citoyen libanais

04 février 2018

Téhéran la désacralisation en marche.

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La première lecture du dernier mouvement de protestation en Iran est aisée. Une classe pauvre ou appauvrie prend la rue. En cause, la corruption du régime, le contrôle des institutions religieuses et des gardiens de la révolution sur plus de cinquante pour cent de l’économie (chiffre difficilement cernable avec exactitude) qui investissent le capital national à leur propre bénéfice et celui de leur clientèle immédiate, ou hors des frontières. En 2017, 16 millions d’Iraniens avaient déjà quitté leurs campagnes pour s’agglomérer dans les ceintures de misères des grandes villes. En cause, une gestion catastrophique des ressources aquifères. Le président Rouhani a certes ramené l’inflation de 40 à 10%. Les exportations ont sensiblement augmenté depuis l’accord sur le nucléaire. Mais la population n’en ressent pas suffisamment les effets. Mahmoud Ahmadi Najad, pour calmer la grogne des citoyens au budget laminé, avait ouvert largement les vannes des subsides. Les caisses de l’état sont vides, son successeur est obligé de réduire les aides ou de les annuler. Preuve supplémentaire que l’embellie économique n’est qu’au bénéfice de l’élite, si les importations ont elles aussi augmenté, c’est surtout celles de produits de luxe.

Le régime a bien reçu le message, il émane cette fois de sa base, contrairement au « mouvement vert » de 2009 celui de la classe moyenne et éduquée. Il tentera des réformes économiques pour relever le niveau de vie général. Déjà le Guide a demandé aux Gardiens de la Révolution de réduire leurs activités économiques. Mais il butera certainement contre l’incompressibilité du budget des forces armées (23% du budget) et sur la résistance d’une nomenklatura qui ne voudra pas céder ses privilèges. Plus important est le changement en cours de l’état d’esprit de la population acquise au régime. Altération, celui-ci ne peut pas ou ne veut pas la voir, ainsi sont tous les régimes idéologiques. Le Guide a bien reçu les insultes à son égard, il les met sur le compte d’une effusion de colère temporaire et gérable. Mais quand les Iraniens conspuent pareillement le président Rouhani le réformateur et le Guide gardien de l’orthodoxie, c’est tout le système qui est en procès.

Comment on en est arrivé là ? Très rapidement, l’Imam Khomeiny va écarter du pouvoir tous les opposants laïques au Chah qui avaient participé à ses côtés à la révolution. Seront tolérés un temps puis écartés les partisans d’Ali Shariati, pour qui la révolution islamique pouvait être le moteur d’une évolution vers la modernité en réconciliant religion et idéaux marxistes. De même des figures tels Abdel Karim Soroush et Mohamed Shabestari, un laïc et un clerc, qui, tout en reconnaissant un rôle central à la foi, veulent soumettre la religion à l’épreuve des sciences humaines. Mais l’idéologie de la république Islamique ne peut se résoudre à des révisions de son socle d’idées arrêtées une fois pour toutes. Ainsi l’islamisation de la société doit être holiste. Aucun aspect de la vie ne peut échapper aux normes de la religion. Il y’eut donc, l’économie islamique, l’éducation islamique, l’art islamique, les droits de l’homme islamique, etc. L’instruction et la compétence ne sont plus alors le marchepied à l’ascension sociale, mais la conformité aux normes religieuse. Même dans le secteur privé, une adhésion à ces normes devient nécessaire pour exercer son activité. Dans un système où la compétence, qui est une variable et l’égalité par le droit de tout citoyen quelle que soit sa croyance ne sont plus les critères qui permettent l’avancée, mais le statut, celui de musulman pratiquant, deux effets sont inévitables.  D’abord le déclassement de la religion. Celle-ci reste avant tout une relation spirituelle avec une vérité transcendante, malgré toutes les tentatives d’y voir un (également) ordre du monde. En Islam plus encore que dans le Christianisme, Dieu à l’origine de toute chose, reste dans les limbes du ciel, mystérieux, dont il est interdit même d’esquisser les traits et ne s’est jamais fait homme. En faire un actionnaire d’une société commerciale en la qualifiant d’islamique, le déconsidère et le banalise. Ceci étant, on ne demande plus aux hommes associés de Dieu, que la conformité aux règles de la religion, comme le port de la barbe, le voile pour la femme, l’interdiction du taux d’intérêt. Déchargés de toute exigence éthique, ces faux dévots ne sont plus avec le temps, que majoritairement des opportunistes qui revêtent l’habit normatif pour accéder aux premières places. Graduellement se forment ainsi des corporations closes, des baronnies héréditaires ou cooptatives de la fonction publique, de l’accès aux marchés publics, de l’obtention de monopoles dans les affaires privées. La corruption s’installe, la performance individuelle décline, l’économie n’est plus compétitive et les exclus grandissent en nombre.

En Occident au 18ème siècle Friedrich Schiller écrivait déjà « notre culture doit nous ramener à la nature par la voie de la raison et de la liberté », ce que Max Weber théorisera par le « désenchantement du monde », c’est-à-dire que celui-ci ne répondait plus à un ordre souverain mystérieux, mais à celui de règles scientifiquement repérables. On retira à l’église ses prérogatives terrestres, on laïcisa les valeurs chrétiennes. Dieu garda son aura spirituelle et morale loin des affaires du monde. Même l’athéisme le plus radical, tel en Union Soviétique, finit par accorder une place à la foi incompressible pour certains.

Depuis, les progrès des sciences humaines et celles de la nature rendent encore moins acceptable l’explication ou la gestion du monde par la référence exclusive au divin. Et inacceptable que la validation du savoir scientifique soit accordée à des clercs pour conformité. Cela, ajouté à tout ce qui précède comme captation des richesses ou simple droit à une vie digne que s’accordent des groupes de prédateurs et associations au qualificatif islamique est une combinaison inflammable. Elle peut s’embraser non pas par un seul « désenchantement du monde », mais par une « désacralisation » radicale que les fausses idoles du régime ne pourront pas contenir.

Amine Issa

04/02/2018

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07 janvier 2018

Jérusalem, dites-le avec des pierres

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Quelles sont les conséquences immédiates de l’annonce par Donald Trump du transfert de l’ambassade de son pays à Jérusalem sur le processus de paix et le conflit israélo-palestinien? Aucune. Le premier est moribond. Israël depuis les accords d’Oslo, les dénonce tous les jours en multipliant les colonies et ne laisse aux Palestiniens qu’une autonomie de survie pour qu’il n’ait pas à supporter tout le poids financier de la gestion de ce bantoustan. Les Palestiniens, surtout le Hamas, les arabes, la Turquie et particulièrement l’Iran avec le Hezbollah, iront-ils jusqu’à déclarer la guerre à Israël? Je ne le crois pas. Est-il un moyen de le contraindre à laisser émerger un Etat palestinien viable avec Jérusalem Est comme capitale, à démanteler à cet effet des colonies? C’est possible.

Je m’explique. Israël est Sparte et Athènes. Sparte, car ses habitants sont peu nombreux, n’admet pas d’étrangers et possède une armée redoutable. S’il était attaqué, il répliquerait avec une très grande violence, ce dont il a les moyens. Les destructions qu’il infligerait à ses ennemis seraient de loin supérieures à ce qu’il subirait. Israël, après la guerre de 2006, connait mieux ses ennemis et en première ligne le Hezbollah. Si celui-ci s’aventurait à lancer des roquettes qu’il dit posséder par dizaines de milliers et engagé ses combattants aguerris, il faut prévoir un scénario tel celui de 1982 à la puissance dix. Une invasion en profondeur et des destructions massives pour la couvrir. Ce ne sera pas une promenade. Le Hezbollah n’est pas l’OLP, mais il risque d’être irrémédiablement défait et le Liban ne s’en remettra pas. Quant à la communauté internationale, si les États-Unis n’interviennent pas, et n’interviendront vraisemblablement pas, auprès d’Israël, celui-ci ne s’arrêtera pas en chemin.  L’Iran et le Hezbollah le savent. Les Arabes empêtrés dans leurs querelles sont hors-jeu. La Syrie n’est plus qu’un cloaque, l’Irak est gouverné par une myriade de milices et de prédateurs, l’Égypte au bord de la faillite n’ira pas au feu tout seul, Ankara encore moins. Quant au Hamas, à Gaza qu’Israël a transformé en un mouroir collectif, il peut en lançant des roquettes qu’accélérer la descente en enfer des survivants.

