citoyen libanais

07 août 2017

L’économie ne sera plus là même

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La crise financière de 2008 a confirmé comme l’écrit Alain Touraine qu’« une grande partie du capital financier a été détournée de sa fonction économique d’investissements et de crédit et que la finalité principale de son activité s’identifie désormais à ses propres profits, l’économie se sépare de l’ensemble de la société » (1). Or l’économie comme composant de l’ensemble sociétal, si elle s’en sépare, ne peut plus fonctionner selon les « cycles ». Leur alternance est tributaire d’une interdépendance entre les acteurs économiques et les règles de l’économie. Quand ils se séparent, les mécanismes de retour à l’équilibre après un excès de croissance ou une récession sévère, n’œuvrent plus.

Entre octobre 2007 et mars 2009, la capitalisation boursière mondiale a perdu plus de 28 000 milliards de dollars, soit 52 % du PIB mondial. Des centaines de millions d’individus ont perdu une partie substantielle ou totale de leurs revenus et de leur patrimoine. Pour éviter une spirale déflationniste et sauver le système bancaire mondial de la banqueroute, les gouvernements l’ont renfloué et abaissé les taux d’intérêt jusqu’à presque zéro pour relancer la consommation. Le résultat attendu n’était pas au rendez-vous. La croissance, malgré également la baisse drastique du prix de pétrole, reste molle et le chômage massif. Les États-Unis qui font mieux que le reste du monde et ont repassé en dessous de la barre des 5% de demandeurs d’emploi ne connaissent pas une suffisante réévaluation des salaires à la hausse, véritable moteur de l’économie. Cet effet de stagnation est aggravé par une inégalité de revenus croissante depuis la fin des années soixante-dix, poussant le gros de ceux-là vers les percentiles de revenus supérieurs qui consomment moins.

Il y’a plusieurs raisons à celà. La politique keynésienne de relance par l’intervention massive de l’Etat selon les indications même de son auteur, doit être une action temporaire pour répondre à une crise. Or cette pratique est constante depuis le début des années quatre-vingt. La libération du crédit en quantité et en qualité à produit une croissance vertigineuse de la dette des ménages et des Etats qui sont souvent adossés sur des actifs dont la valeur n’était basée que sur la confiance en une hausse ininterrompue du marché. En 2007, la dette mondiale, publique et privée représentait déjà 269% du PIB mondial, 286% en 2014. De plus, le gonflement de la masse monétaire n’était pas dû uniquement à un enrichissement véritable, mais à une finance spéculative qui s’autoalimente au lieu de s’investir dans l’économie réelle. Tant que l’inflation restait sous contrôle, les économistes monétaristes libéraux ne trouvaient rien à redire à cette dérogation à leur principe de contrôle strict de la masse monétaire.

La dette mondiale à atteint un tel niveau qu’elle est devenue structurelle. En gros le crédit aujourd’hui sert essentiellement à payer les intérêts. De plus nous sommes tellement intoxiqués par la consommation que celle-ci, même si elle ne croit plus, n’a toujours pas retrouvé le taux d’avant la crise et reste suffisamment élevée pour empêcher le remboursement du principal. Si les salaires n’augmentent pas, ce qui aurait pour effet de relancer la consommation, c’est parce que cela provoquerait nécessairement une inflation dont le seul moyen de la maitriser est relèvement des taux. Or le montant de la dette est tel que ce relèvement mènerait à une insolvabilité généralisée des Etats et des ménages.  

Voilà ce qui explique comment une finance détachée de sa fonction économique première a déréglé le déroulement des cycles jusqu’ alors fonctionnels et qui ne le sont plus.

La solution résiderait dans un mode de production et de consommation différents. Il faut pour regagner du pouvoir d’achat réduire les prix de la production. Non pas en baissant les salaires et délocalisant pour certains la production, vers des pays dont la main d’œuvre se contente d’une rémunération de subsistance, mais en robotisant celle-ci grâce à l’intelligence artificielle. Cela rendrait les tâches moins pénibles, le travail dans un environnement plus agréable pour ceux qui garderaient ou partageraient leurs emplois. Les marges dégagées par cette réduction des coûts devraient être partagées entre une baisse prix du produit final, une rémunération de l’entrepreneur et une plus grande contribution aux budgets sociaux. Celà peut prendre plusieurs formes dont l’assurance chômage et santé, la formation à de nouveaux métiers, la préservation de l’environnement, une meilleure rémunération des services à la personne, enfants, malades et vieux, une subvention du commerce de proximité qui disparait faute de rentabilité, mais est essentielle pour le lien social et éventuellement un revenu universel etc…Accomplir la grande transition énergétique qui également sur le long (et même moyen pour certains) terme réduira les prix de production et les prix annexes souvent occultés telle la facture environnementale ou médicale et abaissera la tension extrêmement coûteuse sur la possession et le contrôle des sources d’énergie. Il faut savoir que la création d’emplois par les énergies renouvelables est supérieure à la disparition des emplois dans les énergies non renouvelables.

Consommer différemment veut dire déjà redéfinir l’utilité de cet acte. Consommer au-delà de la nécessité, ce qui est devenu le principal acte des individus sauf dans les pays très pauvres, est considéré comme une source de satisfaction. Or on se rend compte que la simple possession d’un objet et non plus son utilisation, est ce qui nous pousse à l’acheter. Quelle est la véritable utilité d’acheter un I Phone 7, un an après avoir acquis un I Phone 6 ? Profitons-nous vraiment de la différence, et ne sommes-nous pour la majorité dans la frustration permanente et la douleur de n’avoir pas pu effectuer cet achat ou celui qui suit nécessairement dans une spirale sans fin ? Consommer différemment, et nous devons le réapprendre, consiste à profiter de la planète et de ses beautés naturelles, du retour aux produits culturels, à profiter des échanges humains, à réparer un objet au lieu de l’échanger, à consommer lentement une cuisine authentique, à acheter dans des boutiques au contact de commerçants attentifs et amicaux, a profiter des services multiples (visite guidée, cuisine, apprentissage à des activités) qu’offrent les hôtes de la chaine Airbnb, consacrer du temps et des ressources à ceux qui en ont besoin, et j’en passe.  

Amine Issa

08/06/2017

 

1-      Alain Touraine, La fin des sociétés, Seuil, page 38.

