Les fanfaronnades des principaux dirigeants israéliens, arguant de la capacité de leur pays à se défendre seul, sont révélatrices d’une crise entre l’Etat hébreu et ses protecteurs occidentaux.

Si, politiquement, l’Europe tient par rapport à Israël un rôle mineur, leur différend peut avoir de graves conséquences sur leurs relations commerciales et scientifiques.

L’idée d’un foyer national juif est née en Europe. Le sionisme, théorie du droit national des juifs à un Etat juste, démocratique et laïque, est le fruit de l’évolution de la pensée en Europe. La Renaissance, les Lumières, la philosophie et le développement des sciences, ont débouché sur ce qu’est aujourd’hui l’Europe. Dans le sillage de cette révolution phénoménale, l’idée d’Israël a vu le jour. L’histoire politique n’a fait qu’en accélérer la création. Or, que se passe-t-il en Israël? Jérusalem-Est, la ville des Arabes, est devenue un enjeu existentiel pour les juifs. En Cisjordanie, des mosquées sont brulées. Le ministre de la Justice regrette publiquement que le droit hébreu soit marginalisé. Les Harédims augmentent en nombre et en revendications. En Cisjordanie, le dôme de Rachel et le tombeau d’Abraham, deux figures communes aux monothéistes, sont inclus au patrimoine culturel exclusif d’Israël. Le poète Yona Wallach est censuré parce qu’il dit qu’«Israël est devenu un mini-Iran».

L’Europe elle, face à la résurgence du communautarisme, principalement religieux, connaît une forte réaction de la tradition laïque et républicaine. Ceci s’est traduit par l’interdiction des minarets en Suisse, de la burqa en France et d’une allergie à tous les signes extérieurs de l’appartenance communautaire. Ceux qui pensent que cette réaction est seulement dirigée contre l’Islam, se trompent. En Angleterre, plusieurs universités refusent de collaborer avec des professeurs israéliens. Des importateurs boycottent les produits israéliens issus des territoires occupés. Un collectif d’intellectuels juifs européens a signé un appel pour l’établissement d’un Etat palestinien ayant Jérusalem-Est pour capitale. Toutes choses impensables il y a dix ans.

Avec les Etats-Unis, le contentieux est d’une autre nature. Certes, les Etats-Unis n’abandonneront jamais Israël et n’admettront pas que l’injustice dont sont victimes les Palestiniens depuis 62 ans, soit réparée par les vœux du président iranien d’annihiler l’Etat hébreu. Pour autant, l’appel lancé par les généraux Mac-Cristal, Petraeus et l’amiral Mullen chef des armées, est significatif. Ces trois officiers ont averti l’Administration Obama que les Etats-Unis ne pouvaient se mettre éternellement à dos plus d’un milliard de musulmans, suite à l’aventurisme des néoconservateurs de l’ère Bush. Ces trois prestigieux militaires, qui n’ont pas connu la Seconde Guerre mondiale et ont participé à celle du Vietnam en simples soldats, n’ont pas la vision d’un monde bipolaire où le monde musulman aurait remplacé l’URSS comme l’ennemi à abattre. Pour cela, pour se réconcilier avec le monde musulman, ils pensent que la résolution du conflit israélo-palestinien, de façon juste et équitable, est impérative. Le président lui-même et deux de ces principaux conseillers, juifs de surcroit, Ram Emanuel et David Axelord, partagent cet avis. Quand d’autres juifs américains tels Martin Indyck, ancien de l’Administration Clinton et vice-président du Think Tank Brooking Institution, et Thomas Friedman, principal éditorialiste du New York Times, écrivent dans le même sens, et quand on connaît l’influence de ces institutions sur la politique américaine, on ne peut plus sous-estimer le malaise entre les deux alliés. Quand le Jérusalem Post révèle que 91% des Israéliens pensent que l’Administration Obama dessert les intérêts d’Israël alors que l’American Jewish Committee dévoile que 73% des juifs américains pensent le contraire, cela confirme l’incompréhension entre les deux pays. Enfin, le président du Congrès juif mondial, Ronald Lauder, à adressé une lettre à Barack Obama, dans laquelle il insiste sur le danger du programme nucléaire iranien et sur son inquiétude quant à la dégradation des relations entre Israël et les Etats-Unis. La réponse de l’administration américaine a été diffusée par La BBC. A savoir la possibilité que les Etats-Unis n’opposent pas leur veto à une résolution de l’Onu condamnant la colonisation de Jérusalem-Est. Le président Obama a également demandé à Israël de rejoindre le traité de non-prolifération des armes nucléaires!

Comment Israël résoudra-t-il cette nouvelle équation? Par une fuite en avant? Contre Gaza peut-être? Soyons prudents et évitons de lui en offrir le prétexte.

Amine Issa

L’Hébdo Magazine

14/05/2010