Mais comme je le disais, Israël est également Athènes, une démocratie, mais dont tous les habitants, fussent-ils originaires de la cité, ne jouissent pas de tous les droits du citoyen. Ainsi en va-t-il en Israël des Arabes qui sont restés après l’exode de 1948, aujourd’hui un peu moins que deux millions de personnes et qui détiennent la nationalité israélienne. Et je ne parle pas ici des 4 millions de Palestiniens de Cisjordanie et Gaza qui sont eux citoyens d’un pays rêvé, détenteur d’un passeport qui a moins de valeur qu’un ticket de métro. Certes, on pourra toujours avancer qu’en refusant le plan de partage de la Palestine en 1947, les Palestiniens sont responsables de leur sort. Que l’histoire des nations au Moyen-Orient et ailleurs est la réalisation de la volonté des vainqueurs, en l’occurrence en Palestine, celle de l’Occident de diviser ce territoire entre deux peuples. Mais c’est vite oublier que les Israéliens n’ont, eux aussi, jamais voulu de ce partage. David Ben Gourion, premier chef de gouvernement du nouvel Etat ne disait-il pas dès 1937«Après la formation d’une grande armée suite à la création de l’Etat, nous abolirons le partage et nous occuperons toute la Palestine» (1)?

Le leurre d’un Etat démocratique, où tous ses habitants seraient des citoyens égaux, n’a duré que dix-neuf ans, quand les dirigeants d’Israël étaient des hommes de gauche, laïcs, qui portaient la parole du socialisme et du progressisme et qui impressionnaient tant le monde par leurs courages et leurs ténacités à faire émerger un Etat moderne dans un environnement hostile.

En 1967, suite aux provocations inconséquentes d’Abdel Nasser, Israël envahit Jérusalem Est, la Cisjordanie et Gaza. Grisé par sa victoire, il ne mesure pas les conséquences de l’évènement. Seul Moshé Dayan aura une remarque qui passera inaperçue et pourtant si prémonitoire.  Devant le mur des Lamentations, il réagit à l’enthousiasme d’un de ses officiers par : « pourquoi aurions-nous besoin d’un tel Vatican » (2). Le contrôle de la Judée et de la Samarie, nom biblique des territoires occupés, et de l’emplacement supposé du temple, va ranimer l’appétit des religieux pour le rétablissement du royaume d’Israël. Le réveil de l’islam politique après la défaite du nationalisme arabe, la révolution iranienne et son slogan de l’annihilation d’Israël, l’encouragement du Hamas en sous-main par les Israéliens pour faire pièce à Yasser Arafat, et les contradictions insurmontables d’une démocratie ségrégationniste, vont renforcer l’identité religieuse de l’Etat et amener les gouvernements successifs à céder des pans entiers de leurs prérogatives aux religieux orthodoxes. Ceux-là, dans tous les gouvernements, imposent la séparation des hommes et des femmes sur certaines lignes de bus, dans certaines rues, interdisent la plupart des activités le samedi ainsi que les photos de femmes sur les publicités à Jérusalem. Ils refusent de partager avec les religieux réformateurs la gestion des affaires civiles dont les mariages et le contrôle de la judaïté des immigrés, ainsi que le contrôle de l’accès au mur des Lamentations. Ils mènent une résistance acharnée pour éviter aux étudiants des Yeshivas de faire le service militaire et obtiennent la création de bataillons qui leur sont réservés où les femmes sont évidemment exclues. Cette même contradiction, une démocratie ségrégationniste, va pousser des centaines de milliers d’Israéliens, pour y échapper, à basculer dans l’extrémisme pour s’assurer une posture idéologique rationnelle. Si la démocratie et xénophobie sont un mélange indéfendable, autant se rabattre sur une vision biblique et inattaquable de l’État d’Israël. L’exclusion des Palestiniens de la citoyenneté est désormais justifiée par Dieu. Ceux qui ne veulent pas verser dans la vision théocratique et adopter le mode de vie des religieux sans pour autant reconnaître les droits des Palestiniens, ont trouvé un juste milieu dans le nationalisme religieux, un mélange de croyance biblique qui croit à la judaïté de l’Etat et encourage la colonisation, tout en essayant de rester en phase avec l’évolution de notre temps par le biais de la rationalité scientifique dans les modes de production économique et de gestion sociétale. J’ai deux fois utilisé le mot rationalité et l’oppose à celui de raisonnable. Car le raisonnable ne peut être résumé à l’utilitarisme rationnel sous-entendu par une idéologie discriminatoire.  

Les Israéliens qui sont dans l’opposition sont conscients que leur société se défait et se consume de l’intérieur. Sur le plan de la gestion de l’Etat, la politique des compromissions bat son plein. À chaque concession accordée aux religieux, ceux-là ferment les yeux sur les scandales de leurs alliés au sein du gouvernement. Les malversations qui poursuivent le premier ministre ne sont que la partie visible d’une corruption qui se généralise. Depuis un mois, des milliers d’Israéliens qui se présentent comme Etat «ni de droite ni de gauche» sont dans la rue tous les samedis pour protester contre le délitement de l’Etat de droit. Beaucoup plus grave est cette observation d’un journaliste israélien, Uri Misgav, qui met en garde contre l’effondrement même du sionisme, à l’origine de la création d’Israël. Cet État, dit-il avait été imaginé et créé pour que les juifs n’aient jamais plus à justifier leurs croyances, à la cacher, à la subir comme une charge. Or, Israël est dit-il devenu le pays où l’appartenance au judaïsme, a ses diverses tendances est devenu le sujet le plus polémique qui attise la haine. Tsahal, le pivot inoxydable d’une nation menacée par ses voisins, «l’armée la plus morale au monde», tire et tue aujourd’hui un lanceur de pierre dans une chaise roulante. Elle perd ses moyens quand une adolescente gifle un soldat. Celle-ci est arrêtée la nuit à son domicile par une unité militaire armée comme pour affronter un commando de terroristes!

Faut-il que les Palestiniens prennent les armes, lancent à partir de Gaza des roquettes, fassent exploser des voitures piégées parmi des civils, applaudissent à une éventuelle intervention du Hezbollah? Je ne pense pas, et ce, pour deux raisons. D’abord, Israël à montrer sa capacité à réduire ces incidents à un niveau acceptable et possède une force de frappe et une supériorité en armement de loin supérieure à tous ses ennemis. Deuxièmement, Israël qui doit sa force entre autres à l’opinion occidentale, accroîtrait son capital de sympathie auprès d’elle si elle était attaquée de front, ce qui se traduirait par un support diplomatique et des aides massives en armement.

Il faut pour les Palestiniens mettre en avant les contradictions de l’Etat hébreu et cela ne peut se faire que par une révolte des pierres avec Israël dans le rôle de Goliath. Si celle de 1988 a abouti aux accords d’Oslo qu’Israël n’a pas respecté, celle d’aujourd’hui aurait un effet bien plus dévastateur dans une société aussi polarisée et irréconciliable et l’obligera à céder aux Palestiniens leurs droits au risque d’imploser. De surcroît, les actuels révoltés ne se reconnaissent ni dans le Fatah ni dans le Hamas, ce qui les rend plus redoutables, car autonomes et donc moins sensibles aux tentatives d’apaisement. Aux États-Unis, les jeunes juifs se sentent de moins en moins concernés par Israël et évitent de discuter du conflit israélo-palestinien, tant celui-ci les embarrasse  et est contraire à leurs convictions libérales. Des attentats meurtriers feraient taire leurs scrupules, une révolte des pierres les renforcerait. Quand on connaît le rôle des États-Unis pour la survie d’Israël et celui de la communauté juive, il serait plus efficace de pousser l’Etat hébreu à la faute. Pour le malheur de celui-ci, la jeune file qui a giflé le soldat israélien, Ahed Tamimi, est blonde comme les blés et a les cheveux aux vents, on est loin d’une kamikaze en tchador qui révulserait l’opinion occidentale. À l’aire de la communication et de l’émotionnelle, l’image de cette jeune fille à laquelle peuvent s’identifier les Occidentaux est plus destructrice qu’un obus. Mais il faudra aux Palestiniens pour vaincre de la persévérance dans leur révolte. À mon sens, ils n’ont pas d’autre choix.