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24 juillet 2017

La Marche Turque

Source: Flickr

Lorsque Mozart écrivit cette œuvre légère et gaie, l’Empire Ottoman avait depuis cent ans émoucheté ses sabres aux portes de Vienne. La Porte, n’était plus une menace pour cette marche de l’Europe. Les turqueries amusaient les cours d’Europe : exotisme d’un tigre aux ongles limés.

Puis il y eut d’autres marches, plus rythmées et sonnantes. Celle longue de Mao, de Mussolini sur Rome, et de Castro sur la Havane. Des coureurs de fonds, comme Hitler, Staline, l’Amérique d’ « Apocalypse Now », napalm sur fond sonore de la Chevauchée des Walkyries. Et aujourd’hui Gaza sans eau, sans électricité, sans hôpitaux et un Calife marchand d’esclaves.

« Le Père des Turques » Mustapha Kemal, va sauver la Turquie de l’humiliation et du démembrement total que le dernier Sultan Mehmet VI terrifié par les alliés, avalisé. En 1924 le Califat est définitivement aboli. Mustapha Kemal veut effacer toutes traces de ce pouvoir responsable du retard accumulé par son pays. Désormais la Turquie sera une République laïque et démocratique. Il abandonne Istanbul pour Ankara. L’ancienne capitale l’horripile, incapable, corrompue et anachronique. Mais la démocratie ne sera pas toujours respectée. L’armée à plusieurs reprises suspend le pouvoir civile quand celui-ci se montre incompétent face aux multiples défis : la question des minorités, la mauvaise gestion de l‘économie, le clientélisme, le terrorisme de l’extrême gauche et des ultra-nationalistes et aussi les poussées islamistes. Celles-ci sont apparues dès les années cinquante et affleurent à chaque faille. L’armée appliquait brutalement le baume laïc et ensuite rendait le pouvoir aux civils.

Recep Tayyip Erdogan, va avancer à pas de loup. Quand il arrive au pouvoir, il est crédité de l’assainissement de la mairie d’Istanbul, précédemment un bazar plutôt qu’une administration. Les effets des réformes économiques de Turgut Ozal qu’il va poursuivre, commencent à faire leurs effets. Il abolit la peine de mort, obtient l’élection du président de la République au suffrage universel. « Musulman démocrate » comme il se plait de se décrire, face au radicalisme d’Al Qaida et à l’obscurantisme des Frères Musulmans, il séduit turques et occidentaux qui croient voir enfin surgir un islam politique moderne. Mais l’islamisation rampante de l’administration et de l’espace public, son mépris des femmes, la construction de mosquées qui dépasse celles d’hôpitaux, découvre lentement son visage passéiste et autoritaire.  Sa dernière décision résume son état d’esprit. Dans les nouveaux manuels scolaires l’enseignement de Darwin est remplacé par un cours sur le Jihad.

Déjà en 2015 son pouvoir est ébranlé, il perd la majorité absolue aux élections législatives. Il en organise d’autres quelques mois plus tard et passe la barre des cinquante pour cent ; un résultat contesté. Il interrompt le processus de paix avec les kurdes, ce qui lui vaut les voix des nationalistes de l’opposition pour gagner in extremis le referendum qui renforce ses pouvoirs de président. L’étrange coup d’état de 2016 lui permet de frapper un grand coup. Il fait emprisonner neuf députés du HDP kurde qui avait fait son entrée pour la première fois au parlement. Il jette en prison plus de cinquante mille fonctionnaires, militaires, juges, journalistes, universitaires et citoyens et met fin à la carrière de cent soixante mille autres. Sa politique extérieure est un désastre qui vaut à la Turquie des inimitiés solides dont l’économie commence à pâtir.

La Turquie va mal. Kemal Kilicdaoqlu, le président du CHP, premier parti d’opposition, est accusé de trahison chaque fois qu’il critique le chef de l’état. Il organise du quinze juin au neuf juillet une marche de 450 kilomètres d’Ankara à Istanbul, où il sera rejoint par des centaines de milliers de Turques et se terminera par un rassemblement d’un million de citoyens. Le quinze juillet, à l’occasion du premier anniversaire du coup d’état et à l’appel du président, un million de Turques traversent le pont où un an auparavant ils avaient bloqué les putschistes.

Est-ce que ces deux millions s’annulent ? Non, car ils sont de nature différente. Le million du quinze juillet est celui qui a voté oui au référendum, plébiscité plus un chef, « le grand turc », que la démocratie menacée. C’est la foule d’un jour chauffée aux émotions, celles de Nuremberg qui croyait aux promesses du « troisième Reich éternel » ici l’empire à reconstituer. C’est celui largement des provinces pauvres abruties par les imams officiels, dans des mosquées dédiées non pas à Dieu mais à son « ombre sur terre ». C’est la masse prête à l’assaut violent quitte à ébranler la république.

Le million du neuf juin est celui de la préservation des fondamentaux de la république, justice, démocratie et laïcité. C’est celui du long parcours, de la pression permanente annoncée par Kemal Kilicdaoqlu , pour une Turquie moderne et paisible. Ce sont les habitants d’Ankara, d’Izmir et d’Istanbul cosmopolite sous la coupole des mosquées, lieu de prière et d’émerveillement, villes où la Turquie marche de l’avant. C’est celui, pour reprendre Eric Weill, des citoyens qui considèrent une situation insupportable quand il est possible de la changer pacifiquement, ou le moins violemment possible, pour sauver la république. C’est le million qui l’emportera.

