La Haine est le titre du film de Mathieu Kassovitz's. C'est un film noir sur la violence dans les banlieues parisienne. Il augurait de la vague de brutalité qui allait déferlé sur la France sur fond de confrontation raciale et religieuse entre immigrés et nationaux de souche. Pour ne pas être en reste, Damas et Tel-Aviv, reprennent ce scénario, la haine, mais en font un film apocalyptique de mauvaise facture. D'un coté le président Ahmadinajad ainsi que Hassan Nasrallah et Khaled Mechaal, prédisent à Israel sa disparition si elle s'aventurait dans une nouvelle guerre. De l'autre le premier ministre Israélien et ses ministres de la défense et des affaires étrangères, promettent au Liban à la Syrie et à Gaza  des destructions à grande échelle et un renversement de régime. L'Iran lui vit sous la menace de l'arme nucléaire qu'Israël possède sans l'avouer. Dans ce numéro Paul Khalifé étudiera les véritables risques de guerre à la lumière d'une lecture analytique des positions des différents protagonistes.

Je voudrais, me placer en amont de cette approche et relever le degré de férocité auquel sont arrivés les différents acteurs dans leurs menaces. Certes, lors du sommet de Khartoum au lendemain de la guerre de 1967, les arabes avaient clairement refusé la reconnaissance d'Israël. Certes l'état hébreux en colonisant la Cisjordanie, manifesté sa vision expansionniste. Mais les protagonistes n'étaient pas tout à fait les mêmes. Les pays arabes et les palestiniens étaient dirigés par des laïcs, croyaient à l'utopie socialiste d'un monde meilleur et, au sommet de Bandung en 1956 avec l'Inde et Cuba  prônaient la fraternité entre les hommes de races et de religions différentes. La conférence de Madrid en 1991 devait entériner la reconnaissance d'Israël par le monde arabe. Les premiers sionistes, également laïques et socialistes, avaient accepté d'abord un partage de la Palestine en deux états. Après la guerre de 1973 il restituèrent à l'Egypte le Sinaï et se résolurent à Oslo de reconnaître l'Olp c'est-à-dire accepter le droit des palestiniens à un état souverain. Cette reconnaissance mutuelle est certes avant tout politique, mais elle a l'avantage d'exister. Elle fut arrachée de haute lutte. Malgré tout les revers essuyé par les armées arabes et l'Olp, le maintient de la lutte armée et la révolte des pierres en Cisjordanie, ont épuisé les deux camps, prêts au martyr mais aussi soucieux de se préserver une chance pour une vie meilleur même au prix de concessions. Que s'est-il passer depuis? Une mauvaise conjoncture a vu apparaître un revivalisme religieux extrémiste, tant aux Etat-Unis avec les néo-conservateurs alliés aux évangélistes, que dans le monde musulman qu'en Israél avec la montée fulgurante des partis religieux.

Pour ceux qui imputent l'émergence de l'islamisme à l'injustice faite aux palestiniens, je réponds que si c'en est une cause, ce n'est pas la seul qui expliquerait cette vague qui s'étend de la Chine à la Mauritanie. Le phénomène du renouveau religieux est planétaire et dépend de causes beaucoup plus complexe. Toujours est-il que la religion aujourd'hui est vécue comme au moment les plus sombre de son histoire. Elle est exclusive, ne reconnaît plus l'Autre. Elle est d'autant plus dangereuse, qu'ayant renoncé à la raison, au libre arbitre, à la liberté des individus, à la primauté de l'homme sur l'idéologie, elle se sert de la science à des fins destructives. Ceci est le revers de la modernité sans éthique, que la religion tel elle est pratiquée aujourd'hui, loin de compenser ce déficit, l'aggrave. C'est pour cela sans doute, qu'au sommet de Damas, Assad le laïque semblait le moins enthousiasme pour une guerre généralisé.

 

Amine Issa

L’Hébdo Magazine

05/03/2010