 

 Amine Issa

07/01/2018

 

1- Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, John Mearsheimer et Stephen Walt, La Découverte, page 106.

 

2- Au nom du temple, Charles Enderlin, Seuil, page 22.

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17 décembre 2017

من اجل القدس العودة الى حقيقة رمزيتها

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قرار الرئيس الأمريكي نقل سفارة بلاده إلى القدس لم يغير شيئا" في واقع الحال السياسي، فعملية السلام اغتيلت منذ اغتيال إسحاق رابين على يد متطرف يهودي. ولا تزال مراسم التشييع قائمة حتى الآن رغم النفي والتبريكات لكل مبادرة تتنصل الدولة العبرية من قراراتها، تارة بالخداع وأخرى بالمصارحة. واللافت بقرار الرئيس الأمريكي هو التعرض لرمز على يد رجل شبه أمي لثقافات الشعوب. 

فللقدس عدة رموز

أولا" خروج الشعب اليهودي من مصر فرعون والعبودية الى الحرية في القدس. ثانيا" ظهور السيد المسيح في المدينة، وطرده التجار من المعبد ورفض تتويجه على عرش إسرائيل، فمملكته ليست من هذا العالم. ثالثا" الاسراء بالنبي محمد من المسجد الحرام الى المسجد الاقصى وعروجه الى السماء لملاقاة ربه، ملهم الحق. وهو قمة ما يتمنى الإنسان المؤمن الحصول عليه في حياته. وهذا ما يتفه البحث عن السلطة والمال والجاه.

ولكن تحولت هذه الإيحاءات الإلهية من خلال رمزية القدس، من قبلة للحرية الى وجهة للسلطة واستعبادا للإنسان.

فأولها كان مع الحروب الصليبية التي بحجة تحرير القدس، عملت على تحقيق مآرب مادية ومصالح سياسية في الصراع القائم بين الملوك والأمراء والكنيسة في أوروبا. ومن أين أتى بعبارة "حرب مقدسة" من ادعوا أنهم مسيحيون؟ ثانيها كانت المقاومة الشرعية للعرب والفلسطينيين للاحتلال الإسرائيلي للبيت المقدس وطرده للشعب من أرضه واضطهاد من بقي فيها. ولكن أصبحت طريق القدس تمر بعمان سنة 1970 وبجونيه عام 1976 وبزج الشعوب العربية بسجن" كبير بحجة تحرير القدس. وأما اليوم فقد اعاد المسلمون إحياء معركة صفين بحجة خيانة قضية القدس والتكفير المتبادل في أكبر انتحار جماعي تشهده البشرية، وإسرائيل تصفق. ونسي المسلمون كيف أن الإمام علي في صفين ، ضحى بالسلطة من اجل وأد الفتنة والحرص على قدسية الإنسان وليبقى المسلمون متحررين من عبودية السطوة. ثالثها تحويل القدس على يد اليهود من رمزية الحرية وهي حقيقة "أرض الميعاد" الى استعادة عاصمة الملك داوود.

فالباحثون الإسرائيليون أنفسهم يعترفون أن لا إثبات" علميا" على وجود الملك داوود في القدس. وللسخرية، رد الجنرال موشيه دايان، بطل حروب إسرائيل، على فرح وحماسة أحد ضباطه في حزيران من العام 1976 وهما يتأملان من مرتفع جنودهم امام حائط المبكي بالعبارة التالية "ماذا تريد أن نفعل بفاتيكان ثان"(1). رابعها، استمالة الرئيس الأمريكي أصوات اليمين المتطرف الممثل بالإنجيلين الصهاينة الداعين بكل الخير لدولة إسرائيل. وهذا الدعاء هو قمة الخباثة. فمن المعلوم عند هؤلاء الإنجيلين وتفسيرهم للتوراة، ان عودة اليهود إلى القدس تمهد لعودة المسيح ومن ثم تحويل اليهود الى النصرانية. خامسها استنهاض روح القتال عند المهزومين من عناصر داعش وسواها بعد فشل أسطورة الخلافة، بعدما تحولت خلافة الرسول من "هداية" و"نعمة" الى أبشع الظلمات.

 فلن ينجح الكفاح من أجل تحرير القدس، سلميا" ام مسلحا" كان، إلا بالعودة الى الرمزية الحقيقية للمدينة.

 

امين عيسى

 

17/12/17

 

 

 

  Au nom du Temple, Charles Enderlin, Seuil, page 22 -1    

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03 décembre 2017

Des battants aux frontières du Liban

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Samedi 25 novembre, Je me rends au Hermel, invité à une soirée de fiançailles. La maison et ses habitants sont modestes, mais la générosité de l’accueil est grande. Les hommes sont autour du fiancé, les femmes très peu voilées, autour de sa future épouse dans une autre pièce. Ainsi le veut la tradition de la séparation des sexes et de surcroît le moment est solennel. Mais cette séparation, avec le va-et-vient entre les deux pièces, les femmes très peu voilées, toutes en beauté et le brouhaha des rires et félicitation, relève plus d’un gai folklore que du respect tatillon d’une règle puritaine. Dans le reste de la maison et le jardin, les genres se mélangent et les regards s’échangent. Le salon des hommes est long et étroit, au fond de la pièce sur un mur, une photo d’un homme en prière et à côté, La « Cène » qui représente le prophète Issa et ses douze apôtres. Ont-ils inspiré les douze imams de la lignée du prophète ?

Un homme qui vit au Canada est interrogé par un autre sur son adaptation à son pays d’accueil. « C’est très difficile » lui répond-il, « Ils ont une culture très différente de la nôtre. « C’est-à-dire ? », demande le second. Je m’attends au pire ! « Ils respectent la loi, ne brûlent pas de feux rouges, ne jettent rien dans la rue… ils ont un sens du bien commun ». L’autre de renchérir « Oui, nous en sommes encore loin ! ». Deux autres messieurs bavards. « J’ai deux enfants martyrs » dit l’un avec une certaine fierté dans son modeste sourire. Mais ses yeux sont éteints et tranchent avec le mouvement de sa bouche et ses paroles. La douleur lui voile le regard, le martyr de ces enfants n’est pas la bénédiction qu’on sert sur les plateaux de télévision ; en tous les cas pas pour ce monsieur.

Rentre le père de la fiancée ; tout le monde salue « Abou Ali ». Il a invité tout le quartier, certains ne sont pas sûr du nombre d’enfants qu’il a. Il ne se fait pas prier pour le dire. « Ali l’ainé est cardiologue, L…la fiancé est pharmacienne, K…est ingénieur, F…est physiothérapeute et A…étudie le journalisme et le théâtre ». On le félicite. Abou Ali est un ancien soldat, il reconnaît sans honte, savoir à peine lire et écrire. Comment aurait-il honte !

C’est l’heure du repas, la nourriture est posée sur deux longues tables. Les plats ne sont pas variés, mais abondants. Malheur à celui qui se lèverait de table sans avoir mangé trois fois à sa faim.

Dimanche 26 novembre. Je suis à Ersal, un village tout en béton, laid, coincé dans une cuvette. Les rues sont tortueuses et pleines d’ornières. Je traverse le village et me rends directement dans le « jurd ». Un paysage fabuleux. Une succession de douces collines et des dizaines de milliers de cerisiers. Pas une seule construction si ce n’est quelques chambres d’agriculteurs en pierres de tailles. S… qui m’accompagne me montre les fortifications des islamistes et du Hezbollah. Je ne suis pas stratège. Mais ce qu’il me dit et ce que je vois, ne colle pas avec ce que la presse et les partis nous ont assené. Quand je lui parle de combattants islamistes nombreux, armés et déterminés, il a le petit sourire de celui qui connaît son « jurd » et qui ne se laisse pas conter. « L’Armée, si on ne l’avait pas retenue, elle les auraient balayés en quelques jours ». L’intuition, le bon sens et le réalisme du paysan, qui n’a de préoccupations que la bonne santé de ces arbres et de sa famille.