Amine Issa

26/07/2014

 

 

 

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09 juillet 2017

Ce que l’on ne dit pas de la guerre en Syrie

Source: Flickr

Au tournant du vingtième siècle, la croissance économique soutenue depuis un demi-siècle et le développement de nouvelles armes, vont créer un surplus de puissance et d’énergie qui, mis au service d’un nationalisme militariste, vont déboucher sur la première guerre mondiale. La gestion humiliante par les alliés de l’Allemagne vaincue et la crise économique de 1929 vont concourir au déclenchement du deuxième conflit mondial. Aristide Briand, ministre des Affaires étrangères de la France et son collègue américain Franck Kellog, mettront en 1928 « la guerre hors-la-loi ». Mais en vain. Le Japon d’abord, l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie ensuite, n’en ont que faire. L’immense boucherie qui va suivre provoquera un traumatisme. Après 1945, seuls l’URSS et les USA continueront à s’affronter, mais par procuration. Malgré les guerres de Corée et du Vietnam, c’est à l’intérieur des pays que l’œuvre de mort continuera.  En Amérique du Sud et en Afrique, mais c’est surtout dans l’URSS de Staline, la Chine de Mao et le Cambodge de Pol-Pot, que se déroulent en silence les plus grands assassinats collectifs de l’histoire de l’humanité. La mort de Staline et de Mao, la chute de L’Union Soviétique, mettent fin aux massacres. Certes, La Chine, la Corée du Sud, l’Iran, l’Arabie Saoudite, les anciennes républiques soviétiques, quelques pays d’Afrique, sont encore des dictatures où l’on meurt pour un délit d’opinion. La Russie et la Turquie dans une moindre mesure. Par ailleurs, l’Amérique a lancé une dernière équipée impériale lamentable en Irak et en Afghanistan et la Russie a annexé la Crimée. Mais sur l’ensemble de la planète, les guerres entre nations et les génocides intérieurs sont en très net recul. Le niveau atteint par le commerce international fait définitivement pencher la balance vers la paix comme moteur de l’économie mondiale et particulièrement après une crise sévère comme celle de 2008. En Amérique du Sud, il n’y a plus de dictature. Celle d’Hugo Chavez est en phase terminale et les FARCS en Colombie ont déposé les armes. Malgré le massacre des Tutsis au Rwanda, l’Afrique depuis 1989 est plus apaisée et de nombreuses dictatures sont tombées. Le système d’apartheid de l’Afrique du Sud a disparu, il ne persiste plus qu’en Israël. Le monde arabe ne suit que lentement le mouvement. La révolution tunisienne, les réformes au Maroc, le renversement de Hosni Moubarak, de Mohamed Morsi et d’Ali Abdallah Saleh, la mort de Mouammar Kadhafi, sont assombris par le chaos en Libye au Yémen et le retour de l’autoritarisme en Égypte et surtout par la guerre en Syrie.

Ce que celle-ci a de particulier est le niveau d’implication de grandes et de moyennes puissances, l’afflux de combattants, de soldats et d’armées régulières du monde entier, les sommes colossales qui y sont investis, l’utilisation de missiles balistiques et de bombardiers stratégiques, de sous-marins et de porte-avions. Aussi disproportionnée, sont la destruction massive de villes et de villages, le déplacement de la moitié de la population, les quatre cent soixante-cinq mille morts et disparus, les milliers de combattants tués, pour déloger une poignée de barbares, qui resurgissent quelques kilomètres plus loin. Il y a avant tout les explications convenues. Celle du contrôle des conduits de gaz et de pétrole, la guerre contre l’Etat Islamique et ses clones, la sécurité d’Israël, les intérêts stratégiques de la Russie et de l’Occident au Moyen-Orient et les querelles d’influences des pays de la région. Mais tout cela mis ensemble ne justifie pas ce niveau de participation. J’en veux pour preuve deux éléments.

D’abord le désengagement des États-Unis depuis Barack Obama et l’interventionnisme erratique de Donald Trump qui laisse au Pentagone de gérer au moindre cout les dérapages que pourrait entrainer le conflit syrien. L’Amérique a beau se replier sur elle-même, sa seule puissance économique et militaire lui impose d’intervenir là où il faut si ses intérêts son en danger. On imagine mal que toutes les autres nations présentes en Syrie se sentent menacées sans que l’Amérique ne soit inquiète, à un jet de pierre d’Israël sa protégée et des puits de pétrole. Le second élément est l’étrange fluidité des alliances entre les partis impliqués dans le conflit. Si l’enjeu était vital pour celles-là, aurait-ont vue la Turquie se fâcher avec la Russie, puis se réconcilier avec elle qui soutient l’Iran, la concurrente d’Ankara ? L’Iran et la Turquie soutiennent des groupes différents et en parallèle développent leurs échanges commerciaux. La Russie soutient les efforts des milices pro-iraniennes, mais ne réagit pas quand elles sont bombardées par les avions de la coalition arabo-occidentale ou Israël. L’Arabie Saoudite, le principal pourvoyeur en moyens des groupes islamistes s’en prend au Qatar sous le prétexte que celui-ci fait de même ! Les Kurdes qui au nord de la Syrie se sont aménagé une quasi-autonomie au détriment de l’état central, monopolisent la prise de Raqua avec des armes américaines sans que la Russie ou les milices pro-iraniennes ne trouvent à redire. Quand l’ALS épaulée par Ankara l’ennemie de Damas s’en prend aux Kurdes, l’aviation syrienne oublie de la bombarder, alors qu’elle le fait si la même ALS est occupée à combattre l’État Islamique. On ne fait pas ce genre de compromis sur le terrain, si les forces engagées y joue une mise importante. Le seul dans ce kalédosquope sans cesse secoué qui risque sa survie, est le président Assad. Mais depuis bien longtemps il ne décide plus rien, il ne sert que de couvertures légales aux interventions iraniennes et russes.

Pour saisir l’ampleur de la guerre en Syrie il faut aussi regarder le caractère des pays et des dirigeants qui s’y sont engagés. Le régime iranien, de par sa pratique de gouvernement et sa structure idéologique, malgré sa charge symbolique religieuse, relève plus du mouvement de la « Révolution permanente » initié par Lénine, que d’une véritable innovation de l’islam politique. Cette révolution permanente est une nécessité pour que le régime survive à ses contradictions et à besoin sans cesse de s’exporter au-delà de ses frontières. La personnalité démagogique de Recep Tayyip Erdogan qui se manifeste tous les jours en Turquie a également besoin d’un théâtre extérieur pour exprimer son besoin de domination et son désir de majesté. Les monarques du Golf qui possèdent leurs pays et leurs richesses, ont trouvé l’occasion de venger leurs égos blessés par Hafez El Assad et son fils Bachar qui les ont humiliés publiquement à plus d’une reprise. Vladimir Poutine dont le pays traverse une crise économique sans précédent depuis la chute de l’Union soviétique recueille dans les sondages un taux de satisfaction de plus de 70%. Les russes, très sensibles à la grandeur de leurs pays, remercient un autocrate, un Pierre Le Grand lilliputien, qui la leur rétablit sur la scène internationale, aussi factice soit-elle. C’est comme si ces derniers « malades qui nous gouvernent » s’étaient retrouvés en Syrie, pour jouer une partie dorénavant interdite ailleurs. Il ne manque à leur cercle que le dernier venu, Donald Trump, mais celui-ci est moins libre de ses caprices.

