres et un grand nombre se considère désormais grugé par l’ensemble de la classe politique. Les dernières acrobaties d’alliances qui ont permis l’élection du président Michel Aoun et celles qui l’ont suivie ont dessillé bien des yeux. Devant cette incapacité de perpétuer la distribution et le discours mensonger, l’option d’une répression à la manière syrienne étant improbable au Liban, il ne reste à la classe politique que de resserre les rangs pour sauver son pouvoir. C’est ce qu’elle fait et réutilise les anciennes recettes quand elle le juge opportun, car beaucoup de Libanais pour de multiples raisons ne veulent ou ne peuvent toujours pas voir la mystification. La dernière querelle entre le ministre Gebran Bassil et le Président de la Chambre en est une illustration.

La panne de ces deux leviers, les grands mensonges éventés, libèrent chez les Libanais des capacités auparavant atrophiées. À cela s’ajoutent de nouveaux moyens aux mains des jeunes réformateurs qui sont les réseaux de communications digitaux qu’ils maitrisent parfaitement. Cela brise le monopole des partis sur la communication, celle-ci étant un outil essentiel sinon le premier pour obtenir les suffrages.

La première manifestation de cette capacité de changement a été le score de 40% obtenu par le collectif Beyrouth Madinati et dans une moindre mesure l’élection de deux indépendants aux ordres des ingénieurs et des avocats, ainsi que le score en progression des étudiants sans étiquettes dans les conseils d’étudiants des universités. L’alliance de la classe politique n’a pas pu empêcher cette percée significative. Cela a réveillé les eaux endormies d’une supposée fatalité et des citoyens n’admettent plus désormais le statuquo. L’échéance des législatifves est le prochain rendez-vous de la confrontation. Si le Hezbollah et Amal ne doutent pas de leurs électeurs et ont déjà nommé leurs candidats, leurs listes ne sont pas entièrement formées à deux mois des élections. Les autres partis sont encore à chercher la combinaison gagnante. C’est dire leur embarras.

Les réformateurs sont nombreux. Des partis, des rassemblements et des indépendants, qui eux également n’ont toujours pas annoncé de liste. Je ne pense pas que les négociations en cours portent sur des divergences de programme. Pour la simple raison que l’enjeu n’est pas une nouvelle politique fiscale qui pourrait opposer un gauchiste à un libéral ou la nécessité de trouver une solution aux armes du Hezbollah. L’objectif et tous le savent est de briser le monopole des partis sur la vie politique pour tenter de freiner la déconstruction de l’état. Le fonctionnement de celui-ci ne répond plus à aucune norme d’efficacité. Le trésor public est géré comme une épicerie, sans stratégie, sans comptabilité, telle une tirelire d’enfants gâtés qui y puisent au gré de leurs caprices. C’est donc une question de gouvernance dont on ne respecte pas les règles.  John Locke il y’a déjà quatre siècle avait déjà expliqué pourquoi la bonne gouvernance était la condition de la réussite d’une nation, bien plus que la définition de la forme de l’Etat. 

Or il semblerait que les réformateurs au moment de définir leurs stratégies d’alliances soufrent du même syndrome. Le choix des candidats doit se faire selon un processus de prise de décisions qui, prenant en compte toutes les variables et leurs coefficients d’importance, doit aboutir à des décisions sans appel. Il est naturel que l’évaluation des variables puisse être différente, que les ambitions personnelles pèsent sur la rationalité des discussions. Mais il arrive un moment ou la bonne gouvernance exige que des règles soient posées et respectées. Qu’a l’application de se règles des candidats soient désignés et que les autres aspirants acceptent le verdict.

Il ne faut pas se leurrer, si les réformateurs n’appliquent pas ce schéma c’est qu’ils sont incapables de bonne gouvernance et sur ce point ne valent pas mieux que la classe politique. Ils se présenteront aux électeurs en ordre dispersé et se feront facilement battre. L’élection de deux ou trois ovnis ne servira à rien.

C’est à alors que la théorie inverse d’Eric Weil pourrait s’appliquer. C’est le désespoir et non pas la possibilité pacifique d’un changement qui aboutira à ce dernier. Il existe dans les banlieues sud et nord de Beyrouth, dans la Bekaa Nord et le Akkar un réservoir de désespoir, de colère, rempli jusqu’au bord. S’il venait à se déverser, ce sera un flot de violence et le changement conséquent sera identique à ceux que nous avons vécus depuis que la république existe, une régression.