Au retour il m’invite chez lui. Halimé allume le poêle dans le « salon ». Il ne fait pas froid, mais il y a un visiteur. Thé et abricots secs. Halimé tisse des tapis sur un métier en bois. Des motifs orientaux et de la laine de qualité. Elle vient de rentrer d’Égypte où elle a participé toute seule à une foire. Elle importe sa laine, la tisse, et s’est associée avec d’autres femmes pour vendre leur production dans les belles boutiques de la capitale. Halimé et ses amies sont à peine lettrées. Elle me montre sur son I Pad, les différents modèles qu’elles produisent. Elle aime son métier, ses tapis et son revenu est décent, elle ne se plaint pas. « Évidemment, on pourrait faire plus. On ne demande pas de l’argent à l’Etat, juste s’il pouvait nous aider à promouvoir nos produits ». Mais Halimé, depuis que le canon s’est tu et qu’Ersal n’est plus un sujet exploitable jusqu’à la corde, ne sait pas que l’État a oublié même le nom de son village. Quant à s’intéresser à ses tapis !

J’ai rencontré donc des Libanais aux confins du Liban, oublié de tous, mais debout. Des battants et des gagnants. Si vous cherchez des candidats, je vous indiquerai leurs adresses. Eux au moins ils « font » !

 

Amine Issa

03/12/2017

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19 novembre 2017

Dignité et dignitaire, la confusion.

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La dernière charge du président de la République contre le mauvais pastiche de « l’enlèvement au sérail » de notre premier ministre mis en scène par l’Arabie Saoudite est déroutante. Certes le royaume des sables où le théâtre est considéré comme un acte impie n’a pas l’habitude d’écrire des livrets recevables par la communauté internationale. Le président, prenant son mal en patiente, avec beaucoup de doigté, avait patienté, atermoyé sa position définitive, pour laisser les bons offices aboutir à un dénouement satisfaisant. Et quand celui-ci se dessinait, il décide de s’en prendre à l’Arabie Saoudite, adoptant la position de l’Iran et le Hezbollah. Qu’il soit gagné à leurs politiques ne fait pas de doute, il l’a toujours été. Mais l’exprimer aussi abruptement laisse pantois. Car il n’ignore sûrement pas l’importance des bonnes relations que le Liban doit maintenir avec les pays du Golf.

Le prétexte invoqué pour justifier son exaspération et de tous ceux qui soutiennent son point de vue est l’offense faite à notre dignité. Il est vrai que le comportement de l’Arabie Saoudite est une insulte. Mais n’est-ce pas devenu tellement la règle acceptée sinon encouragée par l’ensemble de la classe politique depuis des décennies ? Au point que cette insulte ne provoque plus la moindre poussée d’urticaire chez personne ? En sommes-nous encore vraiment indigné ? La classe politique prend-elle vraiment ombrage de ces affronts qui nous viennent de toutes parts ?

Notre dignité se résume-t-elle uniquement au refus de l’ingérence d’autres états dans nos affaires ? Une large partie des libanais la situe également ailleurs et l’ont à ce jour préservé. Elle l’est grâce aux producteurs (entrepreneurs et salariés) de biens et de services exportés et les expatriés économiques. Cela malgré la gestion calamiteuse de l’argent publique et les difficultés de l’émigration. Elle est celle du maintien d’un niveau de vie décent en termes de revenus, d’éducation et de soins. Elle est celle d’échapper à l’obligation, qui est le lot d’autres citoyens, de mendier des services sociaux et des salaires de subsistances aux détenteurs du pouvoir politique qu’ils ont pourtant élu.

Le président peut-il ignorer que la structure de l’économie libanaise est organiquement liée autant pour ses exportations que pour ses expatriés à celle des pays du Golf ? Des mesures de rétorsions de ces pays, ne vont-elle pas bafouer cette dignité ?

Sans doute ce qui a provoqué l’ire du président est également la réception digne d’un chef d’état que l’Arabie Saoudite a réservé au Patriarche Maronite. Certes, il ne faut pas innocenter le Royaume des Saoud de toutes malveillances politique en honorant un responsable chrétien de haut rang dont les relations avec le Président sont tendues. Mais en réagissant au lendemain de la visite du Patriarche, le Président à confirmer cette concurrence avec ce dernier qui n’a pas lieu d’être. Il aurait été plus habile de saluer cette visite, en la confinant dans le cadre du dialogue des religions dont elle ne doit pas dépasser les limites. En exprimant de façon indirecte son irritation contre le Patriarche, il lui reconnait un statut qu’il ne devrait pas avoir, celui de dirigeant politique.

Sayed Hassan Nassrallah est reçu comme un chef d’état en Iran, aujourd’hui le Patriarche est propulsé à ce statut en Arabie Saoudite. Il ne reste plus qu’au Mufti Abdellatif Derian de se rendre en Egypte ou le président Abdel Fattah al-Sissi le recevrait en collègue. A son retour à Beyrouth, il ne leur restera plus à ses trois dignitaires que de former une troïka à trois têtes et de déclarer le Liban une « théocratie ».

Amine Issa

19/11/2017

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05 novembre 2017

La distance entre Beyrouth et Téhéran.

Source: Flickr

La démission du Premier ministre Saad el Hariri est un épisode parmi tant d’autres dans la guerre des autres au Liban et notre guerre avec l’aide des autres. Ce dernier travers remonte au recours à l’OLP du sunnisme politique et du druzisme politique, lui, sous couvert de la lutte sociale, pour tordre le bras au maronitisme politique. Depuis, rien n’a vraiment changé. Les Libanais avaient-ils le choix ? Oui, et ils ont levé l’option, mais sans la classe politique. Ce sont ceux-là qui ont permis au Liban pendant les quinze années de guerre civile et pendant l’occupation syrienne de ne pas subir le sort de la Syrie, de l’Irak ou de la Libye d’aujourd’hui. Ce sont ces mêmes Libanais qui ont massivement manifesté le 14 mars 2005, au pied d’une tribune qu’occupait la pléthore de politiciens saoulés par la revanche prise sur Damas, mais incapables de se défairent de leurs égoïsmes, incapables de comprendre ce que voulaient les Libanais, pressés de se recomposer leurs allégeances extérieures dans leurs guerres intestines. Il est très facile de démonter ce raisonnement en avançant simplement que les Libanais plébiscitent leurs dirigeants et qu’ils ne valent pas mieux qu’eux, ce qui est partiellement vrai. Mais combien faut-il être aveugle ou paresseux pour refuser d’admettre que le Libanais, comme tant d’autres, n’est pas un atome, mais une molécule complexe, qu’on ne peut réduire au bulletin de vote. Si le système confessionnel, la peur de l’autre savamment entretenu et l’enclavement identitaire s’expriment dans les urnes, d’autres réactions actionnent le corps libanais, depuis que cette bande de terre est habitée. Ce sont ces réactions en chaine qu’aucun parti ne pourra jamais contrôler.  

Certes le Hezbollah est aujourd’hui la force politique qui a livré les clefs de la ville à une autorité hors des frontières.  A un degré en dessous, les autres, par affairisme, opportunisme et manquent d’imagination font allégeances ailleurs. Le Hezbollah sait qu’il ne peut à cause de la proximité d’Israël, de la composition fragmentée de la nation libanaise et de la tradition de résistance chez les chrétiens et les druzes, prendre le pouvoir par la force. Mais le Hezbollah à la ferme conviction et s’en donne les moyens, qu’il peut formater d’abord sa communauté et réduire l’espace politique des autres à la stricte représentation de façade, en leur laissant la petite monnaie de la fonction publique et à la grosse du partage des contrats de l’état. Les dernières nominations et le récent partage des marchés publics ne signifient pas autre chose.

Mais la distance entre Beyrouth et Téhéran est plus grande que ce qu’imagine le Hezbollah. Remplacer la répression du régime iranien, par une distribution généreuse des fonctions et prébendes pour circonscrire toute opposition, ne fonctionne qu’à la surface. La société elle, continue à résister par sa créativité et une mobilité d’esprit que le Hezbollah est incapable de comprendre, mentalement pris dans les limites d’une idéologie totalisante et convaincue que l’histoire s’est arrêté ou du moins ne peut avoir qu’une seule issue. C’est bien cela le principal message de Sayed Hasan Nassrallah le 8 mars 2005, quand il s’adresse au Libanais en leur rappelant que Liban n’est pas la Géorgie, faisant référence au renversement pacifique du régime du président Chevardnadze. Le Hezbollah préfère une résistance armée. Mais la société n’en veut pas. Il y eut bien la tentative par des têtes chaudes et imbéciles de le tester sur ce terrain. Il en résulta le 8 mai 2008. Mais même cette victoire ne porta pas les fruits souhaités. Le 14 mars se délita. Vicié depuis le début par le nombrilisme de ses dirigeants, il n’était pas fait pour durer. La société, elle, se recompose ailleurs et autrement dans un espace que le Hezbollah est incapable d’occuper.

