Quand, en 1948, l’Onu décida le partage de la Palestine en deux Etats, elle ne faisait que se résoudre à une évidence: l’impossible coexistence entre juifs et Arabes. Les sionistes avaient déjà, au 19e siècle, jeté leur dévolu sur cette terre. Laminés par les pogromes et l’antisémitisme en Europe, ils décidèrent de créer «Un foyer national juif» qui  les rassemblerait et les protègerait. Le choix de la Palestine s’imposa, la Bible la leur promettait. Pour les Arabes, la dimension religieuse se confond avec la dimension historique pour la revendication du même territoire. Jérusalem est le troisième lieu saint de l’islam, et les Palestiniens l’ont habité majoritairement depuis des siècles. En 1948, tant les Arabes, qui fêtaient leurs indépendances fraîchement acquises, que les Palestiniens ne pouvaient admettre qu’on ampute leur territoire d’une partie pour la donner à de nouveaux émigrants, c'est-à-dire aux juifs. Israël a tenu tête aux armées arabes au cours de trois guerres. Ce qui fit sa force était tant sa cohésion interne que l’aide de l’Europe et des Etats-Unis. L’Amérique a soutenu indéfectiblement Israël  pour des raisons stratégiques et des affinités religieuses. Pendant la Guerre froide, Israël était la tête de pont de l’Amérique au Moyen-Orient et, après la chute de l’Union soviétique, son principal allié contre les «Etats voyous».  L’Amérique, créée par des pionniers protestants croyant en une mission civilisatrice de leur pays,  voyait en Israël son alter ego. L’Europe, pour sa part, culpabilisée par le massacre de six millions de juifs, soutenait Israël, et trouvait, comme le dit Régis Debrey, «sur le continent déchristianisé, dans la commémoration de la Shoah, une communion européenne».

Où en sommes-nous 63 ans plus tard. Israël a fait la paix avec l’Egypte et la Jordanie et ne craint plus pour sa survie, malgré les coups sévères portés par le Hamas et le Hezbollah. Les Arabes et les Palestiniens ont renoncé à l’annihiler. Ceux-là se sont même résolus à un partage du territoire en deux Etats, même si le leur sera plus réduit que celui octroyé par le plan de 1948. Mais les concessions accordées par ses adversaires, depuis la visite historique de Sadate à Jérusalem en 1979, n’ont pas convaincu Israël de prendre la seule initiative sérieuse qui lui est demandée; la création d’un Etat palestinien. Depuis 1967, il ne cesse d’étendre ses colonies en Cisjordanie et ne respecte aucun de ses engagements vis-à-vis de cet Etat en gestation.

Israël pourra-t-il indéfiniment dénier aux Palestiniens leurs droits? Pense-t-il qu’une  reconnaissance à l’Onu d’un Etat palestinien n’aura qu’un effet limité? Peut être. Mais l’essentiel est ailleurs. La société israélienne est malade. Elle perd sa cohésion. L’ultralibéralisme de ses dirigeants a creusé les inégalités dans un pays où la solidarité était érigée en dogme. Les conflits entre laïcs et orthodoxes, entre Ashkénazes et Séfarades, ne cessent de s’envenimer. Au point d’atteindre sa principale institution, l’armée. Celle-ci, d’ailleurs, peut-elle encore prétendre être la plus morale au monde quand elle tire sur des enfants qui lui jettent des pierres? Albert Einstein a dit un jour «Israël ne pourra survivre qu’en développant la connaissance et la technologie». Dirait-il aujourd’hui la même chose sachant que  25% des enfants d’Israël sont issus de familles religieuses qui consacrent leur vie à l’étude de la Torah et refusent d’utiliser un ordinateur? La paix qu’Israël a signée avec ses voisins arabes s’est avérée  être un mirage. Si l’Egypte ne lui fera pas la guerre, elle ne se taira plus sur les violations des droits des Palestiniens. Israël a perdu l’amitié de la Turquie qui, avec l’Egypte, veut former un «axe démocratique» comme le déclare Ahmet Davetoglu. Et justement, c’est cet autre mythe qui tombe. Israël, pour gagner les faveurs de l’Europe, peut-il encore affirmer être la seule démocratie au Moyen-Orient? Les dirigeants européens et leurs électeurs, qui dans leurs majorité n’ont pas connu la Seconde Guerre mondiale, pourront- ils encore se taire longtemps face aux exactions d’Israël, alors qu’ils saluent et appuient  les démocraties naissantes au Moyen-Orient? Certes, l’Amérique reste l’alliée sûre, surtout en période électorale. Mais, en proie à des difficultés économiques colossales et  par la bouche de son président, ayant renoncé à gouverner seule le monde, pourra-t-elle s’obstiner à soutenir l’entêtement israélien? Le pourra-t-elle alors qu’elle ne reconnaît plus en Israël les valeurs des pères fondateurs de l’Amérique, que l’Egypte n’est plus un satellite docile et que la Turquie s’avère être un allié qu’on ne peut mécontenter?

Mahmoud Abbas a compris que la bataille sera gagnée par la diplomatie, la dénonciation permanente d’Israël, ses contradictions qui le minent, son voisinage immédiat qui ne se taira plus et ses alliés occidentaux qu’il embarrasse plus qu’il ne sert désormais. Voilà pourquoi il s’adresse à l’Assemblée des Nations unies.

Amine Issa

L’Hébdo Magazine

23/09/2011