Je ne prétends pas réduire la longévité et la dureté de la guerre syrienne à ces éléments, mais les ignorer, tronque certainement l’analyse.

Amine Issa

09/07/2017

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26 juin 2017

Pour tuer il faut être déjà mort.

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L’assassinat, comme acte banal, s’installe dans une presque-indifférence. Les pleurs d’une mère alimentent les réseaux sociaux et les courbes de l’audimat. Mais ils ne provoquent pas une réaction en chaîne. 

Nous sommes dégoutés, mais, frileux, repliés dans de l’ouate synthétique ! Nous faisons l’autruche, sauf que nous n’en sommes pas et que nous étoufferions dans le sable.  Entre-temps, les tueurs ambulants poursuivront leur « road trip » vermeil.

Appliquer la peine de mort sans délai pour les meurtriers. Est-ce vraiment dissuasif ? Ceux qui tuent aujourd’hui, sont déjà morts d’une certaine façon dans leur humanité.

Traçons-en un peu le portrait.

Les meurtres, suite à un vol qui tourne mal, ou pour accélérer un héritage, ou éliminer un témoin, sont rares. Ceux qui commettent cette catégorie de forfaits n’imaginent pas vivre en marge de la société.

Ceux qui tuent aujourd’hui avec une telle légèreté d’esprit, ne sont pas seulement ceux au-dessus des lois, parceque sous protection de qui a besoin d’exécutants de basses besognes. Quand on fait appel à un spadassin, la première qualité exigée est la discrétion. Il le sait et il s’y conforme.

Si la drogue et les excès de l’alcool étaient une explication, la population terrestre serait réduite de moitié.

Mêmes les barons de la drogue et de divers trafics, barricadés dans des repères inexpugnables se savent condamnés à tomber un jour. Peu nombreux sont leurs ainés, morts dans leurs lits d’une indigestion. Ceux qui les couvrent parce qu’ils partagent leurs bénéfices, les lâcheront nécessairement un jour pour faire bonne figure. Si ces rois de la cavale se pavanent sur les télévisions en cassant toutes les règles, c’est bien pour exorciser ce sentiment de vulnérabilité.

Ceux qui tuent aujourd’hui sont les premiers arrivés dans la course à la déshumanisation. Celle-ci a commencé quand nous avons renoncé à placer la vie, et celui qui la porte, comme première valeur. Pourtant, à ceux qui croient, leurs religions ne disent pas autre chose. Au Liban, les religions sont encore le premier liant de la société, qui est également le lieu de création de la richesse économique. Pour le musulman, Dieu dit « celui qui tue un homme tue toute l’humanité » (V-32). Pour les chrétiens, l’homme est à l’image de Dieu ; est-ce que l’on tue le Dieu auquel on croit ? Mais les croyants n’ont pas voulu retenir cela. Ils ont préféré des identités de substitution. La religion politique ou la confession communauté ; pour les laïques, la nation. Or celles-ci, sans le premier fondement de l’intangibilité de la vie, sont ouvertes à tous les excès. Dans les manuels d’histoire, on préfère citer les conquêtes de l’Islam par le sabre que le fait que celui-ci a sauvé l’héritage grec. Chez les chrétiens, l’on dresse plus de statues à Saint-Élie, l’épée prête à s’abattre, qu’à Saint François d’Assise. Certains se félicitent d’une apparentée avec les croisés, un ramassis de soudards. La nation, ce creuset de convivialité entre des hommes d’une même culture, que l’on doit certes défendre, est devenu ce moloch qui mange ses fils parce que la nation, qui est une idée, s’est incarnée dans un homme qui la résume. Chaque parti ou communauté a son homme, infaillible au point que Dieu en devient à son image.

Dans leurs comportements économiques, les Libanais qui adhérer à l’idéologie socialiste l’ont abandonnée suite à son échec d’assurer un développement qui faciliterait notre quotidien en rapport aux progrès techniques.  Ils l’ont abandonné avec son idéal de justice et rejoignent le néo-libéralisme. Je dis néo, parce que le véritable libéralisme, celui d’Adam Smith, a pour objectif une meilleure répartition des richesses, « la main invisible du marché » n’étant qu’un moyen de la créer. Ayant pris le moyen pour la fin, tout devient marchandise, tout est quantifiable en monnaie et seulement en monnaie. On ne loue plus la force de travail, on loue le travailleur, il devient objet.

Alors, comment s’étonner que celui sans éducation ni formation, qui n’a que la force de ses bras, qui ne vaut plus rien puisque le réfugié syrien la vend moins cher, ne lui restant alors que la force brutale ; que celui qui vit dans l’ombre de l’homme-dieu et nous avons tellement ; que ceux qui croient en un Dieu, chef de guerre ; que ceux qui ne voient en l’autre qu’une matière négociable ; comment s’étonner que tous ceux-là n’en viennent pas à mépriser la vie au point de l’ôter aussi facilement ?

Même s’ils ont tenté de fuir, les deux meurtriers de Kab Elias et de la Quarantaine, n’ignoraient pas qu’ils seraient rapidement rattrapés par la justice. Et pourtant pour un café trop sucré et une égratignure de carrosserie, ils n’ont pas hésité à tuer.

Dans l’urgence, il faut impérativement sévir sans aucune clémence. Dénoncer sans détour les autorités qui couvrent ces crimes. Mais cela ne suffira pas à endiguer cette épidémie. Il faut rétablir la primauté de la vie, en alignant la dignité de chaque citoyen sur celles de tout autre, fut-il président, homme de religion, riche ou instruit. Il faut démystifier toute fonction ou statut social qui donnerait à son détenteur un privilège de nature différente que celle de n’importe quel citoyen. Il faut ramener les idées, les partis à leurs fonctions utilitaires et les mettre en dessous du seuil de la vie. C’est le seul combat politique qui vaille la peine et nous avons les ressorts. 