Même au sein de sa communauté l’étau idéologique qu’il serre depuis la maternelle, montre des signes de faiblesses. Ce ne sont pas les quelques individus douteux qu’on a vu insulter le secrétaire général du Hezbollah qui sont la vague de fond tant attendu par ses adversaires. Ce n’en est pas une, pas encore. Mais le malaise est certain. En cause, le résultat négatif de l’aventure du parti en Syrie. Pour comprendre ce raisonnement il faut admettre, ce que peu feront, ce qui suit. La guerre en Syrie n’est pas le résultat d’une stratégie internationale, mais la révolte d’un peuple désespéré après des décennies de dictatures. Les acteurs régionaux ne se sont impliqués, chacun selon son style et ses intérêts, qu’après le déclenchement de la révolte et de la répression qui la suivit qui a ouvert la voie aux islamistes, l’arme de la Turquie et des pays du Golf. Pour le Hezbollah, il s’agissait de protéger sa profondeur stratégique que lui assurait le président Assad. Il en fut incapable seul, car il refusait d’admettre que la révolte, même de la frange la plus barbare de l’opposition au régime nourrie au wahhabisme, est conséquente à quarante années d’humiliation. Il fallut l’intervention russe pour empêcher l’effondrement du régime. Le résultat est lamentable. Stabilisation des fronts, l’Amérique avec les Kurdes surveillent la frontière avec l’Irak, Israël bombarde sans retenues tout convoi suspect d’être destiné au Hezbollah. L’Iran jusqu’au déclenchement de la guerre, était seul maître du jeu en Syrie. Aujourd’hui il doit composer avec la Turquie et la Russie, qui n’ont pas les mêmes objectifs que lui. Le défilé des dirigeants politiques et religieux irakien en Arabie Saoudite, s’il n’indique pas un changement radical d’alliance, signifie au moins que la tutelle qu’exerce l’Iran en dehors de ses frontières peut être jugée déstabilisatrice même pour une population qui lui est acquise.

Au lendemain de la guerre de 2006, grâce à la réaction démesurée et non coordonnée d’Israël à la provocation du Hezbollah et à l’héroïsme des combattants libanais, celui-ci n’avait engrangé que des bénéfices. Les milliards de dollars pour la reconstruction, l’embellie économique, le statut inégalé depuis Nasser de Sayed Hasan Nasrallah dans l’ensemble du monde arabe, avaient effacé la douleur des morts et de la destruction.

Aujourd’hui il n’en est rien. L’économie est en berne et les chiites qui en sont encore le maillon faible, souffrent le plus. La soupape des emplois dans les pays du Golf se ferme de jour en jour et l’Iran ne peut s’y substituer. Sayed Hasan Nasrallah est rétrogradé au rang de terroriste. Plus de 1500 combattants ont été tués et des milliers d’autres blessés au nom de la préservation du territoire libanais, alors qu’il n’a fallu que quelques jours au Hezbollah pour déloger les islamistes du jurd d‘ Ersal et que l’armée a fait la preuve qu’elle pouvait s’en charger.

Les chiites libanais au contact quotidien de leurs concitoyens, se rendent compte qu’ils parlent la même langue, vivent de la même façon. Sauf qu’ils se battent, ne vivent pas uniquement d’expédients, de petits boulots, d’assistances divines. Certains fondent des Start-Up, d’autres font du théâtre et de la musique, exportent leurs savoirs et leurs arts. Ils n’habiteraient jamais à Hay el Selom et ne mourront pas inutilement en Syrie.

Ceux sont ces Libanais la qui viendront à bout de l’utopie de Hezbollah, ce ne sera ni la démission du Premier ministre ni son retour aux affaires.

Amine Issa

05/02/2017

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15 octobre 2017

Cheikh Naim Kassem, les femmes, la science et le Coran.

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Dans une intervention lors d’une des veillées de Achoura (1), Cheikh Naim Kassem s’est inquiété de l’irrespect des jeunes femmes pour la sharia, telle la séparation des sexes dans les lieux publics, leurs maquillages excessifs, l’utilisation effrénée des réseaux sociaux qui entraine une promiscuité, même virtuelle, avec des hommes. Son frère dévotieux Cheikh Sami Khadra, lui, demande aux femmes de ne pas sortir de leurs domiciles, et, si elles doivent se rendre au marché, de raser les murs et de ne jamais rire en public (2). L’image de la femme pour ces deux ulémas est fixée : Légère, aguicheuse, tentatrice, source de désordre. Cheikh Naim Kassem, ne s’arrête pas là. Les femmes divorcées sont troublées et sont un mauvais exemple. Elles ne devraient pas être éducatrices dans les écoles. Quand il s’inquiète sur le rôle de l’école, il ne se soucie pas de la qualité de l’enseignement « tout le monde enseigne » dit-il, mais de la transmission des codes de conduites religieux. Puis il annonce, très satisfait, que le nombre de femmes voilées est une des plus grandes réalisations des trente dernières années.

Cheikh Naim Kassem a raison de s’inquiéter de troubles sociaux provoqués par la consommation de drogues ou de déviances sexuelles humiliantes, pratiquées secrètement, dont on a vu exceptionnellement une manifestation, ce jeune homme drogué, enchainé comme un chien, lécher les pieds d’un travesti prostitué.

Mais qu’est-ce qui provoque ce relâchement des codes de conduites ? Est-ce le manque d’éducation, l’irrespect des valeurs. Est-ce l’influence des réseaux sociaux et de l’Occident honnis qui déchainent les instincts pervers tapis en chacun ? Ou est-ce cet excès de pudibonderie, la condamnation de tout contact entre les deux sexes fusse-t-il virtuel ?  La misère affective qu’entraine la séparation des hommes et des femmes, et celle sexuelle, ne serait-ce que par pensées, ne sont-elles pas à l’origine des excès ? Le puritanisme en Amérique, n’est-il pas responsable de l’explosion de la pornographie et de l’alcoolisme, en comparaison avec l’Europe catholique plus permissive ? Mai 68 a débuté à Berkley en 1964. La prostitution est un péché en Islam, pourtant le pouvoir tunisien à la fin du 19e siècle, où les pouvoirs temporel et spirituel ne faisaient qu’un, non seulement tolérait les maisons closes, mais les organisait et leur prélevait une taxe par le « mezouar », un officier de police. Conscient de sa rigidité dans les rapports homme-femme et craignant des actes répréhensibles, pour maintenir la cohésion sociale, il s’y était résolu. Il admit la prostitution, car à Tunis, comme à Florence au même moment, on assistait à la prolifération d’hommes « efféminés », de pseudo-chanteurs qui se produisaient dans des lieux publics sordides. Ceux-là n’étaient pas pour la plupart des homosexuels qui vivaient leurs préférences sexuelles, mais servaient de substitut aux femmes (3). 

Comment expliquer l’obnubilation de Cheikh Naim Kassem et ses homologues pour le voile ? Le Coran consacre deux versets à ce sujet où il s’agit de rabattre son voile sur la poitrine des femmes et non pas de le poser sur leurs têtes et pour les distinguer des femmes de mauvaise vie (4). L’Islam, une religion vieille de 1400 ans, comme d’ailleurs le Christianisme, conseille la retenue dans la relation entre les deux sexes. Mais pourquoi cette focalisation sur les femmes, que l’on vêtit tout de noir, de la tête aux pieds, dans des habits amples. Parce que la conviction répandue est que ce sont elles les tentatrices, qui provoquent les instincts les plus vils des hommes. Or cette conviction est en contradiction avec le Coran qui dit clairement « Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté…Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté » (5). Dans le Coran également qui conte l’épisode du renvoie d’Adam et d’Ève du paradis et contrairement à la Bible où c’est Ève qui a incité Adam à pécher, les deux commettent la faute en même temps. Ève ne précède pas Adam dans le péché (6).

