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Le plus grand défaut de l’Europe est l’Union européenne, pourtant le mieux qu’il lui soit arrivé depuis la Seconde Guerre mondiale !

Les transferts de souverainetés à Bruxelles ont imposé un cadre de réflexion et de décision, qui aide à neutraliser les égoïsmes nationaux. Ceux-là, dans un monde de plus en plus interdépendant grâce aux avancés technologiques, ne peuvent être que source d’agressivité et de déstabilisation. Les souverainistes de tous les étages, se leurrent s’ils pensent pouvoir renverser le mouvement, à moins de renoncer à la toile, au transport « Low Cost » et aux communications sans fil. En gros pour la génération Y, ce serait revenir à la chaise de poste. Certes, quand une même loi s’applique à vingt-huit pays aussi contrastés, il n’y aura jamais que des gagnants égaux. Ce n’est pas une réalité de l’Union Européenne, mais la réalité tout court de toute relation humaine. Rien de nouveau donc.

Quels sont les arguments des partisans du Brexit ? On peut en dégager deux principaux qui se croisent souvent ; la souveraineté et l’économie.

70% des lois appliquées en Grande Bretagne seraient votées par Bruxelles, ce qui dévaluerait le parlement de Westminster. Étrange. Ce parlement élu il y’a à peine un an est composé d’une majorité d’europhiles, qui lors de leurs campagnes assumaient cette option. Ils auraient donc volontairement bradés l’indépendance et les intérêts de leurs pays au su de leurs électeurs. Les fonctionnaires de Bruxelles seraient tous incompétents. Certes, l’énorme machine administrative de l’Union européenne est réputée pour sa production excessive de codifications souvent paralysantes. Mais ces fonctionnaires sont tous issus des pays de l’Union, souverains et majoritairement prospères. Produiraient-ils des réglementations uniquement au détriment de l’Ile ? Et les autres pays seraient-ils sans ressorts, acceptant des consignes qui les handicaperaient ?   

Économiquement, les réglementations financières brident le secteur financier anglais. C’est à se demander alors comment Londres est la première place financière d’Europe. En sortant de l’Union européenne, elle récupérerait les 11,3 milliards d’Euros de sa contribution nette au budget commun. Cela ne représente que 0.43% de son PIB (2577milliards d’euros). Elle est la cinquième économie du monde, alors qu’elle contribue moins que la France et l’Italie qui sont respectivement sixième et huitième économie mondiale. Les eurosceptiques considèrent que les normes imposées par Bruxelles défavorisent les produits anglais. Il est vrai que le principe de précaution frisant la paranoïa est devenu une attitude contraignante pour l’ensemble des pays du marché commun. Mais ces normes communes permettent une circulation des biens plus fluide donc moins couteuse, et, est surtout un label de qualité recherché dans le monde entier. L’Europe est la destination de plus 50% des exportations de l’Angleterre, c’est-à-dire l’équivalent de plus ou moins de 207 milliards d’euros (8.15% de son PIB). Estime-t-elle à leurs justes valeurs les coûts et le ralentissement de ses exportations, conséquent à des normes différentes ? Mesure-t-elle également les effets négatifs sur l’image de ses produits, quand ils auront perdu le label européen, visiblement vers plus de laxisme dans les normes de sécurité dans un monde occidental terrorisé par la malfaçon et les manipulations nuisibles à la santé ? D’ailleurs les grandes multinationales ne se sont pas trompées et ne voulaient pas du Brexit. Un autre argument avancé est la peur du « Plombier Polonais » qui, moins cher, seraient en train de forcer aux chômages les jeunes Britanniques non titulaires de diplômes supérieurs. Or, étrangement à la sortie des urnes les jeunes avaient voté pour le maintien dans l’Union européenne. La dégringolade de la Livre et la non-intervention de la banque centrale pour la relever est bien le signe d’une peur sur les exportations et cela va fera souffrir les « séniors » europhobes qui consomment une partie des 564 milliards d’euros d’importations, dans un pays où les aides de l’état tendent à se réduire.   

 

Et pourtant l’Europe aura tout fait pour plaire à ce membre singulier de la famille. Insulaire, Anglo-saxonne, libéral, anglicane, territoire inviolé depuis bientôt mille ans, la Grande-Bretagne a obtenu depuis sont entré dans l’Union européenne une cascade de dérogations tant sur le plan législatif qu’économique, dont les plus récentes ont été accordées à David Cameron le 19 février de cette année. Elle ne fait pas partie de l’espace Schengen, conserve sa monnaie, son droit du travail est particulier, elle est plus restrictive sur les émigrants et leurs droits, elle est exempte des nouvelles contraintes à une plus grande intégration au sein de l’Union Européenne, Margareth Thatcher avait déjà obtenu une ristourne sur sa contribution au budget européen, etc.

Mais alors sur quoi s’est vraiment joué le Brexit ? Sur une perversion de la démocratie dont les états les plus libéraux sont les premiers champions, États-Unis et Angleterre. La première démocratie du monde moderne a abandonné le temps long des nations, conséquent avec leurs puissances et leurs prestiges mérités, au profit du temps court de la politique de l’immédiateté. Une des inventions de la démocratie sont les corps intermédiaires, c’est-à-dire les assemblées élues par le peuple qui sont chargées autant de légiférer que de contrôler le pouvoir exécutif. Ce n’est pas voler au peuple un de ses privilèges, mais un moyen pratique de gérer un pays, de délimiter les responsabilités pour pouvoir dénoncer ou renouveler un mandat. C’est aussi une manière de charger un nombre de citoyens de traiter à plein temps de questions complexes, que le citoyen ne veut pas ou ne peut pas trancher. Or David Cameron à engager l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union Européenne, une question enchevêtrée et technique, par voie de referendum, à des fins strictement électorales. Il a cédé à l’immédiateté et aux effets médiatiques d’une consultation populaire. Il a annoncé le référendum en 2013 en vue des élections de 2015 pour gagner des voix aux eurosceptiques.

Mais comme il fallait s’y attendre, un débat aussi compliqué, abscons aux plus avertis, qui ne pouvait se trancher par un simple « oui » ou « non », allait se déporter sur d’autres thèmes et les enjeux seraient dramatiser. Les eurosceptiques vont engager leurs campagnes sur la question de la souveraineté comme-si les Normands étaient de nouveau au point d’envahir l’Angleterre. Et le problème du « Plombier Polonais » va prendre une tournure xénophobe qui visera les musulmans, tant ceux-là sont une cible facile, car encore timide à se démarquer du terrorisme islamiste. Un avant-goût fut donné par les élections pour le choix du maire de Londres, quand les adversaires de Sadiq Khan ont plus concentré leurs critiques sur ses origines que sur son programme.

Au résultat, un sursaut vendu comme souverainiste aurait dû renforcer la cohésion interne de la Grande-Bretagne. Jamais elle n’a été aussi proche de l’implosion entre les provinces qui la composent. Jamais la polarisation n’a été aussi marquée entre les sensibilités opposées des citoyens. Le Brexit est une manifestation du mal qui ronge les démocraties.

Mais loin d’en désespérer, n’oublions pas que Sadiq Khan fut en définitif élu et inversement en Indonésie le plus grand pays musulman, le maire élu de Jakarta, la ville musulmane la plus peuplée au monde, est chrétien. 

Amine Issa

17/07/2016