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Dans un article précédent (L’idéologie, l’Iran, le Hezbollah et le fracas qu’il faut éviter),j’ai essayé d’expliquer comment les partis idéologiques, face à des échecs, ne peuvent reconnaitre qu’ils se sont trompés, et que le seul moyen de couvrir ces échecs est d’aller toujours de l’avant. Ces partis possèdent un discours dont les mécanismes sont similaires, et reprennent les mêmes arguments. Je vais faire une comparaison entre les deux discours prononcés les 24 et 25 mai 2015 par Sayed Hassan Nassralah et le discours prononcé par Joseph Goebbels, le ministre de la propagande allemande le 18 février 1943. Qu’on ne se méprenne pas, de bonne ou de mauvaise foi, ces deux idéologies ne sont en aucune façon comparables dans leurs buts ni leurs moyens mis en œuvre. Je souhaite simplement relever leur communauté mécanique dans leurs propagandes et leurs façons de présenter la réalité.

Les détails de la cérémonie du Hezbollah du 24/5/2015, ainsi que les extraits du discours, sont pris des Journaux AL Safir et Al Akhabr. Les éléments du discours du 25/5/2015 de Sayed Hassan Nasralah sont pris du site officiel du Hezbollah. Le Discours de Joseph Goebbels se trouve sur la toile.

 

 

A-L’occasion:

Le 2 février 1943, la bataille de Stalingrad se termine par une déroute de l’armée allemande qui combattait hors de ses frontières. Mai 2015, l’armée syrienne et le Hezbollah doivent se replier dans certainesrégions de la Syrie, face à l’avancée de Daech. Également, le Hezbollah se bat hors de ses frontières. Sur les deux cent mille prisonniers allemands, seuls dix mille survivront. La barbarie de Daech n’est plus à démontrer.

 

 

B-La mise en scène, l’auditoire et l’orateur:

Des drapeaux énormes, des cadres des deux partis, des blessés de guerre des deux partis (JG : Devant moi sont présentes des rangées de soldats Allemands venant du front de l’Est, avec une jambe, un bras en moins, avec des corps meurtris, ceux qui ont perdu la vue, ceux venus avec une infirmière, des hommes dans la fleur de l’âge qui marchent avec des béquilles. Derrière eux se trouvent des personnes officielles du parti, des soldats de l’armée). Sayed Hassan Nasralah n’est pas présent physiquement, mais à travers un écran géant, orwellien. Le Führer non plus n’est pas présent, c’est Joseph Goebbels qui prend la parole. Les deux auditoires scandent et interrompent plusieurs fois les orateurs : « Le Führer dirige, nous suivons! »,« Heil notre Führer! » et « Avec notre âme, avec notre sang, nous nous sacrifions pour toi Nasralah ».

 

 

C-Le salut à ceux qui luttent:

JG : Je fais appel à mes concitoyens berlinois. Ils ont beaucoup donné le bon exemple de comportements nobles et braves durant la guerre et je sais qu’ils ne nous décevront pas maintenant. Leur conduite pratique et leur bon entrain même en temps de guerre leur a rendu bonne renommée à travers le monde entier…Quel exemple les soldats allemands ont donné en ces temps grandioses!

HN : La Résistance dans toutes ses composantes, avec un merveilleux humanisme, s’est comportée avec une très grande moralité.

JG : Les sacrifices héroïques de nos soldats dans Stalingrad ont une très grande signification historique pour tout le front de l’Est…Durant les difficiles malheurs que la nation a affrontés dans la bataille sur la Volga, nous nous sommes rassemblés tous ensemble le 30 janvier, afin de montrer notre unité, notre unanimité et notre force de volonté pour surpasser les difficultés. Une nation qui a la force de survivre et de surpasser un tel désastre, et même d’en retirer des forces additionnelles, est imbattable.

HN : Nous ne prêtons aucune attention à ceux qui minimisent ou essaient de nier les réalisations de notre bataille. Même si toutes les villes tombent, cela n’affaiblira pas notre détermination, et il faut que notre moral reste élevé et notre état psychologique fort.

 

 

D-La prévision du danger:

JG :Dans sa proclamation du 30 janvier, le Führer a gravement demandé ce qui serait advenu de l’Allemagne et de l’Europe si le 30 janvier 1933 un gouvernement bourgeois ou démocratique était porté au pouvoir au lieu des nationaux-socialistes! Quels dangers auraient suivi, plus rapidement que nous aurions pu nous y attendre, et quelle force de défense aurions-nous eue pour leur faire face. Nous n’avons pas fait comme l’autruche qui se met la tête dans le sable pour ne pas voir le danger.

HN : Je veux dire s’ils n’avaient pas cette volonté de créer une résistance après l’invasion de 1982, que serait devenu le sud. Face au danger et à la menace, au Liban et en Syrie, certains enterrent leur tête dans le sable et disent que rien ne se passe.