Amine Issa

26/06/2017

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11 juin 2017

Paris, mai 2017.

Rue Pajol

L’exposition concomitante au Louvre de Vermeer et de Valentin de Boulogne. Ces deux peintres ont fait voir le seizième siècle. Le premier, Hollandais, peint des scènes d’intérieur, des femmes à l’ouvrage, des visites galantes, des paysages d’eau et des villes indolentes. Lumière et soucis du détail, rehaussent l’impression des sujets apaisés, vaquant à la vie doucement sur un tapis de murmure.

Le second, Français décédé à Rome, reproduit des scènes de luttes, des soldats énervés, des Dieux furieux et des martyrs. Les visages sont à la peine ou irrités, l’épée toujours tirée. La couleur y est haute, criante, sanguine. Le trait est épais, celui d’une humanité rageuse, telle la colère des Héros de l’antiquité, qui sabraient à tout va pour seulement exister.

Le nord et le sud de l’Europe. Le schéma s’est perpétué. Au nord, l’évolution continue depuis les Lumières dans la mesure et le respect. Au sud la réaction identitaire répond à l’immobilisme irresponsable. Le Sud est peut-être enfin en marche, sans la rage de Saint-Just ou le dédain de Joseph de Maistre.

Rue Pajol. Un abrégé de l’échec humain. Policiers et migrants se toisent. J’y ai vu des femmes, même une le ventre en l’air, sans doute pas la nuit. Dans un café il ne suffisait pas d’être seulement un homme, mais aussi avoir du bras et un cœur haut perché. Dans la rue, des hommes dont la terre est l’exile permanent, suspendus un instant dans un espace qui ne leur signifie rien. On leur reproche à raison une incivilité inacceptable. Soupçonnent-ils mêmes ce que veut dire et apporte la civilité ? Des policiers qu’on envoie au charbon de la répression, parce que les politiciens ne savent plus prévenir. L’égoïsme et la paresse ont acculé migrants et policier à une guerre ou il n’y a que des perdants.

Eugène Atget (1), au tournant des dix-neuvième et vingtième siècle, a fixé sur du papier argentique les rues de Paris. Dans le Marais, des hôtels particuliers ouverts à tout vent abritant des chapeliers, des verreries et des charbonniers derrières des façades encrassées. Aujourd’hui dans un des plus beaux hôtels, une grande marque, en le restaurant parfaitement, s’y est installée, s’appropriant une particule. Mais on ne dépasse plus la première cour ou un vigile-laquais ne sourit pas. N’y-a-t’il pas de solution médiane, un passage pour le commun respectueux ?

Au grand palais, à l’exposition « Jardins » est montré un manuel de Jacques Boyceau de La Barauderie « Traité de jardinage selon les raisons de la nature et de l’art divisé en trois livres-1638 ». Déjà, au dix-septième siècle nous savions donc que la nature avait une raison, et possédions l’art de l’apprivoiser et de la respecter. Pour certains aujourd’hui, tel Donald Trump et ses sectaires, il faut encore l’épuiser et ignorer ses mécanismes. La nature a une raison, eux n’en possèdent pas, ou comme dit Descartes « Ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien ».

 

Amine Issa

11/06/2017

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19 mai 2017

Emmanuel Macron, la politique autrement.

Source: Flickr

L’élection d’Emmanuel Macron est la concrétisation d’une nouvelle forme de gouvernance dans les démocraties occidentales.

Suite à la chute de l’URSS, à l’échec dévastateur du néo-libéralisme économique initié au début des années 1980, à la mondialisation accélérée et à la révolution digitale, de nombreux défis se sont posés. La disparition de l’idéologie communiste, à laquelle plus personne ne croyait, ne fut pas remplacée par un récit humaniste qui aurait pu redonner un sens à l’action politique, confinée désormais à une gestion administrative des Etats et des économies. Le désastre de la crise de 2008, imputable au néolibéralisme qui instaura l’avidité comme seul valeur du comportement économique, a déteint négativement sur le libéralisme, seul véritable système créateur de richesses devant être équitablement distribuées entre les entrepreneurs et les moins prospères. La mondialisation, qui n’a pas voulût prendre en ligne de compte les rythmes différents d’adaptation à ce bouleversement, s’est transformée pour les perdants et les déstabilisés en un cauchemar. La révolution digitale a brisé des frontières et permi des rapprochements impensables jusque-là, facilitant la vie à des centaines de millions de personnes. Mais elle a, par contre, tant l’individualisme avait au préalable atteint un très haut degré, augmenté l’isolement physique et le contact dématérialisé, au détriment de la solidarité.

A tous ces problèmes, les élites politiques n’ont pas su répondre. Les partis traditionnels, avec leur ligne de fracture gauche-droite, finissaient par se confondre dans leurs inefficacité. Parallèlement à leur déclin, se sont renforcés ou ont surgi les populistes qui répercutent certes le malaise général, mais qui n’offrent aucun programme crédible. En Espagne, Podémos a obtenu la gestion de villes qu’il a mené à la faillite ; en Italie le mouvement Cinq Etoiles, qui présente les traits d’une secte, a réussi à faire élire l’une des siennes maire de Rome, dont la principale réalisation est d’être l’édile la plus critiquée de l’histoire du pays. Donald Trump, en cent jours de pouvoir, a amassé des avanies, effectué des reculades, atteint une impopularité qu’aucun de ses prédécesseurs n’a jamais approché.

Le mouvement En Marche, lui, s’est distingué en proposant des solutions, et non des idées à partir de positions idéologiques. Car, sur les questions de fond il n’existe plus de véritables désaccords. Plus personne ne remet en question la démocratie, la liberté et les droits de l’Homme. La gauche n’a plus l’exclusivité de la justice sociale et la droite, celle du libéralisme économique. La gauche et la droite ne se disputaient plus que sur des mesures ponctuelles et opportunistes, qui augmentaient la chance de l’un ou de l’autre d’accéder au pouvoir, sans prendre à bras le corps l’ensemble des défis. Conscients que leurs différences de principes s’effacent, ils ont malgré cela continué de pratiquer l‘obstruction chaque fois qu’ils étaient dans l’opposition. Les votes unanimes sur quelques lois tellement évidentes, sont les exceptions qui confirment la loi de leurs raidissements de posture partisane. Cela les a discrédités et leur a fait perdre les élections. Leur mépris pour l’intelligence des électeurs les a disqualifiés.