 

Amine Issa

03/03/2018

 

1-Le politique et sa logique dans l’œuvre d’Éric Weil, Patrick Canivez, Kimé.

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04 février 2018

Téhéran la désacralisation en marche.

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La première lecture du dernier mouvement de protestation en Iran est aisée. Une classe pauvre ou appauvrie prend la rue. En cause, la corruption du régime, le contrôle des institutions religieuses et des gardiens de la révolution sur plus de cinquante pour cent de l’économie (chiffre difficilement cernable avec exactitude) qui investissent le capital national à leur propre bénéfice et celui de leur clientèle immédiate, ou hors des frontières. En 2017, 16 millions d’Iraniens avaient déjà quitté leurs campagnes pour s’agglomérer dans les ceintures de misères des grandes villes. En cause, une gestion catastrophique des ressources aquifères. Le président Rouhani a certes ramené l’inflation de 40 à 10%. Les exportations ont sensiblement augmenté depuis l’accord sur le nucléaire. Mais la population n’en ressent pas suffisamment les effets. Mahmoud Ahmadi Najad, pour calmer la grogne des citoyens au budget laminé, avait ouvert largement les vannes des subsides. Les caisses de l’état sont vides, son successeur est obligé de réduire les aides ou de les annuler. Preuve supplémentaire que l’embellie économique n’est qu’au bénéfice de l’élite, si les importations ont elles aussi augmenté, c’est surtout celles de produits de luxe.

Le régime a bien reçu le message, il émane cette fois de sa base, contrairement au « mouvement vert » de 2009 celui de la classe moyenne et éduquée. Il tentera des réformes économiques pour relever le niveau de vie général. Déjà le Guide a demandé aux Gardiens de la Révolution de réduire leurs activités économiques. Mais il butera certainement contre l’incompressibilité du budget des forces armées (23% du budget) et sur la résistance d’une nomenklatura qui ne voudra pas céder ses privilèges. Plus important est le changement en cours de l’état d’esprit de la population acquise au régime. Altération, celui-ci ne peut pas ou ne veut pas la voir, ainsi sont tous les régimes idéologiques. Le Guide a bien reçu les insultes à son égard, il les met sur le compte d’une effusion de colère temporaire et gérable. Mais quand les Iraniens conspuent pareillement le président Rouhani le réformateur et le Guide gardien de l’orthodoxie, c’est tout le système qui est en procès.

Comment on en est arrivé là ? Très rapidement, l’Imam Khomeiny va écarter du pouvoir tous les opposants laïques au Chah qui avaient participé à ses côtés à la révolution. Seront tolérés un temps puis écartés les partisans d’Ali Shariati, pour qui la révolution islamique pouvait être le moteur d’une évolution vers la modernité en réconciliant religion et idéaux marxistes. De même des figures tels Abdel Karim Soroush et Mohamed Shabestari, un laïc et un clerc, qui, tout en reconnaissant un rôle central à la foi, veulent soumettre la religion à l’épreuve des sciences humaines. Mais l’idéologie de la république Islamique ne peut se résoudre à des révisions de son socle d’idées arrêtées une fois pour toutes. Ainsi l’islamisation de la société doit être holiste. Aucun aspect de la vie ne peut échapper aux normes de la religion. Il y’eut donc, l’économie islamique, l’éducation islamique, l’art islamique, les droits de l’homme islamique, etc. L’instruction et la compétence ne sont plus alors le marchepied à l’ascension sociale, mais la conformité aux normes religieuse. Même dans le secteur privé, une adhésion à ces normes devient nécessaire pour exercer son activité. Dans un système où la compétence, qui est une variable et l’égalité par le droit de tout citoyen quelle que soit sa croyance ne sont plus les critères qui permettent l’avancée, mais le statut, celui de musulman pratiquant, deux effets sont inévitables.  D’abord le déclassement de la religion. Celle-ci reste avant tout une relation spirituelle avec une vérité transcendante, malgré toutes les tentatives d’y voir un (également) ordre du monde. En Islam plus encore que dans le Christianisme, Dieu à l’origine de toute chose, reste dans les limbes du ciel, mystérieux, dont il est interdit même d’esquisser les traits et ne s’est jamais fait homme. En faire un actionnaire d’une société commerciale en la qualifiant d’islamique, le déconsidère et le banalise. Ceci étant, on ne demande plus aux hommes associés de Dieu, que la conformité aux règles de la religion, comme le port de la barbe, le voile pour la femme, l’interdiction du taux d’intérêt. Déchargés de toute exigence éthique, ces faux dévots ne sont plus avec le temps, que majoritairement des opportunistes qui revêtent l’habit normatif pour accéder aux premières places. Graduellement se forment ainsi des corporations closes, des baronnies héréditaires ou cooptatives de la fonction publique, de l’accès aux marchés publics, de l’obtention de monopoles dans les affaires privées. La corruption s’installe, la performance individuelle décline, l’économie n’est plus compétitive et les exclus grandissent en nombre.