Dieu ne dit-il pas « …Les femmes vertueuses sont pieuses: elles préservent dans le secret ce que Dieu préserve » (7) et nos deux Cheikhs veulent les renvoyer dans l’ombre !

Cette attitude dégradante à l’égard des femmes, machiste et patriarcale, va chercher des justifications partielles dans le Coran et ignore des versets comme celui que j’ai cité. Pour les juger incapables et les cantonner dans des rôles subalternes, les ulémas se basent sur les versets qui considèrent que le témoignage d’une femme vaut la moitié de celle d’un homme, que les filles ne reçoivent que la moitié de la part d’un garçon en héritage ou que l’homme seul peut avoir quatre conjointes (8). Or, cette interprétation littérale du texte ne correspond pas à l’intention de celui-ci. Le Coran est avant tout une évolution radicale par rapport à ce qui le précède, particulièrement en ce qui concerne les femmes, qui n’avaient aucune existence juridique, aucun droit, sous la jahilya (l’aire préislamique). Le fait de pouvoir témoigner et d’hériter ainsi que le mariage qui est un contrat entre deux partis sont déjà une avancée significative. Et les versets qui les codifient portent en eux-mêmes leurs dépassements, quand cette première avancée aura été acceptée et mise en œuvre. Pour la question de l’héritage, le verset qui donne une demi-part aux femmes et suivit par un autre qui stipule que l’on peut établir un testament qui permet de transmettre son patrimoine à qui l’on veut et comme l’on veut. Pour ce qui est du témoignage de deux femmes égalant celui d’un homme, l’argument avancé est que la femme peut se tromper. Comme si l’homme ne le pouvait pas ! Enfin, pour les quatre épouses, alors que précédemment il n’y avait aucune limite et elles pouvaient être une dizaine voir plus, répudiées sans pension (introduite par le Coran), le texte exige de celui qui souhaite avoir plus d’une femme de les traiter toutes sur un pied d’égalité. Or un autre verset plus loin confirme qu’aucun homme ne pourra le faire (9).

Le Coran est certes un texte divin, mais adressé aux hommes. On ne peut ignorer sa dimension pédagogique et surtout suggestive, car il est bien dit qu’il n’y a pas de contrainte en religion (10). Mais ces trois règles et d’autres, sont tellement évoquées dans les discours des hommes de religion qu’on a l’impression que le Coran n’est qu’un recueil de lois et règlements. Ce qui est faux, puisque ceux-là ne comptent que 200 à 600 versets selon les lectures, sur un ensemble de six milles. La grande majorité des versets sont d’ordre spirituel, racontent l’histoire des prophètes et citent quelques grands principes, valables eux pour tous les temps. Pour ces principes je cite celui-ci «Les croyants et les croyantes sont alliés les uns des autres. Ils commandent le convenable, interdisent le blâmable accomplissent la Salât, acquittent la Zakat et obéissent à Allah et à Son messager » (11). Il ne concerne ni le témoignage, ni l’héritage, ni le mariage qui sont des activités partielles de la vie en société, mais surplombe et instruit l’ensemble des relations entre les deux sexes. Cheikh Naim Kassem devrait s’en souvenir avant de condamner l’institutrice divorcée. Ce vesret devrait l’interpeller quant à l’absence de femmes aux postes de responsabilité au sein de son parti.

Venons-en maintenant à cette phrase prononcée par Cheikh Naim Kassem qui se soucie peu de l’instruction à l’avantage de l’éducation religieuse. De quel texte a-t-il déduit cette hiérarchie ? Certainement pas du Coran qui stipule «…Dieu placera sur des degrés élevés ceux d’entre vous qui croient et ceux qui auront reçu la science…» (12). la piété est mise au même niveau que la science à une époque et dans une région où il y’avait beaucoup de foi et peu de science. C’est peut-être pour cela, qu’Al Khawarizmi, qui était un musulman pieux, a voulu rétablir l’équilibre, en inventant les algorithmes. Est-il utile de rappeler l’importance de cette découverte, qui avec ses développements ultérieurs, est au service de toutes les sciences et particulièrement l’exploitation du Big Datta ?

Au 19e siècle, Hegel avait écrit que des peuples étaient sortis volontairement de l’histoire. Le ticket d’entrée, même vieux de plus de cent ans ne cesse d’augmenter de prix. Aujourd’hui, l’Intelligence artificielle, la connexion machine homme, la nanotechnologie qui découvre de nouvelles fonctions à la matière, les manipulations génétiques à effet thérapeutique, la neuroscience qui remet en question des certitudes sur les causes de comportements en société, la biochimie qui permet l’agriculture hors-sol intensive et en même temps raisonnée, reconfigurent la place de l’humain dans sa relation à la nature. Il ne suffit de le savoir et d’en faire usage. Cheikh Naim Kassem, dans les institutions éducatives et les hôpitaux qu’il dirige, est certainement soucieux d’en avoir l’usage. Mais consommer n’est pas créer. Dans des domaines aussi complexes, si l’on ne participe pas aux découvertes et à leurs mutations, on restera à la merci pour une parcelle de savoir, de qui voudra bien vous la livrer. Il sera toujours capable de vous la retirer ou d’en neutraliser l’usage, car il l’aura bien entendu prévu. Jusqu’au début du 20e siècle, dans les manuels de médecine en occident, on trouvait encore les découvertes d’Avicenne. Depuis, une très faible participation à la marche du monde, celles de quelques individus exceptionnels, dont des prix Nobels. Si aucun n’a renié sa religion, ils ont tous la particularité d’avoir échappé à l’emprise mentale des congénères de Cheikh Naim Kassem.

 

Amine Issa

15/10/2017

1-      https://www.youtube.com/watch?v=mNFyT7H4fpU.

2-      https://www.youtube.com/watch?v=WgHpkU-cM_s

3-      Marginales en terre d’Islam, Dalenda & Abdelhamid Larguèche, Cérés.

4-      Coran : XXIV-31 & XXXIII-59.

5-      Coran : XXIV-30-31.

6-      Coran : VII-19 à 22.

7-      Coran : IV-34.

8-      Coran: II-282 & IV-II & IV-III.

9-      Coran: II-180 & IV-129.

10-   Coran: II-256.

11-   Coran: IX-71.

12-   Coran : LVIII-11.

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01 octobre 2017

Syrie inutile

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Il y a aujourd’hui et pour les quelques mois à venir deux Syrie et les deux sont inutiles.

La première est celle des zones de « réduction de tensions » imposée par la Russie. Celles-ci recoupent les aires d’influence du régime et de l’international chiite, de la Turquie et ses islamistes au radicalisme gradué, des Kurdes et d’unités non kurdes protégés par les Américains. La Russie est la garante politique et effective de la trêve, par ses observateurs, sa police militaire et ses avions au besoin. Si la trêve permet au peuple syrien de ne plus mourir au quotidien par contingent entier, elle ne peut ni arrêter la violence ni permettre un début de reconstruction. Au sein de l’armée syrienne, des unités entières et des milices de défenses ont acquis une autonomie de décision financière et politique. D’autres sont passées sous commandement russe. Tel les gouverneurs de province sous les califats Abbaside et Ottoman, ces princes de guerre ne relèvent que nominalement du pouvoir central, qui est même parfois leur obligé. Certains occupent même des sièges au parlement et à la direction du parti Baath. Il ne passe pas un jour sans qu’on ne rapporte des combats entre ces bataillons et des exactions, qu’elles font subir à la population, à Damas, à Alep et dans d’autres villes ou régions. Même ses deux villes, réputées sécurisées, continuent à subir l’explosion de voitures piégées et attaques-surprises de rebelles encore tapies dans les faubourgs. Le président Assad a voulu, pour donner le change, organiser une foire internationale de l’industrie à Damas. Grand mal lui a pris, un obus tombé à l’entrée de la foire a fait cinq morts.

Les régions sous contrôle des rebelles ne sont ni plus sûres ni normalisées, malgré les efforts admirables de la société civile qui tente de réorganiser la vie au quotidien par des comités élus et ose encore manifester contre les abus. La décomposition et recomposition à très haute vitesse des milices, où l’allié de la veille devient l’adversaire du jour pour se remettre en ménage le lendemain, se fait au rythme de combats meurtriers. Les civiles sont tués et leurs biens élevés au statut de butin de droit divin.