On a reproché au programme d’En Marche d’être flou ou ambigu. Il est en fait consensuel, sans inhibition de principe, non définitif parce que plus personne ne peut prétendre apporter ou connaître de façon certaine quelles sont les meilleurs solutions. Par la composition de son premier gouvernement, Emmanuel Macron indique que les politiques sans les compétences de la société civile, qui n’y fait pas cette fois  uniquement de la figuration, ne peuvent réussir.

Amine Issa

19/05/2017 

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07 mai 2017

جبران باسيل والمخلّص

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من دون أدني شك، السيد حسن نصر الله يتمتع كزعيم، بأعلى نسبة من الجاذبية في لبنان والاكثر اطاعة من قبل انصاره. فكلامه لا يناقش ولا يشك فيه. ويقدم حزب الله نفسه كحزب سياسي بخلفية عقائدية ودينية تفرض، الولاء المطلق لوكيل ولي الفقيه. ولم نلاحظ ولا في اي لحظة او حتى بإشارة غير مباشرة ان لمح بها السيد نصر الله على انه القائم او حتى نائب المهدي.

دخل السيد جبران باسيل بلدة البترون في يوم الشعانين على ظهر حمار، كما دخل السيد المسيح الى القدس. طبعا لا نتهم السيد باسيل انه يحل بدلا من السيد المسيح، ما عاذ الله! لكن ربما حذوا به وبتعاليمه. دخل المخلص القدس ممتطيا حمار، وليس جوادا بسرج من الحرير ومزين برشمة من الفضة، ايمانا منه بالزهد في الدنيا والتخلي عن كل ما هو مادي من اجل الفقراء. هل هذا هو ايمان وسلوك السيد باسيل؟ المسيح كان يمسك بيده غصن من الزيتون واما باسيل فممسكا لعصا. عصن الزيتون هو رمز السلام، فإلى ما تشير عصا السيد باسيل؟ هل هي للتحكم بالعباد؟ او ربما هي كعصا موسى التي شق بها البحر ليخلص بها شعبه من اضطهاد فرعون.  لعله يعدنا بمعجزة كهذه!

لماذا هذا التشبه بالأنبياء والرسل؟ هل يحاول السيد باسيل دخول البترون الشرعية الالهية بعدما حجبت عنه الشرعية الشعبية في دورتين انتخابيتين؟ والاكثر مؤسف في هذا المشهد الغير مألوف، هو تصفيق محاذيه، ما يعتبر تبريرا بل قبولا بزج السيد المسيح على خشبة المسرح السياسي، وهو الذي قال: " اعطوا ما لقيصر لقيصر وما لله لله." 

فليتفكروا بقول بولس الرسول: " فاثبتوا إذا في الحرية التي قد حررنا المسيح بها، ولا ترتقبوا ايضا بنير عبودية."

 

امين عيسى

 

2017/5/7

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22 avril 2017

Pourquoi Emmanuel Macron sera élu

Source: Flickr

Si la révolte pouvait fonder une philosophie, ce serait une philosophie des limites, de l’ignorance calculée et du risque. Celui qui ne peut tout savoir, ne peut tout tuer.

Albert Camus

 

L’élection présidentielle devrait amener en France la première véritable rupture depuis 1981. Pour la dernière décennie, il est très difficile de repérer une véritable alternance. Comme partout en occident, les Français ont compris la nécessité de réagir. Ils le font sur deux modes. Le premier, est le repli national, le protectionnisme économique et le réenracinement culturel. Cette posture avant les primaires était à des degrés divers celles de Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, chacun selon un crédo particulier. Leurs discours trouvaient écho pour le FN, chez les premières victimes de la crise, les chômeurs, les plus pauvres, les moins instruits, exclusivement « petits blancs » déclassés, mais également chez les ultraconservateurs catholiques ou laïques. Pour La France Insoumise, également les « petits blancs », mais aussi les immigrés stigmatisés par la parenté généralement subie avec le terrorisme islamique. C’est à la veille du premier tour, en gros quarante pour cent de l’électorat, encore moins à la veille des primaires.

Le second, celui des deux grands partis, les Républicains et le PS, ainsi qu’Emmanuel Macron qui tentaient une autre approche. Celle de reconnaître que le monde est devenu tellement complexe qu’il n’existe pas de solution miracle. Le changement nécessaire, s’il prend en compte le défi d’une France à la traîne mais gorgée d’atouts, de la souffrance des Français à cause d’une économie en panne, des risques du terrorisme et du communautarisme, doit se faire dans la douleur, mais graduellement. Il doit se faire selon la technique du « essai et erreur » (Trial and error) pour permettre une rectification de la feuille de route, chemin faisant. Certes, il y a urgence, mais il ne faut pas s’y résoudre au risque d’hypothéquer irrémédiablement l’avenir par des mesures lourdes. Edgar Morin critiquait à juste titre « l'obligation de sacrifier l'essentiel pour l'urgent, ce qui aboutit à oublier l'urgence de l'essentiel ». Pour Les Républicains et le PS, ceux qui partageaient cette approche étaient Manuel Vals et Alain Juppé, que les sondages donnaient gagnants aux primaires de leur parti. Mais la mécanique des partis, des élections internes, l’absentéisme de leurs partisans à rebours de l’activisme de leurs adversaires, les a exclus au profit de candidats à leur gauche ou à leur droite selon le cas. Quelles que soient les divergences de mesures que proposait le trio susmentionné, il s’entendait sur l’essentiel. Le monde et la France ont changé, les problèmes sont ce qu’ils sont, personne ne les ignore et si aucun n’a toutes les solutions, elles existent. Il faudra les imaginer et les essayer.