En Occident au 18ème siècle Friedrich Schiller écrivait déjà « notre culture doit nous ramener à la nature par la voie de la raison et de la liberté », ce que Max Weber théorisera par le « désenchantement du monde », c’est-à-dire que celui-ci ne répondait plus à un ordre souverain mystérieux, mais à celui de règles scientifiquement repérables. On retira à l’église ses prérogatives terrestres, on laïcisa les valeurs chrétiennes. Dieu garda son aura spirituelle et morale loin des affaires du monde. Même l’athéisme le plus radical, tel en Union Soviétique, finit par accorder une place à la foi incompressible pour certains.

Depuis, les progrès des sciences humaines et celles de la nature rendent encore moins acceptable l’explication ou la gestion du monde par la référence exclusive au divin. Et inacceptable que la validation du savoir scientifique soit accordée à des clercs pour conformité. Cela, ajouté à tout ce qui précède comme captation des richesses ou simple droit à une vie digne que s’accordent des groupes de prédateurs et associations au qualificatif islamique est une combinaison inflammable. Elle peut s’embraser non pas par un seul « désenchantement du monde », mais par une « désacralisation » radicale que les fausses idoles du régime ne pourront pas contenir.

Amine Issa

04/02/2018

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07 janvier 2018

Jérusalem, dites-le avec des pierres

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Quelles sont les conséquences immédiates de l’annonce par Donald Trump du transfert de l’ambassade de son pays à Jérusalem sur le processus de paix et le conflit israélo-palestinien? Aucune. Le premier est moribond. Israël depuis les accords d’Oslo, les dénonce tous les jours en multipliant les colonies et ne laisse aux Palestiniens qu’une autonomie de survie pour qu’il n’ait pas à supporter tout le poids financier de la gestion de ce bantoustan. Les Palestiniens, surtout le Hamas, les arabes, la Turquie et particulièrement l’Iran avec le Hezbollah, iront-ils jusqu’à déclarer la guerre à Israël? Je ne le crois pas. Est-il un moyen de le contraindre à laisser émerger un Etat palestinien viable avec Jérusalem Est comme capitale, à démanteler à cet effet des colonies? C’est possible.

Je m’explique. Israël est Sparte et Athènes. Sparte, car ses habitants sont peu nombreux, n’admet pas d’étrangers et possède une armée redoutable. S’il était attaqué, il répliquerait avec une très grande violence, ce dont il a les moyens. Les destructions qu’il infligerait à ses ennemis seraient de loin supérieures à ce qu’il subirait. Israël, après la guerre de 2006, connait mieux ses ennemis et en première ligne le Hezbollah. Si celui-ci s’aventurait à lancer des roquettes qu’il dit posséder par dizaines de milliers et engagé ses combattants aguerris, il faut prévoir un scénario tel celui de 1982 à la puissance dix. Une invasion en profondeur et des destructions massives pour la couvrir. Ce ne sera pas une promenade. Le Hezbollah n’est pas l’OLP, mais il risque d’être irrémédiablement défait et le Liban ne s’en remettra pas. Quant à la communauté internationale, si les États-Unis n’interviennent pas, et n’interviendront vraisemblablement pas, auprès d’Israël, celui-ci ne s’arrêtera pas en chemin.  L’Iran et le Hezbollah le savent. Les Arabes empêtrés dans leurs querelles sont hors-jeu. La Syrie n’est plus qu’un cloaque, l’Irak est gouverné par une myriade de milices et de prédateurs, l’Égypte au bord de la faillite n’ira pas au feu tout seul, Ankara encore moins. Quant au Hamas, à Gaza qu’Israël a transformé en un mouroir collectif, il peut en lançant des roquettes qu’accélérer la descente en enfer des survivants.