Il faut pour reconstruire la Syrie entre 300 et 350 milliards de dollars. Le gouvernement n’en a pas le premier. Les pays du Golf, grands perdants à ce jour, ne voudront pas payer. Le ministre des Affaires étrangères des États-Unis a clairement déclaré que son pays ne participerait pas à la reconstruction. La Russie, la Turquie et l’Iran, auront des difficultés à dépenser des dizaines de milliards de dollars, alors que leurs citoyens leurs réclament ceux déjà dissipés en Syrie. La Russie a tapé à la porte de l’Union européenne pour financer ce que ses avions ont détruit. Il lui a été répondu sèchement d’aller taper une autre caisse. Déjà avant la guerre, la Syrie avait une économie de subsistance et pour cause : la politique de l’offre de produit d’importation était au seul profit de la clique au pouvoir, l’agriculture moyenâgeuse et le secteur secondaire artisanal. Le président syrien en visite à la foire de Damas s’extasiait devant la puissante production de son pays. Du savon, de la margarine et des douceurs ! Les seules usines qui exportaient ont été ou détruites ou pillées. Seuls des pays intéressés par des retours sur capitaux s’investiraient en Syrie. Or la Turquie le ferait-elle dans l’industrie syrienne qui au risque d’une concurrence sur les marchés Occidentaux et Asiatiques ? L’Iran, trop heureux depuis la fin de l’embargo, d’investir chez lui, ses propres capitaux et ceux étrangers qui affluent pour renforcer son économie, voudra-t-elle en détourner une partie en Syrie ? Ces deux pays ont déjà fait main basse sur l’exploitation des faibles ressources en hydrocarbures de la Syrie. Pour remettre en marche les installations d’extraction, il faudra beaucoup d’argent pour un marché du pétrole dépressif, alors qu’ils en regorgent eux-mêmes. Maigres perspectives.

Deux autres calamités vont rendre cette trêve cauchemardesque. D’abord, les dizaines de milliers de miséreux énergisés par la haine du salafisme jihadiste, venus du monde entier combattre le régime. Afghans, Pakistanais, Chinois, Libyens, Tunisien, Irakiens, etc. Que vont-ils devenir ? S’il existe, pour les anecdotiques djihadistes occidentaux, des structures juridiques et parfois de réintégrations, quel sort attend les autres s’ils prenaient le risque de rentrer chez eux ? Torture, disparition, morts et rien d’autre. Ils vont rester en Syrie, rejoindre les combattants démobilisés de Daech, exploser et faire le plus de morts possible pour échouer, stupéfaits, en enfer.

La seconde calamité est le sort des enfants, ceux de l’intérieur et de l’exil, beaucoup enrôlés de force par les islamistes. Rien que pour les réfugiés, le HCR décompte 3.5 millions d’enfants entre 5 et 17 ans non scolarisés. C’est-à-dire 3.5 millions de désespérés. Le profil idéal pour finir avec une bombe à la ceinture. L’Irak, qui commence à peine à évaluer ce danger, malgré l’aide de plusieurs pays et ONG, reconnait sa totale impuissance.

La seconde Syrie est celle du Sud Est qui correspond à la frontière avec l’Irak par les grands axes routiers et qui est proche de la frontière israélienne. Depuis que la bataille pour la reprise de Deir El Zor a commencé à l’ouest et l’est de l’Euphrate, Daech est le premier visé par les forces du régime et ses milices chiites alliées d’un côté et de l’autre par les « Forces de la Syrie Démocratique » composée principalement de la milice kurde. Ce sont ces hommes qui sont au sol. Dans les airs, la Russie et les États-Unis, chacun couvrant d’un tapis de bombes l’avancé de ses protégés et bombardent au besoin l’avancé de l’autre camp. Dans les états-majors politiques de ceux qui ne souffrent pas, il y a quatre décideurs. L’Iran, la Russie, les États-Unis et Israël. Le premier veut absolument continuer l’œuvre de Daech et abolir la frontière entre la Syrie et l’Irak pour convoyer par la route, avec l’accord officiel des deux gouvernements, combattants, armes, munitions et fabrique de missiles. La Russie, laisse faire. Benyamin Netanyahu en visite à Moscou n’a pas obtenu de Vladimir Poutine la sanctuarisation du Sud syrien de toute présence iranienne. Vladimir Poutine ne veut monnayer son veto qu’avec les Américains, contre une reconnaissance de sa seule maîtrise de la Syrie et de celle de son Blitzkrieg en Crimée. Il voudra obtenir également l’arrêt de l’expansion de l’OTAN vers l’est de l’Europe et la levée de l’embargo économique sur son pays. Les États unis eux, ne cessent de marteler qu’ils veulent mettre fin à la poussée déstabilatrice de Téhéran au Moyen-Orient et menacent de dénoncer l’accord sur le nucléaire iranien. Enfin, Israël peut contenir le Hezbollah à sa frontière Nord avec le Liban, le Hamas à Gaza. Il ne s’est pas jusqu’à aujourd’hui retenu de bombarder les convois clandestins d’armes et de missiles iraniens vers le Golan Syrien. Mais il ne peut admettre une officialisation du corridor autoroutier de Téhéran au Sud syrien en passant par l’Irak.

Israël est le plus susceptible d’engager une action de grande envergure. D’autant plus que Benyamin Netanyahu est dans une mauvaise posture. Suites aux scandales à répétitions pour lesquels, ainsi que son épouse, il est interrogé par la justice, sa coalition gouvernementale se fissure. Les partis religieux, qu’il n’aime pas, le font chanter. Donald Trump est empêtré dans sa querelle avec une partie des Républicains, qui bloquent avec les démocrates tous ses projets législatifs. Il est menacé par la justice pour le support présumé des Russes pour sa campagne électorale. Il est également soupçonné de conflit d’intérêts. Est-ce le moment de détourner l’attention des opinions américaines et israéliennes par une confrontation ouverte avec le régime syrien et l’Iran ? Donald Trump ferait ainsi oublier son trafic électoral avec les Russes à peu de frais. La Russie, en ne répondant pas aux inquiétudes israéliennes, risquerait-elle de réintroduire les Américains, en force en Syrie et qui ne voudront donc plus rien lui concéder ailleurs ? L’Iran, qui a déjà divisé son taux d’inflation par quatre, mettrait-il en danger le redressement de son économie et sa réhabilitation internationale ?

Je n’ai pas de réponse, mais une certitude. Contrairement au triomphalisme ambiant la guerre en Syrie n’est pas terminée. Elle fait une pause et change de nature.

 

Amine Issa

01/10/2017

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10 septembre 2017

Regard sans fard

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Husserl disait que l’intention présuppose la connaissance du réel. Or cette intention, nous ne l’avons pas toujours eue. Au Liban, avant 1975 et parce que nous avons toujours été hédonistes (et refusions la douleur), nous ne voulions pas voir les failles d’un pays qui devenaient béantes. Les opérettes des frères Rahbani, la voix de Feyrouz, la sévérité bonhomme de Nasri Chamseddine décrivaient le village rêvé des Libanais. Elles embaumaient une réalité qui n’avait existé que partiellement. Si le bon voisinage et les petites querelles anodines qu’elles reproduisaient étaient vrais, la haine alimentée par l’avidité des uns et la mesquinerie des autres était escamotée. Personne ne voulait en entendre parler. Dans Jisr el-Kamar, c’est dans un village que la première secousse de 1958 est conjurée, exorcisée comme un mauvais sort. L’amour et la lune suffisent à ramener les têtes chaudes à la raison. Les opérettes et les chansons dénonçaient certes les Ubu arabes et sanctifiaient la lutte pour la Palestine. Mais c’était des sujets d’au-delà de nos frontières, et le Malin n’avait pas d’adresse chez nous. L’action dramatique de « L’Émigré de Brisbane » se déroule dans un village en Sicile.  Georges Schéhadé n’avait même pas osé la situer au Liban où évidemment elle était à sa place. Ce village rêvé pouvait néanmoins être aisément transposé dans la ville et devenir le Liban tout entier. Mais c’est surtout Beyrouth, petite ville grossie en quelques décennies pour devenir une métropole cosmopolite qui devenait le miroir aux alouettes. Toufic Aouad dans « Tawahin Beyrouth « et Mikhaïl Naïmy dans « Abou Batta » tentèrent bien de montrer une ville plus âpre. Mais qui avait envie de lire l’hermite de Baskinta ? Personne.