Au lendemain des primaires, il était évident qu’Emmanuel Macron ne récolterait pas immédiatement les déçus chez les Républicains et le PS. L’atavisme partisan est tenace. Mais il se délite. Les partisans de François Fillon qui ont perdu toute inhibition républicaine et humaniste, sont tentés de voter pour Marine Le Pen. Ceux de Benoit Hamon, les gauchistes utopiques lui préfèrent le tribun insoumis Jean-Luc Mélenchon qui leur promet « sous les pavés, la plage ». Mais d’autres pourraient se reporter sur Emmanuel Macron, qui entre temps battit sa stature et son discours. A la prégnance dans l’esprit des Français qu’il n’y a que la gauche et la droite, il répète inlassablement que ce n’est pas vrai, qu’il n’est pas un personnage hybride. Il le symbolise par son adoubement par François Bayrou, remercie froidement Emmanuel Vals de son soutient. Mais il accepte avec enthousiasme celui de Jean-Yves Le Drian, un homme irréprochable et un ministre compétent qui lui donne une épaisseur régalienne et sécuritaire. Le ralliement de Dominique De Villepin est celui d’un ministre qui en 2003, à la tribune de l’ONU, a rappelé avec brio au monde tétanisé par l’agressivité américaine, que la France était encore une nation souveraine qui ne céderait pas aux injonctions à bafouer le droit international. Le passage d’Emmanuel Macron dans la banque privée est peut-être ce qui lui ouvert les yeux sur les effets désastreux d’une finance débridée, qui a creusé les inégalités, mis en faillite des millions de foyers et a créé des richesses virtuelles. En même temps, ministre de l’économie il défendait avec lucidité et au péril de l’impopularité, la loi du travail de Myriam El Khomri, convaincu de la nécessité de l’assouplissement des réglementations pour encourager l’embauche afin de relancer la production en panne.

En fin de compte, soixante à soixante-dix pour cent des Français au moment de voter, se rappelleront qu’Emmanuel Macron est celui qui représente le plus leurs dispositions à la veille des primaires. J’en ose le pari.

Amine Issa

22/04/2017

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09 avril 2017

Loi électorale, entre le bon grain et l’ivraie

Source: Flickr

A quoi servent des élections dans une démocratie moderne ? Elles sont la délégation de la volonté populaire souveraine à des représentants de celle-ci. Le principe de représentation est ancien, même si la souveraineté du peuple n’était pas la source ou la seule source de la légitimité de l’organe représentatif. Et même, quand cet organe l’a prétendu dans la pratique, il s’est parfois retourné contre le peuple. Je citerai deux modes de représentation qui éclairent notre réalité.

Le premier est celui des Etats généraux de l’ancien régime en France, composé de trois corps : la noblesse, le clergé et le tiers-état. Ce qui nous intéresse ici, est la façon dont ces trois corps votaient. Ils le faisaient collectivement, c’est-à-dire, il n’y avait que trois voix, une par corps et non pas 1139 voix (en 1789), celle de chaque membre de ces corps.

Le second est celui des systèmes qui prétendaient incarner la volonté générale. Celui de la Terreur Jacobine, et plus tard de ses avatars, celui des partis idéologiques et des démocraties populaires. Dans ces cas-là, la représentation s’est transformée en substitution. Un parlement partisan ou un dirigeant avaient la prétention d’incarner la volonté générale et par ce fait, annuler la distance qui existe entre le peuple et ses représentants. C’est une perversion du principe de représentation, car sans cette distance, le peuple perd son pouvoir de contrôle et de sanctions.

Au Liban nous pratiquons un mélange de ces deux modes. Les communautés, soit votent comme les trois corps des Etats Généraux, soit les députés issus de partis idéologiques, de familles féodales, prétendent se substituer à leurs mandataires.

On comprend mieux ainsi pourquoi ces mêmes partis phagocytent tous les organismes élus, CGT, syndicats, ordre etc. Ainsi ils confisquent toute forme de représentation. Egalement, en cédant aux instances religieuses les questions de statut personnel et de moralité, ils réduisent encore plus le champ de liberté des citoyens qui se situe en dehors de la sphère politique. Ils font de nous des incapables.

Ce système existe depuis l’indépendance du Liban. Sauf qu’à partir des années 60, une vague de protestation s’est amplifiée pour le contester. La guerre civile a arrêté ce mouvement. Et depuis 1990, jusqu’au retrait de l’armée Syrienne, ce système s’est solidifié. Les gouvernants pratiquent à notre égard la politique de l’endiguement que Georges Kennan avait imaginée pour étouffer l’Union Soviétique.

Peu de libanais sont inconscients de ce fait. Mais les pratiques d’endiguement si bien rodé et l’absence de porteurs d’un système de remplacement, nous maintiennent dans cette dépendance aux maîtres. A cette soumission, chaque communauté, selon son habitus culturel qui la distingue, trouve un exutoire. Il ne faut pas pour les chiites, résumer leurs adhésions à la politique du Hezbollah comme uniquement une adhérence à son idéologie. Face à un quotidien pénible, ils se réfugient dans la sortie de l’histoire qui ne connait que deux moments, l’un figé, Karballa et l’autre hypothétique, la parousie du Mahdi. Cette suspension de l’histoire exige le sacrifice du temps vécu et le sacrifice de soi tout court. Pour d’autres, c’est la perpétuation du mode tribal et de la rébellion contre la loi commune, celle de l’état, insatisfaisante car injuste. Pour les sunnites, il existe plusieurs niveaux d’échappatoires qui peuvent se recouper. Celui de l’hédonisme par la consommation, l’appartenance à une arabité mythique qui transcende l’appartenance au système libanais. Et pour les plus désespérés la séduction de l’utopie du califat et du nihilisme suicidaire dans des batailles perdues d’avance et l’autodestruction des kamikazes. Chez les chrétiens, c’est également l’hédonisme par la consommation et l’exil intérieur pour les partisans de la séparation, ou l’exil extérieur pour ceux qui le peuvent.

Tout ce qui précède n’est peut-être qu’une gymnastique intellectuelle sans fondement. Comment évaluer alors ce que les libanais veulent vraiment ? Par les élections. Mais selon quelle mode de scrutin ?

Le scrutin uninominal à deux tours. Il entend autant de circonscription que de députés. En réduisant le nombre de votants par candidats, il permet aux candidats indépendants, sans grands moyens financiers, de mener une campagne et d’être les porteurs d’un changement du système. La campagne ne sera plus des slogans affichés sur des panneaux et débités par des porte-paroles, mais une confrontation, un face à face entre le candidat et les électeurs. On passe ainsi du seul discours au débat. Le candidat ne peut plus débiter des poncifs, mais devra argumenter et convaincre. L’électeur retrouve la parole, questionne, interpelle, évalue, demande des comptes pour les promesses non tenues. Il redevient sujet actif et non plus un individu asservi. Il recouvre son libre choix et retrouve sa dignité.