Mais comme je le disais, Israël est également Athènes, une démocratie, mais dont tous les habitants, fussent-ils originaires de la cité, ne jouissent pas de tous les droits du citoyen. Ainsi en va-t-il en Israël des Arabes qui sont restés après l’exode de 1948, aujourd’hui un peu moins que deux millions de personnes et qui détiennent la nationalité israélienne. Et je ne parle pas ici des 4 millions de Palestiniens de Cisjordanie et Gaza qui sont eux citoyens d’un pays rêvé, détenteur d’un passeport qui a moins de valeur qu’un ticket de métro. Certes, on pourra toujours avancer qu’en refusant le plan de partage de la Palestine en 1947, les Palestiniens sont responsables de leur sort. Que l’histoire des nations au Moyen-Orient et ailleurs est la réalisation de la volonté des vainqueurs, en l’occurrence en Palestine, celle de l’Occident de diviser ce territoire entre deux peuples. Mais c’est vite oublier que les Israéliens n’ont, eux aussi, jamais voulu de ce partage. David Ben Gourion, premier chef de gouvernement du nouvel Etat ne disait-il pas dès 1937«Après la formation d’une grande armée suite à la création de l’Etat, nous abolirons le partage et nous occuperons toute la Palestine» (1)?

Le leurre d’un Etat démocratique, où tous ses habitants seraient des citoyens égaux, n’a duré que dix-neuf ans, quand les dirigeants d’Israël étaient des hommes de gauche, laïcs, qui portaient la parole du socialisme et du progressisme et qui impressionnaient tant le monde par leurs courages et leurs ténacités à faire émerger un Etat moderne dans un environnement hostile.

En 1967, suite aux provocations inconséquentes d’Abdel Nasser, Israël envahit Jérusalem Est, la Cisjordanie et Gaza. Grisé par sa victoire, il ne mesure pas les conséquences de l’évènement. Seul Moshé Dayan aura une remarque qui passera inaperçue et pourtant si prémonitoire.  Devant le mur des Lamentations, il réagit à l’enthousiasme d’un de ses officiers par : « pourquoi aurions-nous besoin d’un tel Vatican » (2). Le contrôle de la Judée et de la Samarie, nom biblique des territoires occupés, et de l’emplacement supposé du temple, va ranimer l’appétit des religieux pour le rétablissement du royaume d’Israël. Le réveil de l’islam politique après la défaite du nationalisme arabe, la révolution iranienne et son slogan de l’annihilation d’Israël, l’encouragement du Hamas en sous-main par les Israéliens pour faire pièce à Yasser Arafat, et les contradictions insurmontables d’une démocratie ségrégationniste, vont renforcer l’identité religieuse de l’Etat et amener les gouvernements successifs à céder des pans entiers de leurs prérogatives aux religieux orthodoxes. Ceux-là, dans tous les gouvernements, imposent la séparation des hommes et des femmes sur certaines lignes de bus, dans certaines rues, interdisent la plupart des activités le samedi ainsi que les photos de femmes sur les publicités à Jérusalem. Ils refusent de partager avec les religieux réformateurs la gestion des affaires civiles dont les mariages et le contrôle de la judaïté des immigrés, ainsi que le contrôle de l’accès au mur des Lamentations. Ils mènent une résistance acharnée pour éviter aux étudiants des Yeshivas de faire le service militaire et obtiennent la création de bataillons qui leur sont réservés où les femmes sont évidemment exclues. Cette même contradiction, une démocratie ségrégationniste, va pousser des centaines de milliers d’Israéliens, pour y échapper, à basculer dans l’extrémisme pour s’assurer une posture idéologique rationnelle. Si la démocratie et xénophobie sont un mélange indéfendable, autant se rabattre sur une vision biblique et inattaquable de l’État d’Israël. L’exclusion des Palestiniens de la citoyenneté est désormais justifiée par Dieu. Ceux qui ne veulent pas verser dans la vision théocratique et adopter le mode de vie des religieux sans pour autant reconnaître les droits des Palestiniens, ont trouvé un juste milieu dans le nationalisme religieux, un mélange de croyance biblique qui croit à la judaïté de l’Etat et encourage la colonisation, tout en essayant de rester en phase avec l’évolution de notre temps par le biais de la rationalité scientifique dans les modes de production économique et de gestion sociétale. J’ai deux fois utilisé le mot rationalité et l’oppose à celui de raisonnable. Car le raisonnable ne peut être résumé à l’utilitarisme rationnel sous-entendu par une idéologie discriminatoire.  