 

 

E-Seuls nous pouvons nous sauver:

JG :Seuls le Reich allemand et ses alliés sont en position pour résister au danger. Les nations européennes, incluant l’Angleterre, se croient suffisamment fortes pour résister de façon efficace à la bolchevisation de l’Europe si elle se réalisait. Cette croyance est enfantine et ne vaut même pas d’être réfutée. Les nations européennes neutres n’ont ni le potentiel militaire ni la puissance mentale à résister le moindrement au bolchevisme.… Devant de telles intentions indéniables, les déclarations de papier du Kremlin ou les garanties de Londres et de Washington ne nous impressionnent pas.

HN : CertainsLibanais (la résistance) n’ont pas attendu la Ligue Arabe, ni la Conférence Islamique, ni le Conseil de Sécurité, ni lesNations Unies, ni l’Amérique, ni la France, ni l’Europe, ni l’Occident.

 

 

F-Le danger revient:

JG :Nous faisons face à un défi militaire sérieux à l’Est. Actuellement, la crise est grave de façon similaire, mais non identique, en plusieurs points à celle de l’hiver passé.

HN: Le projet qui menace les pays et les peuples de la région aujourd’hui est l’histoire qui se répète.

JG :Je réclame le droit d’appeler un danger un danger.

HN: Nous sommes aujourd’hui face au danger.

 

 

G-Le danger concerne tout le monde:

JG :L’Europe est en danger de mort… Nul ne devrait croire que le bolchevisme s’arrêterait aux portes du Reich…Il menace non seulement notre patrie, mais notre continent en entier.

HN : Ceci n’est pas seulement un danger pour la Résistance au Liban, ceci n’est pas un danger pour un régime en Syrie ou un gouvernement en Irak ou un groupe au Yémen, c’est un danger pour tout le monde.

 

 

H-Un danger existentiel:

JG-La juiverie internationale est la fermentation démoniaque de la décomposition qui trouve une satisfaction cynique à plonger le monde dans le plus grand des chaos pour détruire les cultures anciennes.

HN : Nous sommes aujourd’hui face à une pensée qui n’a pas sa pareille, elle menace les autres existences humaines.

 

 

I-L’ennemi a d’abord affaibli et miné tous les pays:

JG : La juiverie a si profondément infecté les États anglo-saxons, politiquement et spirituellement, qu’ils ne peuvent plus voir ce danger. Elle se camoufle en bolchevisme dans l’Union Soviétique et en capitalisme ploutocratique dans les états anglo-saxons.

HN : Les Israéliens ont pendant des décennies travaillé à fractionner le combat. Le combat en Égypte est le Sinaï, ils ont neutralise l’Égypte en lui donnant le Sinaï, le combat avec la Jordanie est dans des régions limitées, le combat avec la Syrie est le Golan, le combat avec le Liban est à la bande frontalière…Israël a réussimalheureusement à fractionner ce combat et cette guerre, et une des raisons de la réussite d’Israël et sa force dans cette guerre est ce fractionnement.

 

 

J- Justification du combat hors des frontières:

JG : L’avenir de l’Europe dépend de notre succès à l’Est. Lorsque le Führer a ordonné à l’armée une attaque à l’Est…il était minuit moins deux. Attendre plus longtemps aurait pu aisément conduire à la destruction du Reich.

HN : Si nous n’avions pas combattu à Alep et Homs et Damas, nous serions en train de combattre à Balbek, au Hermel, à Ghazieh, à Saida, à Tyr, à Nabatieh et dans d’autres villages et villes du Liban.

 

 

K- Les conditions de la victoire:

JG : Tant comme nation que comme peuple, nous avons toujours fait de notre mieux lorsque nous avons eu besoin de notre volonté fanatique et déterminée pour surpasser et éliminer le danger, ou une force de caractère suffisante pour surpasser tout obstacle, ou une détermination amère pour atteindre notre but, ou un cœur de fer capable de résister à toute bataille interne et externe. Il en sera ainsi aujourd’hui.

HN: Pour obtenir la victoire qui est certainementpossible, nous devons avoir la connaissance, le bon diagnostic et la détermination et nous avons pris la décision d’engager la bataille.

 

 

L- Combattre malgré les récalcitrants :

JG : Nous n’avons rien à faire de ce que font les autres peuples face à ce danger. Ce que nous faisons pour nous défendre nous concerne et ainsi, nous ne tolérerons pas d’objection des autres.

HN : Nous combattrons, que celui qui l’admet l’admette et celui qui s’y oppose s’y oppose.

 

 

M- Ne pas combattre signifie :

JG :La bolchevisation du Reich signifie la liquidation de notre leadership et notre intelligence, et la chute de nos travailleurs dans l’esclavage bolcheviste-juif.

HN : C’est livrer nos hommes à la mort et nos femmes et nos filles à l’esclavage sexuel.

 

 

N- Nous sommes prêts :

JG : Les coups et les malheurs de la guerre ne font que décupler nos forces.

HN : Notre situation aujourd’hui est beaucoup mieux que ce qu’elle n’était.

 

 

O- L’effort à fournir :

JG : Êtes-vous prêts à partir dès maintenant, à donner toutes vos forces, à fournir au front tous les hommes et les munitions nécessaires ?

HN : Celui qui veut défendre notre existence et notre honneur et notre nation doit être prêt à de grands sacrifices.

