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Le 23 décembre, le conseil de sécurité votait à l’unanimité, sauf l’abstention des États-Unis, une résolution, qui condamne encore une fois les colonies israéliennes en Cisjordanie. L’Égypte, avait, sous la pression d’Israël et du président Donald Trump, obtenu un premier report du vote. Plus tard, la Russie tenta à son tour vainement d’en faire de même. Au lendemain du vote, Micke Hukaabé, ancien candidat républicain à la présidentielle, baptiste et conservateur de bon ton, à qui Donald Trump aurait proposé l’ambassade des États-Unis à Tel-Aviv préconise de détruire le siège des Nations-Unis au « jack hammer » !

Quelles leçons pouvons-nous tirer de tout ce qui précède ? On retrouve dans un camp, Benyamin Netanyahu, interrogé par la police pour corruption, qui pour se maintenir aux pouvoirs, cède aux exigences des nationalistes-religieux, à celles des partis juifs-orthodoxes et des colons. Avec lui, les populistes autoritaires Abdel Fatah el Sissi, Vladimir Poutine et le populiste-affairiste Donald Trump. Dans l’autre camp, particulièrement les démocraties anglaises, françaises, néozélandaises, espagnoles, sénégalaises et, l’autre Amérique, celle de  Barack Obama.

Depuis la chute de l’Union soviétique, l’idéologie n’est plus la borne de la ligne de fracture mondiale. Cepandant le clash des civilisations est un raccourci qui n’a d’intérêt que la commodité de sa simplicité. Abdel Fath Sissi, Nawaz Sharif représentent, avec plus à leur droite, successivement Recep Tayyip Erdogan et l’Imam Khamenei, une partie du monde musulman. Daech n’en est que la frange. Des modèles de gouvernances autoritaires, à la pensée unique, pour qui la religion à des degrés divers est une source de légitimité. Pour certains l’expansionnisme régional est également un opium des peuples. Leurs économies fragiles sont phagocytées par les intérêts d’une caste militaro-politique et d’un secteur privé monopolistique en affaire avec l’état, au détriment des classes moyennes et pauvres. Sur ce plan, la Turquie a un retard que le président Erdogan s’efforce de rattraper avec beaucoup de diligence. On retrouve le même canevas du pouvoir politique, en Israël et en Russie, qui se redécouvre sainte. Egalement dans l’Amérique de Donald Trump, suprématiste blanche et chrétienne. Son programme annoncé fera à moyenne échéance reculer l’Amérique (voir mon article précédent). Si la similitude entre tous ces pays n’est pas parfaite, ce n’est pas du fait de la volonté de ces chefs d’état, mais d’histoires différentes et de la résistance de leurs sociétés.

Sur l’autre rive, des démocraties qui continuent le combat pour réformer le modèle politique le moins mauvais à ce jour. Elles résistent à leurs propres clones de la catégorie précédente. En Europe et ailleurs dans le monde occidental. Mais aussi en Tunisie, au Sénégal et en Indonésie, le plus grand pays musulman au monde et chez la très combative société iranienne. En font partie pareillement la gauche israélienne et l’Amérique qui a gagné l’élection aux voix, mais l’a perdue à cause d’un système de grands électeurs archaïque.

Je voudrais citer Barack Obama, dans son discours d’adieu, qui à mon sens décrit le mieux les caractéristiques de cette seconde catégorie, ses inquiétudes et ses espoirs. J’emprunte au journal Le Monde des passages de son compte rendu du discours. Il y considère les inégalités comme la première menace contre la démocratie. Le président a également mis en garde contre les « bulles » dans lesquelles trop d’Américains s’isolent à son gré pour fuir l’altérité ou le contradictoire, que cela soit « sur les campus universitaires ou dans le flux des réseaux sociaux », stigmatisant la capacité à n’accepter que « l’information, qu’elle soit vraie ou fausse, qui conforte notre opinion ». Il avait rappelé auparavant que les stéréotypes pour stigmatiser les immigrants étaient les mêmes utilisés par le passé à l’égard « des Irlandais, des Italiens et les Polonais ». Faute de confiance dans « l’information », « la science » et « la raison », les discussions ne peuvent être que « des dialogues de sourds ». Sans nier par ailleurs les menaces venant de l’extérieur, et notamment celle représentée par le terrorisme perpétré « au nom de l’islam » « Notre démocratie est menacée à chaque fois que nous la considérons comme acquise », a-t-il averti.

Et surtout pour l’avenir « Si vous êtes fatigué de discuter avec des inconnus sur Internet, essayez de parler avec quelqu’un dans la vie réelle. Si vous pensez que quelque chose ne va pas, mettez vos chaussures et mobilisez-vous. Si vous êtes déçus par vos élus, prenez un bloc-notes, collectez des signatures, et présentez-vous. » « Le changement ne se produit que si des gens ordinaires s’impliquent, s’engagent et se rassemblent pour le demander. Après huit ans de présidence, j’y crois toujours !

Amine Issa

15/01/2017