Les Israéliens qui sont dans l’opposition sont conscients que leur société se défait et se consume de l’intérieur. Sur le plan de la gestion de l’Etat, la politique des compromissions bat son plein. À chaque concession accordée aux religieux, ceux-là ferment les yeux sur les scandales de leurs alliés au sein du gouvernement. Les malversations qui poursuivent le premier ministre ne sont que la partie visible d’une corruption qui se généralise. Depuis un mois, des milliers d’Israéliens qui se présentent comme Etat «ni de droite ni de gauche» sont dans la rue tous les samedis pour protester contre le délitement de l’Etat de droit. Beaucoup plus grave est cette observation d’un journaliste israélien, Uri Misgav, qui met en garde contre l’effondrement même du sionisme, à l’origine de la création d’Israël. Cet État, dit-il avait été imaginé et créé pour que les juifs n’aient jamais plus à justifier leurs croyances, à la cacher, à la subir comme une charge. Or, Israël est dit-il devenu le pays où l’appartenance au judaïsme, a ses diverses tendances est devenu le sujet le plus polémique qui attise la haine. Tsahal, le pivot inoxydable d’une nation menacée par ses voisins, «l’armée la plus morale au monde», tire et tue aujourd’hui un lanceur de pierre dans une chaise roulante. Elle perd ses moyens quand une adolescente gifle un soldat. Celle-ci est arrêtée la nuit à son domicile par une unité militaire armée comme pour affronter un commando de terroristes!

Faut-il que les Palestiniens prennent les armes, lancent à partir de Gaza des roquettes, fassent exploser des voitures piégées parmi des civils, applaudissent à une éventuelle intervention du Hezbollah? Je ne pense pas, et ce, pour deux raisons. D’abord, Israël à montrer sa capacité à réduire ces incidents à un niveau acceptable et possède une force de frappe et une supériorité en armement de loin supérieure à tous ses ennemis. Deuxièmement, Israël qui doit sa force entre autres à l’opinion occidentale, accroîtrait son capital de sympathie auprès d’elle si elle était attaquée de front, ce qui se traduirait par un support diplomatique et des aides massives en armement.

Il faut pour les Palestiniens mettre en avant les contradictions de l’Etat hébreu et cela ne peut se faire que par une révolte des pierres avec Israël dans le rôle de Goliath. Si celle de 1988 a abouti aux accords d’Oslo qu’Israël n’a pas respecté, celle d’aujourd’hui aurait un effet bien plus dévastateur dans une société aussi polarisée et irréconciliable et l’obligera à céder aux Palestiniens leurs droits au risque d’imploser. De surcroît, les actuels révoltés ne se reconnaissent ni dans le Fatah ni dans le Hamas, ce qui les rend plus redoutables, car autonomes et donc moins sensibles aux tentatives d’apaisement. Aux États-Unis, les jeunes juifs se sentent de moins en moins concernés par Israël et évitent de discuter du conflit israélo-palestinien, tant celui-ci les embarrasse  et est contraire à leurs convictions libérales. Des attentats meurtriers feraient taire leurs scrupules, une révolte des pierres les renforcerait. Quand on connaît le rôle des États-Unis pour la survie d’Israël et celui de la communauté juive, il serait plus efficace de pousser l’Etat hébreu à la faute. Pour le malheur de celui-ci, la jeune file qui a giflé le soldat israélien, Ahed Tamimi, est blonde comme les blés et a les cheveux aux vents, on est loin d’une kamikaze en tchador qui révulserait l’opinion occidentale. À l’aire de la communication et de l’émotionnelle, l’image de cette jeune fille à laquelle peuvent s’identifier les Occidentaux est plus destructrice qu’un obus. Mais il faudra aux Palestiniens pour vaincre de la persévérance dans leur révolte. À mon sens, ils n’ont pas d’autre choix.

 

 Amine Issa

07/01/2018

 

1- Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, John Mearsheimer et Stephen Walt, La Découverte, page 106.

 

2- Au nom du temple, Charles Enderlin, Seuil, page 22.