 

La réalité est une maîtresse qui n’admet pas la désinvolture, elle revient toujours, sauf que lorsqu’elle est humiliée, elle devient acide. « Il a fallu ce deuil pour se retrouver » : c’est ainsi qu’Ismaël Kadaré intitulait son journal au cours de la guerre du Kosovo. Notre deuil, la guerre civile, nous a dessillés et permis de nous retrouver. Ziad Rahbani, au regard le plus pénétrant, a disséqué notre société en débusquant nos travers les plus sombres. Tout cela servi par un génie musical et théâtral, et la merveilleuse voix de Feyrouz. Sa « Face de requiem » – j’emprunte cette expression à Balzac – servait à merveille cet étalage sans faux-fuyants. Mais le regard de Ziad Rahabani s’est arrêté à la porte de l’introspection. Comme si un « monde meilleur », ne pouvait exister que dans l’utopie, marxiste, tiers-mondiste, et aujourd’hui avec « les fous de Dieu ». Toutes les contradictions peuvent se résoudre quand on se ment à soi-même. Bien plus tard, c’est Jabbour Douaihy qui dans « Matar Houzairan « faisait dégringoler le village rêvé durant l’avant-guerre de son piédestal d’argile. Les femmes en noir y marinent leur deuil dans la haine. La mort en devient banale. Rachid al-Daïf dans « Heret Sikrida » dénouait de son côté un à un les nœuds de notre fausse tolérance. Rabih Jaber, pourtant si imaginatif, adoptait dans « Toyour al-Holiday-in » une narration monotone attestant de l’état d’esprit de ses héros. Ceux-ci vivaient la guerre, sans étonnement, comme le prolongement inévitable de ce qui la précédait et non pas comme une rupture inattendue.

 

Noircir d’un trait est peut-être une fonction de l’art, surtout quand la cécité règne en maître. Cela peut être salutaire. Mais l’art peut avoir d’autres fonctions, surtout quand la réalité, celle d’avant-guerre, comporte aussi de belles pages. Charif Majdalani les écrit dans Le Dernier Seigneur de Marsad et montre la douleur de les voir se déchirer une à une, car « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier » (Stig Dagerman). Jabbour Douaihy, encore lui, avec « Charid al-manazel » et Imane Houmaydane avec « Khamsoun Gram Min al-janna », dont les récits se situent pendant la guerre, entre les assassinats et les explosions, racontent un pays que l’humanité n’a pas déserté, loin de là. Imane Houmaydane fait dire à un de ses personnages féminins fuyant la Syrie liberticide et son patriarcat misogyne : « Je ne veux pas quitter Beyrouth. Elle est ma maison, je m’y sens invisible. »

 

Entre le noir et le blanc, il y a toujours le gris. Le voir est possible, et les couleurs suivront.

 

Amine Issa

10/09/2017

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03 septembre 2017

« Terrorisme Islamiste », n’est plus un gros mot, Tant mieux pour les musulmans !

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Après Manuel Valls, Premier ministre, Emmanuel Macron président de la République met fin à cette ridicule pudeur sémantique et utilise enfin l’expression « terrorisme islamiste ». Certes, on dira que Donald Trump l’a précédé. Dans ce cas, c’est plus l’expression spontanée d’un primate qui a traversé les millénaires sans une égratignure. D’autres, en Europe ont utilisé l’expression, c’était souvent celles de xénophobes à la recherche de voix dans un vivier fertile de citoyens effrayés par la barbarie.

Mais pourquoi alors, des dirigeants responsables ont tellement tardé à en user ? Il y a d’abord la paresse pédagogique et politique. Il est facile de parler de grands principes humanistes, de la tolérance et de se doter de moyens sécuritaires pour combattre le terrorisme indistinctement. Il est plus difficile d’expliquer que le « terrorisme islamiste » est particulier et qu’il peut avoir d’autres sources que la « véritable foi », comme, l’échec de l’éducation aux valeurs de la république, le laxisme face à l’apparition de zones de non droit, de la licence accordée aux imams prêchant la violence et l’échec du politique social à s’adresser aux exclus par la crise économique. Il y a également la querelle des intellectuelles qui dans les pays démocratiques sont encore associés à la formulation des principes et à des décisions politiques. En France, par exemple, on a assisté à la confrontation de trois thèses pour expliquer le terrorisme. Celle de Gilles Kepel, essentialiste qui considère la violence intrinsèque à l’Islam ; il utilise l’expression la « radicalisation de l’islam ». Ensuite, celle d’Olivier Roy pour qui il s’agit de « l’islamisation de la radicalité », qui, elle a des sources sociales et économiques. C’est sans doute son passé marxiste qui le convainc de n’accorder à la religion qu’un rôle secondaire dans les comportements humains. Enfin, celle de François Burgas, tiers-mondiste, pour qui le terrorisme est la lutte des « damnés de la terre » (1). Pour ajouter à cette confusion, il y a la mutation du profil des terroristes, tels ceux qui ont sévi en Grande-Bretagne et en Espagne. Ceux d’Espagne, fonctionnaient comme une secte avec un gourou qui cachait son jeu et dont le mode de recrutement et de prêche se faisait hors la toile . Ceux de Grande-Bretagne sont passés à l’action sans l’intermédiaire de la propagande et du comportent salafiste et n’étaient pas membres des communautés d’immigrés .

Je disais donc, querelle d’intellectuelles et j’ajouterai, stérile, car les trois personnes citées ont ensemble raison. Soit par égocentrisme, soit par habitude de ne privilégier qu’une seule explication, ce qui n’est plus possible dans un monde aussi complexe ou l’interdisciplinarité est devenue nécessaire. Ils ont raté la synthèse qui aurait tant fait avancer le débat et permis un début de solution.

Dans le monde anglo-saxon, s’est ajoutée une autre forme d’aveuglement. Le libéralisme, dans ces pays, réduit le rôle de l’état dans certaines prestations sociales. Celles-ci sont confiées aux communautés dans une perspective de solidarité que l’on peut faire remonter à la Réforme protestante. Or, dans ces sociétés on fait l’impasse, par paresse également, sur le communautarisme dans les groupes musulmans qui a été récupéré par les salafistes violents pour qui la solidarité était accordée pour obtenir l’adhésion à la destruction du pays hôte. Les prêches des imams illuminés à Hyde Park étaient une déclaration de guerre que personne n’a voulu entendre.

Parler de « terrorisme islamiste », sert les musulmans issus de l’émigration avant les Occidentaux qui le subissent. Quand on dit « islamiste », on ne dit pas « musulman ». Et tant que l’on n’utilise pas « islamiste », malgré tous les appels à ne pas faire « d’amalgame » tous les musulmans se sentent visés. Car, si le terrorisme n’est pas islamiste donc une catégorie définie et que ce terrorisme est le fait exclusivement de personnes qui se présentent comme musulman, comment l’ensemble de la communauté ne peut-elle se considérer pointée du doigt ? Comment les non-musulmans avec toutes leur bonne volonté pourront-ils résister longtemps à l’amalgame, si on ne leur donne pas les moyens de faire la distinction. L’ignorer est la voie la plus sûre vers plus de radicalisation et plus de rejet qui feront le lit des solutions extrêmes où tout le monde sera perdant. Il faut marquer la distinction en disant clairement que les terroristes sont islamistes, s’inspirent de versets du Coran, mais en les pervertissant, clarifier la manipulation, demander aux musulmans de le faire eux-mêmes, relayer cette distinction par tous les moyens et interdire tous les prêcheurs de haine. Voici l’urgence. Ensuite, adresser les problèmes sociaux qui n’auront d’effets que sur le long terme, mais dont l’annonce suivit de premières applications, ramènent l’espoir et coupent l’herbe aux recruteurs assassins. Aussi, comme l’Allemagne avec la Turquie, dénoncer clairement les chantages, telle la menace d’inonder l’Europe de migrants. Enfin privilégier la sécurité et la paix sociale en Europe au détriment s’il le faut de contrats commerciaux avec les pays qui alimentent idéologiquement et financièrement les islamistes. Maintenir son niveau de vie ne sert à rien quand il n’y a plus de vie. 

Amine Issa

03/09/2017

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