 

 

P- Les traitres et les hésitants:

JG :La juiverie démocratique du "BerlinerTageblatt" et du "Vossischen Zeitung" (journaux allemands) a servi la juiverie communiste en minimisant et en diminuant un danger grandissant, enendormant notre peuple menacé et, ainsi, minimiser leur capacité à résister. Les nations ennemies peuvent soulever des protestations hypocrites contre nos mesures contre les juifs et pleurer des larmes de crocodile, mais ça ne nous arrêtera pas de faire ce qui est nécessaire.

HN :Si nous mobilisons nos ardeurs et sommes à la hauteur des responsabilités, nous les vaincrons et la victoire sera notre alliée. Toutepersonne qui affaiblit la détermination des gens ou qui parle autrement, est naïve, aveugle et traitre. Les chiites de l’ambassade des États-Unis sont des traitres, des collaborateurs et des imbéciles.

JG : Nous ne sommes pas des rabat-joies, mais nous ne tolérerons pas ceux qui sapent nos efforts.

HN : Personne ne nous changera nos convictions et dorénavant nous ne nous tairons plus et nous ne ménagerons plus persones

 

 

Q- La coalition contre nous:

JG : L’objectif du bolchevisme est la révolution mondiale juive. Ils veulent plonger le Reich et l’Europe dans le chaos en utilisant le désespoir résultant, afin d’établir leur tyrannie capitaliste internationale, camouflée par le bolchevisme.

HN : Le désaccord entre le Saoudien, le Qatariote et le  Turc est terminé. Après que chacun ait agi seul, ils se sont engagés ensemble dans la bataille contre nous.

 

 

R- La mobilisation

JG : L’effort de guerre totale est un sujet qui concerne maintenant tout le peuple allemand. Personne n’a de raison d’ignorer ses demandes. Considérant les sacrifices humains faits au front chaque jour, il est du droit le plus élémentaire de s’attendre à ce que personne ne demande le droit d’ignorer la guerre et ses attentes. Non seulement ce sont les attentes du front, mais celles de la majeure partie de la patrie. Les industriels ont le droit de s’attendre à ce que, s’ils travaillent 10,12 ou même 14 heures par jour, qu’un lâche ne les croit pas idiots. Dans le cadre de cette campagne, des centaines de milliers d’exemptions militaires ont été annulées. Nous nous engageons à faire tout, dans nos vies et notre travail, ce qui est nécessaire pour la victoire

HN : C’est le moment de la mobilisation et tout le monde peut participer, ne serait-ce par sa parole, et toute personne crédible auprès des gens doit participer à la mobilisation, les ulémas doivent parler, et toute personne qui a un enfant martyr doit parler, même vous les blessés avez une bonne parole, alors parlez.

 

 

S-  La victoire assurée 

JG : Notre juste et courageuse bataille contre cette peste mondiale ne sera pas amoindrie par les pitiés mondiales de la juiverie internationale. Ceci peut et doit se terminer par la victoire. Quel pouvoir sur terre peut nous empêcher d’atteindre notre but! Nous devons réussir et nous le ferons! Nous sommes en route pour la victoire finale.

HN : Si nous persévérons dans le même élan, si nous nous préparons et planifions comme dans le Kalamoun et Dieu nous a indiqué le moyen et le moment opportun et nous a soutenus sur les collines, si nous agissons avec le même élan, la promesse divine de la victoire est assurée.

 

 

Conclusion

Encore une fois il n’est pas question de comparer l’incomparable. Le Hezbollah n’a jamais proposé de « solution finale » pour qui que ce soit et n’a jamais pratiqué  de massacres organisés. Cela n’empêche qu’il partage avec toute idéologie la particularité de considérer ses idées comme définitives, absolues et ne pouvant être contredites par la réalité. C’est cette incapacité de douter qui les pousse à aller toujours de l’avant, à n’importe quel prix, pour camoufler la vérité, poursuivre la mobilisation et interdire à tout autre parti de proposer une alternative, dussent-ils avoir les mêmes ennemis.

Néanmoins, l’enfermement idéologique n’est pas une fatalité. Son esprit conquérant et intolérant se développe plus aisément à un moment de l’histoire etde réalitésociologique. Ainsi, l’Allemagne qu’embrigada Adolph Hitler était celle d’un empire défait et humilié, qui avait une ancienne et solide tradition guerrière conquérante. Le cas des Chiites libanais est différent. C’est une communauté qui n’a jamais eu le pouvoir et n’a jamais soumis d’autre population. Elle est plus une société protestataire et résistante, que conquérante. Et surtout, contrairement à l’Allemagne vaincue et humiliée au lendemain de la Première Guerre mondiale, les Chiites sortent victorieux de leur guerre contre Israël et ont ainsi effacé des siècles de déconsidérations. Leur rancune à l’égard des Sunnites ne peut justifier à elle seule une telle dérive, qui les met dans une posture suicidaire. Finalement, les Salafistes sont une menace pour les Chiites, mais également pour la majorité des Sunnites. Les Chiites ont les moyens de se dégager de cet engrenage qui les broie, ce qui aurait été très difficile aux Allemands en 1933.

 

Amine Issa

30/5/2015