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17 décembre 2017

من اجل القدس العودة الى حقيقة رمزيتها

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قرار الرئيس الأمريكي نقل سفارة بلاده إلى القدس لم يغير شيئا" في واقع الحال السياسي، فعملية السلام اغتيلت منذ اغتيال إسحاق رابين على يد متطرف يهودي. ولا تزال مراسم التشييع قائمة حتى الآن رغم النفي والتبريكات لكل مبادرة تتنصل الدولة العبرية من قراراتها، تارة بالخداع وأخرى بالمصارحة. واللافت بقرار الرئيس الأمريكي هو التعرض لرمز على يد رجل شبه أمي لثقافات الشعوب. 

فللقدس عدة رموز

أولا" خروج الشعب اليهودي من مصر فرعون والعبودية الى الحرية في القدس. ثانيا" ظهور السيد المسيح في المدينة، وطرده التجار من المعبد ورفض تتويجه على عرش إسرائيل، فمملكته ليست من هذا العالم. ثالثا" الاسراء بالنبي محمد من المسجد الحرام الى المسجد الاقصى وعروجه الى السماء لملاقاة ربه، ملهم الحق. وهو قمة ما يتمنى الإنسان المؤمن الحصول عليه في حياته. وهذا ما يتفه البحث عن السلطة والمال والجاه.

ولكن تحولت هذه الإيحاءات الإلهية من خلال رمزية القدس، من قبلة للحرية الى وجهة للسلطة واستعبادا للإنسان.

فأولها كان مع الحروب الصليبية التي بحجة تحرير القدس، عملت على تحقيق مآرب مادية ومصالح سياسية في الصراع القائم بين الملوك والأمراء والكنيسة في أوروبا. ومن أين أتى بعبارة "حرب مقدسة" من ادعوا أنهم مسيحيون؟ ثانيها كانت المقاومة الشرعية للعرب والفلسطينيين للاحتلال الإسرائيلي للبيت المقدس وطرده للشعب من أرضه واضطهاد من بقي فيها. ولكن أصبحت طريق القدس تمر بعمان سنة 1970 وبجونيه عام 1976 وبزج الشعوب العربية بسجن" كبير بحجة تحرير القدس. وأما اليوم فقد اعاد المسلمون إحياء معركة صفين بحجة خيانة قضية القدس والتكفير المتبادل في أكبر انتحار جماعي تشهده البشرية، وإسرائيل تصفق. ونسي المسلمون كيف أن الإمام علي في صفين ، ضحى بالسلطة من اجل وأد الفتنة والحرص على قدسية الإنسان وليبقى المسلمون متحررين من عبودية السطوة. ثالثها تحويل القدس على يد اليهود من رمزية الحرية وهي حقيقة "أرض الميعاد" الى استعادة عاصمة الملك داوود.

فالباحثون الإسرائيليون أنفسهم يعترفون أن لا إثبات" علميا" على وجود الملك داوود في القدس. وللسخرية، رد الجنرال موشيه دايان، بطل حروب إسرائيل، على فرح وحماسة أحد ضباطه في حزيران من العام 1976 وهما يتأملان من مرتفع جنودهم امام حائط المبكي بالعبارة التالية "ماذا تريد أن نفعل بفاتيكان ثان"(1). رابعها، استمالة الرئيس الأمريكي أصوات اليمين المتطرف الممثل بالإنجيلين الصهاينة الداعين بكل الخير لدولة إسرائيل. وهذا الدعاء هو قمة الخباثة. فمن المعلوم عند هؤلاء الإنجيلين وتفسيرهم للتوراة، ان عودة اليهود إلى القدس تمهد لعودة المسيح ومن ثم تحويل اليهود الى النصرانية. خامسها استنهاض روح القتال عند المهزومين من عناصر داعش وسواها بعد فشل أسطورة الخلافة، بعدما تحولت خلافة الرسول من "هداية" و"نعمة" الى أبشع الظلمات.

 فلن ينجح الكفاح من أجل تحرير القدس، سلميا" ام مسلحا" كان، إلا بالعودة الى الرمزية الحقيقية للمدينة.

