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A la question d’un journaliste qui lui demandait si le président Macron avait constaté l’échec du multiconfesionalisme au Liban et qu’on devrait en faire de même du multiculturalisme e France, Eric Zemmour répond par l’affirmative. Approximation douteuse tant les deux principes sont différents. Le multiconfesionalisme du Liban est la cohabitation de groupes religieux différents dans un même Etat, groupes présents sur son territoire depuis au moins quinze siècles. Malgré les dissensions et parfois les guerres entres ces composantes, qu’elle pays n’en a pas connu sur une période aussi longue, il s’est établi un socle culturel commun et bien des valeurs essentielles partagés. Le multiculturalisme en France est lui issues d’une émigration d’abord européenne et ensuite nord-africaine qui ne débuta réellement qu’au début du siècle passé charriant avec elle tous le ressentiment historique de la colonisation.

Passons outre cet amalgame expéditif du polémiste. Pour défendre sa thèse, il, réécrit l’histoire du Liban en affirmant que la France depuis Saint-Louis a souhaité que ce soit une entité chrétienne et que la démographie musulmane en a eu raison. Comme tout propagandiste il étaye son affirmation par une falsification de l’histoire qu’il assène comme des vérités.

Monsieur Zemmour justifie l’ancienneté de la protection des chrétiens du Liban par la France, par l’adresse d’une lettre par Saint-Louis à « l’Émir » des maronites et aux autorités ecclésiastiques. Or a ce jour l’authenticité de cette lettre reste indéterminé. Il est tout à fait courant dans les pratiques politiques de forger à fortiori des documents pour justifier une politique. Je rappelle ici les centaines de Hadiths au service du pouvoir califal et du clergé imputé au prophète de l’Islam dont les islamologies bbbb et nnn ont démontré l’impossibilité que l’envoyé de Dieu est pu les emmètre.

A supposer que cette lettre de Saint Louis est existée, il faut se remémorer ces quelques réalités des croisades dont Saint Louis fut un des initiateurs.

L’Europe chrétienne au Moyen Âge sombre dans l’obscurantisme religieux et la peur d’un Dieu terrible intolérant et violent. Au nom de ce Dieu et pour libérer la terre ou son fils Jésus naquit, il fallait engager des expéditions guerrières, principe si peu chrétien. Certes il y eu beaucoup de croisées sincères qui crurent à l’intention première, mais l’on sait aujourd’hui que la politique était le premier aiguillon pour aller en guerre. Le Pape devenu souverain terrestre contrairement aux enseignements du christ était en concurrence avec les rois et les empereurs. Les rois sur leurs territoires avaient leurs autorités sans cesse menacées par les féodaux. Enfin la perspective de créer des royaumes outre-mer était une tentation. Les croisées se comportèrent comme des barbares en terre conquise. À Jérusalem ils passèrent au fil de l’épée musulmans comme chrétiens et mirent à sac Constantinople la capitale de l’empire chrétien d’Orient. Les princes croisés se battirent entre eux en Orient et n’eurent aucun scrupule à s’allier avec des princes musulmans contre d’autres chrétiens.

Saint Louis fut peut-être sincère avec les chrétiens du Liban, il n’en reste pas moins qu’en les ralliant à sa guerre et lorsque croisades prirent fin ces mêmes chrétiens payèrent le prix fort de cette alliance. Il suffit de se remémorer leurs massacres ainsi que ceux des chiites et des Druzes au Keserwan par les mamelouks, les deux premiers ayant été accusés de s’être coalisés avec les croisés qui les abandonnèrent sans la moindre protection. Huit siècles plus tard, nous ne retenons toujours pas la leçon de l’inclinaison à chercher des appuis à l’extérieur.

Ensuite monsieur Zemmour évoque la protection des chrétiens par Napoléon III qui envoie une force expéditionnaire au Liban après les massacres de 1860. Donc après les massacres et non pas pour les prévenir. Ce qui provoqua les massacres de 1860 fut les tensions entre les Chrétiens et les Druzes, autant pour des raisons communautaires que de transformation démographique et sociaux économique. ce qui les provoqua tout autant fut de l’Empire ottoman en réaction aux ingérences des nations européennes dans ses affaires, chaque nation ayant choisi d’établir des relations avec une des communautés au Liban comme porte d’entrée sur le flan de l’Empire et si peu pour la protéger.

Quant à la France qui en 1920 qui aurait accordé le Liban aux chrétiens et à une minorité de musulmans, monsieur Zemmour patauge également dans l’approximation. Certes les chrétiens étaient une majorité, cela était avant tout une réalité avec laquelle la France et les autres puissances composèrent et par ce fait les chrétiens obtinrent dans la répartition des charges un avantage sur les musulmans. Mais ce que monsieur Zemmour occulte est que c’est la même France qui pour former le Grand Liban adjoint à la montagne le sud, les villes de Tripoli et de Saida, le Akkar, la Bekka ouest et Nord à majorité musulmane ce qui ne réduit à presque rien l’avantage démographique des chrétiens. D’ailleurs monsieur Zemmour semble ignorer qu’au début du 20e siècle, l’anticléricalisme et la Franc-Maçonnerie française réputée athée étaient l’ambiance dominante au sein des autorités françaises. Pour mémoire le très peu chrétien Emmanuel Sarrail Haut-Commissaire (1924-1925) refusait de se rendre aux messes à la cathédrale Saint-Louis et au siège du Patriarche Arida avec qui il entretenait des relations tendues, sinon d’hostilités.

N’avons-nous pas suffisamment de populistes menteurs au Liban pour que monsieur Zemmour s’invite à la fête ?

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