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Mardi 2 décembre, les islamistes de Jabhet El Noussra, échangeaient les seize militaires libanais qu’ils détenaient depuis plus d’un an, contre des prisonniers islamistes incarcérés au Liban pour terrorisme.

J’en retiens trois enseignements.

Le premier est le refus des autorités libanaises de considérer les militaires comme perdus. Dès les premiers jours de leur enlèvement, des canaux de négociation ont été sondés et jamais une piste ne fut abandonnée avant de s’avérer une impasse. Certes les hommes politiques avaient leurs propres calculs pour maintenir les négociations sous tension. Il ne faut pas écarter la pression des institutions militaires sur le pouvoir civil pour que celui-ci reste sur la brèche. Le rassemblement permanent des parents des otages sous les fenêtres du grand sérail, relayé régulièrement par les médias, a également empêché l’oubli de s’installer. Mais au-delà de ces phénomènes, il y a dans l’habitus conscient des Libanais, un refus de la fatalité, de céder à la banalité de la mort et de l’absence, un humanisme solidaire. Ce phénomène est plus que jamais exceptionnel au Moyen-Orient. Il s’inscrit à l’inverse de la culture de la mort qui se déploie tel une ombre satanique.

Cette culture de la mort est au centre du second enseignement. Elle a ses partisans au Liban. Que n’a-t-on pas entendu, qu’on ne négocie pas avec des terroristes et que les militaires auraient dû mourir au lieu de se rendre aux assaillants. Quand il s’agit de sauver une vie, fait-on encore la différence entre un terroriste, une armée ennemie régulière ou un gouvernement antagoniste ? Faut-il autant se détester pour refuser le salut d’un homme ? Les encenseurs de cet héroïsme prennent pour exemple les deux officiers qui, quelques mois plus tard et au même endroit ou les militaires ont été faits prisonniers, ont résisté seuls à la horde des djihadistes, jusqu’à épuiser leurs munitions et mourir debout. Ces laudateurs enfiévrés n’ont pas compris que les deux officiers ont tenu leurs positions au sacrifice de leurs vies, uniquement pour couvrir le repli de leurs soldats, sachant que leurs positions étaient intenables. Ils sont certes héros pour avoir accepté une mort évidente, mais surtout pour sauver des vies, celles de leurs camarades. Un soldat n’a pas pour mission de mourir, mais de protéger, sans faillir. C’est le seul sens positif de la mort accepté, le reste n’est que littérature et barbarie.

Le troisième enseignement tient en une phrase qu’a prononcée le général Abass Ibrahim, au moment de la libération des militaires. Un journaliste lui demandait pourquoi des islamistes, dont Jabhet El Nusra avait exigé la libération en échange des soldats et gendarme libanais, avaient refusé de rejoindre le groupe islamiste et préférer rester au Liban. Le général eut cette réponse succincte : « parce que le Liban est le pays de la liberté ». C’est également de cet éclat qui brille dans la nuit du monde arabe, que tous les damnés du Moyen-Orient veulent jouir. Dans un monde où la peur barricade les portes, où les vigiles se multiplient, les idées se taisent et les regards ne signifient plus rien, le Liban reste une tache que l’on distingue.

Sur ces trois distinctions, nous pouvons bâtir. 

 

Amine Issa

 

04/12/2015