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Vendredi, aux alentours de vingt et une heure, dans l’église de saint Joseph, l’orchestre philharmonique de Beyrouth, attaque le troisième mouvement de la symphonie Héroïque de Bruckner. Je dis attaque, car c’est bien de cela qu’il s’agit, une ascension rythmée, une escalade comme sur un champ de bataille au moment de l’assaut donné à une éminence, des chaises qui bougent, des épaules qui frémissent, la tension est a porté des mains. Pourtant pas une claque, pas un heurt. Puis un reflux du son et de l’assistance vers une disposition plus sereine. Entre temps il n’y aura pas eu de bris, ni de vie perdue ou à jamais maudite. Voilà comment la violence peut être saine, le Dieu de l’église n’a demandé aucune victime et le chef d’orchestre n’était pas un tribun qui ouvrait une marche macabre. Seul des sens à vif dans une communion au beau.

Au premier rang un ambassadeur et peut être des magistrats de la chose publique, nus sous le flux de notes. Ne l’était pas l’assistance, femme et homme, toutes conditions et âges représentés, les maitres de la nef, des individus par eux-mêmes, la société civile. Elle aussi aime s’exalter, mais elle sublime son énergie dans une onde musicale. Petites ou grandes mains, ils soutiennent et élèvent la voute sur laquelle pèsent de tout leurs égoïsmes brutaux, les ambassadeurs et les magistrats de la chose publique. Sans cette société, la voute ce serait effondré. Regardez en Syrie, en Lybie, au Yémen, quand les gérants autoproclamés, on pliés un genou face à la révolte, que les structures de l’édifice ont vacillé sous leur coup de boutoir, il ne s’est trouvé que des barbares pour leur prêter main-forte et ces pays sombrent. Des décennies d’abêtissement, de répression, de déconstruction de tout groupe social, a non seulement empêcher le regroupement des seuls rescapés au nivèlement des esprits par le bas, mais a refoulés tant de rancœurs, que seul le plus brutal pouvait plaire, tant qu’il ferait le lit du torrent des ressentiments. Quand les années passent et l’espoir n’est plus qu’un mot sans résonance, le peu qui reste doit disparaitre, le monde ne peut renaitre que du néant. Le Liban n’est pas comme cela, à l’église saint Joseph, les rêves et le vouloir être étaient au diapason avec l’Héroïque.  

Amine Issa

22/03/15