 

امين عيسى

 

17/12/17

 

 

 

  Au nom du Temple, Charles Enderlin, Seuil, page 22 -1    

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03 décembre 2017

Des battants aux frontières du Liban

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Samedi 25 novembre, Je me rends au Hermel, invité à une soirée de fiançailles. La maison et ses habitants sont modestes, mais la générosité de l’accueil est grande. Les hommes sont autour du fiancé, les femmes très peu voilées, autour de sa future épouse dans une autre pièce. Ainsi le veut la tradition de la séparation des sexes et de surcroît le moment est solennel. Mais cette séparation, avec le va-et-vient entre les deux pièces, les femmes très peu voilées, toutes en beauté et le brouhaha des rires et félicitation, relève plus d’un gai folklore que du respect tatillon d’une règle puritaine. Dans le reste de la maison et le jardin, les genres se mélangent et les regards s’échangent. Le salon des hommes est long et étroit, au fond de la pièce sur un mur, une photo d’un homme en prière et à côté, La « Cène » qui représente le prophète Issa et ses douze apôtres. Ont-ils inspiré les douze imams de la lignée du prophète ?

Un homme qui vit au Canada est interrogé par un autre sur son adaptation à son pays d’accueil. « C’est très difficile » lui répond-il, « Ils ont une culture très différente de la nôtre. « C’est-à-dire ? », demande le second. Je m’attends au pire ! « Ils respectent la loi, ne brûlent pas de feux rouges, ne jettent rien dans la rue… ils ont un sens du bien commun ». L’autre de renchérir « Oui, nous en sommes encore loin ! ». Deux autres messieurs bavards. « J’ai deux enfants martyrs » dit l’un avec une certaine fierté dans son modeste sourire. Mais ses yeux sont éteints et tranchent avec le mouvement de sa bouche et ses paroles. La douleur lui voile le regard, le martyr de ces enfants n’est pas la bénédiction qu’on sert sur les plateaux de télévision ; en tous les cas pas pour ce monsieur.

Rentre le père de la fiancée ; tout le monde salue « Abou Ali ». Il a invité tout le quartier, certains ne sont pas sûr du nombre d’enfants qu’il a. Il ne se fait pas prier pour le dire. « Ali l’ainé est cardiologue, L…la fiancé est pharmacienne, K…est ingénieur, F…est physiothérapeute et A…étudie le journalisme et le théâtre ». On le félicite. Abou Ali est un ancien soldat, il reconnaît sans honte, savoir à peine lire et écrire. Comment aurait-il honte !

C’est l’heure du repas, la nourriture est posée sur deux longues tables. Les plats ne sont pas variés, mais abondants. Malheur à celui qui se lèverait de table sans avoir mangé trois fois à sa faim.

Dimanche 26 novembre. Je suis à Ersal, un village tout en béton, laid, coincé dans une cuvette. Les rues sont tortueuses et pleines d’ornières. Je traverse le village et me rends directement dans le « jurd ». Un paysage fabuleux. Une succession de douces collines et des dizaines de milliers de cerisiers. Pas une seule construction si ce n’est quelques chambres d’agriculteurs en pierres de tailles. S… qui m’accompagne me montre les fortifications des islamistes et du Hezbollah. Je ne suis pas stratège. Mais ce qu’il me dit et ce que je vois, ne colle pas avec ce que la presse et les partis nous ont assené. Quand je lui parle de combattants islamistes nombreux, armés et déterminés, il a le petit sourire de celui qui connaît son « jurd » et qui ne se laisse pas conter. « L’Armée, si on ne l’avait pas retenue, elle les auraient balayés en quelques jours ». L’intuition, le bon sens et le réalisme du paysan, qui n’a de préoccupations que la bonne santé de ces arbres et de sa famille.

Au retour il m’invite chez lui. Halimé allume le poêle dans le « salon ». Il ne fait pas froid, mais il y a un visiteur. Thé et abricots secs. Halimé tisse des tapis sur un métier en bois. Des motifs orientaux et de la laine de qualité. Elle vient de rentrer d’Égypte où elle a participé toute seule à une foire. Elle importe sa laine, la tisse, et s’est associée avec d’autres femmes pour vendre leur production dans les belles boutiques de la capitale. Halimé et ses amies sont à peine lettrées. Elle me montre sur son I Pad, les différents modèles qu’elles produisent. Elle aime son métier, ses tapis et son revenu est décent, elle ne se plaint pas. « Évidemment, on pourrait faire plus. On ne demande pas de l’argent à l’Etat, juste s’il pouvait nous aider à promouvoir nos produits ». Mais Halimé, depuis que le canon s’est tu et qu’Ersal n’est plus un sujet exploitable jusqu’à la corde, ne sait pas que l’État a oublié même le nom de son village. Quant à s’intéresser à ses tapis !