Si les électeurs après cela réinstallent les mêmes, c’est qu’ils le souhaitent. Je me permets d’en douter à la seule constatation qu’aucun parti n’a proposé ce mode de scrutin. Il est encore temps de militer pour ce mode de scrutin, les moyens de le faire sont nombreux. Que les sceptiques ravalent leur sarcasme, à l’ordre des ingénieurs (50000 adhérents) l’élection de Jad Tabet est le résultat d’un programme convaincant, d’un discours délivré directement aux électeurs, d’une campagne habile et d’un activisme batailleur. Les indécrottables incrédules, vont prétendre que le candidat indépendant a gagné grâce aux dissensions au sein de la coalition des partis. Mais se jouer de la compétition de ses adversaires, n’est-ce pas une des règles du jeu démocratique ?  Entre l’idéalisme béat et le cynisme, il y’a la politique, la vraie.

 

Amine Issa

09/04/2017

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26 mars 2017

Devant les salaires et les impôts, il y’a une grille à abattre.

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La raison principale pour laquelle le général Michel Aoun fût finalement élu, était la constatation de l’ensemble des partis, que la situation socio-économique du Liban avait atteint le point de rupture. Un président par défaut pour éviter un défaut de payement fatal.

Dans la même logique, l’augmentation des salaires des 200,000 fonctionnaires de l’État est devenue une nécessité, une tentative de relance par la demande, la consommation. L’arrêt des investissements, le creusement du déficit de la balance commerciale, la baisse de la production industrielle et agricole, l’état lamentable des infrastructures et des communications, pour les sociétés de services notament, paralysent notre économie et laminent le pouvoir d’achat des Libanais.

Au-delà de la justesse de la correction des salaires, se pose celle de son financement et de son efficience économique. Pour distribuer de la richesse, il faut d’abord la créer. L’État ne l’a pas fait. Les revenus de l’État, à travers la fiscalité et les taxes, n’ont pas augmenté. Corriger les inégalités par une augmentation des taux d’imposition sur les bénéfices des sociétés et des hauts revenus, serait une voie. Mais elle ne sera pas empruntée. Pour deux raisons. La première est que, ceux qui seraient visés sont les mêmes, ou sont associés à ceux qui en voteraient l’augmentation. Une autre raison, technique elle, est que les secteurs qui produisent encore des marges ce sont réduits comme peau de chagrin. Restent évidemment les banques dont les bénéfices continuent à caracoler. Mais l’état se gardera bien de pressuriser ceux qui financent son déficit et encore une fois à cause de la porosité entre les conseils d’administration et le conseil des ministres.

Tout cela veut dire que ce que l’on donnera d’une main on le reprendra de l'autre, les nouvelles taxes et impôts vont être payés principalement par les Libanais des classes moyennes et pauvres.

Les Libanais ne sont pas dupes. Ils l’ont exprimé dans la rue.

Créer de la richesse est d’abord, une partie qui se joue à deux. Le secteur privé paye des impôts à l’état, qui sont redistribué sous forme de salaires, d’allocations, dans l’enseignement et la santé et investit dans les infrastructures, qui à leur tour permettent le développement du secteur privé. C’est un cercle vertueux, à condition d’avoir de la vertu ! Ensuite, un pays qui veut créer de la richesse doit exploiter ses capacités. Pour le faire, il a besoin de liberté, de droit et de stabilité. La liberté n’est pas seulement celle de la parole et de la circulation, mais aussi celle de choisir ses dirigeants et de les sanctionner. Le droit que la justice applique, devrait assuré l’égalité dans le traitement par une administration qui n’est pas corrompue et un système judiciaire aveugle. La stabilité se traduit par un fonctionnement régulier des institutions, qui comprend entre-autre l’alternance au gouvernement du pays, dans le respect des règles constitutionnelles. Nous n’avons ni cette liberté, ni ce droit, ni cette stabilité.

Au résultat, depuis la fin de la guerre en 1990, l’économie libanaise a connu une croissance sur des bases fragiles. L’investissement privé s’est surtout engagé, dans des projets à court terme qui ne crée pas suffisamment d’emplois stables et dans une économie de rentes et peu productrice. A savoir l’immobilier, le commerce et la consommation de biens importés et la souscription aux bons du trésor à des taux usuriers, qui permet de financer généreusement les capitaux entrants. Grâce à ceux-là, la balance des payements est positive. Mais ce n’est pas un signe de vitalité, car ses capitaux ne s’investissent que très peu dans l’économie réelle à long terme. La dépense publique a suivi la même direction. Les infrastructures sont défaillantes et l’administration composée de clients est hypertrophiée et inefficace.

Ceux qui pensent que nous sommes condamnés se trompent. Une classe d’investisseurs et d’entrepreneurs en apporte la preuve empirique. Dans l’industrie et l’agriculture et surtout les services, celle notamment des nouvelles technologies, des produits à hautes valeurs ajoutés sont proposés sur le marché libanais et surtout sont exportés, sans difficulté à leurs entrées sur les marchés extérieurs. Les émigrés libanais moyennement et hautement qualifiés sont également « exportés ». Leur contribution au PIB est de l’ordre de 25%. 

Peut-on renverser le courant ? Oui à condition de retrouver notre liberté de choisir et sanctionner nos gouvernants. Est-ce possible ? Suite à la manifestation de dimanche le spectacle des ministres et députés se renvoyant la patate chaude, était édifiant. Chaque parti clamant son innocence et accusant l’autre d’être à l’origine de telle ou telle taxe. D’autres se sont carrément opposés à tout impôts ou ont suspendu leurs participations aux séances parlementaires. A les croire, ces impôts ont été discutés et proposés par des martiens. Au résultat, Le projet est aujourd’hui suspendu

Comme pour le scandale des déchets, celui de l’Eden Rock et maintenant les impôts, la pression d’une rue indifférenciée, inclassable politiquement et communautairement, aussi insuffisants que soit ses accomplissements, suggère deux constatations. La première est que cette pression peut ébranler l’édifice. La deuxième est que les Libanais ne sont pas résignés. Ce qu’il faut c’est un suivi modulé de la protestation. Cela n’est pas impossible.

Amine Issa

26/03/2017

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