Madrid 1991, étaient entamées les véritables négociations entre Arabes, Palestiniens et Israéliens. Elles furent suivies de plusieurs accords qui connurent un début d’application. Puis la machine se grippa, la seconde Intifada fut lancée et depuis, l’on patauge. A partir du  rapport Baker-Hamilton, commandé par le président Bush fin 2006, l’Amérique a compris que ses relations avec un milliard et demi de musulmans ne pouvaient s’apaiser qu’en résolvant l’injustice faite aux Palestiniens. L’Administration Bush, en fin de course et idéologiquement réticente à s’engager dans la voie préconisée par le rapport qu’elle avait elle-même initié, perdit deux années de plus. Barack Obama, lui, lève l’option. Comment s’y prend-il, quelles sont ses chances de succès, les nœuds essentiels, Jenny Saleh les développe dans un dossier de cette édition (Page 40). Je voudrais pour ma part m’arrêter sur quelques changements fondamentaux, survenus depuis 1991, dans les deux sociétés palestinienne et israélienne. D’abord l’Etat hébreu. Les ultra-orthodoxes, hostiles à toute rétrocession de territoires, s’ils ne forment aujourd’hui que 9% de la population totale, ils comptent 25% d’enfants israéliens. Les colons qui étaient en 1994, cent trente-cinq mille, sont aujourd’hui trois cent mille (sans compter les deux cent mille colons de Jérusalem-Est). Les partis nationalistes d’extrême droite qui surnageaient, il y a vingt ans, occupent actuellement 20% des sièges de la Knesset. Le parti d’Avigdor Lieberman, qui refuse toute concession, compte plus de députés que le parti travailliste, celui d’Itzhak Rabin qui serra la main à Yasser Arafat. Le Meretz, partisan de la paix n’a plus que trois députés et le parti laïque de Tommy Lapid n’est plus représenté au Parlement. Une enquête du Wall Street Journal (1) indique que si Israël est le pays qui, proportionnellement à sa population, crée le plus grand nombre de «Start-Up», celles-ci sont immédiatement vendues avant de se développer faute de capitaux pour investir à long terme et par insuffisance de gestionnaires qualifiés. Enfin, d’après le Ha’aretz (2), si 83% des jeunes israéliens sont disposés à faire leur service militaire, 59% considèrent que les Arabes israéliens ne le devraient pas, et n’ont d’ailleurs pas les mêmes droits que les juifs israéliens.

Du côté palestinien, l’image n’est guère plus reluisante. L’économie de la Cisjordanie, malgré les efforts louables de Salam Fayad, est tributaire de l’aide internationale. Yasser Arafat, le ciment de la société palestinienne, n’est plus. Mahmoud Abbas est loin d’avoir la même autorité pour imposer un accord. En 1991, le Hamas n’était qu’un groupuscule. Aujourd’hui, il contrôle Gaza, le seul territoire vierge de toute occupation, qui abrite 40% de la population palestinienne. Il est même débordé sur sa gauche par le Jihad islamique et quelques formations ultra-violentes qu’il peine à mettre au pas.

Toutes ces réalités n’ont qu’une signification. Si le président Obama devait, dans quelques mois, annoncer l’échec des négociations, il ne pourra plus y en avoir. Les deux sociétés, israélienne et palestinienne sont à deux doigts de basculer dans le radicalisme. Si Lieberman peut être encore circonscrit par Netanyahu, dans cinq ans, en l’absence d’accord de paix, c’est ce même Lieberman qui sera Premier ministre. Il y a fort à parier que son alter ego en Cisjordanie sera Khaled Mechaal ou Ismaïl Haniyé, les leaders du Hamas. Dans cinq ans, ce seront deux sociétés portées par une idéologie exclusive du rejet de l’autre. Deux sociétés désertées par leurs citoyens rationnels, éduqués et désirant la paix. Deux sociétés vivantes des subsides de l’Iran, de l’Amérique ou de tout autre fauteur de trouble. Deux sociétés militarisées à outrance, en guerre permanente, Sparte au lieu d’Athènes. Et ce n’est pas le Liban qui pourra prétendre s’imperméabiliser contre cette violence. Amine Issa

 

Amine Issa

L’Hébdo Magazine

10/09/2010

1- Wall Street Journal, 26/8/10

2 –Ha’aretz, 06/09/10