J’ai rencontré donc des Libanais aux confins du Liban, oublié de tous, mais debout. Des battants et des gagnants. Si vous cherchez des candidats, je vous indiquerai leurs adresses. Eux au moins ils « font » !

 

Amine Issa

03/12/2017

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19 novembre 2017

Dignité et dignitaire, la confusion.

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La dernière charge du président de la République contre le mauvais pastiche de « l’enlèvement au sérail » de notre premier ministre mis en scène par l’Arabie Saoudite est déroutante. Certes le royaume des sables où le théâtre est considéré comme un acte impie n’a pas l’habitude d’écrire des livrets recevables par la communauté internationale. Le président, prenant son mal en patiente, avec beaucoup de doigté, avait patienté, atermoyé sa position définitive, pour laisser les bons offices aboutir à un dénouement satisfaisant. Et quand celui-ci se dessinait, il décide de s’en prendre à l’Arabie Saoudite, adoptant la position de l’Iran et le Hezbollah. Qu’il soit gagné à leurs politiques ne fait pas de doute, il l’a toujours été. Mais l’exprimer aussi abruptement laisse pantois. Car il n’ignore sûrement pas l’importance des bonnes relations que le Liban doit maintenir avec les pays du Golf.

Le prétexte invoqué pour justifier son exaspération et de tous ceux qui soutiennent son point de vue est l’offense faite à notre dignité. Il est vrai que le comportement de l’Arabie Saoudite est une insulte. Mais n’est-ce pas devenu tellement la règle acceptée sinon encouragée par l’ensemble de la classe politique depuis des décennies ? Au point que cette insulte ne provoque plus la moindre poussée d’urticaire chez personne ? En sommes-nous encore vraiment indigné ? La classe politique prend-elle vraiment ombrage de ces affronts qui nous viennent de toutes parts ?

Notre dignité se résume-t-elle uniquement au refus de l’ingérence d’autres états dans nos affaires ? Une large partie des libanais la situe également ailleurs et l’ont à ce jour préservé. Elle l’est grâce aux producteurs (entrepreneurs et salariés) de biens et de services exportés et les expatriés économiques. Cela malgré la gestion calamiteuse de l’argent publique et les difficultés de l’émigration. Elle est celle du maintien d’un niveau de vie décent en termes de revenus, d’éducation et de soins. Elle est celle d’échapper à l’obligation, qui est le lot d’autres citoyens, de mendier des services sociaux et des salaires de subsistances aux détenteurs du pouvoir politique qu’ils ont pourtant élu.

Le président peut-il ignorer que la structure de l’économie libanaise est organiquement liée autant pour ses exportations que pour ses expatriés à celle des pays du Golf ? Des mesures de rétorsions de ces pays, ne vont-elle pas bafouer cette dignité ?

Sans doute ce qui a provoqué l’ire du président est également la réception digne d’un chef d’état que l’Arabie Saoudite a réservé au Patriarche Maronite. Certes, il ne faut pas innocenter le Royaume des Saoud de toutes malveillances politique en honorant un responsable chrétien de haut rang dont les relations avec le Président sont tendues. Mais en réagissant au lendemain de la visite du Patriarche, le Président à confirmer cette concurrence avec ce dernier qui n’a pas lieu d’être. Il aurait été plus habile de saluer cette visite, en la confinant dans le cadre du dialogue des religions dont elle ne doit pas dépasser les limites. En exprimant de façon indirecte son irritation contre le Patriarche, il lui reconnait un statut qu’il ne devrait pas avoir, celui de dirigeant politique.

Sayed Hassan Nassrallah est reçu comme un chef d’état en Iran, aujourd’hui le Patriarche est propulsé à ce statut en Arabie Saoudite. Il ne reste plus qu’au Mufti Abdellatif Derian de se rendre en Egypte ou le président Abdel Fattah al-Sissi le recevrait en collègue. A son retour à Beyrouth, il ne leur restera plus à ses trois dignitaires que de former une troïka à trois têtes et de déclarer le Liban une « théocratie ».

Amine Issa

19/11/2017

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